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Le remarquable, dans le développement auquel tout à l’heure je me suis référé, de l’énonciation logicienne,

où peut-être d’aucuns se seront aperçu qu’il ne s’agit de rien d’autre que du « théorème de Gödel » concernant l’arithmétique,

c’est que ce n’est pas à partir des valeurs de vérité que GÖDEL procède à sa démonstration qu’il y aura toujours dans le champ

de l’arithmétique quelque chose d’énonçable dans les termes propres qu’elle comporte, qui ne sera pas à la portée

de ce qu’elle se pose à elle-même comme mode à tenir pour reçu de la démonstration - ce n’est pas à partir de la vérité,

c’est à partir de la notion de dérivation.



C’est en laissant en suspens la valeur vrai ou faux comme telle, que le théorème est démontrable. Ce qui accentue

ce que je dis de la béance logicienne sur ce point là, point vif - point vif en ce qu’il illustre ce que j’entends avancer -

c’est que si le réel - assurément d’un accès facile - peut se définir comme l’impossible - cet impossible en tant qu’il s’avère

de la prise même du discours, du discours logicien - cet impossible-là, ce réel-là doit être par nous privilégié. « Par nous » : Par qui ? Par les analystes. Car il donne d’une façon exemplaire, qu’il est le paradigme de ce qui met en question ce qui peut sortir du langage. Il en sort certains types - que j’ai définis - de discours, comme étant ce qui instaure un type de lien social défini.
Mais le langage s’interroge sur ce qu’il fonde comme discours. II est frappant qu’il ne puisse le faire qu’à fomenter

l’ombre d’un langage qui se dépasserait, qui serait métalangage. J’ai souvent fait remarquer qu’il ne peut le faire

qu’à se réduire dans sa fonction, c’est-à-dire déjà à engendrer un discours particularisé.

Je propose - en nous intéressant à ce réel en tant qu’il s’affirme de l’interrogation logicienne du langage - je propose

d’y trouver le modèle de ce qui nous importe, à savoir de ce que livre l’exploration de l’inconscient qui loin d’être

- comme a pensé pouvoir le reprendre un JUNG à revenir à la plus vieille ornière - loin d’être un symbolisme sexuel universel, est très précisément ce que j’ai tout à l’heure rappelé de la castration, à souligner seulement qu’il est exigible qu’elle ne se réduise pas à l’anecdote d’une parole entendue.



Sans quoi, pourquoi l’isoler, lui donner ce privilège de je ne sais quel traumatisme, voire efficace de béance ?

Alors qu’il n’est trop clair qu’elle n’a rien d’anecdotique, qu’elle est rigoureusement fondamentale dans ce qui,

non pas instaure, mais rend impossible l’énoncé de la bipolarité sexuelle comme telle, à savoir comme - chose curieuse -

nous continuons de l’imaginer au niveau animal. Comme si chaque illustration de ce qui, dans chaque espèce,

constitue le tropisme d’un sexe pour l’autre n’était pas aussi variable pour chaque espèce qu’est leur constitution corporelle.
Comme si, de plus, nous n’avions pas appris - appris déjà depuis un bout de temps - que le sexe…

au niveau non pas de ce que je viens de définir comme le réel,

mais au niveau de ce qui s’articule à l’intérieur de chaque science, son objet étant une fois défini

…que le sexe, il y a au moins deux ou trois étages de ce qui le constitue, du génotype au phénotype et qu’après tout,

après les derniers pas de la biologie - est-ce que j’ai besoin d’évoquer lesquels ? - il est sûr que le sexe ne fait que prendre place comme un mode particulier dans ce qui permet la reproduction de ce qu’on appelle un corps vivant.
Loin que le sexe en soit l’instrument type, il n’en est qu’une des formes, et ce qu’on confond trop - encore que FREUD là-dessus ait donné l’indication, mais approximative - ce qu’on confond trop c’est très précisément la fonction du sexe

et celle de la reproduction.
Loin que les choses soient telles qu’il y ait la filière de la gonade d’un côté, ce que WEISSMANN appelait le germen,

et le branchement du corps, il est clair que le corps, que son génotype véhicule quelque chose qui détermine le sexe

et que ça ne suffit pas : de sa production de corps, de sa statique corporelle, il détache des hormones qui,

dans cette détermination, peuvent interférer. Il n’y a donc pas d’un côté

  • le sexe, irrésistiblement associé - parce qu’il est dans le corps - à la vie, le sexe imaginé comme l’image de ce qui dans la reproduction de la vie serait l’amour, il n’y a pas cela d’un côté

  • et de l’autre côté le corps, le corps en tant qu’il a à se défendre contre la mort.


La reproduction de la vie telle que nous arrivons à l’interroger, au niveau de l’apparition de ses premières formes,

émerge de quelque chose qui n’est ni vie ni mort, qui est ceci : que très indépendamment du sexe - et même à l’occasion

de quelque chose de déjà vivant - quelque chose intervient que nous appellerons le programme ou le codon encore, comme ils disent à propos de tel ou tel point repéré des chromosomes. Et puis le dialogue « vie et mort »,

ça se produit au niveau de ce qui est reproduit et ça ne prend à notre connaissance un caractère de drame

qu’à partir du moment où dans l’équilibre vie et mort, la jouissance intervient.
Le point vif, le point d’émergence de quelque chose qui est ce dont tous ici nous croyons plus ou moins faire partie,

l’être parlant pour le dire, c’est ce rapport dérangé à son propre corps qui s’appelle jouissance. Et cela, ça a pour centre,

ça a pour point de départ - c’est ce que nous démontre le discours analytique - ça a pour point de départ un rapport privilégié à la jouissance sexuelle. C’est en quoi la valeur du partenaire autre, celle que j’ai commencé de désigner respectivement par l’homme et par la femme, est inapprochable au langage, très précisément en ceci : que le langage fonctionne, d’origine, en suppléance de la jouissance sexuelle, que c’est par là qu’il ordonne cette intrusion, dans la répétition corporelle, de la jouissance.
C’est en quoi je vais aujourd’hui commencer de vous montrer comment, à user de fonctions logiques, il est possible

de donner de ce qu’il en est de la castration une autre articulation qu’anecdotique. Dans la ligne de l’exploration logique du réel,

le logicien a commencé par les propositions. La logique n’a commencé qu’à avoir su, dans le langage, isoler la fonction de ce qu’on appelle les prosdiorismes, qui ne sont rien d’autre que le « Un », le « quelque », le « tous » et la négation de ces propositions.
Vous le savez, ARISTOTE définit pour les opposer, « les Universelles » et « les Particulières », à l’intérieur de chacune : « affirmative » et « négative ». Ce que je peux marquer, c’est la différence qu’il y a de cet usage des prosdiorismes à ce qui…

pour des besoins logiques, à savoir pour un abord qui n’était autre que de ce réel qui s’appelle le nombre

…ce qui s’est passé de complètement différent.
L’analyse logique de ce qu’on appelle fonction propositionnelle s’articule de l’isolement dans la proposition, ou plus exactement du manque, du vide, du trou, du creux qui est fait, de ce qui doit fonctionner comme argument. Nommément il sera dit que

tout argument d’un domaine, que nous appellerons comme vous le voulez X ou un A gothique [;] - tout argument

de ce domaine mis à la place laissée vide dans une proposition, y satisfera, c’est-à-dire lui donnera valeur de vérité [; !].
2a
C’est ce qui s’inscrit de ce qui est là en bas à gauche, ce A renversé X : ; ! - peu importe quelle est là la proposition, la fonction prend une valeur vraie pour tout X du domaine. Qu’est-ce que cet X ? J’ai dit qu’il se définit comme d’un domaine.

Est-ce à dire pour autant qu’on sache ce que c’est ? Savons-nous ce que c’est qu’un homme, à dire que « tout homme est mortel  » ? Nous en apprenons quelque chose du fait de dire qu’il est mortel et justement de savoir que pour tout homme, c’est vrai. Mais avant d’introduire le « tout homme » nous n’en savons que les traits les plus approximatifs et qui peuvent se définir

de la façon la plus variable. Ça, je suppose que vous le savez depuis longtemps, c’est l’histoire que PLATON rapporte, n’est-ce pas, du poulet plumé13.
Alors c’est bien dire qu’il faut qu’on s’interroge sur les temps de l’articulation logique, à savoir ceci : que ce que détient

le prosdiorisme n’a, avant de fonctionner comme argument, aucun sens, il n’en prend un que de son entrée dans la fonction.

Il prend le sens de vrai ou de faux. Il me semble que ceci est fait pour nous faire toucher la béance qu’il y a du signifiant

à sa dénotation, puisque le sens, s’il est quelque part, il est dans la fonction, mais que la dénotation ne commence qu’à partir

du moment où l’argument vient s’y inscrire.
C’est du même coup mettre en question ceci qui est différent, qui est l’usage de la lettre E également inversée : ,

« il existe ». « Il existe » quelque chose qui peut servir dans la fonction comme argument et en prendre ou n’en pas prendre valeur de vérité. Je voudrais vous faire sentir la différence qu’il y a de cette introduction de l’« il existe » comme problématique :



  • à savoir, mettant en question la fonction même de l’existence par rapport à ce qu’impliquait l’usage des particulières dans ARISTOTE,




  • à savoir que l’usage du « quelque » semblait avec soi entraîner l’existence, de sorte que, comme le « tous » était censé comprendre ce « quelque », le « tous » lui-même prenait valeur de ce qu’il n’est pas, à savoir d’une affirmation d’existence.



Nous ne pourrons - vu l’heure - le voir que la prochaine fois, il n’y a de statut du « tous », à savoir de l’Universel,

qu’au niveau du possible. Il est possible de dire - entre autre - que « tous les humains sont mortels ». Mais bien loin

de trancher la question de l’existence de l’être humain, il faut d’abord, chose curieuse, qu’il soit assuré qu’il existe.

Ce que je veux indiquer, c’est la voie où nous allons entrer la prochaine fois. Je voudrais dire que de l’articulation

de ces quatre conjonctions argument-fonction sous le signe des quanteurs :

2a
C’est de là et de là seulement que peut se définir le domaine dont chacun de ces X prend valeur.

Il est possible de proposer la fonction de vérité qui est celle-ci, à savoir  que « tout homme » se définit de la fonction phallique,

et la fonction phallique est proprement ce qui obture le rapport sexuel.
C’est autrement que va se définir cette lettre : « A renversé » dite quanteur universel, munie, comme je le fais de la barre

qui la nie : .. J’ai avancé le trait essentiel du « pas tous » : . !, comme étant ce dont peut s’articuler un énoncé fondamental quant à la possibilité de dénotation que prend une variable en fonction d’argument.
La femme se situe de ceci que ce n’est « pas toutes » qui peuvent être dites avec vérité en fonction d’argument dans ce qui s’énonce de la fonction phallique. Qu’est-ce que ce « pas toutes » ? C’est très précisément ce qui mérite d’être interrogé comme structure, car contrairement - c’est là le point très important - à la fonction de la « particulière négative »,

à savoir qu’il y en a « quelques » qui ne le sont pas, il est impossible d’extraire du « pas toutes » cette affirmation.
C’est le « pas toute » à quoi il est réservé d’indiquer que - quelque part, et rien de plus - elle a rapport à la fonction phallique.

Or c’est de là que partent les valeurs à donner à mes autres symboles. C’est à savoir que rien ne peut approprier

ce « tous » à ce « pas toutes », qu’il reste - entre ce qui fonde symboliquement la fonction argumentaire des termes :

l’homme et la femme - qu’il reste cette béance d’une indétermination de leur rapport commun à la jouissance.

Ce n’est pas du même ordre qu’ils se définissent par rapport à elle.
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