Thèse sur le corps de presse accrédité auprès de l’Union européenne





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date de publication08.11.2017
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Chapitre introductif : Quelle sociologie du journalisme ?

Présentation :

Maître de conférences en science politique

Thèse sur le corps de presse accrédité auprès de l’Union européenne
Cours qui est une expérimentation : cours pour un an (congé d’Eric), cours aménagé en fonction de mes centres d’intérêt et de mes compétences, cours qui résonnera (normalement) avec celui de Patrick Champagne. Cours qui rassemble des éléments présents dans d’autres de mes enseignements : un cours de sociologie du journalisme et le cours de communication politique assuré à l’IEP.
Objet du cours : réflexion sur les rapports entre presse et politique : effets de la médiatisation du politique. 

Donc pas un cours sur les théories de la communication à proprement parler même s’il en sera question dans le chapitre 2.
Présenter succinctement le plan :

Chapitre introductif : pour situer le point de vue que je porterai sur la question des rapports entre politique et journalisme. Notamment mise au clair de ce qu’est la sociologie du journalisme et des obstacles à l’analyse sociologique de la production de l’information.



Chapitre historique et comparé sur l’émergence et l’autonomisation des champs journalistiques par rapport à d’autres espaces sociaux (politique, économique, champ littéraire). Chapitre comparé : France, Grande-Bretagne, Etats-Unis. Puis focalisation sur le cas français : évolutions cumulatives des champs politiques et journalistiques pour aboutir à la situation actuelle.
Chapitre qui portera sur l’histoire sociale et intellectuelle des théories de la communication. Pas un chapitre encyclopédique qui passerait en revue toutes les paradigmes (et il y en a) qui existent mais un chapitre qui envisagera l’émergence d’une interrogation scientifique (les effets de la communication sur le comportement électoral pour aller vite) comme un révélateur de logiques intellectuelles révélatrice des transformations des liens entre champs journalistique et politique ou, du moins, des manières de les envisager.
Chapitre pastiche d’un ouvrage fondateur de la sociologie du journalisme (deciding what’s news, Herbert Gans) qui tournera autour de la question : deciding what’s politics. Autrement dit, questionnement sur les processus de catégorisations du monde social que réalisent les médias et les journalismes. Et qui classent, sous contrainte de ce qui joue au sein du champ politique, comme politique, ou non, toute une série d’événements et de faits. Basé sur des recherches en cours sur : l’information internationale (et sa quasi disparition à la télévision), l’information à propos de l’Union européenne.

Objet du cours :

Ce qu’il ne sera pas :

- pas un cours d’érudition, pas un passage en revue des théories disponibles sur le marché intellectuel (s’il en existe d’ailleurs)

- pas un cours de sociologie générale non plus. Il est assuré par ailleurs. Il ne s’agit pas de présenter des concepts de sociologie applicables au monde du journalisme

  • pas non plus un cours de sociologie d’une profession car la sociologie des professions tend à ne s’intéresser qu’aux professions les plus institutionnalisés (avocats, médecins) et à se focaliser sur l’organisation formelle de la profession (corps professionnel, tickets d’entrée, etc.). Plutôt une sociologie du travail journalistique : quelles sont les conditions concrètes d’exercice du métier, ses contraintes, etc.


Ce qu’il ambitionne d’être :

- Vous fournir des connaissances :

1) sur la manière dont fonctionne la production de l’information à propos du et de la politique

2) ce qu’est le journalisme dans une perspective historique et comparative

3) vous donner à voir la diversité de ce monde professionnel dont on a tendance à ne retenir que les grandes figures publiques.

- Objectif réflexif : vous inciter à voir le journalisme, non plus à travers ce que vous en savez ou croyez en savoir, mais avec des réflexes sociologiques. Vous inciter aussi à réfléchir à partir de l’étude du journalisme sur d’autres univers sociaux que couvrent les journalistes : artistique, économique, politique, etc. La sociologie du journalisme ne doit jamais être seulement une sociologie des journalistes, elle doit ouvrir sur d’autres questionnements, d’autres terrains.

- Objectif pédagogique : c’est un sujet qui, normalement, devrait susciter chez vous des questions. Que vous ayez un avis sur la question ou que vous souhaitiez devenir journaliste.
Quelques remarques préliminaires :

  1. je parlerai essentiellement du journalisme français. Ou plutôt je partirai toujours du cas français pour y revenir après quelques détours à l’étranger (essentiellement dans le monde anglo-saxon).




  1. Comme je l’ai dit c’est une sociologie de la production de l’information (Schudson1) et non de sa réception (ce qui est un objet à part entière, difficile à réaliser malgrè quelques études de cas remarquables : Tamar Liebes et Elihu Katz, The Export of meaning :cross-cultural readings of Dallas, Polity Press, 1993.




  1. Je m’intéresserai aussi au rôle des médias et des journalistes dans la construction de la réalité : de la réalité politique, de la réalité sociale. Là aussi il ne s’agit pas de dire que les médias et les journalistes font la réalité mais qu’ils contribuent à la construction de nos schèmes de perception d’une réalité qui n’a potentiellement pas de limites et dont nous ne pouvons, tous et à tout moment avoir l’expérience concrète.




  1. L’objectif du cours n’est bien entendu pas de décourager les futurs journalistes. Le regard sociologique est toujours désenchanteur, mais il n’est pas le seul. Ceux d’entre vous qui ont déjà pigé ou travaillé dans une rédaction savent que ce métier à ses côtés ingrats et pénibles. La sociologie, dans sa fonction de dévoilement des mécanismes sociaux, donne parfois l’impression de ne pas aimer les acteurs dont elle parle. J’espère que vous me ferez crédit du fait que je n’ai aucune dent personnelle (pas plus que ceux dont je citerai les travaux) envers les journalistes.


5) Ce cours ne sera pas un cours académique au sens où son objectif n’est pas de vous fournir en 20 heures une sorte de digest sociologique sur le journalisme. Je vous parlerai des auteurs qui me semblent les plus pertinents et les plus intéressants, je m’appuierai aussi autant que possible sur des exemples tirés de mes propres recherches.
Avant de « rentrer dans le vif du sujet », il faut d’abord prendre la mesure de tout ce qui s’oppose à une connaissance sociologique du journalisme.

Parmi les plus puissants, on trouve toute une série de discours qui prétendent au monopole de la parole à propos du journalisme : le discours des journalistes sur le journalisme, et toute une série de problématiques qui font écran à l’analyse sociologique.
A - Les obstacles sociaux à une analyse sociologique du journalisme

La seule évocation du « journalisme », charrie avec elle une foule de représentations. Certaines positives, d’autres négatives qui viennent en quelque sorte ordonner ce que l’on se représente comme étant le journalisme :

Il y a notamment toute une série de « figures » qui tendent à réduire le journalisme à quelques grands archétypes alors que la profession est très diverse.
Les figures positives :

  • Les reporters de guerre et, plus généralement, les grands reporters. Même si leur prestige s’est un peut terni, ils restent les figures dont se prévalent le plus facilement les journalistes. La figure d’Albert Londres, premier journaliste à entrer dans Reims dévasté en septembre 1914, est symbolique d’une vie de journaliste où se côtoient danger et aventure pourtant exceptionnels et sert de modèle à toute la profession. Voir la renommée interne de journalistes comme Nicolas Poincaré et des femmes envoyées spéciales pour la télévision sur les conflits.




  • Les reporters photographes de guerre pourtant en voie de disparition (les images sont de plus en plus achetées à des agences)



  • Les éditorialistes de la presse écrite reconnus pour leur plume et dont les noms reviennent régulièrement dans les « revues de presse » et qui font office de chroniqueur à la télévision (July à France-Europe Express, voir al côté actuel de Christophe Barbier de L’Express dont l’écharpe rouge est si télégénique, Jean-François Kahn). Journalistes « multimédias », ils finissent par incarner « le » journalisme aux yeux des pairs (référence professionnelle : ils sont les plus fréquemment cités par leurs pairs dans un palmarès de L’Expansion de 1991 sur « les meilleurs journalistes de la presse écrite française ») et du public.


- Les « journalistes d’investigation » : Edwy Plenel, Denis Robert, Pierre Péan, etc.


  • Les présentateurs de journaux télévisés sont devenus de véritables « stars », des personnalités dont la vie privée est commentée (voir les photos de Chazal sur la plage). Même la presse dite « sérieuse » ratifie ce phénomène : lorsque Bruno Masure quitte le jité de France 2 en 1997, la nouvelle fera la « une » de Libé et du Monde.


- La consécration par l’écrit : des journalistes passent au roman, plus ou moins « à clés » et portant plus ou moins sur leur métier (actuellement Eric Zemmour, PPDA qui écrit des livres sur Saint-Exupéry, etc.). Néanmoins, cette opportunité éditoriale n’est guère offert qu’à ceux qui bénéficient déjà d’un « nom » (d’un capital journalistique élevé) qui assure qu’ils seront reçus partout pour en parler et qu’il contiendra « sûrement » des « révélations » plus ou moins croustillantes sur le personnel politique (voir le bruit qu’a fait le livre de Georges-Marc Benamou [Le dernier Mitterrand] simplement parce qu’il décrivait une scène, démentie, de dégustation d’ortolan lors du dernier réveillon du président).

Les figures négatives :

- Les paparazzis

- Les journalistes corrompus, une vieille tradition : Bel Ami de Maupassant

- Les muckrakers (littéralement : « fouille-merde ») apparus au début du 20ème siècle aux Etats-Unis.
Du coup, on tend à n’identifier la profession qu’à ces figures les plus visibles, voire à la réduire aux seules figures les plus positives, les autres, tous les autres, étant renvoyés dans l’ombre ou se voyant refuser le titre même de journaliste (« ils ne sont même pas journalistes »).

Il faut donc intégrer dans l’analyse, l’existence de ces formes de discours et ne pas les évacuer sous prétexte qu’ils ne sont pas « sociologiques ». Certains livres de journalistes sont très intéressants pour l’analyse (Laurence Lacour, Le bûcher des innocents sur l’affaire Grégory) et, quoi qu’il en soit, ils font partie des mécanismes du champ journalistique.

C’est par ces livres, ces revues de presse, ces rubriques et émissions consacrées aux médias que se forgent les « réputations », que s’accumulent le capital spécifique que se définissent les légitimités respectives.
Pour autant on ne peut en rester au stade d’un discours sur les discours. On ne donnerait alors à voir que la portion la plus légitime de la profession.
1) de quels journalistes parle-t-on ?

Derrière le terme générique de « journaliste » se cachent des métiers très divers, des niveaux de salaire et de notoriété très hétérogènes, au point que le mythe de l’unité professionnelle représente sans doute plus un obstacle à la connaissance qu’autre chose.

Au terme de la loi, on ne dispose que d’une définition tautologique de la profession de journaliste :

(Loi n°74-630 du 04/07/1974, article 1er) : « Le journaliste professionnel est celui qui a pour occupation principale, régulière et rétribuée l’exercice de sa profession dans une ou plusieurs publications quotidiennes ou périodiques ou dans une ou plusieurs agences de presse et qui en tire le principal de ses ressources ».

(Loi n°74-630 du 04/07/1974, article 2) : « Sont assimilés aux journalistes professionnels les collaborateurs directs de la rédaction : rédacteurs-traducteurs, sténographes-rédacteurs, rédacteurs-réviseurs, reporters-dessinateurs, reporters-photographe, à l’exclusion des agents de publicité et de tous ceux qui n’apportent, à un titre quelconque, qu’une collaboration occasionnelle ».

Autrement dit, est journaliste celui dont le métier, principal, est d’être journaliste… Cette définition, embarrassée, du législateur est révélatrice de la difficulté qu’il y a à fournir une définition positive de la profession.
En fait, en France, est journaliste celui qui retire plus de la moitié de ses revenus de la collaboration à des entreprises de médias. Du coup, certains journalistes parmi les plus connus ne sont pas, légalement, des journalistes. Sans leur avoir réclamé leur carte de presse, je pense que Jean-Pierre Pernaud (Producteur-Animateur de Combien ça coûte ?) ou un certain nombre d’autres journalistes de la télévision retirent, du fait de leur notoriété, plus de revenus d’activités annexes au journalisme (émissions, « ménages », livres, etc.).

Il y a en France (chiffres du 3 janvier 2002), 34 227 journalistes titulaires de la carte de presse. Parmi ceux-ci, quoi de commun entre le présentateur d’un journal télévisé (qui n’a parfois même pas la carte de presse) et un pigiste dans la presse spécialisée ? Pas grand-chose. Leurs univers professionnels et sociaux n’ont rien à voir.
Du coup, il est nécessaire d’introduire des distinctions pour ordonner cette population :

en fonction des types de médias : au sein de la presse écrite, il convient de distinguer la presse généraliste de la presse spécialisée, au sein de l’audiovisuel, la télévision de la radio, etc. Selon les médias pour lesquels ils travaillent, leur visibilité peut-être variable : les agenciers qui ne signent pas leurs papiers…

la spécialisation fonctionnelle : rédacteurs, secrétaire de rédaction, JRI, maquettiste, chefs d’édition, etc. Permet de regrouper ces journalistes en plusieurs groupes qui les agrègent : le journalisme assis (où l’essentiel du travail s’effectue au sein de la rédaction, derrière son bureau et son ordinateur : l’archétype : le secrétaire de rédaction) et le journalisme debout (qui nécessite de « sortir » de la rédaction : reporters, JRI).

La spécialisation thématique : politique, judiciaire, science, etc. Se traduit par l’appartenance à des services (hiérarchisés), l’écriture dans des rubriques spécifiques dans la presse généraliste

Le statut et le salaire : les pigistes (parfois permanents…), les vacataires, CDD, CDI, payés en droit d’auteur, ménages, etc. Voir le livre dirigé par Alain Accardo, Journalistes précaires, Le Mascaret.
Le premier pas d’une connaissance sociologique du journalisme, c’est de ne pas se laisser prendre par le mot. On verra, dans le chapitre 1, quelle est la sociogenèse de cette profession. Il faut en effet, déconstruire l’apparente unité d’une profession qui n’en est pas vraiment une mais qui véhicule tellement de discours prétendant parler au nom du « journalisme » que cette diversité disparaît derrière un discours, largement mythique, sur les « devoirs et l’éthique de la profession ».
2) les discours journalistiques sur le journalisme

Le problèmes des travaux académiques sur le journalisme c’est, selon Michael Schudson (the Power of News), « qu’ils regardent la presse et voient Superman alors que ce n’est en fait que Clark Kent ». On a tendance, vous comme moi, à surestimer a priori le pouvoir de la presse et à projeter sur cette profession toutes une série de fantasmes sociaux que les journalistes, mais ils ne sont pas les seuls, génèrent.

Il y a un volume considérable de discours sociaux sur le journalisme et la presse qui viennent faire écran à la connaissance sociologique. Même si nous ne connaissons pas tous de journalistes, si nous ne sommes jamais entré dans une rédaction, nous avons le sentiment de savoir confusément de quoi il retourne.

Connaissez-vous une profession qui ne compte qu’un peu plus de 30 000 membres et à qui sont consacrées quotidiennement des rubriques dans la presse nationale (« Communication » et « Médias » dans Le Monde, « Médias » dans Libération), hebdomadairement des émissions de télévision (« Arrêts sur Image », « + clair », etc.), qui génèrent autant de livres, dits à succès, (dernièrement : La face cachée du Monde de Pierre Péan et Philippe Cohen, Bien entendu c’est off de Daniel Carton, et la série des Omerta française) ? Il existe également une presse spécialisée sur ces questions (Télérama, Broadcast, Stratégies, etc.).

Tous ces titres, ces rubriques, ces émissions sont très attentivement suivis par la profession qui y cherchent des indiscrétions, des informations sur les collègues et les concurrents. Il ne faut jamais perdre de vue que les journalistes sont parmi les plus gros consommateurs d’information et qu’une des conditions de la légitimité d’un titre, c’est d’être lu par les collègues. Du coup ces rubriques ont une importance stratégique pour attirer ce lectorat de pairs.
Du coup, c’est un milieu particulièrement difficile à objectiver car :

- c’est un milieu qui intègre sa propre critique, mais une critique qui n’est pas collective et consiste à montrer du doigt ceux qui « déshonorent » la profession

- les journalistes ont le monopole des instruments de production et de diffusion du discours critique sur le journalisme. Notamment, l’apparition de « médiateurs » (dans Le Monde mais aussi sur France 2) qui permettent notamment de gérer les plaintes des lecteurs télespectateurs et de jouer un rôle de justification. Ainsi, celui du Monde (Champagne, « Le médiateur entre deux Monde, ARSS) a permis d’accompagner le passage de l’ « ancien » au « nouveau » Monde et de justifier des changements qui choquaient des lecteurs.
Par conséquent, l’analyse sociologique est souvent mal reçue. Elle est prise pour une critique illégitime venant d’universitaires qui projettent leurs frustrations sur un milieu qu’ils ne connaissent pas (voir les réactions lors de la mort de Pierre Bourdieu qui avait eu le malheur de publier un petit ouvrage sur le journalisme [Sur la télévision, Liber] dont la portée critique était sans doute moindre que ces plus grands écrits, dont il ne fut que peu question).
Il faut dire aussi que, apparemment, les frontières entre analyses scientifiques et journalistiques peuvent sembler minces : ils sont très bien informés sur leur milieu (ils lisent énormément la presse et les ouvrages de/pour journalistes), leurs méthodes de travail paraissent proches (observations, entretiens), ils ont parfois une culture en science sociale (passage par les IEP, prétentions intellectuelles notamment lorsqu’ils enseignent dans des écoles de journalisme), ils théorisent parfois leur propre pratique (le lire de Thomas Ferenczi sur L’invention du journalisme en est un bon exemple) et la profession dispose de lieux de débats et d’échanges sur la « déontologie » et la « profession » : les syndicats, les colloques, les émissions spécialisées.
Le terrain du journalisme est investi par des « sociologues » et des « politologues » (Wolton, Cayrol) mais aussi par un certain nombre de journalistes censés parler « au nom de la profession » en dénonçant les dérapages et les dérives : Schneiderman, Plenel, etc.

Le plus souvent, ces analyses à prétention « critique » ne font que pointer les « écarts » individuels et intermittents (le « charnier de Timisoara », la « vraie-fausse interview de Fidel Castro » par PPDA, etc.) pour légitimer, en creux, le reste de la profession. La plupart du temps, elles ignorent quasiment tout des conditions concrètes d’exercice de la profession et n’établissent aucune relations systémiques.

3) les problématiques éthico-politiques : la presse comme « pilier de la démocratie » ou « quatrième pouvoir », la « crise de confiance envers les journalistes ».

L’étude du journalisme est parasitée par des problématiques qui sont d’autant plus puissantes qu’elles semblent « aller de soi ». De nombreux travaux de chercheurs reprennent à leur compte des problématiques qui sont largement « indigènes » (qui émanent du champ journalistique lui-même) : Dominique Wolton, Eloge du grand public. Une théorie critique de la télévision, Flammarion, 1990 et Roland Cayrol, Médias et démocratie, la dérive, Presses de Science Po, 1997.

Les "théories du journalisme" et la démocratie


Plusieurs thèmes reviennent régulièrement et s'inscrivent tous, peu ou prou, dans une même veine : la contribution des journalistes et des médias à la démocratie.

Descend en droite ligne de la philosophie des Lumières, de la période qui suivit Libération et, plus généralement, de l'idée (qui n'a rien de faux) que la liberté de la presse a accompagné les progrès de la démocratie.
Cela n'a rien de faux, car dans les régimes autoritaires et non-démocratiques, il n'existe pas de liberté de la presse. Néanmoins, en semblant organiser l'ensemble de la réflexion sur le journalisme, ces thèmes contribuent :


  1. à poser de fausses bonnes questions;

  2. à passer sous silence un certain nombre de phénomènes qui contredisent cette thèse de la contribution du journalisme et des médias à la vie démocratique.




    • Les médias contribuent au pluralisme des opinions, ou liberté de la presse : avoir des médias de différentes tendances politiques, religieuses, ethniques, etc.


Critique : le pluralisme est en fait très faible dans la PQN et PQR (situations de monopole et d'oligopole) (voir les inquiétudes concernant la PQR : omniprésence de Ouest-France qui possède aussi la plupart de ses concurrents; également pour la PQN en France : peu de quotidiens, vrai "drame" dès qu'un disparaît)


    • Les médias comme espace public, forum démocratique : espace public de discussion où chacun peut s'exprimer.


Outre que c'est un raccourci saisissant de la thèse d'Habermas (L'Espace public: archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, PAris, PAyot, 1978), cela ne résiste pas à l'analyse.

Critique :

Historique : Schudson (dans Craig Calhoun, Habermas and the public sphere, MIT Press, 1993) "Was there ever a public sphere". La réalité historique de l'espace public est contestable. Voir néanmoins, l'ouvrage de Roger Chartier (Les origines culturelles de la Révolution française, sur le développement de la "République des Lettres" et les échanges internationaux entre écrivains). D'une manière générale, le concept et le livre d'HAbermas, valent mieux que la vulgate qui s'en sert comme d'un mot fétiche.

Sociologique : Il y a un accès très inégal aux médias.

Certains des groupes sociaux numériquement les plus importants ont très peu accès aux médias (le monde ouvrier, le monde immigré, etc.)

Même pour les intellectuels, l'accès est très inégal et ce ne sont pas les plus reconnus qui accèdent aux tribunes (voir le traitement différencié des intellectuels lors des grèves de novembre-décembre 1995). Ceux qui y accèdent sont le plus souvent ceux qui : 1) peuvent (acceptent de) se plier aux formats journalistiques ("faire court", être un "bon client"); 2) dont la pensée ne remet pas en cause un certain nombre d'habitudes intellectuelles (le "besoin de réforme", l'opposition des "français" aux grèves, etc. Sur ce dernier point, alors que certains sondages annoncent 75% de français opposés aux grévistes, un autre (paru dans L'Humanité) annonce 38%...);


    • Les médias comme représentant de l'opinion publique : n'est jamais aussi visible que lors des interviews d'hommes politiques.

La seule légitimité dont se prévalent les journalistes politiques-intervieweurs, c'est de parler au nom de l'"opinion publique", des "français" alors que la plupart du temps, ils substituent leurs propres intérêts à ceux du "public" dont ils ne savent que peu de choses hormis ce que leur en disent les sondages dont les questions émanent elles-mêmes du monde journalistique.

Critique : Les propriétés sociales des journalistes en font de très mauvais représentants de l'"opinion publique" dans sa diversité, les sondages posent des questions que personne ne se pose (hormis les journalistes) : voir la critique sociologique des sondages et de leur prétention à faire "parler l'opinion publique" (Bourdieu, Champagne2, Blondiaux3)


    • Les médias comme contre-pouvoir : contribution du journalisme d'investigation (Les scandales politico-financiers) et du journalisme engagé (l'Affaire Dreyfus) à la "santé démocratique" d'un pays.


Le journalisme aurait pour rôle de "porter la plume dans la plaie" (Edwy Plenel), de révéler ce que les hommes politiques souhaiteraient cacher.

Critique : le journalisme d'investigation n'est pas un pouvoir en soi. Il est largement dépendant des luttes internes à d'autres champs qui font que certains acteurs ont intérêt, à un moment donné, à divulguer des informations (en général sur autrui) : voir l'article de Dominique MArchetti, "Les révélations du journalisme d'investigation", ARSS).

Le simple bon sens permet de comprendre que ces journalistes sont dépendants des informations qu'on leur donne : ils n'ont pas de pouvoir de police et ne peuvent aller chercher l'information qu'on ne leur donne pas. Même les journalistes d'investigations les plus célèbres, Bob Woodward et Carl Bernstein (Les fous du président), avaient leur "gorge profonde" : un fonctionnaire de l'entourage de Nixon, que Woodward avait connu dans l'armée.
Toutes ces thématiques connaissent le succès auprès des journalistes notamment depuis le début des années 90 et la supposée "crise de confiance" envers les journalistes : guerre du Golfe, charnier de Timisoara.


1 Michael Schudson, The sociology of news production, Media, Culture and Society, vol.11, 1989, pp.263-282

2 Patrick Champagne, Faire l’opinion le nouveau jeu politique, Editions de Minuit, 1990, 311p.

3 Loïc Blondiaux, La fabrique de l’opinion, Seuil, 1998, 601p.

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