1. La vision dominante de la crise comme crise financière se propageant à l’économie. Une histoire en quatre actes, de 2003 à 2009





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Comment financer cette « grande bifurcation » ?

Ce sera ma dernière question. Tout cela va coûter très cher aux finances publiques, c’est vrai, disons plusieurs dizaines de milliards d’euros par an pendant plusieurs décennies, et nous sommes déjà très endettés. Est-ce la quadrature du cercle ? NON. Non car notre pays est immensément riche. Des recettes pour une grande réorientation nous éloignant des crises, il y en a par dizaines de milliards d’euros ! Voici quelques chiffres.

1) Les réductions d’impôt sur le revenu décidées depuis 2000 représentent 30 milliards d’euros de manque à gagner annuel pour l’action collective et le progrès social et c’est d’abord là que se trouve l’explication de la dette publique actuelle, pas d’abord dans les dépenses. 2) Selon la commission des finances de l’Assemblée Nationale, les niches fiscales ont coûté 73 milliards en 2008 et la majorité d’entre elles ne va pas dans le sens de l’intérêt général. 3) La fraude fiscale coûterait, selon Éric Woerth lui-même, 30 milliards par an. 4) L’évasion dans les paradis fiscaux, forme de fraude organisée, représenterait entre 30 et 40 milliards d’euros pas an. 5) Une taxe Tobin rapporterait plusieurs dizaines de milliards d’euros 6) Les dépenses de publicité en France se montent à 11 milliards par an selon ZenithOptimedia. 7) La France est au troisième rang mondial des dépenses militaires (après les Etats-Unis et la Chine) : le budget de la défense se monte à près de 50 milliards pour les seuls crédits de paiement. C’est 50 % de plus que l’Allemagne en dépenses par habitant. Faut- il se féliciter de notre médaille de bronze mondiale ? Serions-nous plus en danger que d’autres ?

Tout cela veut dire que pour financer une relance par une réorientation écologique et sociale il faut que l’État augmente ses ressources en allant les prendre ailleurs que dans les poches des pauvres et des classes vraiment moyennes. Trouver par exemple, sans augmenter la dette, au contraire, 50 ou 60 milliards d’euros par an en plus, vu la liste précédente, ce n’est absolument pas un problème économique. Or dès que l’on prononce le mot impôts ou taxes c’est l’effervescence populaire (en partie provoquée par des médias et des politiques conservateurs) et pour ma part je la comprends fort bien car pour beaucoup de gens la vie est dure et ils craignent d’être des victimes, vu qu’ils l’ont souvent été. Mais s’il est clair que les recettes attendues viennent de l’abolition des privilèges fiscaux, des très hauts revenus, des bénéfices et rendements financiers hors-normes, d’une taxe Tobin, s’il est clair qu’on en profite pour réduire la pauvreté et les inégalités, s’il est clair que plus de la moitié des gens ne paieront pas plus d’impôts et que les recettes viendront d’abord des 10 % les plus riches (et plus encore des 1 % du haut de l’échelle) et des bénéfices et dividendes excessifs des grandes entreprises et de la finance, tout change. Le problème fiscal est d’abord celui de la justice fiscale et de la progressivité de l’impôt, très malmenées depuis 30 ans.

Conclusion : qui va pousser à de telles mesures ?

Réponse : ce ne sont pas vraiment les chefs d’état, qui font parfois de bons discours, mais les actes ne sont pas à la hauteur. Pas le G20 non plus, qui représente pour moi un système censitaire (tout comme le FMI), les 20 pays les plus riches économiquement2 cherchant à imposer leurs vues aux Nations Unies c’est-à-dire aux 192 pays du monde. J’ai trois réponses à cette question : 1) d’abord la société civile organisée, dans chaque pays et dans le monde. 2) Ensuite l’Europe, comme région du monde où les choses pourraient avancer plus vite, en partenariat avec les pays du Sud. 3) Enfin, des Nations Unies rénovées et dynamisées.

1) Le combat contre les paradis fiscaux, pour des taxes sur les transactions, pour la réduction des inégalités et de la pauvreté dans le monde et chez nous, pour l’environnement, est aujourd’hui mené d’abord par des associations, ONG, syndicats, qui convergent et font progresser la prise de conscience. C’est le fer de lance d’une vraie sortie de crise. Copenhague en décembre prochain, très grand rendez- vous devant l’histoire et devant l’avenir de nos descendants, sera un succès ou un Munich climatique en fonction de la mobilisation de la société civile mondiale.

2) L’Europe ensuite, en partenariat avec le Sud. Voir Lordon : « L’Europe constitue une zone d’activité financière autosuffisante capable d’adopter unilatéralement un degré supérieur de régulation financière sans que les capitaux extra-européens lui manquent ». Cela serait d’ailleurs cohérent avec la vision d’un commerce mondial qui serait de plus en plus organisé au sein des grandes régions du monde, ce qui n’interdit pas les coopérations entre elles, au contraire il faut les impulser.

2 Pays du G20 : AFRIQUE DU SUD, Allemagne, ARABIE SAOUDITE, ARGENTINE, AUSTRALIE, BRESIL, Canada, CHINE, COREE DU SUD, Etats-Unis, France, INDE, INDONESIE, Italie, JAPON, Mexique, Royaume-Uni,
RUSSIE, TURQUIE, UNION EUROPEENNE. Deux organisations internationales sont également représentées : BANQUE MONDIALE et FONDS MONETAIRE INTERNATIONAL.

3) Mais justement, pour ces coopérations mondiales, les Nations Unies, actuellement tenues en laisse par le G20, doivent redevenir le lieu de la régulation économique et financière. C’est la seule instance mondiale où les pays les plus pauvres peuvent influer sur le cours des choses. Les seules grandes institutions internationales progressistes et préoccupées par les pays pauvres sont onusiennes : PNUD, OIT, UNICEF, FAO, PNUE, etc.

Résumons : pour éviter d’autres crises, qui seraient plus graves, il faut contrôler et socialiser la finance et la mettre hors d’état de nuire, il faut réduire très fortement les inégalités, il faut s’orienter au plus vite sur une trajectoire écologique, et pour tout cela il faudra s’en prendre frontalement au pouvoir de la ploutocratie, ce qui suppose de faire fonctionner une démocratie non réduite au bulletin de vote, c’est-à-dire une intervention au quotidien des citoyens dans les affaires de la Cité. La crise actuelle a des effets terribles sur des centaines de millions de personnes dans le monde, mais, si elle pouvait conduire à ce sursaut démocratique et à remettre l’économie au service de la société, elle n’aurait pas été vaine. Il faut que ceux qui nous gouvernent, quels qu’ils soient, ne puissent plus gouverner comme avant parce qu’ils perçoivent que nous le supporterons pas. Il nous appartient de les conduire à ce constat, ou de les y pousser. C’est au fond la principale recette anti-crise : l’intervention des citoyens.

Je conclus en deux mots. Mon objectif a été de vous présenter des analyses qui vont au-delà de ce que nous entendons ou lisons en général dans les grands médias. C’est un objectif de connaissance et, je l’espère, de dévoilement. Le problème est qu’en allant un peu plus loin dans la connaissance critique, on risque d’être déconcerté sinon catastrophé, alors qu’à la télé on nous dit plutôt que la situation est sous contrôle, que les G20 a la situation bien en mains, que ça s’arrange, etc.

Ma conviction, inspirée de Bourdieu, est que le fait de détenir plus de connaissances sur le monde tel qu’il est et sur les pouvoirs qui y règnent peut certes désenchanter le monde, mais que c’est indispensable pour le changer, le civiliser et l’humaniser. Je suis certes très préoccupé, mais pas catastrophé car on peut vraiment sortir de ces crises imbriquées par des mesures raisonnables, à notre portée. Les moyens existent, mais il faut s’en mêler activement.
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