Premiere partie de l’emission





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date de publication07.11.2017
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PREMIERE PARTIE DE L’EMISSION

Christophe Bougnot : Bonjour et bienvenue dans Vivre FM c’est vous, votre rendez-vous quotidien santé, société. Comme chaque jour on aborde un sujet qui vous concerne. Aujourd’hui c’est le premier jour des épreuves du bac. Ca commence avec la philosophie. Ce midi on s’intéresse aux candidats qui sont sourds, leurs difficultés, leurs succès aussi. Avec nous pour témoigner Jean-François Dutheil bonjour, vous êtes directeur de l’Institut national des jeunes sourds de Paris. Et avec nous également Alexis Dussaix qui est élève en 1 ère Arts appliqués et qui est interprété par Monique Jandrot avec nous, qui lui prête sa voix au micro. Bonjour à vous deux.

Dans quelques instants on débute tout de suite en parlant du bac de Français et d’histoire-géo. Alexis Dussaix nous dira comment il le sent, les matières où il se sent à l’aise, comment se sont passées les révisions et on rappellera aussi les dispositions particulières pour les candidats qui sont en situation de handicap. En seconde partie, retour en arrière, on fera connaissance avec vous Alexis. Votre parcours scolaire, les difficultés qui sont causées par la surdité et aussi comment vous vous en sortez. Un jeu télé aussi où vous avez participé. Puis on présentera l’Institut national des jeunes sourds de Paris, un enseignement adapté mais classique et public. En fin d’émission l’avenir professionnel. Vers quel métier s’orienter quand on est sourd. Y-a-t-il des métiers interdits, faut-il travailler plus que les autres pour s’en sortir. Vous découvrirez le témoignage de Laetitia Darras qui est bac+5 et maintenant elle est webmestre à la mairie de Paris. Elle reviendra sur sa recherche d’emploi et sur les premiers jours de travail. Comme chaque jour avant de se séparer on passe en revue les idées reçues et vos questions posées sur www.vivrefm.com, rubrique émission et Vivre FM c’est vous.

On parle du bac aujourd’hui, du baccalauréat qui a commencé pour tous les élèves de France. Le bac de français et d’autres matières pour certains, pour ceux qui sont en 1 ère. Alexis vous êtes avec nous, Alexis vous êtes sourd profond. Vous passez cette année le français et l’histoire-géo, est-ce que vous vous sentez prêt, où vous en êtes ?

Alexis Dusseix : prêt oui parce que depuis septembre j’ai pris la mesure de l’enjeu, j’ai révisé régulièrement et puis j’ai un bon niveau de connaissance. Au niveau du collège, j’ai beaucoup appris de choses. Alors il y a effectivement quelques difficultés, des difficultés de langue écrite parce que la syntaxe est difficile à assimiler par exemple au niveau du français, mais on fait des efforts. Ce qui est important c’est effectivement savoir lire, pouvoir rechercher des documents. Au niveau de l’histoire-géographie je maîtrise bien les sujets parce que je suis premier de la classe.

CB : Ah c’est bien. Alors l’histoire-géographie, personnellement ce n’était pas mon fort. Est-ce que vous vous sentez plutôt stressé en ce moment ? Au moment où on enregistre cette émission, les révisions sont intenses j’imagine ?

AD : Nan, nan, je suis très calme. Parce que j’ai pratiqué les révisions régulièrement depuis le début. J’étais très structuré et très rigoureux donc il n’y a pas de soucis particulier.

CB : Jean-François Dutheil, c’est le moment fort pour certaines matières pour les élèves de 1 ère. Pour les élèves de terminale c’est le moment fort, le bac. Comment on se sent actuellement. Comment se sent l’établissement, les élèves et les professeurs aussi ?

Jean-François Dutheil : Nous on est un petit peu ému à chaque fois par ce moment parce que l’on attend aussi les résultats du bac. On est avec les jeunes, on essaye de les accompagner au mieux et puis on se rend compte chaque année finalement que les jeunes qui sont chez nous ont d’assez bons résultats au baccalauréat. Les années passant en tout cas on a des résultats qui s’améliorent, on est vraiment satisfait de ce point de vue là.

CB : C’est l’Institut national des jeunes sourds de Paris. On va le rappeler pour nos auditeurs, on prépare le bac que tout le monde prépare.

JFD : Oui parce qu’en fait c’est un établissement spécialisé mais qui prépare à tous les diplômes de l’éducation nationale comme dans un collège ou un lycée lambda. C’est un établissement public et on prépare des bacs généraux, des bacs professionnels, des bacs technologiques. On suit un certain nombre de jeunes qui sont soit scolarisés dans l’établissement soit en scolarité ordinaire à l’extérieur comme Alexis. On a toute la palette des diplômes de l’éducation nationale.

CB : Alors avant de demander à Alexis comment il fait pour réviser et si le français cela se passe bien, on va expliquer aussi les épreuves. Il y a l’oral, il y a l’écrit. Est-ce qu’il y a beaucoup d’écart Jean-François Dutheil de niveau ? Est-ce qu’il y a des élèves plus en difficultés que d’autres ?

JFD : On peut dire qu’il y a quand même pas mal d’élèves en difficultés. Mais ça je dirai que c’est une optique d’établissement un peu spécialisé parce qu’il y a aussi beaucoup de jeunes sourds scolarisés en milieu ordinaires et que nous on ne voit pas. Donc par définition un établissement comme le notre voit des élèves en difficulté mais en même temps on est outillé pour les accompagner un petit peu plus que ce l’on pourrait apporter dans un établissement d’éducation nationale. Il ya un accompagnement éducatif, psychologique, social si nécessaire, des professeurs spécialisés… Il y a la fois des élèves qui ont un peu plus de difficultés mais auxquels on apporte un soutien renforcé par rapport à des élèves qui sont en milieu plus ordinaire. Bien sûr on voit arriver un certain nombre de jeunes qui ont de grandes difficultés, qui ont des retards scolaires importants. Ensuite il faut mettre en place des stratégies pour les accompagner et leur permettre de progresser.

CB : Alexis comment se passe ces révisions et quelle est l’atmosphère, quel est le climat dans l’école ? On sait qu’il y a des élèves qui viennent de m’extérieur, d’autres qui sont tout le temps à cet institut. Est-ce que l’on se sert les coudes, on s’entraide ? Comment cela se passe ? Il y a une atmosphère pesante à l’approche du bac ?

AD : Non ce n’est pas une atmosphère pesante. L’année dernière oui, cette année non. C’est vrai qu’il y a eu beaucoup de soutien, de révisions. J’étais très accompagné. Je travaille beaucoup chez moi, donc ça c’est assez lourd. Au niveau du soutien par exemple, j’ai supprimé la langue espagnole pour pouvoir avoir des heures de soutien. Donc il y a eu des aménagements au niveau de mon emploi du temps. C’est vrai que c’est différent d’un planning d’un élève entendant. Il faut que l’on fasse beaucoup d’efforts. On est capable d’acquérir les niveaux requis mais par exemple en chimie c’est un niveau faible pour moi et je n’ai pas de soutien donc on partage avec les autres élèves qui sont en intégration. C’est un petit monde, le monde de la surdité, on essaye de s’entraider comme cela.

CB : Les soutiens dont vous parlez c’est qui ? Qui est-ce qui vous entoure ? Où vous vous débrouillez peut être beaucoup tout seul ?

AD : Oui ça dépend. Par exemple au niveau du soutien c’est un professeur spécialisé qui nous l’apporte. Au niveau du français c’est un professeur qui connait bien les sourds, capable d’adapter son enseignement au sourd et c’est vrai que je suis le seul sourd parmi 24 élèves entendant dans la classe. Je suis un peu à l’écart. C’est vrai que j’ai 19 ans et que les autres ont 15-16 ans et qu’il y a un écart d’âge qui fait que je suis plutôt concentré sur mon travail et que je ne m’occupe pas de ce qui se passe à côté. Il y a un peu de chahut mais pour moi c’est le travail avant tout.

CB : Alors on va expliquer comment se passe les épreuves. Par exemple vous nous l’avez dit avant de commencer l’émission que vous passez l’histoire-géo à l’oral. Alors expliquez-nous comment cela va se passer ?

AD : C’est une bonne question. A l’oral cela veut dire que moi je peux parler et je signe en même temps. Il y a la présence d’un professeur spécialisé qui est présent à l’oral. On est ensemble, on a un code linguistique et il le connait bien. On ne prend pas un interprète professionnel parce qu’il n’a pas la connaissance, il n’a pas ce code et on a d’avantage confiance en un professeur spécialisé qui nous a suivi sur notre scolarité. Ca veut dire que je peux parler quand on présente un texte. Si l’examinateur articule correctement et parle doucement, je peux aussi suivre sur ses lèvres, donc je n’ai aucune appréhension particulière. Je me dis qu’il faut que j’y aille et j’ai la force de caractère nécessaire, je suis d’un signe zodiacal qui est le lion. J’ai la force de caractère nécessaire !

CB : Les examinateurs c’est peut être ça qui fait le plus peur. Vous n’avez pas peur qu’ils soient trop rapides, pas assez tolérants, que ça les ennuient que cela dure un peu trop longtemps par exemple ?

AD : Non, parce qu’en fait je me présente comme un candidat normal par rapport au jury donc au niveau des horaires par exemple c’est vrai que dès fois il y a un tiers temps. Si on veut un tiers temps supplémentaire on en bénéficie. Le jury doit l’accepter, on est à égalité entre guillemet avec les autres candidats.

CB : Un tiers temps qui n’est pas inutile pour vous ?

AD : Oui parce que l’on peut d’avantage préparer, on a un temps plus long d’exposition, d’exposée et imaginons par exemple quelqu’un qui parle très lentement, un interprète qui prend son temps pour traduire, moi je préfère parler très vite et puis m’exprimer et que le professeur spécialisé puisse suivre.

CB : Jean-François Dutheil un mot sur les dispositions, les aménagements donc pour les épreuves. On a parlé du tiers temps, expliquez nous tout ça, en quoi cela consiste, e, quoi cela peut aider ces élèves ?

JFD : Concrètement il y a un tiers temps pour l’écrit et pour l’oral qui leur donne quand même plus de latitude. On l’a bien vu à travers les explications d’Alexis. Pour les épreuves écrites il y a un professeur spécialisé qui va venir et qui va s’assurer que les élèves ont bien compris parce qu’il y a une difficulté d’accès à la langue écrite pour les sourds, un certain problème de syntaxe compliqué. Le professeur s’assure donc que l’élève a bien comprit et puis il s’en va et l’élève composent normalement.

CB : On cherche à éviter le hors sujet donc, il ne faudrait pas que l’élève soit désavantagé par son handicap ?

JFD : Oui, il faut ni qu’il soit désavantagé ni que l’intervention de ce professeur l’avantage donc c’est vraiment une question de dosage qu’on a trouvé avec les organisateurs des examens.

CB : Ca c’est une question que j’ai envie de poser à vous Alexis, même si vous êtes devant votre directeur, c’est pas grave je la pose quand même. Est-ce qu’il y a des aspects ou vous êtes avantagé, ou c’est plus facile ?

AD : Non, il n’y a pas de chantage. Je me présenterai pas comme « écoutez je suis sourd il faut être gentil avec moi ». Non. Par contre c’est vrai que si on m’offre un tiers temps supplémentaire je vais travailler en fonction. Mais il faut arrêtez de penser que si on est sourd on va être très gentil avec nous. On doit bénéficier de ce tiers temps pour encourager les personnes sourdes à se présenter si elles en ont besoin et de se préparer. Par rapport à l’écrit ce que vient de dire le directeur, au niveau de la structure syntaxique c’est effectivement difficile. Il y a des difficultés et c’est vrai que dès fois on a peur des corrections. Par exemple, un examinateur, comme c’est anonyme ne sait pas que nous sommes sourds, donc il peut être sévère alors que l’on peut être très maladroit et on peut rater une épreuve comme ça mais il faut l’accepter. Et on peut se rattraper à l’oral si on a échoué à l’épreuve écrite.

CB : Alors il nous reste une minute dans cette première partie pour parler de l’écrit. Le français pour vous donc cette année. Vous vous attendez à avoir une bonne note ou une mauvaise note ? Comment cela va se passer ?

AD : Entre les deux… La moyenne, entre 9 et 12. Mais c’est déjà une bonne note pour des élèves sourds. Il faut le dire. C’est vrai que moi je fais des fautes d’orthographes, on mémorise bien mais quelquefois on est perdu dans la syntaxe. Est-ce qu’il faut un accent, est-ce qu’il faut un « e » à la fin du mot… Mais bon des professeurs aussi dès fois se trompent, ils ne maîtrisent pas forcément. Par exemple Louvres avec un « s » au bout dès fois des professeurs ils sont adultes mais ils commettent des erreurs au tableau.

CB : Moi j’ai passé mon bac français il y a 11 ans maintenant, c’est un peu dur de le dire. Qu’est-ce que l’on va vous demander parce que moi je ne m’en souviens plus ?

AD : Peut être un texte de théâtre ou un texte de roman. J’espère que ce ne sera pas de la poésie parce que je n’y suis pas à l’aise. C’est vrai que pour les sourds c’est difficile. Moi j’aime bien la poésie, il y a beaucoup d’émotions mais d’analyser par exemple la versification c’est quand même pas facile.

CB : Jean-François Dutheil, le français c’est la matière compliquée pour ces élèves ?

JFD: Oui c’est probablement la matière la plus difficile pour ces élèves. Ainsi que toutes matières basées principalement sur la langue parce que c’est véritablement la difficulté d’apprentissage essentielle qui se présente : l’apprentissage de la langue.

CB : C’est celle qui passe en premier, cela peut être déstabilisant. Est-ce qu’il y a des élèves qui peuvent être complètement bloqués, tétanisés, qui ont peurs des examens ? Déjà qu’on a tous peur ?

JFD : Je crois que c’est un peu comme tous les élèves. Si vous voulez la peur des examens on la retrouve chez les élèves sourds comme chez les autres. Simplement face à une épreuve de français, il y a une difficulté particulière, on le sent bien à travers les propos d’Alexis. Dès qu’on va rentrer dans des notions un petit peu implicites c’est difficile. Certains accords vont être difficiles, certains mots aussi. Et donc il y a forcément une appréhension face à une épreuve de français.

CB : Cela veut dire que cette épreuve est encore plus préparée par vous les professeurs et les élèves ?

JFD: Oui de toute façon d’une manière générale, nos élèves sont amenés à travailler plus que des élèves entendant. Alexis a parlé tout à l’heure de cours de soutien. Ce sont des heures supplémentaires en fait pour les élèves sourds qui viennent en plus des heures de cours normales. Tout au long de la scolarité à partir du moment où ils sont assistés c’est cela et donc ils arrivent au bac en ayant beaucoup travaillé donc il y a souvent un état de fatigue aussi. On le voit bien en terminale avec des élèves qui se découragent parfois un peu parce que c’est quand même très dur.

CB : On va marquer une première pause et dans quelques instants on se retrouve pour parler de la scolarité. De votre scolarité Alexis, on reviendra un peu en arrière. On a apprit également que vous avez participé à une émission de télévision, à un jeu. On reviendra sur cette expérience particulière et puis on parlera de l’Institut national des jeunes sourds. A tout de suite.

Pause musicale

DEUXIEME PARTIE DE L’EMISSION

On parle du bac, aujourd’hui, dans Vivre FM C’est Vous, à travers l’histoire d’Alexis, élève en première Arts Appliqués, interprété par Monique Gendreau, qui lui prête sa voix, au micro. Et en présence de Jean-François Dutheil, directeur de l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris.

Christophe Bougnot : Alexis, vous maîtrisez la langue des signes, est-ce que c’est un atout, est-ce que cette langue peut être présentée au bac ?

Alexis Dussaix : Oui, en fait c’est une langue, au même titre que l’anglais et c’est une langue naturelle pour nous. Et J’ai parfois besoin d’un interprète pour traduire d’une langue vers une autre, comme on pourrait l’imaginer de l’Anglais vers le Chinois.

CB : Donc, vous allez présenter cette langue au bac ?

AD : L’année prochaine oui. Je vais essayer de préparer ça. Parce que je suis en intégration (avec des élèves non sourds) donc je suis le premier à présenter la langue des signes. L’année prochaine, je pourrais certainement rattraper les points que je perdrai peut-être en philosophie.

CB : Mais est-ce que vous allez avoir 20/20, est-ce que ça va être facile ?

AD : Si un sourd s’exprime naturellement et que c’est sa langue maternelle, oui. Y’a pas de triche, C’est une langue qui m’est naturelle.

CB : Jean-François Dutheil, les étudiants sourds ont certains atouts, comme par exemple peut l’être la langue des signes ?

Jean-François Dutheil : C’est un atout évident, la LSF puisque maintenant l’option existe au bac. L’option est arrivée dans certaines filières, l’an passé. Maintenant, elle est présentable à tous les bacs.

CB : C’était une injustice, dans le passé ?

JFD : Oui. A la fois c’est très bien pour les personnes sourdes, et puis en même temps c’est intéressant parce que ça permet à un certain nombre de jeunes entendants de s’intéresser à la langue des signes. Ca peut être le cas, justement, dans une classe où il y a un des élèves qui est sourds et qui peut motiver les autres. Ca créé une dynamique qui peut être intéressante.

CB : Alexis, vous avez déjà rencontré des entendants qui présentent la LSF au bac ?

AD : oui à l’extérieur du lycée, y’a aussi des demi-sourds, mais pas dans mon école. Dans la mienne, ils sont un peu paresseux, se sont des artistes…

CB : On parle des autres matières que vous présenterez l’année prochaine. Y’a beaucoup d’épreuves autour des arts j’imagine. Quels sont les matières qui vont être plus faciles et plus difficiles pour vous ?

AD : L’art c’est le plus difficile parce que le coefficient est fort. La chimie est un coef 1 ou 2, ce n’est pas prioritaire pour moi.

CB : Jean-François Dutheil, quels sont les filières où il est habituel de se diriger si on est sourd ? On peut aller partout ?

JFD : C’est une question qui se pose de moins en moins. Parmi nos élèves y’a une grande diversification des filières choisies. On peut dire maintenant qu’on peut trouver des élèves sourds dans toutes les filières. Avec quand même la difficulté à chaque fois d’avoir le soutien dont les élèves ont besoin.

CB : Alexis, vous avez choisi les arts appliqués par goût personnel ?

AD : C’est vrai que j’étais très intéressé par l’art, l’histoire, mais c’était ma dernière chance pour passer le bac. J’étais dans un lycée général, complètement perdu. Même chose en arrivant à ce lycée, les élèves avaient un niveau plus élevé que le mien. Mais j’ai été soutenu, je me suis senti d’avantage concerné. Ca m’a donné les clefs pour démarrer l’ascension et j’arrive aux sommets ! Avec beaucoup de difficultés, quand même, je me suis beaucoup agrippé aux parois. En tout cas je veux oublier mes trois années de lycée qui ont précédé, dans l’autre école. Maintenant je veux passer mon bac et aller à l’université. Au collège, je voulais le littéraire parce que j’adorais le français, l’art me plaisait. Ce sont les sujets où j’aime m’exprimer et où je suis bavard. Là c’est la dernière ligne droite.

CB : Y’a-t-il eu un moment où vous avez été dégoûté de l’école et où vous avez failli tout abandonner ?

AD : C’est difficile à dire. Ma classe d’intégration bavarde beaucoup mais ils m’oublient. Je suis comme invisible parmi les entendants. Au niveau de la communication et des informations, je suis un peu mis à l’écart. Je voudrais qu’ils parlent doucement, qu’ils articulent pour que je puisse lire sur leurs lèvres. Je sis souvent obligé de m’adresser à un professeur pour savoir si un cours est annulé. Au collège et à l’école primaire, c’était plus facile, parce que c’était une école avec que des sourds et des malentendants et tout l’enseignement était en langue des signes. Ensuite l’intégration dans le milieu ordinaire général a été très difficile. Mais je suis très motivé, je suis très attaché à la parole et le monde des entendants m’intéresse. La radio, par exemple, je suis obligé de m’exprimer en langue des signes mais je suis ravi de pouvoir parler aux auditeurs par l’intermédiaire de mon interprète.

CB : Une belle chose pour nous aussi de pouvoir découvrir votre histoire Alexis. Jean-François Dutheil, on a découvert le parcours courageux mais un peu difficile d’Alexis. Qu’est-ce qu’il faut choisir alors, une classe spécialisée, ordinaire ? Comment on s’y retrouve ?

JFD : On voit arriver beaucoup d’élèves qui ont eu des parcours chaotiques, les parents sont perdus, on essaie plusieurs solutions. C’est en fonction de chaque jeune, qu’il faut trouver la solution. On a des élèves complètement dans l’institution, d’autres dans des petites classes de sourds implantées dans l’éducation nationale et d’autres qui sont en classer avec des élèves valides. L’important, c’est de préserver les 3 modèles et de permettre aux élèves d’aller de circuler d’un système à l’autre en cas de besoin. Pour notre part, à l’institution, nous développons des activités pour les jeunes ouvertes vers l’extérieur et inversement. On met en place des activités musicales, c’était un pari, ça a beaucoup de succès. On aide les jeunes à se préparer à la vie active.

CB : Comment on choisit entre la langue des signes et le système oralisant ? Est-ce que les 2 solutions s’opposent forcément ?

JFD : J’ai une position humble par rapport à ça. On essaie d’accueillir les enfants tels qu’ils sont . Quand ils arrivent il ne rentre pas dans le modèle préétablit par le système éducatif. Actuellement les parents sont censés faire un choix entre l’enseignement bilingue français/LSF , soit le français oral. Mais très rare sont les élèves qui entrent dans l’une ou l’autre des catégories. On peut plutôt mettre en avant l’exemple de certains de nos enseignants qui maîtrise les deux modèles. On cherche à donner à nos étudiants un maximum d’atouts.

CB : Alexis, la LSF est votre langue maternelle. Est-on opposé au système oralisant dans votre famille ?

AD : Bonne question, c’est très intéressant. En fait j’utilise la LSF avec les sourds, mes amis sourds, mais face à une personne entendante et à mes parents, je m’exprime à l’oral. Avec mes collègues du château de Versailles, je fais l’effort de parler. Il faut poser ses valises à chaque fois dans chaque système et surtout faire le pont entre les deux mondes.

CB : Justement, une preuve de ce pont entre les deux mondes : une émission de télévision à laquelle vous avez participé. On écoute un extrait et on en parle juste après.

EXTRAIT DE l’EMISSION DE TELEVISION

Yves Calvi, l’animateur : Je voudrais vous présenter Alexis Dussaix. Alexis est sourd, et je voulais juste vous signifier qu’il avait fait une excellente participation à cette émission aujourd’hui et aussi lorsqu’il s’est qualifié, sur Internet. Bonsoir Alexis.

AD : Bonsoir. Je suis très heureux d’être ici. Je crois que c’est la première fois qu’un sourd participe à ce type de jeu à la télévision. C’est assez rare pour me donner beaucoup de plaisir et je joue aussi pour tous les sourds qui nous regardent.

FIN DE L’EXTRAIT

CB : Voilà, un extrait de l’émission « Le grand tournoi de l’histoire », sur France 3. Vous avez eu le droit à une présentation particulière. Est-ce que c’était un bon souvenir ?

AD : Le meilleur ! Quand j’entends la voix de l’animateur là, je me rappelle du public, il y avait 50 candidats et j’étais le seul sourd. Je me suis dis, il ne faut pas que je sois timide et que j’affiche un grand sourire. J’avais envie de réveiller les sourds pour leur dire que c’était possible.

CB : Quel résultat vous avez fait ? Vous avez gagné ?

AD : Non, j’ai été éliminé. 3 ème place. J’étais quand même content.

CB : On marque une nouvelle pause et on se retrouve pour parler de l’avenir professionnel, ensuite. Comment trouver du travail et puis on répondra aux idées reçues et à vos questions d’internet.

Pause musicale

TROISIEME PARTIE DE L’EMISSION

CB : Nos invités sont toujours là, on parle du bac pour les lycéens qui sont sourds et malentendants. Juste avant la pause, on parlait de l’émission de télévision. J’ai la sensation que vous étiez vraiment là pour faire passer un message…

AD : C’est vrai que la culture française met un peu à l’écart les sourds. Il faut pourtant si intéresser dans la littérature, le cinéma… Le soir du jeu télévisé, une comédienne de « Plus belle la vie » était présente, Sylvie. Elle avait appris la langue des signes et ça m’avait donné confiance en moi. Il faut que les sourds aillent dans les musées, connaissent l’histoire de France et il faut que les entendants soient dans le partage de la culture sourde.

CB : Une soirée marquante donc. Votre message, c’est de la théorie. En pratique, pendant les sélections du jeu, est-ce que tout le monde ne s’est pas demandé comment on allait faire pour vous faire participer ?

AD : Je me suis inscrit par internet. J’ai répondu à des petites questions, assez simples. Et j’ai été sélectionné à partir de ça. Après j’ai fais savoir que j’étais sourd. Mes parents ont dit qu’ils feraient venir un interprète. Et l’équipe de l’émission m’a accepté d’emblée.

CB : Le manque de représentation des sourds dans les médias, c’est quelque chose qui préoccupe vos élèves ?

JFD : La surdité est un handicap invisible, il y a cette difficulté à identifier les personnes sourdes. Et bien sûr, on voit très peu les sourds à la télé. C’est assez réconfortant, en tout cas, de constater qu’il a été accepté dans cette émission, même s’il a peut-être un peu forcé la porte.

CB : C’est l’esprit de l’équipe éducative : donner confiance en l’avenir, aux élèves ?

JFD : Oui tout à fait. En ce moment, nous mettons en place un atelier théâtre avec une association qui a pour but de mettre les jeunes en situation de recherche d’emploi. Il y a des entretiens, sous forme de jeux de rôle. On se rend compte que ça donne de bons résultats. Les atouts, ils les ont, la capacité de communiquer aussi.

CB : On va écouter maintenant le témoignage de Laetitia, jeune femme sourde, bac+5 et maintenant employée comme webmestre à la mairie de Paris. Elle nous parle de sa recherche d’emploi. Pas si simple…

TEMOIGNAGE DE LAETITIA DARRAS

Laetitia Darras : Quand j’ai finis mes études, le hasard a fait que je suis rentré rapidement dans la vie professionnelle, par des stages, dans des entreprises privées. Les premiers temps, je ne savais pas tellement ce que je voulais faire. Je m’intéressais au graphisme, mais les affiches, les dvd, l’Internet, je ne savais pas quoi choisir. En 2003, a la fin d’un contrat CDD, j’ai envoyé des centaines de CV aux entreprises privées et aux administrations, pour élargir les possibilités d’embauche. Finalement, mes CV ont trouvé quelques lecteurs attentifs, notamment à la mairie de Paris.

CB : Est-ce que vous avez vécu de mauvaises expériences en entretien, avant de trouver ce travail ?

LD : C’est vrai que sur la plupart de mes CV, j’avais précisé que j’étais sourde. Mais je n’obtenais pas beaucoup de réponses. Du coup, je l’ai caché, dans un premier temps, et j’ai obtenu plus de réponses affirmatives. Un jour, pendant un entretien où je n’avais pas parlé de ma surdité, la personne qui m’a reçu m’a demandé d’où je venais car elle trouvait que j’avais un accent bizarre. Ensuite, il a trouvé ça intéressant !

FIN DU TEMOIGNAGE

CB : Une réaction, Alexis, au témoignage de Laetitia, qui a du envoyer des centaines de CV, avant de trouver un emploi ?

AD : il faut dire que par rapport aux pays étrangers, la France avance comme une tortue, elle est très en retard. Par exemple, j’ai des amis sourds qui ont bac+3, +4, +5 et qui ne trouvent pas d’emploi, parce qu’ils ne peuvent pas parler. J’ai un ami qui a bac +6, en archéologie, il est au chômage, il y a une discrimination. Il faudrait arriver à l’accompagner. Pendant qu’il ne trouve pas de travail, il refait des études, indéfiniment, il a 27 ans. Si on se met à ma place, on est un peu victime. D’où vient l’impasse ? Au niveau de la communication, on peut utiliser l’écrit, internet, les moyens modernes : embaucher des sourds, c’est possible ! Il y a un troisième monde aussi, celui des implantés (ceux qui entendent grâce à un implant cochléaire). Il faut arrêter de tout séparer, la France est mal organisée, je trouve.

CB : Jean-François Dutheil, est-ce plus difficile de trouver des stages pour vos étudiants sourds ?

JFD : On a un servie qui suit les élèves pendant 2 à 3 ans après la sortie. On fait aussi beaucoup de communication auprès des entreprises, mais c’est pas simple. Cette année, on met en place une section apprentissage, en horticulture. Il n’y a que les entreprises publiques qui acceptent de prendre des stagiaires sourds. Les autres pensent que ça va poser des problèmes de communication, de sécurité avec le matériel.

CB : Vous organisez également des journées de formation professionnelle. A quoi ça peut servir ?

JFD : L’idée est d’abord de remercier les entreprises qui nous aident. On perçoit la taxe d’apprentissage donc on a des ateliers qui sont équipés grâce aux entreprises. Et puis, c’est devenu en 3ans, une opération de communication, pour montrer le savoir-faire de nos élèves, à travers des réalisations présentées ce jour là. Les entreprises se croisent et les unes disent aux autres que tel ou tel stage avec un étudiant sourd s’est bien passé et qu’ils se sont bien intégrés dans l’entreprise. Pendant cette journée du 27 mai, des anciens élèves sont également présents pour nous dire qu’ils s’en sont sortis et nous on est très heureux à ce moment là.

CB : Le mot de la fin à Alexis. Comment vous voyez votre avenir ?

AD : J’ai déjà fais des stages en 3 ème, notamment au château de Versailles, dans l’art. J’ai été guide, rémunéré, au moment où les monuments sont devenus accessibles. Sinon je pense d’abord au bac. Ensuite, je voudrais aller à l’université. Mais l’accessibilité n’est pas top, il me faut un interprète et un tutorat. Ca semble possible à la Sorbonne, où il y a un tutorat. A l’école privée du Louvre, il y a aussi un tutorat, je vais passer les concours en septembre prochain.

CB : Bon courage Alexis. On termine cette émission avec vos questions : www.vivrefm.com , rubrique « Emissions » et « Vivre FM C’est Vous » : Didier de Melun nous dit que « les sourds ont autant de capacité que les autres, mais le système français ne leur permet pas de les exploiter. »

AD : C’est très difficile de répondre à ces questions. Il y a beaucoup de différences entre les sourds, comme un africain et un suisse. Il faut que les parents et la famille pousse à se cultiver à se motiver. Il faut atteindre un certain niveau, pour s’en sortir peut-être. Ca dépend aussi si on est issu d’une famille sourde ou entendante.

CB : Alberte de Courbevoie nous dit : « Déjà que les sourds ont du mal à apprendre le français, je ne vois pas commet ils peuvent apprendre une langue étrangère ! »

JFD : C’est un petit peu un jugement de valeur. Un certain nombre de sourds pratiquent une langue étrangère. Il n’y a pas d’impossibilité, il faut travailler.

AD : Moi, je parle anglais !

CB : Dernière remarque de Vincent, de Paris : « C’est plus facile de tricher, en langue des signes ! »

AD : Merci pour la question ! (rires) Si je dois aller à l’université, pourquoi est-ce que je tricherais ? Je ne suis pas un bouc émissaire. Il faut s’entraider, mais je n’ai jamais triché !

CB : Merci beaucoup à nos deux invités, je rappelle le site internet de l’Ecole des Jeunes Sourds de Paris : www.injs-paris.fr . Merci beaucoup.

JFD : Merci.

AD : Merci.

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