THÈse de doctorat





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212.1 ACTIVITÉ SEXUELLE ET ABSTINENCE


Une des approches principales de l’épidémiologie et de la santé sexuelle consiste à envisager la sexualité sous l’angle des comportements sexuels et particulièrement des comportements sexuels à risques (Giami et Schiltz, 2004; Aral, 2004). En effet, les comportements sexuels à risques (principalement la pénétration) sont la voie principale de transmission parmi les jeunes séropositifs dans les pays occidentaux (Brown et Lourie, 2000), et plusieurs études montrent que la voie homosexuelle est la voie principale de transmission et concerne majoritairement les garçons, devant la voie hétérosexuelle qui concerne davantage les filles (Remafaldi et Lauer, 1995; Krantz et al., 2002; Shapiro et Ray, 2007).

Dans plusieurs études portant sur les AJAS de pays occidentaux, il apparaît qu’une proportion importante des populations étudiées est sexuellement active bien avant la contamination et maintient une activité sexuelle après celle-ci. Une étude américaine de Rotheram-Borus et al. (1996) étudiant une population d’AJAS âgés de 14 à 23 ans nous apprend que les 2/3 de son échantillon étaient sexuellement actifs au moment de celle-ci contre 1/3 de non actifs (contamination rapide après l’entrée dans la sexualité). Krantz et al. (2002) indiquent que sur 625 jeunes américains de 20 à 25 ans infectés par le VIH: 50 % étaient sexuellement actifs dès l’âge de 14 ans contre 50 % sexuellement actifs à l’âge de 16 ans chez les non contaminés. Il s’agit donc d’explorer davantage le lien entre une activité sexuelle précoce et le risque de contamination, en examinant notamment le taux et l’âge de la contamination chez ceux qui ont entamé leur vie sexuelle de manière précoce en comparaison avec ceux ayant entamé leur vie sexuelle plus tardivement. Plusieurs études portant sur des populations nord-américaines et d’Amérique du sud indiquent que la proportion d’adolescents ayant des relations sexuelles entre 15 et 18 ans est assez similaire parmi les jeunes infectés par le VIH et les jeunes non contaminés avec respectivement 18 % (Frederick T, Thomas P, Mascola et al., 2000), 41 % (Ventura, Abma, Mosher et al., 2003), et 59 % (Zorilla, Febo, Ortiz, et al., 2003; Brown, Schultz, Parsons, et al., 2000) chez les jeunes contaminés et entre 47 % et 53 % (Grunbaum, Gross, Kinchen, et al., 2004) chez les jeunes non contaminés. Ici, la corrélation entre une sexualité précoce et la contamination ne peut être établie.

Concernant plus spécifiquement les AJA contaminés par voie materno-fœtale, une étude américaine d’Ezeanolue et al. (2006) portant sur 57 sujets âgés de 13 à 24 ans et contaminés à la naissance, 79 % (45/57) avaient déjà eu une relation durable, tous genres confondus. 33 % étaient sexuellement actifs, au sein desquels 90 % ont eu leurs premiers rapports après avoir eu connaissance de leur diagnostic dont 26 % avant l’âge de 15 ans. Une étude américaine de Bernstein et al. (2006) portant sur 75 adolescents contaminés à la naissance indique que 34 % avaient une activité sexuelle lorsque celle-ci a été réalisée. En France, la plupart des AJA contaminés à la naissance âgés de 14 à 24 ans sont sexuellement actifs ou ont la volonté de la devenir et avec l’augmentation de l’âge, et augmentent la fréquence de leurs rapports sexuels (pour les individus actifs sexuellement) (Funck-Bretano, Veber et Blanche, 2009). À travers ces diverses études, il apparaît donc qu’entre 1/3 et la moitié des AJAS sont sexuellement actifs après la contamination. Elkington et al. (2009) mentionnent une propension au multipartenariat puisque 88.9 % des AJA de l’étude (U.S.A.) rapportent avoir de nombreux partenaires (aucune donnée sur le caractère simultané ou successif du multipartenariat n’est fournie). Krantz et al. (2002) nous apprennent que les garçons auraient plus de partenaires, partenaires souvent plus à risque, des rapports plus jeunes, et davantage non protégés que chez les filles. Cependant, 81 % de ces dernières étaient sexuellement actives au moment de l’étude, soit une proportion supérieure à celle des garçons, et 56 % avaient été confrontés à une ou plusieurs grossesses à risques. Le multipartenariat pourrait être expliqué par les changements fréquents de partenaire pour éviter la révélation de la séropositivité, notamment pour les AJA contaminés par voie materno-fœtale, qui ont de surcroît tendance à retarder l’échéance de la première relation sexuelle pour la même raison.

Ces études, faisant état du taux d’AJAS sexuellement actifs, révèlent dans le même temps un taux d’inactivité sexuelle important au sein de cette population.

Une très large minorité d’entre eux voient en effet leur vie sexuelle stoppée ou considérablement réduite (Schiltz et Standford, 2000). Ces taux sont variables à travers ces différentes études mais dans des proportions proches: entre 50 % et 2/3 de non actifs: 1/3 de non actifs (Rotheram-Borus et al., 1996); 50 % de non actifs (Krantz et al., 2002); 82 % de non actifs (Frederick T, Thomas P, Mascola et al., 2000); 59 % de non actifs (Ventura, Abma, Mosher et al., 2003); 41 % de non actifs (Ventura, Abma, Mosher et al., 2003; Zorilla, Febo, Ortiz, et al., 2003; Brown, Schultz, Parsons, et al., 2000). Plusieurs auteurs établissent une corrélation entre la peur de révéler sa sérologie positive, la peur de contaminer le partenaire, et un phénomène d’abstinence sexuelle prolongée consécutive à la découverte de sa séropositivité (Hosek, Harper, et Domanico, 2000; Troussier, Tourette-Turgis, 2006).

Nicole Athéa, à ce propos nous explique:

« En raison de l’impossibilité à révéler leur séropositivité à leurs petits copains, l’entrée dans la sexualité des jeunes séropositifs est le plus souvent tardive, comparée à celle de leurs pairs. Cette abstinence prolongée est un facteur qui compromet l’autonomisation, et rend difficile de sortir de l’adolescence: si l’on ne peut pas nouer de liens affectifs et sexuels, on ne peut que rester dépendant affectivement des parents. » (Charmasson, Tassi, Jantils, et al., 2003).

Elle rend compte de la position de « retrait par rapport au désir » (Trocme, 2000), selon la formule de Jean-Marie Forget, conséquence du refoulement de la sexualité (Dollfus et al., 2006) dans laquelle ils se trouvent. Ce retrait du désir est intimement lié, chez les adultes, à l’idée d’non-désirabilité de soi de la part de l’autre (Banens et Mendès-Leite, 2006). Cette problématique existe également chez les jeunes séropositifs, notamment chez les filles. Nadine Trocme précise à ce sujet que les groupes de parole peuvent avoir des conséquences positives sur ce retrait du désir.

Comme elle le rappelle:

« L’émergence d’un désir, ce qui introduit un adolescent à la vie, passe par le désir de la sexualité évidemment. » (Trocme, 2000)

Dans ce contexte, cette position de retrait par rapport au désir, entraînant, entre autres, un phénomène d’abstinence sexuelle, est susceptible de perturber la période de l’adolescence par laquelle ils passent ainsi que leur entrée dans la sexualité. Cela contraste avec certains résultats d’études américaines, qui, elles, préconisent l’abstinence, d’abord dans un but préventif, ensuite pour éviter aux AJAS de contaminer d’autres partenaires:

« L’abstinence et l’idée de retarder au maximum le moment de l’initiation à la sexualité devraient être un composant essentiel de toutes les approches préventives sur la sexualité, spécialement pour les adolescents de tous âges qui sont déjà contaminés. Une éducation concrète et un entraînement à l’utilisation de méthodes visant à savoir dire « non » à la sexualité ou de méthodes visant à négocier des relations « safe sex » avec le partenaire doivent être un composant essentiel de l’éducation préventive pour les jeunes. » (Johnson et Carey, 2003.).

Schiltz et al. (2006) ajoutent que « le taux d’abstinence sexuelle s’accroît avec l’âge sans commune mesure avec la population générale ». Mais, selon ces auteurs, les taux d’inactivité sexuelle des groupes les plus jeunes resteraient similaires à ceux que l’on observe dans la population générale. Ils ajoutent que dans tous les groupes, l’existence d’une relation affective stable minimise la peur du rejet, qui reste non négligeable chez les femmes en couple. Par ailleurs, la proportion des personnes abstinentes serait plus élevée chez les filles que chez les garçons (Crips, 2001). De plus, les personnes séropositives consommatrices de drogues seraient plus nombreuses à être en situation d’abstinence sexuelle, dans la mesure où consommer des drogues par injection intraveineuse renvoie à une forte dégradation de l’image de soi, de sa désirabilité, de la capacité d’érotisation, et de la qualité des rapports sociaux (Elkington, Bauermeister, Brackis-Cott et al., 2009). Cette abstinence compromet de manière évidente l’entrée dans la sexualité chez AJA contaminés par voie materno-fœtale ou contaminés dès les premiers rapports, et alourdit le vécu de ceux qui ont été contaminés plusieurs années après le début de leur activité sexuelle (Trocme, Dollfus et Leverger, 2000).

Plusieurs des études mentionnées font apparaître des différences dans l’activité sexuelle selon le mode de contamination: l’entrée dans la sexualité serait globalement plus tardive chez les AJA nés avec le VIH, et beaucoup auraient une activité sexuelle moindre par rapport aux AJA contaminés par voie sexuelle. Des études plus fines comparant l’activité sexuelle des jeunes contaminés par voie sexuelle et materno-fœtale permettraient d’observer plus précisément l’effet différentiel du mode de contamination sur l’âge d’entrée dans la sexualité et l’activité sexuelle de ces populations.


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