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Le psychanalyste…


au sens où j’en ai posé la question, dans l’année 67-68, où j’avais introduit la notion « du psychanalyste »,

précédé de l’article défini, au temps où j’essayais devant un auditoire - à ce moment-là assez large -

de rappeler la valeur logique, celle de l’article défini. Enfin passons…

…le psychanalyste ne semble pas avoir rien changé à une certaine assiette du savoir.
Après tout, tout cela est régulier. C’est pas des choses qui arrivent d’un jour à l’autre, qu’on change l’assiette du savoir.

L’avenir est à Dieu, comme on dit, c’est-à-dire à la bonne chance, à la bonne chance de ceux qui ont eu la bonne inspiration de me suivre. Quelque chose sortira d’eux si les petits cochons ne les mangent pas. C’est ce que j’appelle la bonne chance. Pour les autres il n’est pas question de bonne chance. Leur affaire sera réglée par l’automatisme, qui est tout à fait le contraire de la chance, bonne ou mauvaise1.
Ce que je voudrais ce soir, c’est ceci : c’est que ceux-là, ceux que je voue à ce à quoi ils se trouvent bons, pour ce que

la psychanalyse dont ils usent ne leur laisse aucune chance, je voudrais éviter que pour ceux là s’établisse un malentendu, au nom, comme ça, de quelque chose qui est l’effet de la bonne volonté de certains de ceux qui me suivent.

Ils ont assez bien entendu - enfin comme ils peuvent - ce que j’ai dit du savoir comme fait de ce corrélat d’ignorance,

et alors ça les a comme ça un peu, un peu tourmentés. II y en a parmi eux... je ne sais pas quelle mouche a piqué,

une mouche littéraire comme ça, des trucs qui traînent dans les écrits de Georges BATAILLE, par exemple,

parce qu’autrement, je pense que ça leur serait venu… il y a le « non-savoir ». Je dois dire que Georges BATAILLE

a fait un jour une « conférence sur le non-savoir », et que ça traîne peut-être dans deux ou trois coins de ses écrits.
Enfin, Dieu sait qu’il n’en faisait pas des gorges chaudes et que tout spécialement le jour de sa conférence, là à la salle

de Géographie à St Germain des Prés - que vous connaissez bien parce que vous êtes de culture - il n’a pas sorti un mot, ce qui n’était pas une mauvaise façon de faire l’ostension du non-savoir. On a ricané. On a tort parce que maintenant

ça fait chic, le non savoir. Ça traîne, n’est-ce pas, un peu partout dans les mystiques, c’est même d’eux que ça vient,

c’est même chez eux que ça a un sens.
Et puis alors enfin, on sait que j’ai insisté sur la différence entre savoir et vérité. Alors si la vérité c’est pas le savoir,

c’est que c’est le non-savoir. Logique aristotélicienne : « tout ce qui n’est pas noir, c’est le non-noir », comme je l’ai fait remarquer quelque part. Je l’ai fait remarquer, c’est certain : j’ai articulé que cette frontière sensible entre la vérité et le savoir,

c’est là précisément que se tient le discours analytique.
Alors voilà, la route est belle pour proférer, lever le drapeau du « non-savoir ». C’est pas un mauvais drapeau.

Ça peut servir justement de ralliement à ce qu’est quand même pas excessivement rare à recruter comme clientèle : l’ignorance crasse par exemple. Ça existe aussi, enfin c’est de plus en plus rare.
Seulement il y a d’autres choses, il y a des versants à la paresse par exemple, dont j’ai pas parlé depuis très longtemps.

Et puis il y a certaines formes d’institutionnalisation, de camps de concentration du Bon Dieu, comme on disait autrefois

à l’intérieur de l’université, où ces choses-là sont bien accueillies parce que ça fait chic. Bref on se livre à toute une mimique n’est ce pas, « passez la première Madame la Vérité », le trou est là n’est-ce pas, c’est votre place.

Enfin, c’est une trouvaille, ce non-savoir.
Pour introduire une confusion définitive sur un sujet délicat, celui qui est précisément le point en question dans

la psychanalyse, ce que j’ai appelé « cette frontière sensible entre vérité et savoir », on ne fait pas mieux. J’ai pas besoin de dater. Enfin, 10 ans avant, on avait fait une autre trouvaille qui n’était pas mauvaise non plus, à l’endroit de ce qu’il faut bien que j’appelle mon discours. Je l’avais commencé en disant que « l’inconscient était structuré comme un langage ».
On avait trouvé un machin formidable : les deux types les mieux qui auraient pu travailler dans cette trace, filer ce fil,

on leur avait donné un très joli travail : Vocabulaire de la Philosophie [lapsus] Qu’est-ce que je dis ? Vocabulaire de la psychanalyse ! Vous voyez le lapsus, hein ? Enfin ça vaut le Lalande 2.
« Lalangue » comme je l’écris maintenant - j’ai pas de tableau noir - ben écrivez : Lalangue en un seul mot, c’est comme ça que je l’écrirai désormais. Voyez comme ils sont cultivés ! [Rires] Alors on n’entend rien ! C’est l’acoustique ?

Vous voulez bien faire la correction ? C’est pas un « d » c’est un « gu ». Je n’ai pas dit l’inconscient est structuré comme

« Lalangue », mais est structuré comme « un langage », et j’y reviendrai tout à l’heure. Mais quand on a lancé les responsifs dont je parlais tout à l’heure sur le Vocabulaire de la Psychanalyse, c’est évidemment parce que j’avais mis à l’ordre du jour

ce terme saussurien : « Lalangue » que - je le répète - j’écrirai désormais en un seul mot. Et je justifierai pourquoi.
Eh bien Lalangue n’a rien à faire avec le dictionnaire, quel qu’il soit. Le dictionnaire, comme déjà il suffirait d’entendre

le mot pour le comprendre, le dictionnaire a affaire avec la diction, c’est-à-dire avec la poésie et avec la rhétorique

par exemple. C’est pas rien, hein ? Ça va de l’invention à la persuasion, enfin c’est très important.

Seulement, c’est justement pas ce côté-là qui a affaire avec l’inconscient.
Contrairement à ce que - je pense - la masse des candidats pense, mais qu’une part importante sait déjà, sait déjà

s’il a écouté les termes dans lesquels j’ai essayé de faire passage à ce que je dis de l’inconscient : l’inconscient a affaire d’abord avec la grammaire. Il a aussi un peu à faire avec - beaucoup à faire, tout à faire - avec la répétition, c’est-à-dire

le versant tout contraire à ce à quoi sert un dictionnaire. De sorte que c’était une assez bonne façon de faire comme ceux qui auraient pu m’aider à ce moment-là à faire ma trace, de les dériver. La grammaire et la répétition, c’est un tout autre versant que celui que j’épinglais tout à l’heure de l’invention, qui n’est pas rien sans doute, ni la persuasion non plus.
Contrairement à ce qui est - je ne sais pourquoi - encore très répandu, le versant utile dans la fonction de « Lalangue »,

le versant utile pour nous psychanalystes, pour ceux qui ont affaire à l’inconscient, c’est la logique. Ceci est une petite parenthèse qui se raccorde à ce qu’il y a de risque de perte dans cette promotion absolument improvisée et mythique,

à laquelle je n’ai vraiment prêté nulle… nulle occasion qu’on fasse erreur, celle qui se propulse du non-savoir.

Est-ce qu’il y a besoin de démontrer qu’il y a dans la psychanalyse - fondamental et premier - le savoir.

C’est ce qu’il va me falloir vous démontrer.
Approchons-le par un bout, ce caractère premier massif, la primauté de ce savoir dans la psychanalyse. Faut-il vous rappeler que quand FREUD essaie de rendre compte des difficultés qu’il y a dans le frayage de la psychanalyse…

un article de 1917 dans Imago, si mon souvenir est bon, et en tout cas qui a été traduit, il est paru dans le 1er n° de l’International journal of Psychoanalysis : « Une difficulté sur la voie de la Psychanalyse », comme cela que ça s’intitule

…c’est que le savoir dont il s’agit, ben il passe pas aisément comme ça.
FREUD l’explique comme il peut, et c’est même comme ça qu’il prête à malentendu - c’est pas de hasard - ce fameux terme de « résistance » dont je crois être arrivé au moins dans une certaine zone, qu’on ne nous en rebatte plus les oreilles, mais il est certain qu’il y en a une où - je n’en doute pas - il fleurit toujours ce fameux terme de « résistance »

qui est évidemment pour lui d’une appréhension permanente.

Et alors je dois dire, pourquoi ne pas oser le dire que nous avons tous nos glissements, c’est surtout les « résistances » qui favorisent les glissements. On en découvrira dans quelques temps dans ce que j’ai dit, mais après tout, c’est pas si sûr.

Enfin bref, il tombe dans un travers, FREUD. Il pense que contre la résistance il n’y a qu’une chose à faire, c’est la révolution.

Et alors, il se trouve masquer complètement ce dont il s’agit, à savoir la difficulté très spécifique qu’il y a à faire entrer

en jeu une certaine fonction du savoir. Il le confond avec « le faire », ce qui est épinglé de « révolution dans le savoir ».

C’est là dans ce petit article - il le reprendra ensuite dans « Malaise dans la civilisation » - qu’il y a le premier grand morceau sur la révolution copernicienne.
C’était un bateau du savoir universitaire de l’époque. COPERNIC - pauvre COPERNIC ! - avait fait la révolution.

C’était lui - qu’on dit dans les manuels - qu’avait remis le soleil au centre et la Terre à tourner autour. Il est tout à fait clair que malgré le schéma qui montre bien ça en effet dans « De revolutionnibus etc. ».
COPERNIC là-dessus n’avait strictement aucun parti pris et personne n’eût songé à lui là-dessus chercher noise.

Mais enfin, c’est un fait en effet, que nous sommes passés du « géo » à l’héliocentrisme et que ceci est censé avoir porté

un coup, un « blow » comme on s’exprime dans le texte anglais, à je ne sais quel prétendu narcissisme cosmologique.

Le deuxième « blow » - qui lui, est biologique - FREUD nous l’évoque au niveau de DARWIN sous prétexte que,

comme pour ce qui est de la terre, les gens ont mis un certain temps à se remettre de la nouvelle annonce :

celle qui mettait l’homme en relation de cousinage avec les primates modernes.
Et FREUD explique « résistance » à la psychanalyse par ceci : c’est que ce qui est atteint, c’est à proprement parler

cette consistance du savoir qui fait que quand on sait quelque chose, le minimum qu’on en puisse dire, c’est qu’on sait qu’on le sait. Laissons ce qu’il évoque à ce propos, car c’est là l’os, ce qu’il ajoute, à savoir la peinturlure en forme de moi qui est faite là autour, c’est à savoir que celui qui sait qu’il sait, ben c’est « moi ». Il est clair que cette référence au moi

est seconde par rapport à ceci :

  • qu’un savoir se sait,

  • et que la nouveauté c’est que ce que la psychanalyse révèle c’est un savoir insu à lui-même.


Mais je vous le demande, qu’est-ce qu’il y aurait là de nouveau, voire de nature à provoquer la résistance, si ce savoir était de nature de tout un monde - animal précisément - où personne ne songe à s’étonner qu’en gros l’animal sache

ce qu’il lui faut, à savoir que, si c’est un animal à vie terrestre, il ne s’en va pas plonger dans l’eau plus d’un temps limité : il sait que ça ne lui vaut rien.
Si l’inconscient est quelque chose de surprenant, c’est que ce savoir, c’est autre chose : c’est ce savoir dont nous avons l’idée, combien d’ailleurs peu fondée depuis toujours, puisque c’est pas pour rien qu’on a évoqué l’inspiration, l’enthousiasme, ceci depuis toujours, c’est à savoir que le savoir insu dont il s’agit dans la psychanalyse, c’est un savoir qui bel et bien s’articule, est structuré comme un langage. En sorte qu’ici, la révolution si je puis dire, mise en avant par FREUD, tend à masquer ce dont il s’agit : c’est que ce quelque chose qui ne passe pas, révolution ou pas, c’est une subversion qui se produit - où ? - dans la fonction, dans la structure du savoir.
Et c’est ça qui ne passe pas, parce qu’à la vérité la révolution cosmologique, on peut vraiment pas-dire, mis à part

le dérangement que ça donnait à quelques Docteurs de l’Église, que ce soit quelque chose qui d’aucune façon

soit de nature à ce que l’homme, comme on dit, s’en sente d’aucune façon humilié. C’est pourquoi l’emploi du terme

de révolution est aussi peu convainquant, car le fait même qu’il y ait eu sur ce point révolution, est plutôt exaltant,

pour ce qui est du narcissisme. Il en est tout à fait de même pour ce qui est du darwinisme : il n’y a pas de doctrine

qui mette plus haut la production humaine que l’évolutionnisme, il faut bien le dire. Dans un cas comme dans l’autre, cosmologique ou biologique, toutes ces révolutions n’en laissent pas moins l’homme à la place de la fleur de la création.
C’est pourquoi on peut dire que cette référence est véritablement mal inspirée. C’est peut-être elle qui est faite justement pour masquer, pour faire passer ce dont il s’agit, à savoir que ce savoir, ce nouveau statut du savoir, c’est cela qui doit entraîner un tout nouveau type de discours, lequel n’est pas facile à tenir et - jusqu’à un certain point - n’a pas encore commencé.
L’inconscient - ai-je dit - est structuré comme un langage, un langage lequel ? Et pourquoi ai-je dit un langage ?

Parce qu’en fait de langage, nous commençons d’en connaître un bout :

  • on parle de langage-objet dans la logique, mathématique ou pas,

  • on parle de métalangage,

  • on parle même de langage depuis quelque temps au niveau de la biologie,

  • on parle de langage à tort et à travers,


Pour commencer, je dis que si je parle de langage c’est parce qu’il s’agit de traits communs à se rencontrer dans lalangue,

lalangue étant elle-même sujette à une très grande variété, il y a pourtant des constantes. Le langage dont il s’agit,

comme j’ai pris le temps, le soin, la peine et la patiente de l’articuler, c’est le langage où l’on peut distinguer le code,

du message, entre autres.
Sans cette distinction minimale, il n’y a pas de place pour la parole. C’est pourquoi quand j’introduis ces termes,

je les intitule de Fonction et champ de la parole - pour la parole, c’est la fonction - et du langage - pour le langage, c’est le champ.
La parole, la parole définit la place de ce qu’on appelle la vérité. Ce que je marque dès son entrée, pour l’usage que j’en veux faire, c’est sa structure de fiction, c’est-à-dire aussi bien de mensonge. À la vérité, c’est le cas de le dire, la vérité ne dit la vérité

- pas à moitié ! - que dans un cas : c’est quand elle dit « je mens ». C’est le seul cas où l’on est sûr qu’elle ne ment pas,

parce qu’elle est supposée le savoir. Mais Autrement, c’est à dire Autrement avec un grand A, il est bien possible

qu’elle dise tout de même la vérité sans le savoir.
C’est ce que j’ai essayé de marquer de mon grand S, parenthèse du grand A précisément, et barré [S(A)]. Ça au moins,

ça vous pouvez pas dire que c’est pas en tout cas un savoir - pour ceux qui me suivent - qui ne soit pas à ce qu’il faille

en tenir compte pour se guider, fût-ce à la petite semaine. C’est le premier point de l’inconscient structuré comme un langage.
Le deuxième, vous ne m’avez pas attendu - je parle aux psychanalystes - vous ne m’avez pas attendu pour le savoir puisque c’est le principe même de ce que vous faites dès que vous interprétez. Il n’y a pas une interprétation qui

ne concerne - quoi ? - le lien de ce qui, dans ce que vous entendez, se manifeste de parole, le lien de ceci à la jouissance.

Il se peut que vous le fassiez en quelque sorte innocemment, à savoir sans vous être jamais aperçu que il n’y a pas

une interprétation qui veuille jamais dire autre chose, mais enfin une interprétation analytique, c’est toujours ça.

Que le bénéfice soit secondaire ou primaire, le bénéfice est de jouissance.
Et ça, il est tout à fait clair que la chose a émergé sous la plume de FREUD, pas tout de suite car il y a une étape,

il y a le principe du plaisir, mais enfin il est clair qu’un jour ce qui l’a frappé, c’est que quoi qu’on fasse, innocent ou pas,

ce qui se formule - de ce jeu, une vérité s’énonce - ce qui se formule quoi qu’on y fasse, est quelque chose qui se répète.
« L’instance - ai-je dit - de la lettre », et si j’emploie « instance » c’est, comme pour tous les emplois que je fais des mots,

non sans raison, c’est qu’instance résonne aussi bien :

  • au niveau de la juridiction,

  • il résonne aussi au niveau de l’insistance, où il fait surgir ce module que j’ai défini de l’instant, au niveau d’une certaine logique.


Cette répétition, c’est là que FREUD découvre « l’Au-delà du principe du plaisir ». Seulement voilà, s’il y a un au-delà,

ne parlons plus du « principe », parce qu’un principe où il y a un au-delà, c’est plus un principe, et laissons de côté

du même coup le principe de réalité. Tout ça est très clairement à revoir. Il n’y a tout de même pas deux classes d’êtres parlants :

  • ceux qui se gouvernent selon le principe du plaisir et le principe de réalité,

  • et ceux qui sont Au-delà du principe du plaisir, surtout que comme on dit - c’est le cas de le dire - cliniquement ce sont bien les mêmes.


Le processus primaire s’explique dans un premier temps par cette approximation qu’est l’opposition,

la bipolarité principe du plaisir - principe de réalité. Il faut bien le dire, cette ébauche est intenable

et seulement faite pour faire gober ce qu’elles peuvent aux oreilles contemporaines de ces premiers énoncés, qui sont…

je ne veux pas abuser de ce terme

…des oreilles bourgeoises, à savoir qui n’ont absolument pas la moindre idée de ce que c’est que le principe du plaisir.
Le principe du plaisir est une référence de la morale antique : dans la morale antique, le plaisir, qui consiste précisément à en faire le moins possible « otium cum dignitate », c’est une ascèse dont on peut dire qu’elle rejoint celle des pourceaux, mais c’est pas du tout dans le sens où l’on l’entend. Le mot « pourceau » ne signifiait pas dans l’Antiquité, être cochon, ça voulait dire que ça confinait à la sagesse de l’animal. C’était une appréciation, une touche, une note, donnée de l’extérieur par des gens qui ne comprenaient pas de quoi il s’agissait, à savoir du dernier raffinement de la morale du Maître.

Qu’est-ce que ça peut bien avoir à faire avec l’idée que le bourgeois se fait du plaisir,

et d’ailleurs, il faut bien le dire, de la réalité ?
Quoi qu’il en soit - c’est le troisième point - ce qui résulte de l’insistance avec laquelle l’inconscient nous livre ce qu’il formule, c’est que si d’un côté notre interprétation n’a jamais que le sens de faire remarquer ce que le sujet y trouve,

qu’est-ce qu’il y trouve ? Rien qui ne doive se cataloguer du registre de la jouissance. C’est le troisième point.
Quatrième point : où est-ce que ça gîte, la jouissance ? Qu’est ce qu’il y faut ? Un corps ! Pour jouir, il faut un corps.

Même ceux qui font promesse des béatitudes éternelles ne peuvent le faire qu’à supposer que le corps s’y véhicule : glorieux ou pas, il doit y être. Faut un corps. Pourquoi ?
Parce que la dimension de la jouissance, pour le corps, c’est la dimension de la descente vers la mort.

C’est d’ailleurs très précisément en quoi le principe du plaisir dans FREUD annonce qu’il savait bien, dès ce moment-là, ce qu’il disait, car si vous le lisez avec soin, vous y verrez que le principe du plaisir n’a rien à faire avec l’hédonisme, même s’il nous est légué de la plus ancienne tradition, il est en vérité le principe du déplaisir.

Il est le principe du déplaisir, c’est au point qu’à l’énoncer à tout instant, FREUD dérape.
« Le plaisir en quoi consiste-t-il ? », nous dit-il, c’est à abaisser la tension. Mais qu’est ce que c’est que cette tension, si ce n’est le principe même de tout ce qui a le nom de jouissance, de quoi jouir, sinon qu’il se produise une tension ?

C’est bien en quoi, alors que FREUD est sur le chemin du « Jenseits », de l’Au-delà du principe du plaisir, qu’est-ce

qu’il nous énonce dans Malaise dans la civilisation, sinon que très probablement bien au-delà de la répression dite sociale,

il doit y avoir une répression - il l’écrit textuellement - organique.
Il est curieux, il est dommage qu’il faille se donner tant de peine pour des choses dites avec tant d’évidence, et pour faire percevoir ceci : c’est que la dimension dont l’être parlant se distingue de l’animal, c’est assurément qu’il y a en lui cette béance par où il se perdait, par où il lui est permis d’opérer sur le ou les corps, que ce soit le sien ou celui de ses semblables, ou celui des animaux qui l’entourent, pour en faire surgir, à leur ou à son bénéfice, ce qui s’appelle à proprement parler la jouissance.
Il est assurément plus étrange que les cheminements que je viens de souligner, ceux qui vont de cette description sophistiquée du principe du plaisir à la reconnaissance ouverte de ce qu’il en est de la jouissance fondamentale,

il est plus étrange de voir que Freud, à ce niveau, croit devoir recourir à quelque chose qu’il désigne de l’instinct de mort.
Non que ce soit faux, seulement le dire ainsi, de cette façon tellement savante, c’est justement ce que les savants

qu’il a engendrés sous le nom de psychanalystes ne peuvent absolument pas avaler. Cette longue cogitation,

cette rumination autour de l’instinct de mort, qui est ce qui caractérise, on peut le dire, enfin, l’ensemble de l’institution psychanalytique internationale, cette façon qu’elle a de se cliver, de se partager, de se répartir :

  • admet-elle, n’admet-elle pas,

  • « là, je m’arrête, je ne le suis pas jusque là... »

...ces interminables dédales autour de ce terme qui semble choisi pour donner l’illusion que dans ce champ quelque chose a été découvert qu’on puisse dire analogue à ce qu’en logique on appelle paradoxe, il est étonnant que FREUD,

avec le chemin qu’il avait déjà frayé, n’ait pas cru devoir le pointer purement et simplement.
La jouissance qui est vraiment, dans l’ordre de l’érotologie, à la portée de n’importe qui - il est vrai qu’à cette époque les publications du marquis de SADE étaient moins répandues, c’est bien pourquoi j’ai cru devoir, histoire de prendre date, marquer quelque part dans mes Écrits la relation de KANT avec SADE. Si à procéder ainsi pourtant, je pense tout de même qu’il y a une réponse, il n’est pas forcé que pour lui, plus que pour aucun d’entre nous, il ait su tout ce qu’il disait.
Mais au lieu de raconter des bagatelles autour de l’instinct de mort primitif venu de l’extérieur ou venu de l’intérieur

ou se retournant de l’extérieur sur l’intérieur et engendrant sur le tard, enfin se rejetant sur l’agressivité et la bagarre,

on aurait peut-être pu lire ceci dans l’instinct de mort de FREUD, qui porte peut-être à dire que le seul acte somme toute, s’il y en a un, qui serait un acte achevé - entendez bien que je parle, comme l’année dernière je parlais « D’un discours

qui ne serait pas du semblant » dans un cas comme dans l’autre il n’y en a pas, ni de discours ni d’acte tel, cela donc serait,

s’il pouvait être, le suicide.
C’est ce que FREUD nous dit. Il nous le dit pas comme ça, en cru, en clair, comme on peut le dire maintenant, maintenant que la doctrine a un tout petit peu frayé sa voie et qu’on sait qu’il n’y a d’acte que raté et que c’est même

la seule condition d’un semblant de réussir. C’est bien en quoi le suicide mérite objection. C’est qu’on n’a pas besoin que ça reste une tentative pour que ce soit de toute façon raté, complètement raté du point de vue de la jouissance.

Peut-être que les bouddhistes, avec leurs bidons d’essence - car ils sont à la page - on n’en sait rien,

car ils ne reviennent pas porter témoignage.
C’est un joli texte, le texte de FREUD. C’est pas pour rien s’il nous ramène le soma et le germen. Il sent, il flaire que c’est là qu’il y a quelque chose à approfondir. Oui, ce qu’il y a à approfondir, c’est le cinquième point que j’ai énoncé cette année dans mon séminaire et qui s’énonce ainsi : « il n’y a pas de rapport sexuel ». Bien entendu, ça paraît comme ça un peu zinzin, un peu éffloupi. Suffirait de baiser un bon coup pour me démontrer le contraire.
Malheureusement c’est la seule chose qui ne démontre absolument rien de pareil parce que la notion de rapport ne coïncide pas tout à fait avec l’usage métaphorique que l’on fait de ce mot tout court « rapport » : ils ont eu des rapports, c’est pas tout à fait ça. On peut sérieusement parler de rapport non seulement quand l’établit un discours, mais quand on l’énonce, le rapport.
Parce que c’est vrai que le réel est là avant que nous le pensions, mais le rapport c’est beaucoup plus douteux : non seulement

il faut le penser, mais il faut l’écrire. Si vous êtes pas foutus de l’écrire, il n’y a pas de rapport. Ce serait peut-être très remarquable s’il s’avérait, assez longtemps pour que ça commence à s’élucider un peu qu’il est impossible de l’écrire - ce qu’il en serait du rapport sexuel.

La chose a de l’importance parce que justement nous sommes, par le progrès de ce qu’on appelle « la science », en train de pousser très loin un tas de menues affaires qui se situent au niveau du gamète, au niveau du gène, au niveau d’un certain nombre

de choix, de tris, qu’on appelle comme on veut, méiose ou autre, et qui semblent bien élucider quelque chose,

quelque chose qui se passe au niveau du fait que la reproduction, au moins dans une certaine zone de la vie, est sexuée.
Seulement ça n’a pas absolument rien à faire avec ce qu’il en est du rapport sexuel, pour autant qu’il est très certain que, chez l’être parlant, il y a autour de ce rapport, en tant que fondé sur la jouissance, un éventail tout à fait admirable

en son étalement et que deux choses en ont été, par FREUD - par FREUD et le discours analytique - mises en évidence, c’est toute la gamme de la jouissance, je veux dire tout ce qu’on peut faire à convenablement traiter un corps, voire son corps, tout cela à quelque degré participe de la jouissance sexuelle.
Seulement la jouissance sexuelle elle-même, quand vous voulez mettre la main dessus, si je puis m’exprimer ainsi, elle n’est plus sexuelle du tout, elle se perd. Et c’est là qu’entre en jeu tout ce qui s’édifie du terme de Phallus qui est bien là ce qui désigne un certain signifié, un signifié d’un certain signifiant parfaitement évanouissant, car pour ce qui est de définir ce qu’il en est de l’homme ou de la femme, ce que la psychanalyse nous montre, c’est très précisément que c’est impossible et que jusqu’à un certain degré, rien n’indique spécialement que ce soit vers le partenaire de l’autre sexe que doive se diriger la jouissance, si la jouissance est considérée, même un instant, comme le guide de ce qu’il en est de la fonction de reproduction.
Nous nous trouvons là devant l’éclatement de la, disons, notion de sexualité. La sexualité est au centre, sans aucun doute, de tout ce qui se passe dans l’inconscient. Mais elle est au centre en ceci qu’elle est un manque, c’est-à-dire qu’à la place de quoi que ce soit qui pourrait s’écrire du rapport sexuel comme tel, se substituent les impasses qui sont celles qu’engendre la fonction de la jouissance précisément sexuelle, en tant qu’elle apparaît comme cette sorte de point de mirage

dont quelque part FREUD lui-même donne la note comme de la jouissance absolue.
Et c’est si près que précisément elle ne l’est pas, absolue. Elle ne l’est dans aucun sens, d’abord parce que comme telle elle est vouée à ces différentes formes d’échec que constituent la castration pour la jouissance masculine, la division pour ce qu’il en est de la jouissance féminine et que, d’autre part, ce à quoi la jouissance mène n’a strictement rien à faire avec la copulation, pour autant que celle-ci est, disons le mode usuel - ça changera - par où se fait dans l’espèce de l’être parlant, la reproduction.
En d’autres termes :

  • il y a une thèse : « il n’y a pas de rapport sexuel » c’est de l’être parlant que je parle.

  • Il y a une antithèse qui est la reproduction de la vie. C’est un thème bien connu. C’est l’actuel drapeau de l’Église catholique, en quoi il faut saluer son courage. L’Église catholique affirme qu’il y a un rapport sexuel : c’est celui qui aboutit à faire de petits enfants. C’est une affirmation qui est tout à fait tenable, simplement elle est indémontrable. Aucun discours ne peut la soutenir, sauf le discours religieux, en tant qu’il définit la stricte séparation qu’il y a entre la vérité et le savoir.

  • Et troisièmement, il n’y a pas de synthèse, à moins que vous n’appeliez « synthèse » cette remarque qu’il n’y a de jouissance que de mourir.


Tels sont les points de vérité et de savoir dont il importe de scander ce qu’il en est du savoir du psychanalyste,

à ceci près qu’il n’y a pas un seul psychanalyste pour qui ce ne soit lettre morte. Pour la synthèse, on peut se fier à eux

pour en soutenir les termes et les voir tout à fait ailleurs que dans l’instinct de mort. Chassez le naturel - comme on dit,

n’est ce pas - il revient au galop.
Il conviendrait tout de même de donner son vrai sens à cette vieille formule proverbiale. Le naturel, parlons-en,

c’est bien de ça qu’il s’agit. Le naturel, c’est tout ce qui s’habille de la livrée du savoir - et Dieu sait que ça ne manque pas -

et un discours qui est fait uniquement pour que le savoir fasse « livrée », c’est le discours universitaire. Il est tout à fait clair que l’habillement dont il s’agit, c’est l’idée de la nature. Elle n’est pas prête de disparaître du devant de la scène.
Non pas que j’essaie de lui en substituer une autre. Ne vous imaginez pas que je suis de ceux qui opposent la culture

à la nature. D’abord ne serait-ce que parce que la nature, c’est précisément un fruit de la culture. Mais enfin ce rapport 

le savoir/la vérité ou comme vous voudrez : la vérité/le savoir, c’est quelque chose à quoi nous n’avons même pas commencé d’avoir le plus petit commencement d’adhésion, comme de ce qu’il en est de la médecine, de la psychiatrie et d’un tas d’autres problèmes. Nous allons être submergés avant pas longtemps, avant 4-5 ans, de tous les problèmes ségrégatifs qu’on intitulera ou qu’on fustigera du terme de « racisme », tous les problèmes qui sont précisément ceux qui vont consister à ce qu’on appelle simplement le contrôle de ce qui se passe au niveau de la reproduction de la vie,

chez des êtres qui se trouvent - en raison de ce qu’ils parlent - avoir toutes sortes de problèmes de conscience.
Ce qu’il y a d’absolument inouï, c’est qu’on ne se soit pas encore aperçu que les problèmes de conscience sont des problèmes de jouissance.

Mais enfin, on commence seulement à pouvoir les dire. Il n’est pas sûr du tout que ça ait la moindre conséquence, puisque nous savons en effet que l’interprétation ça demande pour être reçue, ce que j’appelais, en commençant, du travail.

Le savoir lui, est de l’ordre de la jouissance. On ne voit absolument pas pourquoi il changerait de lit.
Ce que les gens attendent, dénoncent du titre d’intellectualisation, ça veut simplement dire ceci qu’ils sont habitués

par expérience à s’apercevoir qu’il n’est nullement nécessaire, il n’est nullement suffisant, de comprendre quelque chose pour que quoi que ce soit change.
La question du savoir du psychanalyste n’est pas du tout que ça s’articule ou pas, la question est de savoir à quelle place

il faut être pour le soutenir. C’est évidemment là-dessus que j’essaierai d’indiquer quelque chose dont je ne sais pas

si j’arriverai à lui donner une formulation qui soit transmissible. J’essaierai pourtant.La question est de savoir dans quelle mesure ce que la science, la science à laquelle la psychanalyse, actuellement tout autant qu’au temps de FREUD,

ne peut rien faire de plus que faire cortège, ce que la science peut atteindre qui relève du terme de réel.
Le symbolique, l’Imaginaire et le Réel. Il est très clair que la puissance du Symbolique n’a pas à être démontrée.

C’est la puissance même. Il n’y a aucune trace de puissance dans le monde avant l’apparition du langage.
Ce qu’il y a de frappant dans ce que FREUD esquisse de l’avant COPERNIC, c’est qu’il s’imagine que l’homme était

tout heureux d’être au centre de l’univers et qu’il s’en croyait le roi. C’est vraiment une illusion absolument fabuleuse !

S’il y a quelque chose dont il prenait l’idée dans les sphères éternelles, c’était précisément que là était le dernier mot du savoir. Ce qui sait, dans le monde, quelque chose - il faut du temps pour que ça passe - ce sont les sphères éthérées : elles savent.

C’est bien en quoi le savoir est associé dès l’origine à l’idée du pouvoir.
Et dans cette petite annonce qu’il y a au dos du gros paquet de mes Écrits, vous le voyez…

parce que - pourquoi ne pas l’avouer - c’est moi qui l’ai écrite, cette petite note.

Qui d’autre que moi aurait pu le faire, on reconnaît mon style, ben c’est pas mal écrit !

...j’invoque les Lumières. Il est tout à fait clair que les Lumières ont mis un certain temps à s’élucider. Dans un premier temps, elles ont bien raté leur coup. Mais enfin, comme l’Enfer, elles étaient pavées de bonnes intentions. Contrairement à tout ce qu’on en a pu dire, les Lumières avaient pour but d’énoncer un savoir qui ne fût hommage à aucun pouvoir.
Seulement, on a bien le regret de devoir constater que ceux qui se sont employés à cet office étaient un peu trop

dans des positions de valets par rapport à un certain type - je dois dire assez heureux et florissant - de maître, les nobles de l’époque, pour qu’ils aient pu d’aucune façon aboutir à autre chose qu’à cette fameuse Révolution française qui a eu

le résultat que vous savez, à savoir l’instauration d’une race de maîtres plus féroces que tout ce qu’on avait vu jusque là à l’œuvre.
Un savoir qui n’en peut mais, le savoir de l’impuissance voilà ce que le psychanalyste - dans une certaine perspective,

une perspective que je ne qualifierai pas de progression - voilà ce que le psychanalyste pourrait véhiculer.
Et pour vous donner le ton de la trace dans laquelle cette année, j’espère poursuivre mon discours, je vais vous donner

le titre, la primeur - pourléchez-vous les babines - je vais vous donner le titre du séminaire que je vais donner, à la même place que l’année dernière, cela par la grâce de quelques personnes qui ont bien voulu s’employer à nous la préserver.

Ça s’écrit comme ça, d’abord avant de le prononcer :

  • ça c’est un O,

  • et ça un U,

  • trois points, vous mettrez ce que vous voudrez, comme ça je vais le livrer à votre méditation.


Ce ou, c’est le ou qu’on appelle vel ou aut en latin : Ou pire.


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