Intervention de Catherine Bizot, directrice du numérique pour l’éducation





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Les métamorphoses de la parole à l’heure du numérique : lundi 17, mardi 18 et mercredi 19 novembre 2014. Dans le cadre du RDV national « Les Métamorphoses du livre et de l’écriture à l’heure du numérique ».

Compte rendu D’Anne Séaume, professeure-documentaliste

Les technologies numériques facilitent dans les pratiques pédagogiques et les apprentissages l’intégration des différents médias et peuvent permettre de rééquilibrer les rapports entre l’oral et l’écrit.

C’est à la parole comme expression orale, verbale de la pensée qu’est consacré ce séminaire. La parole a un rôle essentiel dans la construction des connaissances.

Par la parole passe le rapport aux œuvres. La parole (liée parfois à la musique) favorise une expérience des savoirs qui sollicite des capacités d’émotion et d’expression. La parole par la diction et par l’écoute, permet de s’approprier les textes. Elle permet d’ « emprunter des voies de l’intelligence qui ne soient pas seulement celles de la description et de l’analyse des procédés, et d’habiter plus intimement la langue et les œuvres ». La parole donne corps à la langue.

Que deviennent l’éloquence et la conversation à l’heure des forums, des SMS, des réseaux sociaux et de twitter ? Qu’en est-il des échanges dans lesquels se nouent les relations d’ « amitié » ? N’y a-t-il plus que la radio pour faire entendre le charme des voix et de la parole ?

L’orale ne peut-il pas réconcilier avec la langue et avec les savoirs (avec l’école ?) ?

Quelle est la place de l’oral à l’école ? Comment peut-on s’appuyer sur le numérique pour lui donner toute sa place ?

Première journée matinée :

Intervention de Catherine Bizot, directrice du numérique pour l’éducation :

On parle bien de « métamorphose » et pas de « rupture » ou de « révolution ».

Le numérique doit être un « levier ». L’entrée ne doit pas se faire par les outils même si évidemment les équipements sont indispensables. L’entrée doit se faire par les apprentissages. C’est le « numérique sur tous les supports pour » : partager, produire, coproduire, faire connaître les scénarios pédagogiques, déployer des usages … (évaluer ?)

Le numérique doit permettre de :

- se libérer du formalisme.

- d’accéder à de nouveaux modes d’apprentissage

- un rapport différent (lequel ?) à la culture et au patrimoine

- favoriser le plaisir et l’intérêt d’apprendre

- de nouvelles possibilités pour l’oral. (Lesquelles ?)

Une condition : ne pas laisser les élèves seuls face aux outils. Ne pas en faire des consommateurs « béats » touchés par les aspects « commerciaux ». Ou leur permettre de ne pas le devenir. Nos élèves sont des « orphelins du numérique » dans le sens où les parents n’ont pas transmis par expérience le regard critique indispensable.

Intervention de Paul Raucy, inspecteur général de l’éducation nationale, doyen du groupe des lettres :

Il y a de la parole dans l’enseignement et il y a l’enseignement de la parole. La parole apporte de la vivacité.

Il fait référence à Jean Jacques Rousseau dans son Essai sur les origines des langues : le corps et l’affecte – plus que l’esprit – sont dans la parole. Il donne l’exemple des rencontres autour du puis (chapitre 10) qui montrent aussi l’importance de disposer du temps de parler. Il insiste sur l’intérêt d’avoir recours plus fréquemment à la parole contre « la férocité ».

Il relie les émotions à la parole (y compris la lecture à voix haute) en disant qu’elle permet de sortir de l’indifférence liée à d’autres types de lecture, comme la lecture analytique. La parole permet d’accéder au sens, par le biais des effets ressentis ou produits par les élèves.

L’écrit sert à conserver et à transmettre. Les œuvres sont vives si elles sont lues et entendues (« entendre les voix des œuvres »). La parole des élèves permet de s’approprier les textes. La parole des professeurs permet de transmettre du sens et le goût des œuvres. C’est une « parole véritable qui l’engage » auprès des élèves.

A quoi peuvent servir les outils numériques ? « Brouillons de lecture » ? Montages ? Accompagnements ?

Rousseau fait aussi référence au lien fort entre parole, poésie et musique. Or le numérique permet d’associer différents langages.

Selon Rousseau, historiquement, l’écriture est une « parole dégradée » qui a perdu de sa vivacité et de sa force. Petit à petit se sont séparées musique, poésie et écriture et chacune s’est développé de manière autonome.

A l’école, les enfants sont sensés savoir parler en y entrant et se consacrent à apprendre à écrire. La parole devient alors un objectif d’enseignement secondaire. De plus l’oral de communication n’est pas l’oral d’évocation ou d’argumentation de l’école. Quel oral doit-on développer à l’école ? Et quel est le rôle que peut jouer le numérique ?

Vidéo : 1er prix des établissements étrangers pour le concours « Dis moi dix mots » : la Coruna en Espagne (classe de 3ème FLE) :

N’hésitez pas à aller voir les autres productions du concours « dis-moi dix mots » :

Intervention de Arlette Farge, directrice de recherche CNRS, rattachée au centre de recherches historiques de l’EHESS : Fait aussi des émissions sur France Culture.

Conférence « La voix, l’écrit, la trace »

Bibliographie : Essai pour l’histoire des voix au XVIIIème siècle d’Arlette Farge

Au XVIIIème existe-t-il des traces des voix ? Est-il possible de les retrouver ?

Les « oralités » ont intéressé de nombreux historiens. Mais Diderot dit « ce qui manque à l’histoire c’est la voix ».

Arlette Farge a travaillé à partir des archives de la police (plaintes et demandes d’enfermement par les familles), qui transmettent les paroles « dérisoires » du peuple. Ces paroles dites ont été transcrites par un greffier. Ces paroles ordinaires sont « le ciment d’une société ».

Les voix sont très hiérarchisées, liées aux fonctions, aux pouvoirs. Cela fait changer la hauteur, l’intonation, le débit, les phrasés. La parole de l’église « en chair » contient beaucoup de graves et basses. Mais parfois on est face aux voix « incultes » des prêtres ruraux qui ne comprenaient pas ce qu’ils lisaient en latin.

Pendant la guerre « des farines », se faisaient face les voix officielles et les répliques du peuple. La voix du roi est une voix qu’on imagine gigantesque pourtant personne ne l’a jamais entendu et cela serait risqué de la faire entendre (elle risque de ne pas être à la hauteur). On reprochait parfois à ceux qui criaient les ordonnances de dévier la parole royale et cela n’était pas bon signe pour le roi.

Au XVIII, les conversations étaient l’outil des grands, un outil de combat. Il existait des traités de conversation y compris pour les attitudes, les tenues des corps. Par exemple le ressenti personnel ne doit pas apparaître contrairement à la « colère politique ». On évite le spontané. Des conseils spécifiques sont donnés aux femmes (comme escamoter le « r »). Cela crée des postures artificielles utilisées avec ruse et hypocrisie. On assiste à des duels oraux cruels y compris entre hommes et femmes.

Certains pratiquaient le « persiflage », un discours exagéré où l’on se moque de tout et de tous (cf les Liaisons Dangereuses), bien sur lié au libertinage. Il s’agit de subjuguer (mettre sous le joug) par la voix. Plus la noblesse hésite et doute plus elle a recours au persiflage.

Qu’en est-il de la voix du peuple retrouvée notamment dans les archives policières ? Beaucoup de textes sont écrits en phonétique et on ne peut les comprendre qu’en les lisant à voix haute. Des mots sont « agglutinés » d’autre « éclatés ». Exemple : ordeta (pour hors d’état).

Ces voix sont méprisées et considérées comme des bruits qui ne comportent ni pensée ni intelligence. Une cacophonie, un brouhaha de la rue. Ceux qui peuvent lire lisent les affiches aux autres. Mais le roi est attentif à ces « cacophonies ». Ses « mouchards » sont dans la rue et doivent rendre des comptes chaque semaine, c’est « le mardi des coassements des grenouilles ».

Même si les historiens travaillent sur des retranscriptions, ils entendent la voix du peuple. Et le peuple parle des voix. Dans les plaintes pour séduction puis abandon, les femmes parlent de la parole et la voix comme moyen de séduction au début mais aussi ensuite comme signe d’abandon et de violence (le ton de la voix change pour se faire agressif ou méprisant).

Dans les descriptions des émeutes, on retrouve des descriptions de voix, y compris celles des femmes. Les greffiers notent parfois en commentaire les façons de parler (« n’utilise pas d’article », « bégaie » …).

Rousseau (encore lui) relie les langues aux environnements (climat, nature …). Mais les voix changent aussi avec le temps. Si on écoute de vieux enregistrements radiophoniques on s’en rend compte.

Le XVIIIème permet-il de comprendre les voix du XXIème ? Les jeunes d’aujourd’hui ne comprennent pas pourquoi ils devraient connaître d’autres façons de parler que la leur. Or la voix est un outil, parfois une arme. Pour accéder à autrui on a besoin de voix (voies ?) inconnues.

A écouter sur France Culture dans la Fabrique de l’histoire

Intervention de Pascal Cordereix, conservateur en chef, département audiovisuel de la BNF. « Les Archives de la parole »

Présentation de ressources numérique audio par Gallica Bibliothèque numérique.

De nombreux enregistrements sont disponibles : lectures de textes par leur auteur ou des voix célèbres (ex. Apolinaire), débats, entretien avec des gens de la rue ou au cours d’événements importants comme l’exposition universelle de 1931 (« sons » des pays), discours de partis politiques, récits de vie de policiers …

Certains sont sur Gallica, d’autres sont à écouter en salle de recherche (comme les témoignages de policiers). Les discours de la 1ère guerre mondiale sont déjà libres de droits.

Première journée après midi  « parole écrite parole orale »:

En leur adjoignant des voix, en facilitant l’enregistrement des lectures et des interprétations personnelles, les outils numériques semblent ouvrir de nouvelles voies d’accès aux textes, permettre aux élèves de renouer avec une certaine tradition de la littérature orale, rendant peut-être ainsi à la parole orale un rôle majeur dans la découverte et l’appropriation de la parole écrite des œuvres, en ranimant les voix qui y dorment, en réchauffant les paroles gelées pour les faire entendre et les confier à d’autres voix.

Intervention de Christophe Ronveaux, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Genève : « que peuvent apporter les outils numériques à la lecture à haute voix des textes littéraires ?» ou « le patrimoine, le corpus sonore et l’école à l’ère de la matérialité numérique ».

Quelles ressources sur la toile ? Quels savoirs à acquérir ?

Il donne l’exemple des différentes versions du conte « Le loup et l’agneau » sur I-Tunes et You-Tube. Certaines sont des lectures du texte tel quel, d’autres des mises en musique, d’autres transforment le texte (en donnant parfois une interprétation politique).

Dans ce pot pourri, y-a-t-il des points communs enseignables ?

  • Présence de personnages antagonistes contrastés. Utilisation de conventions symboliques, voir de stéréotypes. Par exemple dans la plupart des performances ce sont toujours les mêmes personnages qui ont des voix graves ou aigues.

  • Peut-on oraliser une humeur ? L’accent, l’insistance quelque soit l’époque porte toujours sur le même mot (ici « châtié »).

  • A la fin, dans toutes les lectures l’intensité diminue pour faire sentir le scandale qui est derrière quelque chose qu’on a du mal à dire.

Qu’en fait-on dans les classes ? Il encourage les enseignants à utiliser des enregistrements dans les classes mais il faut pouvoir clarifier les objets à enseigner. Enseigner les pauses respiratoires et la fréquence ce n’est pas enseigner le « ton juste ».

Intervention de Jean Bellorini, dramaturge et metteur en scène : « comment le théâtre peut-il dégeler les paroles ? De la lecture silencieuse à la parole mise en voix et mise en espace ».

Extrait d’une pièce réalisée à partir d’un livre de Rabelais Le Quart Livre, concernant le passage sur les paroles gelées. (Impossible malheureusement de trouver cet extrait ou un accès à l’œuvre même pas en DVD).

Des liens existent entre raison et sensible, entre intuition et connaissance. Lorsqu’on transmet une œuvre, on n’a pas conscience de ce qu’elle va devenir avec celui à qui on la transmise. Il cite Paul Valéry : « ne vous hâtez point d’accéder au sens », demeurez à cet état musical le plus longtemps possible.

Son dernier spectacle porte sur les gens violents sans parole. (Liliom ou la vie et la mort d’un vaurien)

A mon avis il peut être très intéressant de se procurer ou de voir ces spectacles avec des élèves.

Présentation d’actions pédagogique 1 : A Toulouse, des écoles et des collèges (dont Michelet) travaillent sur le conte de Barbe Bleue et utilisent le livre numérique comme outil de co-production alliant écriture, expression d’avis, lecture à voix haute, illustrations, vidéos …

Exemple de consignes données aux élèves :

  • Parmi ces illustrations en choisir une pour représenter Barbe Bleue (avant d’avoir lu le livre puis après) /Idem pour représenter une scène dans le conte.

  • Rédiger une lettre d’invitation au mariage avec Barbe Bleue comme si vous étiez « La plus jeune » ou sa mère.

  • Quelle moralité peut-on tirer de cette histoire ? La plus jeune a-t-elle bien fait ?

Ce travail a pour objectif, entre autre d’exercer à l’empathie fictionnelle. Le livre a été créé avec didapage (version gratuite).

Présentation d’action pédagogique 2 : Echanges par visioconférence et de lectures enregistrées du Temps Retrouvé de Proust (relié à la 1ère Guerre Mondiale) dans l’Académie de Paris

Deuxième journée matinée « parole, musique et voix ».

Entretien de Henri de Rohan-Csermak IGEN avec Mathias Auclair, conservateur de la bibliothèque-musée de l’Opéra (BNF) : « parole parlée, parole chantée »

Série de référence où sont mêlées voix parlé et musique

  • Il nous fait écouter des extraits de Carmen (disponible sur Gallica) où alternent le chanté et le parlé. Il explique que l’opéra comique n’a pas été crée pour des raisons esthétiques ou artistiques mais historiques et politiques. En effet le « tout chanté » était un privilège royal. Pour avoir le droit de représenter la pièce on a cherché à éviter le « tout chanté ». Napoléon mettra ensuite fin à ce privilège mais d’autres obligations apparaîtront à caractère nationalistes et sociales.

  • Quelques références de poèmes déclamés avec une voix chantée à écouter sur Gallica. Le poème peut devenir une partition avec une forme ouverte. Chaque interprète se l’approprie et crée lui-même

  • Fait référence à la Sonate Originelle (ursonate) de Kurt Schwitters.

  • Debussy

  • Parle de la façon dont Schonberg utilise la voix.

  • John Cage (Irish Circus) utilise la parole comme musique. La parole est un élément intégré avec des lectures de textes littéraires, des sons, des bruits. Cela est à mettre en relation en peinture avec De Gotex, Hans Hartung, Kandinsky.

https://encrypted-tbn3.gstatic.com/images?q=tbn:and9gcsas3rwozqqg0oa5nvebdcyel_8d3rjzkcrvdauyllwp4zymtq7 Ex pour Hartung (n’a pas été montré le jour de la formation).

  • L’électronique a apporté d’autres moyens. Berio a transformé la Symphony n° 2 Résurrection de Gustave Malher en utilisant divers sources musicales dont des voix sous forme parlée. Version transformée de Berio.

  • Référence à Sylvie Fleury qui associe des néons, des voix, de la musique électronique.

  • Référence à Steve Reich avec :

    • The cave, Il s’agit d’un triptyque autour des questions religieuses sur les origines des personnages centraux de l’Ancien testament. S’y mêlent instruments, vidéos, voix (interviews) …

    • et It’s been a honeymoon dans City Life, œuvre dans laquelle il utilise les bruits (dont des voix) de la ville de New York, comme support rythmique de composition.

  • Référence à Berio avec sequenza III, per voce femminile (1965).
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