Cours du sociologue Jean Viard, tapé par Adrien Roux et Camille Déhu, janvier-Mars 2008





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Grands changements de la société française

( de la Guerre de 1945 à aujourd’hui à peu près)
IEP d’Aix en Provence, 4ème année, Second Semestre

Cours du sociologue Jean Viard, tapé par Adrien Roux et Camille Déhu, janvier-Mars 2008.
Le but de ce cours sera de nous montrer, à partir de ce que l’on vit dans la société, les grands changements, mais aussi les rapports entre ces grands changements et les évolutions politiques.

Il s’agira de sa lecture des changements.
L’examen final sera un écrit-oral.
Nous traiterons, dans l’ordre, du «Temps et l’espace moderne », puis de « La France paysanne au désarroi agricole dans la France contemporaine ». Ensuite, des « congés payés et du temps à soi ». Enfin, « De la révolution industrielle à l’économie de la connaissance », (l’économie de la connaissance se traduisant par une part importante du travail sur le corps des autres…) et «de la France jacobine à la société de mobilité ».

Puis si nous avons le temps, nous ferons un « Suivi de l’évolution politique depuis la guerre », c'est-à-dire que nous reprendrons tous les thèmes abordés sous l’angle politique.
Petite précision : le prof ne suit jamais un plan précis et identifiable, donc, nous nous contenterons dans ce cours, de mettre en valeurs ses idées principales sous forme de titres, de notre propre création !! Rien d’officiel donc…


Le temps et l’espace moderne


Le changement le plus important selon lui est le fait que les vies soient beaucoup plus longues. Elles se sont en effet allongées de 40% environ sur un siècle. Nous vivrons environ 700 000 heures alors que nos grands parents n’en auront vécu que 500 000, et nos enfants en vivront, sûrement, presque 800 000. C’est une quantité certes mais pas seulement, car cela implique que nous avons inventé de nouveaux âges, comme la jeunesse, mais aussi un âge qui n a pas de nom, les plus de 50 ans, qui ne se considèrent et ne sont ni vieux, ni jeunes, mais des gens qui voyagent, consomment, font l’amour, etc, les jeunes retraités.

Aussi nous vivons dans une société qui se déplace également car on a plus de temps. Nous effectuons en moyenne 45km par jour et par personne. En 1950, cette moyenne ne s’élevait qu’à 5km.

Ces deux données résument les changements de notre société. Elles les structurent. Elles les présentent. Ces deux phénomènes jouent non seulement à l’intérieur d’un pays, et mais aussi sur la planète. La mondialisation, c est avant tout cela, la vie s'allonge, ce qui a pour effet que la population augmente. Et plus le développement atteint les pays en voie de développement, plus ce phénomène s’accentue.

Par exemple, 1 milliard de personnes tous les ans visitent un autre pays que le leur. C’est énorme dans l’histoire de nos sociétés, 1 milliard de touristes ! Et ils seront sûrement 2 milliards d’ici 25 ans. En France, on reçoit plus de gens que d’habitant. Environ 70 millions de touristes. On est l’unique pays dans le monde dans ce cas.

(Anecdote sur sa jeunesse à Aix, la ville était à eux, pas de police, les cafés étaient à eux, pas de touristes, etc. Leur vie étudiante se déroulait entièrement dans les cafés). Ces changements sont gigantesques mais on ne les voit pas, car on ne les vit pas tous, c'est-à-dire que nous ne savons pas comment vivaient vraiment nos grands parents.

De ces changements est né un imaginaire, celui de savoir qu’on est 5 milliards d’êtres humains à vivre sur la même planète. Déjà il y a 40 ans, non, à la télé nous n’avions que la France sur la carte de la météo. Aujourd’hui, on nous montre quel temps il fera à Moscou, Budapest, Madrid, Casablanca, etc.

On est donc face à de nouvelles diversités, à des individus.

Ex : la diversité alimentaire : à la sortie de la fac, on peut manger de tout ! Et pour nous c est normal ! Mais on n’a pas pour autant envie de le mélanger, on reste dans des sphères culturelles, et se pose la question de l’immigration, des identités, des cultures, etc.

Quand justement on essaie de penser le changement, nous nous apercevons que ce qui change le moins vite c’est le culturel. On est happé par des mutations technologiques, que nous devons nous approprier ensuite, et ça c'est le processus le plus long. Pourquoi par exemple certaines sociétés ont le sentiment de subir ces changements, comme la France qui réellement les subit, alors que d’autres pays, comme les pays scandinaves, ont l'impression de le vivre, de les faire, d’y participer activement. En France, on est dépressif, nous vivons un individualisme très négatif. Se pose donc la question de savoir comment des sociétés ont la capacité de saisir ces éléments de modernité et en faire des vecteurs de confiance, et d’autres non.

  • Les grandes évolutions de la société française

Nous sommes pessimistes et pourtant en France, 90% des gens se disent heureux. Cela dépend des villes, des périodes de l’année, etc., bien sur, mais ça requiert de définir ce que cela veut dire : en France, c’est la vie privée, personnelle qui est plutôt satisfaisante, alors que la vie collective ne l’est pas. C’est vrai nous sommes moins malades, notre espérance de vie augmente de 3h par jour, nos enfants meurent moins ! Cet écart entre les éléments positifs et négatifs est donc à prendre en compte.

Nous avons donc dit que nous vivions 700 000h. Sur ces 700 000h, nous en passerons 30 000 à écouter des enseignants, 67 000 à travailler (1h d’étude pour 2h de travail). Nous passerons aussi 100 000 h devant la télé ! Soit autant que le temps passé à la fois à étudier et à travailler. On dormira en tout 250 000h, soit deux heures de moins que nos grands parents. Et quand on a fini de dormir, de travailler et d’étudier, il nous reste 300 à 400 000h !!!

En 1907, nous vivions 500 000h, on dormait environ 200 000h, 200 000h à travailler, et il nous restait 100 000 h pour faire autre chose. Pour apprendre, aimer, éduquer ses enfants, et mourir. On a multiplié ce temps par presque 4 aujourd’hui!!!!

Bien sûr, encore aujourd’hui, il y a des gens qui travaillent plus, des paysans, etc., et qui peuvent arriver jusqu’à 100 000 h de travail (et 100 000, c’est déjà beaucoup aujourd’hui). Et bien, même dans ce cas, il reste 300 000h ! De 1789 à 1906, nos ancêtres n’avaient presque pas de jours fériés déjà! En 1848, on travaillait 12h, 7 jours sur 7 ! C’est pour cela qu’il était important d’être rentier à cette époque. Aujourd'hui, ne pas travailler c’est nul ! On se réalise dans notre travail.

« L’ouvrier mange tous les jours, il peut donc travailler tous les jours » disait Napoléon. C’est entre autre pour ça qu’il refuse le dimanche férié. Il refuse un certain ordre du temps.

Autre élément important : La question de la propriété du temps :

Dans ces mutations, à qui appartient le temps ? C’est très important ! Par exemple, en ce qui concerne les prêts bancaires, on prête de l’argent sur du temps, donc le temps m’appartient. Dans des sociétés plus religieuses, comme l’Islam, on ne peut pas gagner de l'argent sur le temps, car le temps appartient à Dieu… C’est important car sur la planète, il y a encore beaucoup de pays où cette conception prévaut.

Réflexion sur le temps : Le temps a appartenu à Dieu en gros jusqu’à la révolution française quand on a abolit le dimanche férié. Puis la révolution industrielle amène l’idée que le temps appartient au travail. Le temps de l’ouvrier appartient légitimement au travail, s’il y a des jours de repos, c’est seulement pour renouveler sa force de travail, donc pour pouvoir continuer à travailler. Aujourd'hui, en revanche, s’est opérée une grande transformation : on a le sentiment que le temps est à NOUS !!!Nous avons le droit d’en faire ce que nous voulons. L’Etat a même abandonné l’idée de prendre une année aux garçons avec le service militaire. Cette mutation de la légitimité du temps est un élément important. Elle est par exemple reliée à l’image que l’on se fait d’un Homme bien.

Celui qui consacre le mieux son temps est celui qui le consacre à Dieu jusqu’au 19eme siècle. Puis à partir du 19ème siècle, un homme bien est un homme qui travaille beaucoup, une femme qui fait beaucoup d’enfants et qui ne travaille pas.

Aujourd’hui, c’est tout un art de l’équilibre. Quelqu'un qui ne fait que travailler est ennuyeux aux yeux de la société. Il faut pouvoir trouver un équilibre avec le loisir, selon nos désirs. Nous avons privatisé le temps. Nous sommes passés au temps à soi. Or si le temps nous appartient, on ne va pas vouloir le perdre, donc nous ne supportons plus l’attente, on tente perpétuellement de réduire toujours le temps perdu. On ne supporte plus les embouteillages urbains.

Autre exemple : la réduction du temps de travail : Elle a eu des répercussions sur la densité de personnes sur trottoir !! On a augmenté le temps de marche dans la ville !

On considère que l’on va encore progresser de 100 000h de vie par génération. Il y aura donc différentes étapes. Le temps n’est pas réparti de façon égale, par exemple entre les sexes. Avant il y avait très peu de vieilles femmes, car elles mourraient toutes en couche, puis avec les avancées de la médecine, on est sur un autre processus. Cela a par exemple eu des répercussions sur le mariage : plus la vie s’allonge, plus on divorce. Avant comme les femmes mouraient en couche, les hommes en changeaient souvent (le prof va un peu loin là…ou pas ?)

Autre chiffres que l’on aime : nous ferons dans notre vie 6000 fois l’amour, alors qu’on ne le faisait que 1000 fois avant la guerre de 14 ! La productivité bébé cependant a baissé !

Les conséquences sur l’espace :

Nous parcourons donc 45km par jour en moyenne par personne : c’est 9 fois plus que les 5 km d’il y a 50 ans ! Depuis l'antiquité, c’était la distance normale pour un piéton, qui n’avait que ses pieds pour se déplacer !

Aujourd’hui on estime qu’il nous faut 15km pour aller travailler, 15 pour aller en vacances, 15 pour aller faire ses courses, etc. Il nous faut penser la ville comme un nuage de 20 à 25 km de rayon. Le TGV a par exemple également fortement restructuré l’habitat dans le Pays de la Loire, à Avignon, etc. Le modèle type pour beaucoup de parisiens, c’est un appart en centre ville loué, et avoir sa propriété à la campagne. Les villes se sont donc réorganisées. Les conséquences sont diverses : dans le commerce par exemple, les grands magasins se trouvent en dehors des villes. Au japon, cela serait une absurdité de faire 20km pour aller acheter à manger, car ce n’est pas du tout écologique.

Il existe en France toute une culture du weekend et des vacances aussi, qui représente le tiers des déplacements. Plus la ville est grande, moins on en sort souvent, car on essaie alors d’en sortir pour longtemps.

Autre conséquence essentielle : les gens habitent à coté de la ville. Si on prend la superficie de la ville de 1950, seul 25% des français y habiteraient aujourd’hui. 20% seraient dans ce qui était considéré comme la campagne profonde. 55% habiterait à côté. C’est le tissu urbain qui s’est développé.

Un autre processus parallèle : la relation domicile-travail ne peut plus être la même qu’avant. Les espaces s’agrandissent mais on ne déplace plus son logement quand on change de travail. Notre espace, la mobilité, les villes, les territoires doivent être repensés.

Mais il est important de noter une segmentation dans ces mobilités :

Il n’y a pas tant d’écarts pour le temps. Les différences concernant l’espace en revanche sont beaucoup plus grandes : il y a d’un coté, ceux qui ne sortent pas de leurs quartiers, les sédentaires et de l’autre des gens hyper mobiles, mondialisés (Sarkozy par exemple fait une moyenne de 700km par jour). Il faut donc aussi prendre en compte les écarts de mobilités pour comprendre nos sociétés. Des populations se ressédentarisent, qui se protège, (banlieues), comme des marquages territoriaux.

Selon lui, il y a 3 modèles territoriaux :

  • Le modèle sédentaire traditionnel 

Ce modèle dure jusque 1870 à peu près, date du début de l’exode rural de masse. Le fait est qu’avant on pense qu’ailleurs, ca va être pareil, donc il n’y a pas de raison de partir. Puis après on va commencer à penser qu’ailleurs c’est différent, on s‘exode alors, et les phénomènes migratoires s’amplifient. Aujourd’hui, la télé en montrant comment est l’ailleurs amplifie ce phénomène.

Aussi, les élites sociales sont mobiles : pouvoir et mobilité sont liés.

A cette époque, les concentrations de population se situe là où le passage est moindre. En effet, dans une société sédentaire, on craint celui qui passe. On se développe a l’abri du passant ;

  • Le modèle migratoire, le modèle de l exode rural

En France de 1870 à 2000. On va partir vers la ville, mais pour s’y « resédentariser ». C’est le modèle qui est actuellement observable en Chine, en Inde, car ils sont dans cette phase d’industrialisation ;

  • Le modèle de mobilité 

L’essentiel de la population est mobile, 70% de la population française part en vacances. 16% qui ne sont jamais partis, surtout des populations âgées, ou parce que elles n’ aiment pas ça. Mais la norme c est la mobilité, soit saisonnière ou soit des changements de régions.

Autre phénomène : le tri territorial pas âge.

A Paris 50% des gens sont célibataires, dans les autre silles 45%. Mais il existe aussi des parties du territoire où il n’y pratiquement pas de célibataire. En gros, la ville accueille les étudiants, puis on y revient quand on divorce, ou quand on est vieux et qu’on se rapproche de l’hosto !!

Il y a donc une segmentation par âge : 50 000 retraités quittent Paris tous les ans pour les régions touristiques du Sud de la France. Or 75% des plus de 60 ans votent à droite, donc les petites villes du Sud qui subissent cette migration passent à droite. Conséquences politiques considérables.

Ainsi, nouveaux temps, nouvelle durée, nouvelles vitesse, nouveaux territoires.

Autre conséquence : il n’y a plus de contrôle social. On ne se croise qu’au domicile, en dehors de ça, on ne sait pas ce que fait l autre, on est dans un anonymat total. Cela modifie le rapport a ses voisins. Nous sommes dans une société d archipel, nous vivons tous les uns près des autres sans se connaître réellement, en étant isolés. Jusqu’à la façon de se présenter est différente, on peut s’inventer des vies puisque l’autre ne sait rien de nous. On joue ! (le prof évoque l’« anecdote» tragique d’un homme qui a caché à sa femme pendant des mois sa situation de chômage en dormant dans sa voiture alors qu’il disait qu’il travaillait de nuit !)

Aujourd’hui, Le territoire se peuple partout, c’est la fin de l exode rural.

Le temps et l’espace sont les deux grandes entrées de nos sociétés pour lui.

On va circuler entre trois temps : le travail, le temps libre et la famille. Toujours entre ces trois activités, il faut chercher des équilibres. Nous sommes en plein débat sur le partage actuellement.

Ces trois temps n’ont pas la même structure d’organisation : avant le père avait les mêmes droits que le patron, jusque 1974, le mari a le droit de battre sa femme, et peut l’empêcher d’avoir un compte cheque !!! Mais depuis 1974, 50% des femmes sont salariées, aujourd’hui elles sont même 75%.

Aujourd’hui, la culture du temps libre n’est pas une culture hiérarchique, on s organise tout seul. L’individu est très actif, et ainsi se télescopent ces deux cultures. On vit en ce moment ces tensions, notamment à propos de la durée du travail dans toute l Europe. En moyenne les couples travaillent 70h. Dans les pays du sud de l Europe, beaucoup des femmes diplômées qui travaillent, notamment en Espagne ou au Japon n’auront pas d enfants.

La régulation travail-famille n’est donc pas la même partout. Dans les modèles nord européens, on a socialisé en entier les soins du peuple. Les maisons de retraite sont très équipées. Les crèches aussi sont très développées. Ainsi, en socialisant des taches, qui étaient aupravant du domaine de la fille, de la mère, de l’épouse, les pays du nord de l Europe sont parvenus à un chômage féminin plus faible que le chômage masculin.

Donc sur trois idées, nous notons que les modèles choisis sont très différents, et les batailles idéologiques aussi. En ce moment, on bataille sur le temps de travail en France, qui est lié au nombre de bébé par femmes (car si on doit travailler plus pour gagner plus, on a moins de temps pour faire des enfants).C’ est une stratégie que nous avons choisi : ok on a des dettes mais on fait des bébés, donc on pourra mieux payer nos retraites ! (il parle de son récent voyage à Tokyo, et mentionne qu’il n’y a vraiment pas beaucoup d enfants dans les rues de la mégalopole japonaise)

L’idée est donc de comprendre que le temps libre a été un grand transformateur de nos sociétés. Les innovations sociales, les modes, les rapports aux gens, aux lieux s’en sont considérablement transformés. On a le plus changé avec les vacances et la télé, qui nous ont fait découvrir de nouvelles cultures, des nouvelles habitudes. Mais cela pose un problème aussi : à la télé et en vacances, on essaie de masquer l’effort, on essaie de ne pas nous montrer les gens qui travaillent.

On est dans une profonde rupture du temps et de l espace. On est entré dans une nouvelle culture légitime. A partir de ce nouveau temps, se construit un nouvel équilibre entre la vie privée et sociale. Ce qui change, c est tout ce qui a trait à la valeur travail, par exemple la culture des hiérarchies, les appartenances. La théorie que le prof défend est que la nouvelle structure de notre culture est une structure mobile. La durée moyenne de vie des couples est de 8 ans, et pour ce qui est de la relation patron-salariés, elle est de 11 ans.

On lit les traces d’une culture dans le sol, dans la pierre aussi, dans nos constructions donc.

Si l’on nous donne aujourd’hui une carte où l’on doit écrire où on se sent chez soi, c'est-à-dire le pays où l’on est né, le lieu de nos vacances, notre appart, cela crée un espace unique, tout à fait personnel, un territoire en archipel. D’une hyper connaissance d’un micro territoire d’antan nous sommes passés à une hyper connaissance de multiples territoires.

Mais la encore, existent des exclusions, car est aussi permis l’évitement. Exemple : le sdf est désaffilié du marché de l amour, de la famille, du travail, il est totalement désaffilié.

Aujourd’hui, il faut repenser la question du travail : c’est pour lui, la question essentielle. En effet, avant, le travail était donc la base du temps, mais aujourd’hui, le travail est une des activités du temps. Il a une fonction pour de l argent, du statu, de la création, mais n’est plus le seul. On passe à un ordre du temps a soi est se créer une crise politique due à la déshérence de règles. La hiérarchie, l’effort, les valeurs communes, induisaient un ordre social, celles-ci sont en crise. C’est une crise politique et non du lien social comme nous pouvons l‘entendre. Nous avons toujours autant d amis. On a juste privatisait les liens sociaux, maintenant les amis ne se réunissent plus dans la rue, au café, mais dans les maisons. Avant le logement était uniquement familial, pas pour les amis. Il y a donc des gros problèmes, pour savoir où est l’espace de la cité, du politique.

C’est la crise d’une société de réseau, interpersonnels, grâce aux moyens de communication, donc qui gardent beaucoup de liens sociaux, mais qui ne sait pas ce qu’elle doit faire avec la part défavorisé, exclue de la société…  « On intègre dans les hlm comme hier ? » Non on est plus dans cette société, alors comment se posent les conditions d intégration ? Comment on démocratise cette culture privée à la partie la plus faible de la société ? Comment après on fait société ensemble ? Comment on fait Cité? Comment on partage une culture collective, TOUS ENSEMBLE ?

On fait humanité avec de grands évènements, coupe du monde de foot, de rugby.

Il y a donc des nouvelles questions, avec de nouvelles façons de vivre.

Le débat autour des 35h est au cœur de ces tensions. L’idée de 35h avant, venait d’une volonté politique de pouvoir travailler, surtout pour les femmes, en harmonie avec la vie de famille. Puis en 1997, lorsque la loi passe, les 35h ne sont pas pensés dans ce sens, mais dans un objectif de réduction du chômage. C’est donc pour une question comptable que la décision est prise, mais comme le résultat par rapport au chômage n’est pas clair dix ans plus tard, les socialistes eux-mêmes ne parviennent à défendre leur réforme. Ils ne peuvent défendent du sens, car cela n’était pas à l’origine de la loi. Mais derrière, ce dont il est question, sont les problèmes de la parité dans le travail, car on est dans une société où le CDI protège plus le travail que le mariage.

Autre donnée : plus nous sommes dans une société d’individus, plus nous sommes responsables de notre destin. Cela est très lourd à porter pour l’individu ! Cela laisse une très grande liberté mais aussi une très grande responsabilité. Des sociétés peuvent avoir de cette nouvelle responsabilité une vision positive ou négative. Si la responsabilité est bien gérée, genre la flexi-sécurité, ok, c’est bien accepté, mais si nous ne sommes pas complètement libres, et devons assumer beaucoup de responsabilités comme en France, là c’est perçu comme négatif.

Question à propos des couples :

Pour lui, on a gagné en liberté de choix. Les couples se forment pendant les études. La structure des étapes de la vie a beaucoup changé, par exemple la vie sexuelle commence beaucoup plu tôt. Aussi l’ordre des étapes a changé.

Il y a des temps de densité différente à l’intérieur de la vie :

  • jeune, on ne travaille pas tant que ça, qu’on le veuille ainsi ou non,

  • puis la vie sexuelle s’initie, elle dure longtemps,

  • puis on commence à tout faire en même temps, on choisi son lieu de résidence, on se marie, on a un enfant, un cdi.

Pourquoi aussi la durée du contrat travail s’est-elle allongée malgré les apparences ? Parce qu’en fait, une frange de la population active change beaucoup de travail, et une autre frange de celle-ci fait tampon.
Les femmes seules avec enfants et à temps partiel sont bien nombreuses aussi, on en parle peu alors qu’elles sont souvent elles aussi dans une situation d’exclusion.
Chaque fois que l’on gagne en liberté, la société est plus contente.

Le velib’ est un investissement public très inégalitaire car il touche essentiellement les parisiens du centre ville. Les sociétés qui s’adaptent le mieux sont celles qui éduquent à la société du risque. La production de richesses, de connaissances etc. se développe très vite, il faut s’y adapter, créer des systèmes de protection.

Il ne faut pas croire que ce mouvement soit un choix, mais c’est bien parce que l’essentiel du capital que l’on acquiert, on le met dans le cerveau donc dans les individus. On investit peut être 200 000 euros dans notre tête au cours de nos études.

Aujourd’hui 40% des gens travaillent sur le corps des autres, (avant ces 40% travaillait dans le « ramassage »), 12% s occupent du sol (paysan, ceux qui font les routes, les ports, etc.), 20-25% font des objets, et le reste font de la logistique.

Dans le processus de mondialisation, se déroulent deux phénomènes :

C’est tout d’abord la « grande réunion de tribus » (Edgar Morin), c'est-à-dire que les hommes sont partis d’Afrique, puis ils sont devenus blanc, jaune, etc. etc., ils ont conquis la planète. Aujourd’hui nous avons conquérir la planète depuis l’époque de la colonisation, où nous avons conquérir non plus des terres mais des peuples. Aujourd’hui on dit toutes les cultures sont égales, (même les racistes le disent ! sauf qu’ils rajoutent que nous sommes tous mieux chacun soi !).

Donc on assiste à un voisinage des tribus aujourd’hui, certes on s’influence les unes les autres mais on ne crée plus de culture.

Ensuite, avec la mondialisation, nous nous rendons compte que nous ne sommes que sur une petite terre. On est dans un  dedans. Avant il y avait toujours un dehors où repousser les intrus.

Nous avons donc un double mouvement, et nous comprenons que personne n’a la capacité écologique de gérer la planète. On ne peut pas démocratiser la planète (c'est-à-dire, un individu, une voix) car alors la planète serait asiatique et ça, les occidentaux ne le laisseront pas.

Si notre désir est que les autres vivent aussi bien que nous, d’ici peu nous serons tous morts ! On est donc dans une époque passionnante, car on a une nécessité d’innovation.

Notre paradigme : formule de J. Fourastié : « on arrive dans le temps de vie complète » : on va trouver normal de vivre tous vieux. C’est le rêve de l’humanité depuis toujours dans les pays industrialisés, mais en même temps, s’il arrive pour tout l monde, l humanité disparaît ! On est donc obligé d’innover en ce qui concerne nos modes de vie et nos technologies. On se pose la question à savoir si l’on revient dans nos anciens modes de vie ou si l’on développe nos connaissances scientifiques pour permettre à tout le monde de vivre vieux tout en restant avec notre confort.

C’est une situation paradoxale.

Pour un auteur de je ne sais plus où mais dont il n’a même pas donné le nom, il y a 3 époques extraordinaire dans l’histoire de l’humanité : la chute de l empire romain avec l’avènement de la chrétienneté, la découverte de l’Amérique, et aujourd’hui avec les problèmes d’environnement. Et bien à chaque foi les individus ont eu peur, et pour cela ils sont tombés alors que les individus après ont trouvé des solutions et ont toujours trouvé ces civilisations extraordinaires ! Est-ce qu’on reviendra à des liens sociaux rigides et rares?
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