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Quoiqu’il en soit, on distingue avec soin, de ces premiers verbes, ceux qui se définissent par une relation ternaire :

« je te donne quelque chose ». Ça peut aller de la nasarde 21 au bibelot, mais enfin là il y a trois termes. Vous avez pu remarquer que j’ai toujours employé le « je te » comme élément de la relation. C’est déjà vous entraîner dans le sens qui est bien celui où je vous conduis, puisque là, vous le voyez, il y a du « je te demande de me refuser ce que je t’offre ».



Ça va pas de soi, parce qu’on peut dire : « l’homme donne au chien une petite caresse sur le front ». Cette distinction de la relation ternaire avec la relation binaire est tout à fait essentielle. Elle est essentielle en ceci : c’est que quand on vous schématise

la fonction de la parole, on vous parle - petit d, grand D - du destinateur et du Destinataire. À quoi on ajoute la relation que, dans le schéma courant, on identifie au message et certes on souligne que le destinataire doit posséder le code pour que

ça marche. S’il le possède pas, il aura à le conquérir, il aura à déchiffrer. Est-ce que cette façon d’écrire est satisfaisante ? Je prétends, je prétends que la relation…

s’il y en a une - mais vous savez que la chose peut être mise en question - s’il y en a une qui se passe par la parole

…implique que soit inscrite la fonction ternaire, à savoir que le message soit distingué et qu’il n’en reste pas moins que,

y ayant un destinateur, un Destinataire, un message, ce qui s’énonce dans un verbe est distinct.
9a
C’est à savoir que le fait qu’il s’agisse d’une demande - d qui est là - mérite d’être isolé, pour grouper les trois éléments, c’est justement en ça que c’est évident - et seulement évident quand j’emploie je et te, quand j’emploie tu et me -

c’est que ce je et ce te, ce tu, ce me, ils sont précisément spécifiés de l’énoncé de la parole. Il ne peut y avoir ici aucune espèce d’ambiguïté. Autrement dit, il n’y a pas que ce qu’on appelle vaguement « le code » - comme s’il n’était là

qu’en un point - la grammaire fait partie du code, à savoir cette structure tétradique que je viens de marquer comme étant essentielle à ce qui se dit.
Quand vous tracez votre schéma objectif de la communication : émetteur, message et - à l’autre bout - le destinataire,

ce schéma objectif est moins complet que la grammaire, laquelle fait partie du code. C’est bien en quoi il était important que JAKOBSON vous ait produit cette généralité : que la grammaire elle aussi, fait partie de la signification, et que ce n’est pas pour rien qu’elle est employée dans la poésie. Ceci est essentiel, je veux dire de préciser le statut du verbe, parce que bientôt on vous décantera les substantifs selon qu’ils ont plus ou moins de poids. Il y a des substantifs lourds si je puis dire, qu’on appelle concrets, comme s’il y avait autre chose comme substantifs que des substituts. Mais enfin, il faut de la substance, alors que je crois urgent de marquer d’abord que nous n’avons affaire qu’à des sujets. Mais laissons là les choses pour l’instant.
Une critique qui curieusement ne nous vient que réfléchie, de la tentative de logiciser la mathématique, se formule en ceci,

en ceci où vous reconnaîtrez la portée de ce que j’avance, c’est que, à prendre la proposition comme fonction propositionnelle, nous aurons à marquer la fonction du verbe et non pas de ce qu’on en fait, à savoir fonction de prédicat.

La fonction du verbe, prenons ici le verbe demander :
- je te demande... : F - j’ouvre la parenthèse, x, y c’est je et te... F(x, y, ... - qu’est-ce que je te demande ? de refuser...

autre verbe.
Ce qui veut dire qu’à la place de ce qui pourrait être ici la petite caresse sur le tête du chien, c’est-à-dire z, vous avez

par exemple f et de nouveau x, y : F (x, y, f(x, y)). Et là, est-ce que vous êtes forcés de terminer c’est-à-dire d’y mettre ici z ?

Ça n’est nullement nécessaire car vous pouvez avoir très bien... par exemple je mets un ϕ, ne le mettons pas 

parce que tout à l’heure ça fera des confusions, je mets un petit ϕ, et encore x, y : ...ce que je t’offre...

Moyennant quoi, nous avons à fermer trois parenthèses : F(x, y, f(x, y, φ(x, y))).
Ce à quoi je vous conduis est ceci : c’est de savoir non pas - vous allez le voir - comment surgit le sens,

mais comment c’est d’un nœud de sens que surgit l’objet, l’objet lui-même et pour le nommer, puisque je l’ai nommé comme j’ai pu, l’objet petit(a).Je sais que... il est très captivant de lire WITTGENSTEIN.
WITTGENSTEIN, pendant toute sa vie, avec un ascétisme admirable, a énoncé ceci que je concentre :

« ce qui ne peut pas se dire, eh bien, n’en parlons pas ». Moyennant quoi il pouvait dire presque rien. À tout instant il descendait du trottoir et il était dans le ruisseau, c’est-à-dire qu’il remontait sur le trottoir, le trottoir défini par cette exigence.

Ce n’est assurément pas parce qu’en somme mon ami KOJÈVE a expressément formulé la même règle - Dieu sait que lui ne l’observait pas ! - mais ce n’est pas parce qu’il l’a formulée que je me croirais obligé d’en rester à la démonstration, à la vivante démonstration qu’en a donnée WITTGENSTEIN.
C’est très précisément - me semble-t-il - de ce dont on ne peut pas parler qu’il s’agit, quand je désigne du « c’est pas ça »

ce qui seul motive une demande telle que « de refuser ce que je t’offre ». Et pourtant s’il y a quelque chose qui peut être sensible à tout le monde, c’est bien ce « c’est pas ça ». Nous y sommes à chaque instant de notre existence.
Mais alors tâchons de voir ce que ça veut dire car ce « c’est pas ça » nous pouvons le laisser à sa place, à sa place dominante, moyennant quoi évidemment nous n’en verrons jamais le bout. Mais au lieu de le couper, tâchons de le mettre

dans l’énoncé lui-même. C’est pas ça - quoi ? Mettons-le de la façon la plus simple, ici le je, ici le te, ici je te demande : D,

de me refuser : R, ce que je t’offre : O, et puis là il y a de la perte : Ç .
9a
Mais si c’est pas ce que je t’offre, si c’est parce que « c’est pas ça » que je te demande de refuser,

c’est pas ce que je t’offre que tu refuses, alors j’ai pas à te le demander. Et voilà qu’ici aussi ça se coupe [en R].
11a
Moyennant quoi, si j’ai pas à te demander de le refuser, pourquoi est-ce que je te le demande ? Ça se coupe aussi ici [en D].
12a
Moyennant quoi, pour reprendre dans un schéma plus correct :
13a

où le je et le te sont ici, la Demande, ici, le Refuser, ici, et l’Offre, ici. À savoir une première tétrade qui est celle-ci :


  • Je te demande de refuser.


Une seconde :


  • refuser ce que je t’offre.


Peut-être - ce qui ne nous étonnera pas - nous pouvons voir, dans la distance qu’il y a des deux pôles distincts

de la demande et de l’offre, que c’est peut-être là qu’est le « c’est pas ça ». Mais, comme je viens de vous l’expliquer,

si nous devons ici dire que c’est l’espace qu’il y a, - qu’il peut y avoir - entre ce que j’ai à te demander et ce que je peux t’offrir, à partir de ce moment-là, il est également impossible de soutenir la relation de la demande au refuser, et du refuser à l’offre. Est-ce que j’ai besoin de commenter dans le détail ? Ça sera peut-être quand même pas inutile. Pour la raison

de ceci d’abord, vous pouvez vous demander comment ça se fait qu’après tout, de tout ça, je vous donne un schéma spatial. C’est pas de l’espace qu’il s’agit. C’est de l’espace pour autant que nous y projetons nos schémas objectifs.
Mais ça nous en indique déjà assez. À savoir que nos schémas objectifs commandent peut-être quelque chose de notre notion de l’espace, je dirais, encore avant que ça soit commandé par nos perceptions. Je sais bien, nous sommes enclins

à croire que c’est nos perceptions qui nous donnent les trois dimensions.
Il y a un nommé POINCARÉ22 qui n’est pas sans vous être connu, qui a fait pour le démontrer une très jolie tentative. Néanmoins ce rappel du préalable de nos schémas objectifs ne sera peut-être pas inutile pour apprécier plus exactement

la portée de sa démonstration. Ce que je veux, ce sur quoi je veux plutôt insister, ce n’est pas seulement ce rebondissement du « c’est pas ça que je t’offre » au « c’est pas ça que tu peux refuser », ni même au « c’est pas ça que je te demande », c’est ceci :

c’est que « ce qui n’est pas ça », ça n’est peut-être pas du tout « ce que je t’offre » et que nous prenons mal les choses à partir de là, c’est « que je t’offre ».
Car qu’est-ce que ça veut dire « que je t’offre » ? Ça veut pas dire du tout que je donne, comme il suffit d’y réfléchir.

Ça veut pas dire non plus que tu prennes, ce qui donnerait un sens à « refuser ». Quand j’offre quelque chose, c’est dans l’espoir que tu me rendes. Et c’est bien pour ça que le potlatch existe. Le potlatch c’est ce qui noie, c’est ce qui déborde l’impossible

qu’il y a dans l’offrir, l’impossible que ce soit un don. C’est bien pour ça que le potlatch dans notre discours, nous est devenu complètement étranger. Ce qui ne rend pas étonnant que dans notre nostalgie nous en faisions ce que supporte l’impossible,

à savoir le réel. Mais justement : le réel comme impossible.
Si ce n’est plus dans le « ce que » de « ce que je t’offre » que réside le « c’est pas ça », alors observons ce qui procède de la mise en question de l’offrir comme tel. Si c’est, non « ce que je t’offre », mais « que je t’offre » que je te demande de refuser, ôtons l’offre - ce fameux substantif verbal qui serait un moindre substantif, c’est pourtant bien quelque chose - ôtons l’offre et nous voyons que la demande et le refus perdent tout sens, parce que, qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire de demander de refuser ?
Il vous suffira d’un tout petit peu d’exercice pour vous apercevoir qu’il en est strictement de même si vous retirez

de ce « nœud » : je te demande de me refuser ce que je t’offre, n’importe lequel des autres verbes. Car si vous retirez le refus,

qu’est-ce que peut vouloir dire l’offre d’une demande, et comme je vous l’ai dit, il est de la nature de l’offre

que si vous retirez la demande, refuser ne signifie plus rien. C’est bien pourquoi la question qui pour nous se pose

n’est pas de savoir ce qu’il en est du « c’est pas ça » qui serait en jeu à chacun de ces niveaux verbaux,

mais de nous apercevoir que c’est à dénouer chacun de ces verbes de son nœud avec les deux autres

que nous pouvons trouver ce qu’il en est de cet effet de sens en tant que je l’appelle l’objet (a).
Chose étrange, tandis qu’avec ma géométrie de la tétrade je m’interrogeais hier soir sur la façon dont je vous présenterai cela aujourd’hui, il m’est arrivé - dînant avec une charmante personne qui écoute les cours de M. GUILBAUD –

que comme une bague au doigt [sic] me soit donné quelque chose que je vais maintenant, que je veux vous montrer, quelque chose qui n’est rien de moins, paraît-il - je l’ai appris hier soir - que les armoiries des BORROMÉE.

Il y faut un peu de soins, c’est pour ça que je l’y mets. Et voilà !
14a
Vous pouvez refaire la chose. Vous n’avez pas apporté de ficelle ? Enfin, vous pouvez refaire la chose avec les ficelles.

Si vous copiez bien ça soigneusement - j’ai pas fait de faute - vous vous apercevrez de ceci : c’est que - faites bien attention - celui-ci, le troisième, là vous le voyez plus - vous pouvez faire un effort comme ça, c’est accessible - vous le voyez plus. Vous pouvez remarquer que les deux autres, vous voyez, celui-là passe au-dessus de celui de gauche et il passe au-dessus aussi là. Donc ils sont séparés. Seulement à cause du troisième, ils tiennent ensemble. Ça, vous pouvez faire l’essai pour faire... si vous avez pas d’imagination faut faire l’essai avec trois petits bouts de ficelle. Vous verrez qu’ils tiennent.
Mais il y a rien à faire - hein ? - Il suffit donc que vous en coupiez un, pour que les deux autres…

encore qu’ils aient l’air noués tout à fait comme dans le cas de ce que vous connaissez bien, à savoir les trois anneaux des Jeux Olympiques, n’est-ce pas, et qui eux continuent de tenir quand il y en a un qui a foutu le camp

…ben ceux-là, fini ! C’est quelque chose qui a tout de même son intérêt, puisqu’il faut se souvenir que quand j’ai parlé

de chaîne signifiante, j’ai toujours impliqué cette concaténation.
Ce qui est très curieux - c’est ce qui va nous permettre aussi de retourner au verbe binaire - c’est que les binaires,

on ne semble pas s’être aperçu qu’ils ont un statut spécial très très en rapport avec l’objet petit(a). Si au lieu de prendre l’homme et le chien, ces deux pauvres animaux, comme exemple, on avait pris le je et le te, on se serait aperçu

que le plus typique d’un verbe binaire, c’est par exemple :
« je t’emmerde »,

ou bien :

« je te regarde »,

ou bien :

« je te parle »,

ou bien :

« je te bouffe ».


C’est les quatre espèces 23, comme ça, les quatre espèces qui n’ont précisément d’intérêt que dans leur analogie grammaticale,

à savoir d’être grammaticalement équivalents. Dès lors est-ce que nous n’avons pas là, en réduit, en minuscule,

ce quelque chose qui nous permet d’illustrer cette vérité fondamentale que tout discours ne tient son sens

que d’un autre discours ? Assurément la demande ne suffit pas à constituer un discours, mais elle en a la structure fondamentale qui est d’être, comme je me suis exprimé, un quadripode.

J’ai souligné qu’une tétrade est essentielle à la représenter, de même qu’un quaternion de lettres : f, x, y, z, est indispensable.


Mais « demande, refus et offre », il est clair que dans ce « nœud » que j’ai avancé aujourd’hui devant vous, ils ne prennent

leur sens que chacun l’un de l’autre, mais que ce qui résulte de ce nœud tel que j’ai essayé de le dénouer pour vous,

ou plutôt, à prendre l’épreuve de son dénouement, de vous dire, de vous montrer que ça ne tient jamais à deux tout seul, que c’est là le fondement, la racine, de ce qu’il en est de l’objet petit(a).
Qu’est-ce à dire ? C’est que je vous en ai donné le nœud minimum. Mais vous pourriez en ajouter d’autres.

« Parce que ce n’est pas ça » - quoi ? - que je désire. Et qui ne sait que le propre de la demande, c’est très précisément

de ne pouvoir situer ce qu’il en est de l’objet du désir ? Avec ce désir, ce que je t’offre qui n’est pas ce que tu désires,

nous bouclerions aisément la chose avec ce que tu désires que je te demande. Et la lettre d’a-mur s’étendra ainsi indéfiniment.
Mais qui ne voit le caractère fondamental, pour le discours analytique, d’une telle concaténation ? J’ai dit autrefois

- il y a très longtemps, et il y a des gens encore qui s’en bercent - qu’une analyse ne finit que quand quelqu’un peut dire, non pas « je te parle » ni « je parle de moi » mais « c’est de moi que je te parle », c’était une première esquisse.

Est-ce qu’il n’est pas clair que ce dont se fonde le discours de l’analysant, c’est justement ça :
« Je te demande de me refuser ce que je t’offre, parce que ce n’est pas ça ».
C’est là la demande fondamentale, et c’est celle qu’à négliger, l’analyste fait toujours plus prégnante.

J’ai ironisé en un temps : « avec de l’offre, il fait de la demande » .
Mais la demande qu’il satisfait c’est la reconnaissance de ceci de fondamental : que ce qui se demande « c’est pas ça ».
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