Leçon 9 10 mai 1972 Leçon 10 17 mai 1972 01 Juin 1972 Le savoir du psychanaliste Leçon 11 14 juin 1972 Leçon 12 21 juin 1972 j eudi 4 n ovembre 1971 «E ntretiens de s ainte -a nne»





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pouvons aujourd’hui ici - c’est pas des choses que j’irais produire là-bas, à l’autre place où heureusement

je dis des choses plus sérieuses - ici parce que c’est impliqué dans ce sérieux je développe toujours plus en pointe,

et en restant toujours à la-dite pointe comme à mon dernier séminaire - j’espère qu’il se fera qu’au prochain il y aura moins de monde : ce n’était pas rigolo - mais enfin ici on peut rigoler un peu, c’est des amusements comiques.
Dans l’ordre de l’amusement comique, la parole, c’est pas pour rien que dans les dessins animés on vous la chiffre

sur des banderoles : la parole c’est comme là où ça bande... rôle ou pas ! C’est pas pour rien que ça instaure la dimension de la vérité, parce que la vérité, la vraie, la vraie vérité, la vérité telle qu’il se fait qu’on a commencé à l’entrevoir seulement avec le discours analytique, c’est que ce que révèle ce discours à tout un chacun, qui simplement s’y engage d’une façon axante comme analysant, c’est que...

excusez-moi de reprendre ce terme, mais puisque j’ai commencé, je ne l’abandonne pas

...c’est que de bander - c’est ce que là-bas, place du Panthéon, j’appelle - c’est que de bander, ça n’a aucun rapport

avec le sexe, pas avec l’autre en tout cas ! Bander - on est ici entre des murs - « bander pour une femme », il faut tout de même appeler ça par son nom, ça veut dire lui donner la fonction, ça veut dire la prendre comme phallus. C’est pas rien le phallus !
Je vous ai déjà expliqué, là-bas où c’est sérieux, je vous ai expliqué ce que ça fait. Je vous ai dit que « la signification du phallus » c’est le seul cas de génitif pleinement équilibré, ça veut dire que le phallus - c’est que ce que vous expliquait ce matin, je dis ça pour ceux qui sont un peu avertis, c’est que ce que vous expliquait ce matin JAKOBSON - le phallus c’est la signification, c’est ce par quoi le langage signifie. Il n’y a qu’une seule Bedeutung, c’est le phallus.
Partons de cette hypothèse, ça nous expliquera très largement l’ensemble de la fonction de la parole. Car elle n’est pas toujours appliquée à dénoter des faits - c’est tout ce qu’elle peut faire, on ne dénote pas des choses, on dénote des faits –

mais c’est tout à fait par hasard, de temps en temps. La plupart du temps elle supplée à ceci que la fonction phallique

est justement ce qui fait qu’il n’y a chez l’homme que les relations que vous savez - mauvaises - entre les sexes.

Alors que partout ailleurs, au moins pour nous, ça semble aller « à la coule ».
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Alors c’est pour ça que dans mon petit quadripode :dans mon petit quadripode, vous voyez au niveau de la vérité

deux choses, deux vecteurs qui divergent :

  • ce qui exprime que la jouissance, qui est tout au bout de la branche de droite, c’est une jouissance certes phallique, mais qu’on ne peut dire jouissance sexuelle,

  • et que pour que se maintienne quiconque de ces drôles d’animaux, ceux qui sont proie de la parole, il faut qu’il y ait ce pôle là, qui est corrélatif du pôle de la jouissance en tant qu’obstacle au rapport sexuel : c’est ce pôle que je désigne du semblant.


C’est aussi clair pour un partenaire, enfin si nous osons - comme ça se fait tous les jours - les épingler de leur sexe, il est éclatant que l’homme comme la femme, ils font semblant, chacun, dans ce rôle. Mais enfin, c’est des histoires

qu’ils se donnent. Mais l’important au moins quand il s’agit de la fonction de la parole, c’est que les pôles soient définis :


  • celui du semblant,




  • et celui de la jouissance.


S’il y avait chez l’homme - ce que nous imaginons de façon purement gratuite - qu’il y ait une jouissance spécifiée

de la polarité sexuelle, ça se saurait !
Ça s’est peut être su, des âges entiers s’en sont vantés et après tout nous avons de nombreux témoignages, malheureusement purement ésotériques, qu’il y a eu des temps où on croyait vraiment savoir comment tenir ça.

Un nommé VAN GULIK 20 dont le livre m’a paru excellent, qui pique par-ci par-là…

bien sûr il fait comme tout le monde, il pique plus près de ce qu’il y a de la tradition écrite chinoise

…dont le sujet est « le savoir sexuel », ce qui n’est pas très étendu, je vous assure, ni non plus très éclairé !

Mais enfin, regardez ça si ça vous amuse : « La vie sexuelle dans la Chine ancienne ». Je vous défie d’en tirer rien qui puisse vous servir [Rires] dans ce que j’appelais tout à l’heure l’état actuel des pensées !
L’intérêt de ce que je pointe, ce n’est pas de dire que depuis toujours les choses en sont de même que le point où nous en sommes venus. Il y a peut-être eu, il y a peut-être encore même quelque part, mais c’est curieux,

c’est toujours dans des endroits où il faut vraiment sérieusement montrer patte blanche pour entrer, des endroits

où il se passe entre l’homme et la femme cette conjonction harmonieuse qui les ferait être au septième ciel,

mais c’est tout de même très curieux qu’on n’en entende jamais parler que du dehors.
Par contre, il est bien clair qu’à travers une des façons que j’ai de définir que c’est plutôt avec grand Φ que chacun a rapport qu’avec l’autre, ça devient pleinement confirmé dès qu’on regarde ce qu’on appelle d’un terme qui tombe si bien, comme ça, grâce à l’ambiguïté du latin ou du grec, ce qu’on appelle des « homos » - ecce homo comme je disais [Rires] –

il est tout à fait certain que les « homos », ça bande bien mieux et plus souvent, et plus ferme.
C’est curieux mais enfin c’est tout de même un fait auquel personne qui depuis un certain temps a un peu entendu parler, ça ne fait pas de doute. Ne vous y trompez pas quand même : il y a « homo » et « homo », hein ! [Rires] Je ne parle pas d’André GIDE ! Faut pas croire qu’André GIDE était un homo ! Ça nous introduit à la suite. Ne perdons pas la corde,

il s’agit du « sens ». Pour que quelque chose ait du sens dans l’état actuel des pensées, c’est triste à dire mais il faut

que ça se pose comme normal.
C’est bien pour ça qu’André GIDE voulait que l’homosexualité fût normale. Et comme vous pouvez peut-être en avoir

des échos, dans ce sens il y a foule : en moins de deux ça va tomber comme ça sous la cloche du normal, à tel point qu’on aura de nouveaux clients en psychanalyse qui viendront nous dire : « je viens vous trouver parce que je ne pédale pas normalement ! » [Rires] Ça va devenir un embouteillage ! [Rires]
Et l’analyse est partie de là ! Si la notion de normal n’avait pas pris, à la suite des accidents de l’histoire, une pareille extension, elle n’aurait jamais vu le jour. Tous les patients, non seulement qu’a pris FREUD mais c’est très clair à le lire

que c’est une condition : pour entrer en analyse, au début le minimum c’était d’avoir une bonne formation universitaire.

C’est dit dans FREUD en clair. Je dois le souligner, parce que le discours universitaire dont j’ai dit beaucoup de mal,

et pour les meilleures raisons, mais quand même c’est lui qui abreuve le discours analytique.
Vous comprenez, vous ne pouvez plus vous imaginer - c’est pour vous faire imaginer quelque chose si vous en êtes capables,

mais qui sait, à l’entraînement de ma voix - vous pouvez même pas imaginer ce que c’était une zone du temps

qu’on appelle à cause de ça « antique », où la δοχα [doxa], vous savez la célèbre δοχα dont on parle dans le « Menon »,

« mais non, mais non » [Rires], il y avait de la δοχα qui n’était pas universitaire.
Actuellement, mais il n’y a pas une δοχα, si futile, si boiteuse cahin-caha voire conne, soit-elle qui ne soit rangée quelque part dans un enseignement universitaire ! Il n’y a pas d’exemple d’une opinion, aussi stupide soit-elle, qui ne soit repérée, voire - à l’occasion de ce qu’elle est repérée - enseignée. Ben ça fausse tout !
Parce que quand PLATON parle de δοχα [doxa] comme de quelque chose dont il ne sait littéralement que faire,

lui, philosophe qui cherche à fonder une science, il s’aperçoit que la δοχα, la δοχα qu’il rencontre à tous les coins de rue,

il y en a de vraies. Naturellement, il n’est pas foutu de dire pourquoi, non plus qu’aucun philosophe, mais personne

ne doute qu’elles soient vraies, parce que la vérité ça s’impose. Cela faisait un contexte, mais complètement différent à quoi que ce soit qui s’appelle philosophie, que la δοχα ne soit pas normée. Il n’y a pas trace du mot « norme » nulle part dans

le discours antique. C’est nous qui avons inventé ça, et naturellement en allant chercher un nom grec d’usage rarissime !
Il faut quand même partir de là pour voir que le discours de l’analyste, c’est pas apparu par hasard !

Il fallait qu’on soit au dernier état d’extrême urgence pour que ça sorte. Bien entendu puisque c’est un discours de l’analyste, ça prend, comme tous mes discours, les quatre que j’ai nommés, le sens du génitif objectif :

  • le discours du Maître c’est le discours sur le Maître, on l’a bien vu à l’acmé de l’épopée philosophique dans HEGEL.

  • Le discours de l’analyste c’est la même chose : on parle de l’analyste, c’est lui l’objet(a), comme je l’ai souvent souligné. Ça ne lui rend pas facile, naturellement, de bien saisir quelle est sa position, mais d’un autre côté, elle est de tout repos puisque c’est celle du semblant.


Alors notre GIDE - pour continuer la tresse : je prends le GIDE, puis je le relaisserai, puis on le reprendra ensemble,

et ainsi de suite - notre GIDE là, parce qu’il est quand même exemplaire, il ne nous sort pas de notre petite affaire,

bien loin de là ! Son affaire c’est une affaire d’être désiré, comme nous trouvons ça couramment dans l’exploration analytique.

Il y a des gens à qui ça a manqué dans leur petite enfance, d’être désiré. Ça les pousse à faire des trucs pour que

ça leur arrive sur le tard. C’est même très répandu.
Mais il faut tout de même bien cliver les choses. C’est pas sans rapport, pas du tout, avec le discours. C’est pas de

ces paroles comme il en sort un peu partout quand on est au Carnaval. Le discours et le désir, là ça a le plus étroit rapport.
C’est même pour ça que je suis arrivé à isoler - enfin, du moins je le pense - la fonction de l’objet(a).

C’est un point-clé dont on n’a pas encore beaucoup tiré parti je dois dire, ça viendra tout doucement.

L’objet(a) c’est ce par quoi l’être parlant, quand il est pris dans un discours, se détermine. Il ne sait pas du tout que ce qui

le détermine, c’est l’objet(a). En quoi il est déterminé ? Il est déterminé comme sujet, c’est-à-dire qu’il est divisé comme sujet : il est la proie du désir.
Ça a l’air de se passer au même endroit que les paroles subvertissantes, mais c’est pas du tout pareil, c’est tout à fait régulier, ça produit - c’est une production ! - ça produit mathématiquement, c’est le cas de le dire, cet objet(a) en tant que cause du désir. C’est encore celui que j’ai appelé, comme vous le savez, l’objet métonymique : ce qui court tout au long de ce qui se déroule comme discours, discours plus ou moins cohérent, jusqu’à ce que ça bute et que toute l’affaire se termine en eau de boudin.
Il n’en reste pas moins que c’est de là - et c’est ça l’intérêt - que nous prenons l’idée de la cause.

Nous croyons que dans la nature, il faut que tout ait une cause, sous prétexte que nous sommes causés par notre propre bla-bla-bla. Ouais ! Il y a tous les traits chez André GIDE que les choses sont bien telle que je vous l’ai dit. C’est d’abord sa relation avec l’Autre suprême : il ne faut pas croire du tout, du tout, comme ça - malgré tout ce qu’il a pu dire –

que ça n’avait pas d’incidence, le grand Autre.
Là où ça prend forme, le a il en avait même une notion tout à fait spécifiée, c’est à savoir que le plaisir de ce grand Autre, c’était de déranger celui de tous les petits [autres] ! Moyennant quoi il pigeait très bien qu’il y avait là un point de tracas

qui le sauvait évidemment du délaissement de son enfance. Toutes ses taquineries avec Dieu, c’était quelque chose

de fortement compensatoire pour quelqu’un qui avait si mal commencé. C’est pas son privilège. Ouais...
J’avais commencé autrefois - j’en ai fait qu’une leçon, un « séminaire » ce qu’on appelle - quelque chose sur le Nom du Père. Naturellement, j’ai commencé par le Père même. J’ai parlé pendant une heure, une heure et demie, de la jouissance de Dieu. Si j’ai dit que c’était un « badinage mystique » c’était pour ne plus jamais en parler. Il est certain que depuis qu’il y a un Dieu, seul et unique, enfin le Dieu qu’a fait émerger une certaine ère historique, c’est justement celui-là celui qui dérange

le plaisir des autres. Il n’y a même que ça qui compte.


  • Il y a bien les Épicuriens qui ont tout fait pour enseigner la méthode pour ne pas se laisser déranger dans le plaisir de chacun : et ben ça a foiré.




  • Il y en avait d’autres qui s’appelaient les Stoïciens et qui ont dit : « Mais il faut au contraire se ruer dans le plaisir divin ». Mais ça rate aussi vous savez, ça ne joue qu’entre les deux.


C’est la tracasserie qui compte ! Avec ça vous êtes tous dans votre aire naturelle. Vous jouissez pas bien sûr, ça serait exagéré de le dire, d’autant plus que de toute façon c’est trop dangereux, mais enfin, on peut pas dire que vous n’avez pas du plaisir, hein ! C’est même là-dessus qu’est fondé le processus primaire.
Tout ça nous remet au pied du mur : qu’est-ce que c’est que le « sens » ? Eh ben, il vaut mieux repartir au niveau du plaisir,

du plaisir que l’autre vous fait, c’est courant, on appelle ça même - dans une zone plus noble - de l’art (l, apostrophe) [Rires].
C’est là qu’il faut attentivement considérer le mur, parce qu’il y a une zone du « sens » bien éclairée. Bien éclairée par exemple par le nommé Léonard DE VINCI, comme vous le savez, qui a laissé quelques manuscrits et menues babioles, pas tellement - il n’a pas peuplé les musées - mais il a dit de profondes vérités, il a dit de profondes vérités

dont tout le monde devrait toujours se souvenir. Il a dit : « Regardez le mur » - comme moi…

puis, depuis ce temps, il est devenu le Léonard des familles, on fait cadeau de ses manuscrits.

Il y a un ouvrage de luxe - même à moi, on m’en a donnée une paire, vous vous rendez compte,

mais ça ne veut pas dire que c’est pas lisible [Rires]

…alors il vous explique : « Regardez bien le mur » - comme ici c’est un peu sale, si c’était mieux entretenu il y aurait

des tâches d’humidité et peut-être même des moisissures - eh bien si vous en croyez Léonard : s’il y a une tache

de moisissure, c’est une belle occasion pour la transformer en madone ou bien en athlète musculeux…

ça, ça se prête encore mieux, parce que dans la moisissure, il y a toujours des ombres, des creux

…c’est très important ça : s’apercevoir qu’il y a une classe de choses sur les murs, qui prête à la figure,

à la création d’art, comme on dit. C’est le figuratif même, la tache en question.
Il faut tout de même savoir le rapport qu’il y a entre ça et quelque chose d’autre qui peut venir sur le mur,

c’est à savoir les ravinements, non pas seulement de la parole - encore que ça arrive, c’est bien comme ça que ça commence toujours - mais du discours. Autrement dit : si c’est du même ordre la moisissure sur le mur ou l’écriture ?
Ça devrait intéresser ici un certain nombre de personnes qui, je pense, il n’y a pas très longtemps, ça commence à vieillir, se sont beaucoup occupés d’écrire des choses, des lettres d’amour sur les murs. C’était un vachement beau temps.

Il y en a qui ne s’en sont jamais consolés du temps où on pouvait écrire sur les murs et où d’un truc dans Publicis

on déduisait que « les murs avaient la parole ». Comme si ça pouvait arriver ! Je voudrais simplement faire remarquer

qu’il vaudrait mieux qu’il n’y ait jamais rien d’écrit sur les murs. Ce qui y est déjà écrit, il faudrait même l’en retirer.

« Liberté - Égalité - Fraternité » par exemple, c’est indécent ! « Défense de fumer », c’est pas possible,

d’autant plus que tout le monde fume, il y a là une erreur de tactique.
Je l’ai déjà dit tout à l’heure pour la lettre d’(a)mur : tout ce qui s’écrit renforce le mur. C’est pas forcément une objection.

Mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’il ne faut pas croire que ce soit absolument nécessaire. Mais ça sert quand même parce que si on n’avait jamais rien écrit sur un mur - quel qu’il soit, celui-là ou les autres - eh bien, c’est un fait :

on n’aurait pas fait un pas dans le sens de ce qui peut-être est à regarder au-delà du mur.
Voyez-vous, il y a quelque chose où je serai amené un peu à vous parler cette année : c’est les rapports de la logique

et de la mathématique. Au-delà du mur - pour vous le dire tout de suite - il n’y a, à notre connaissance, que ce Réel

qui se signale justement de l’impossible, de l’impossible de l’atteindre au-delà du mur. Il n’en reste pas moins que c’est le Réel.

Comment est-ce qu’on a pu faire pour en avoir l’idée ? Il est certain que le langage y a servi pour un bout.

C’est même pour ça que j’essaie de faire ce petit pont dont vous avez pu voir dans mes derniers séminaires l’amorce,

à savoir : comment est-ce que l’Un fait son entrée ?
C’est ce que j’ai exprimé déjà depuis trois ans avec des symboles : S1 et S2 :

  • le premier, je l’ai désigné comme ça pour que vous y entendiez un petit quelque chose du signifiant-Maître

  • et le second, du savoir.

Mais est-ce qu’il y aurait S1, s’il n’y avait pas S2 ? C’est un problème, parce qu’il faut qu’ils soient deux d’abord pour qu’il y ait S1. J’ai abordé la chose, là au dernier séminaire, en vous montrant que de toutes façons ils sont au moins deux même pour

qu’un seul surgisse : 0 et 1, comme on dit : ça fait 2. Mais ça c’est au sens où l’on dit que c’est infranchissable.

Néanmoins ça se franchit quand on est logicien, comme je vous l’ai déjà indiqué à me référer à FREGE. Mais enfin,

il vous en est j’espère pas moins apparu que c’était franchi d’un pied allègre, et que je vous indiquais à ce moment

- j’y reviendrai - qu’il y avait peut-être plus d’un petit pas. L’important n’est pas là.
Il est très clair que quelqu’un dont vous avez entendu - sans doute, certains - parler pour la première fois ce matin :

René THOM qui est mathématicien. Il n’est pas pour ceci : que la logique - c’est-à-dire le discours qui se tient sur le mur -

soit quelque chose qui suffise même à rendre compte du nombre, premier pas de la mathématique.
Par contre il lui semble pouvoir rendre compte, non seulement de ce qui se trace sur le mur - ça n’est rien d’autre

que la vie même, ça commence à la moisissure comme vous savez - rendre compte par le nombre, l’algèbre,

les fonctions, la topologie, rendre compte de ce qui se passe dans le champ de la vie. J’y reviendrai ! Je vous expliquerai que le fait qu’il retrouve dans telle fonction mathématique le tracé même de ces courbes que fait la prime moisissure avant de s’élever jusqu’à l’homme, que ce fait le pousse jusqu’à cette extrapolation de penser que la topologie peut fournir une typologie des langues naturelles. Je ne sais pas si la question est actuellement tranchable. J’essaierai de vous donner une idée d’où est son incidence actuelle, rien de plus.
Ce que je peux dire c’est qu’en tout cas le clivage du mur :

  • le fait qu’il y ait quelque chose d’installé devant, que j’ai appelé : parole et langage –

  • et que c’est d’un autre côté que ça travaille, peut-être mathématiquement,

...il est certain que nous ne pouvons pas en avoir d’autre idée. Que la science repose, non comme on le dit sur la quantité, mais sur le nombre, la fonction et la topologie, c’est ce qui ne fait pas de doute. Un discours qui s’appelle « la Science »,

a trouvé le moyen de se construire derrière le mur.
Seulement ce que je crois devoir nettement formuler et ce en quoi je crois être d’accord avec tout ce qu’il y a de plus sérieux dans la construction scientifique, c’est qu’il est strictement impossible de donner à quoi que ce soit qui s’articule en termes algébriques ou topologiques, l’ombre de sens.
Il y a du sens pour ceux qui, devant le mur, se complaisent de taches de moisissures qui se trouvent si propices à être transformées

en madone ou en dos d’athlète, mais il est évident que nous ne pouvons pas nous contenter de ces sens confusionnels.

Cela ne sert en fin de compte qu’à retentir sur la lyre du désir, sur l’érotisme pour appeler les choses par leur nom.
Mais devant le mur il se passe d’autres choses, et c’est ce que j’appelle des discours. Il y en a eu d’autres que ces miens quatre,

que j’ai énumérés et qui ne se spécifient d’ailleurs qu’à devoir vous faire apercevoir tout de suite qu’ils se spécifient comme tels : comme n’étant que 4. Il est bien sûr qu’il y en a eu d’autres dont nous ne connaissons plus rien que ce qui

se converge dans ceux-là qui sont les 4 qui nous restent, ceux qui s’articulent de la ronde du a, du S1 et du S2,

et même du sujet [S] qui paye les pots cassés et qui de cette ronde, à se déplacer selon ces 4 sommets à la suite,

nous ont permis de détacher quelque chose pour nous repérer.

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C’est quelque chose qui nous donne l’état actuel de ce qui - de lien social - se fonde du discours, c’est-à-dire quelque chose où, quelque place qu’on y occupe - du maître, de l’esclave, du produit, ou de ce qui supporte toute l’affaire - quelque soit la place qu’on y occupe, on n’y entrave jamais que pouic. Le sens, d’où surgit-il ? C’est en ça qu’il est très important d’avoir fait

ce clivage - maladroit sans doute - qu’a fait SAUSSURE, comme le rappelait ce matin JAKOBSON, du signifiant

et du signifié. Chose d’ailleurs qu’il héritait - c’est pas pour rien - des Stoïciens dont tout à l’heure, je vous ai dit la position bien particulière dans ces sortes de manipulations.
Ce qu’il y a d’important, bien sûr, c’est pas que le signifiant et le signifié s’unissent et que ce soit le signifié qui nous permette de distinguer ce qu’il y a de spécifique dans le signifiant, bien au contraire, c’est que le signifié d’un signifiant

- ce que j’articule des petites lettres que je vous ai dit tout à l’heure [S2, S1] - le signifié d’un signifiant - là où on accroche quelque chose qui peut ressembler à un sens - ça vient toujours de la place que le même signifiant occupe dans un autre discours.
C’est bien ça qui leur est à tous monté à la tête quand le discours analytique s’est introduit : il leur a semblé qu’ils comprenaient tout, les pauvres ! Heureusement que grâce à mes soins, ce n’est pas votre cas... Si vous compreniez ce que je raconte ailleurs - là où je suis sérieux - vous n’en croiriez pas vos oreilles. C’est même pour ça que vous n’en croyez pas vos oreilles. C’est parce qu’en réalité vous le comprenez, mais enfin vous vous tenez à distance. Et c’est bien compréhensible puisque, dans la grande majorité, le discours analytique ne vous a pas encore attrapé. Ça viendra malheureusement,

car il a de plus en plus d’importance.
Je voudrais quand même dire quelque chose sur le savoir de l’analyste, à condition que vous ne vous en teniez pas là.

Si mon ami René THOM arrive si aisément à trouver par des coupes de surfaces mathématiques compliquées,

quelque chose comme un dessin, une zébrure, enfin quelque chose qu’il appelle aussi bien une pointe, une écaille,

une fronce, un pli, et à en faire un usage véritablement captivant…

  • si, en d’autres termes, il y a entre telle tranche d’une chose qui n’existe qu’à ce qu’on puisse écrire : il existe X : : qui satisfait à la fonction F(X),

  • s’il fait ça avec tellement d’aisance,

…il n’en reste pas moins que tant que ça n’aura pas rendu raison d’une façon exhaustive de ce avec quoi, malgré tout,

il est bien forcé de vous l’expliquer, à savoir le langage commun et la grammaire autour, il restera là une zone

que j’appelle « zone du discours » et qui est celle sur laquelle l’analytique des discours jette un vif jour.
Qu’est-ce qui là-dessus peut se transmettre d’un savoir ? Enfin, il faut choisir ! Ce sont les nombres qui savent, qui savent parce qu’ils ont fait s’émouvoir cette matière organisée en un point, bien sûr immémorial, et qui continuent de savoir ce qu’ils font.

Il y a une chose bien certaine, c’est que c’est de la façon la plus abusive que nous mettons là-dedans un « sens ».
Que toute idée d’évolution, de perfectionnement, alors que dans la chaîne animale supposée nous ne voyons absolument rien qui atteste cette adaptation soi-disant continue, à tel point qu’il a bien fallu tout de même qu’on y renonce et qu’on dise qu’après tout, ceux qui passent, alors là ce sont ceux qui ont pu passer. On appelle ça « la sélection naturelle ». Ça veut strictement rien dire. Ça a comme ça un petit sens emprunté à un discours de pirate, et puis pourquoi pas celui-là ou un autre ?
La chose la plus claire qui nous apparaît, c’est qu’un être vivant ne sait pas toujours très bien quoi faire d’un de ses organes. Et après tout c’est peut-être un cas particulier de la mise en évidence par le discours analytique du côté embarrassant du phallus. Qu’il y ait un corrélat entre ça - comme je l’ai souligné au début de ce discours - un corrélat entre ça et ce qui se fomente

de la parole, nous ne pouvons rien dire de plus.
Qu’au point où nous en sommes de l’état actuel des pensées

ça fait la sixième fois que je viens d’employer cette formule, il est bien clair que ça n’a pas l’air de tracasser personne, c’est pourtant bien quelque chose qui vaudrait qu’on y revienne, parce que l’état actuel des pensées,

j’en fais un meuble, c’est pourtant vrai, hein ? C’est pas de l’idéalisme de dire que les pensées sont aussi strictement déterminées que le dernier gadget

…enfin dans l’état actuel des pensées, on a le discours hystérique qui, quand on veut bien l’entendre pour ce qu’il est, se montre lié à une curieuse adaption. Parce qu’enfin, si c’est vrai cette histoire de castration, ça veut dire que chez l’homme

la castration c’est le moyen d’adaptation à la survie. C’est impensable mais c’est vrai.
Tout cela n’est peut-être qu’un artifice, un artefact de discours. Que ce discours - si savant à compléter les autres –

que ce discours se soutienne, c’est peut-être seulement une phase historique.
La vie sexuelle de la Chine ancienne va peut-être refleurir, elle aura un certain nombre de sales ruines à engloutir

avant que ça se passe. Mais pour l’instant, qu’est-ce que ça veut dire, ce sens que nous apportons ?

Ce sens, en fin de compte est énigme, et justement parce qu’il est sens.
Il y a quelque part, dans la 2nde édition d’un volume de ce volume là que j’ai laissé dans un temps sortir, qui s’appelle Écrits

il y a un petit ajout qui s’appelle « La métaphore du sujet ». J’ai joué longtemps sur la formule dont se régalait

mon cher ami PERELMAN : « un océan de fausse science »…

On n’est jamais bien sûr - et je vous conseille de partir de là - de ce que j’ai derrière la tête quand je m’amuse justement !

...« un océan de fausse science », c’est peut-être le savoir de l’analyste, pourquoi pas ? Pourquoi pas, si justement c’est seulement de sa perspective que se décante ceci : que la science n’a pas de sens, mais qu’aucun sens de discours, à ne se soutenir

que d’un autre, n’est que sens partiel. Si la vérité ne peut jamais que se mi-dire, c’est là le noyau, c’est là l’essentiel du savoir de l’analyste.
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C’est qu’à cette place là - dans ce que j’ai appelée tétrapode ou quadripède - à la place de la vérité se tient S2. Ce savoir,

c’est un savoir lui-même qui est donc toujours à mettre en question. De l’analyse, il y a une chose par contre à prévaloir : c’est qu’il y a un savoir qui se tire du sujet lui-même. À la place, pôle, de la jouissance, le discours analytique met S :

c’est dans le trébuchement, dans l’action ratée, dans le rêve, dans le travail de l’analysant que résulte ce savoir.
Ce savoir qui - lui - n’est pas supposé, il est savoir, savoir caduque, rogaton de savoir, surrogaton de savoir : c’est cela l’inconscient.
Ce savoir-là c’est ce que j’assume, je définis pour ne pouvoir se poser - trait nouveau dans l’émergence - que de la jouissance du sujet.
09 Février 1972 Séminaire : Panthéon-Sorbonne Table des matières

[ Au tableau ]

















蓋 非 也 請 拒 收 我 贈
gài fēi yě qǐng jù shōu wǒ zèng.

Je te demande de me refuser ce que je t’offre, parce que c’est pas ça.



Vous adorez les conférences, c’est pourquoi j’ai prié hier soir, par un petit papier que je lui ai porté vers 10 heures et quart - j’ai prié mon ami Roman JAKOBSON, dont j’espérais qu’il serait ici présent, je l’ai prié donc, de vous faire la conférence qu’il ne vous a pas faite hier, puisque après vous l’avoir annoncée…

je veux dire avoir écrit sur le tableau noir quelque chose d’équivalent à ce que je viens de faire ici

…il a cru devoir rester dans ce qu’il a appelé les généralités, pensant sans doute que c’est ce que vous préfériez entendre, c’est-à-dire une conférence. Malheureusement - il me l’a téléphoné ce matin de bonne heure - il était pris à déjeuner

avec des linguistes, de sorte que vous n’aurez pas de conférence.
Car à la vérité moi je n’en fais pas. Comme je l’ai dit ailleurs très sérieusement, je m’amuse, amusements sérieux ou plaisants. « Ailleurs » - à savoir à Sainte-Anne - je me suis essayé aux amusements plaisants. Ça se passe de commentaires.

Et si j’ai dit - j’ai dit là-bas - que c’est peut-être aussi un amusement, ici je dis que je me tiens dans le sérieux.

Mais c’est quand même un amusement. J’ai mis ça en rapport ailleurs, au lieu de l’amusement plaisant,

avec ce que j’ai appelé la lettre d’a-mur. Ben en voilà une, c’est typique :
« Je te demande de me refuser ce que je t’offre...
ici arrêt, parce que j’espère que il y a pas besoin de rien ajouter pour que ça se comprenne, c’est très précisément ça

la lettre d’a-mur, la vraie : « de refuser ce que je t’offre ». On peut compléter pour ceux qui par hasard n’auraient jamais compris ce que c’est que la lettre d’a-mur :
...de refuser ce que je t’offre parce que ça n’est pas ça ».
Vous voyez, j’ai glissé, j’ai glissé parce que - mon Dieu - c’est à vous que je parle, vous qui aimez les conférences :

« ça n’est pas ça ». Il y a ça d’ajouté : « n ». Quand le « ne » est ajouté, il n’y a pas besoin qu’il soit explétif pour que

ça veuille dire quelque chose, à savoir la présence de l’énonciateur, la vraie, la correcte. C’est justement parce que l’énonciateur serait pas là que l’énonciation serait pleine et que ça devrait s’écrire : « parce que c’est pas ça ».
J’ai dit qu’ici l’amusement était sérieux, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? À la vérité j’ai cherché, je me suis renseigné comment ça se disait « sérieux », dans diverses langues. Pour la façon dont je le conçois, je n’ai pas trouvé mieux que la nôtre qui prête au jeu de mots. Je sais pas assez bien les autres pour avoir trouvé ce qui, dans les autres,

en serait l’équivalent, mais dans la nôtre, « sérieux », comme je l’entends, c’est « sériel ».
Comme vous le savez déjà j’espère, un certain nombre d’entre vous, sans que j’aie eu à vous le dire,

le principe du sériel, c’est cette suite des nombres entiers qu’on n’a pas trouvé d’autres moyens de définir qu’à dire : qu’une propriété y est transférable de n à n+1, qui ne peut être que celle qui se transfère de 0 à 1,

le raisonnement par récurrence ou induction mathématique, dit-on encore.
Seulement voilà, c’est bien le problème que j’ai essayé d’approcher dans mes derniers amusements,

qu’est-ce qui peut bien se transférer de 0 à 1 ? C’est là le coton ! C’est pourtant bien ce que je me suis donné comme visée

cette année de serrer ...ou pire. Je n’avancerai pas aujourd’hui dans cet intervalle - qui de prime abord est sans fond -

de ce qui se transfère de 0 à 1. Mais ce qui est sûr et ce qui est clair, c’est qu’à prendre les choses 1 par 1,

il faut en avoir le cœur net. Car quelque effort qu’on ait fait pour logiciser la suite, la série, des nombres entiers,

on n’a pas trouvé mieux que d’en désigner la propriété commun, - c’est la seule ! - comme étant celle de ce qui

se transfère de 0 à 1.
Dans l’intervalle, vous avez été - enfin ceux de mon École - avisés de ne pas manquer ce que Roman JAKOBSON devait vous apporter de lumière sur ce qu’il en est de l’analyse de la langue, ce qui à la vérité est fort utile pour savoir où je porte maintenant la question. C’est pas parce que j’en suis parti, pour en venir à mes amusements présents, que je dois

m’y tenir pour lié. Et ce qui assurément m’a frappé - entre autre ! - dans ce que vous a apporté Roman JAKOBSON,

c’est quelque chose qui concerne ce point d’histoire que ce n’est pas d’aujourd’hui que la langue c’est à l’ordre du jour.
Il vous a parlé entre autres d’un certain BOETIUS Daccus, fort important a-t-il souligné, parce qu’il a articulé

des Suppositiones. Je pense qu’au moins pour certains ça fait écho à ce que je dis depuis longtemps de ce qu’il en est du sujet, du sujet radicalement, ce que suppose le signifiant.
Puis il vous a dit que, il se trouvait que depuis un certain moment ce BOÈCE…

ce BOÈCE qui n’est pas celui que vous connaissez, celui-là il a extrait les images du passé, Daccus qu’il s’appelle, c’est-à-dire « danois », c’est pas le bon, c’est pas celui qui est dans le dictionnaire BOUILLET

…il vous a dit qu’il avait disparu comme ça pour une petite question de déviationnisme. En fait il a été accusé d’averroïsme, et dans ce temps-là on ne peut pas dire que ça ne pardonnait pas, mais ça pouvait ne pas pardonner quand on avait l’attention attirée par quelque chose qui avait l’air un peu solide, comme par exemple de parler des Suppositiones.
De sorte qu’il n’est point tout à fait exact que les deux choses soient sans rapport et c’est ce qui me frappe.

Ce qui me frappe c’est que pendant des siècles, quand on touchait à la langue fallait faire attention. Il y a une lettre qui n’apparaît que tout à fait en marge dans la composition phonétique c’est celle-là : H, qui se prononce hache en français. Ne touchez pas la hache, c’est ce qui était prudent pendant des siècles quand on touchait à la langue. Parce qu’il s’est trouvé

que pendant des siècles, quand on touchait à la langue, dans le public, ça faisait de l’effet, un autre effet que l’amusement.
Une des questions qu’il ne serait pas mal que nous entrevoyions, comme ça, tout à fait à la fin…

encore que là où je m’amuse d’une façon plaisante, j’en ai donné, sous la forme de ce fameux mur, l’indication

…il serait peut-être pas mal que nous entrevoyions pourquoi, maintenant, l’analyse linguistique ça fait partie

de « la recherche scientifique ». Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? La définition - là je me laisse un peu entraîner -

la définition de « la recherche scientifique », c’est très exactement ceci - il n’y a pas loin à chercher - c’est une recherche

bien nommée en ceci que c’est pas de trouver qu’il est question, en tout cas rien qui dérange justement ce dont je parlais

tout à l’heure, à savoir le public.
J’ai reçu récemment d’une contrée lointaine…

je voudrais faire à quiconque aucun ennui, je vous dirai donc pas d’où

…une question de recherche scientifique, c’était un « Comité de recherche scientifique sur les armes ». Textuel !

Quelqu’un, qui ne m’est pas inconnu - c’est bien pour ça qu’on me consultait sur ce qu’il en était de lui - se proposait pour faire une recherche sur la peur. Il était question pour ça de lui donner un crédit, un crédit qui - traduit en francs français - devait tout doucement dépasser son petit million d’anciens francs, moyennant quoi il passerait…

c’était écrit dans le texte, le texte lui-même, je peux pas vous le donner, mais je l’ai

…il était question qu’il passe à Paris trois jours, [Rires] à Antibes vingt-huit, à Douarnenez dix-neuf, à San Montano…

qui je crois…

Antonella, tu es là ? San Montano, ça doit être une plage assez agréable, non, ou je me trompe ?

Non, tu ne sais pas ? Bon, c’est peut-être à côté de Florence, enfin on ne sait pas

…à San Montano quinze jours, et ensuite à Paris trois jours.
Grâce à une de mes élèves j’ai pu résumer mon appréciation en ces termes « I bowled over with admiration ».

Puis j’ai mis une grande croix sur tout le détail des appréciations qu’on me demandait sur la qualité scientifique du programme, ses résonances sociales et pratiques, la compétence de l’intéressé et ce qui s’ensuit.

Cette histoire n’a qu’un intérêt médiocre, mais elle commente ce que j’indiquais, ça ne va pas au fond de la recherche scientifique, mais il y a quelque chose quand même que ça dénote, et c’est peut-être le seul intérêt de l’affaire :

c’est que j’avais d’abord proposé comme ça au téléphone, à la personne qui - Dieu merci - m’a corrigé : « I bowled over ».

Vous ne savez pas naturellement ce que ça veut dire. Je ne le savais pas non plus [Rires]. Bowl, b.o.w.l., c’est la boule. Je suis donc boulé. Je suis comme un jeu de quilles tout entier quand une bonne boule le bascule.
Eh ben vous m’en croirez si vous voulez, ce que j’avais proposé au téléphone, moi qui ne connaissais pas l’expression

« I bowled over » c’était : « I’m blowed over, Je suis soufflé » C’était naturellement complètement incorrect, car « blow »

- qui veut en effet dire souffler, c’est ce que j’avais trouvé – « blow » ça fait « blown », ça fait pas « blowed ».

Donc si j’ai dit blowed, est-ce que c’est pas parce que « sans le savoir je le savais » que c’était bowled over ? [Rires]

Là nous rentrons dans le lapsus, c’est-à-dire dans les choses sérieuses.
Mais en même temps, c’est fait pour nous indiquer que comme PLATON l’avait déjà entrevu dans le « Cratyle »,

Eh ben que le signifiant soit arbitraire, c’est pas si sûr que cela, puisque après tout, bowl et blow - hein ? -

c’est pas pour rien que c’est si voisin, puisque c’est justement comme ça que je l’ai manqué d’un poil, le bowl.

Enfin, je sais pas comment vous qualifierez cet amusement, mais je le trouve sérieux.
Moyennant quoi, nous revenons à l’analyse linguistique, dont certainement, au nom de la recherche, vous entendrez

de plus en plus parler. C’est difficile d’y mener son chemin là où le clivage en vaut la peine. On apprend des choses :

par exemple qu’il y a des « parties du discours ». Je m’en suis gardé comme de la peste, je veux dire de m’y appesantir,

pour ne pas vous engluer. Mais enfin, comme certainement la recherche va se faire entendre, comme elle se fait entendre ailleurs, je vais partir du verbe.
On vous énonce que le verbe exprime toutes sortes de choses et il est difficile de se dépêtrer entre l’action et son contraire. Il y a le verbe intransitif qui manifestement ici fait un obstacle, l’intransitif devient alors très difficile à classer. Pour nous en tenir à ce qu’il y a de plus accentué dans cette définition, on vous parlera d’une relation binaire pour ce qu’il en est du verbe type où, il faut bien le dire, le même sens du verbe ne se classe pas de la même façon dans toutes les langues :

  • Il y a des langues où l’on dit l’homme bat le chien.

  • Il y a des langues où l’on dit il y a du battre le chien par l’homme. Ce n’est pas essentiel, la relation est toujours binaire.

  • Il y a des langues où on dit l’homme aime le chien.


Est-ce que c’est toujours aussi binaire, quand dans cette langue - car là, il y a des différences - on s’exprime de la façon suivante : « l’homme aime au chien » pour dire non pas qu’il le « like », enfin qu’il aime ça comme un bibelot, mais qu’il a

de l’amour pour son chien ? « Aimer à quelqu’un », moi ça m’a toujours ravi. Je veux dire que je regrette de parler

une langue où on dit « j’aime une femme », comme on dit « je la bats ». « Aimer à une femme » ça me semblerait plus congru.

C’est même au point qu’un jour je me suis aperçu - puisque nous sommes dans le lapsus, continuons - que j’écrivais :

« tu ne sauras jamais combien je t’ai aimé ». J’ai pas mis de « e » à la fin, ce qui est un lapsus, une faute d’orthographe

si vous voulez, incontestablement. C’est en y réfléchissant justement que je me suis dit que si j’écrivais ça comme ça, c’est parce que je devais sentir « j’aime à toi ». Mais enfin, c’est personnel. [Rires]

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