Résumé : L’étude présente le fonctionnement d’un comice de Maine et Loire (Tiercé-Châteauneuf, Segréen) depuis sa création jusqu’à aujourd’hui.





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date de publication20.10.2016
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Benoît Carteron

ethnologue

Groupe de Recherche Ethnologique de l’Anjou (G.R.E.A.), Institut de Psychologie et de Sociologie Appliquées, Université Catholique de l’Ouest,
COMMUNICATION POUR LE COLLOQUE ELEVEURS ET ANIMAUX DOMESTIQUES

A.R.F. OCTOBRE 1998
LE RENOUVEAU DES COMICES AGRICOLES EN ANJOU :

DU PROGRES PAR L’EXCELLENCE AUX VERTUS DE LA TRADITION

Résumé :
L’étude présente le fonctionnement d’un comice de Maine et Loire (Tiercé-Châteauneuf, Segréen) depuis sa création jusqu’à aujourd’hui. La question traitée est de savoir comment une manifestation née dans le contexte agraire du siècle dernier a pu survivre et s’adapter aux bouleversements techniques et sociaux de la seconde moitié de XXème siècle ? Les comices d’avant-guerre sont dirigés par les notables locaux qui les ont créés, mêlant la mission de civilisation des campagnes à leurs intérêts de grands propriétaires. Ils se présentent comme une fête populaire mais aussi une institution mettant en scène les détenteurs du pouvoir. Après la seconde guerre mondiale, la population rurale se détourne de la fête et les agriculteurs, acquis aux idéaux égalitaires de la J.A.C., désertent de plus en plus une manifestation élitiste, figée et trop liée au respect des anciennes hiérarchies. Après une longue période de repli, des comices renouent aujourd’hui avec le succès populaire. Ils deviennent une fête à laquelle participe l’ensemble des acteurs ruraux. Sans être abandonnés, les concours ne sont plus les vitrines de l’avant-garde et de la performance technique mais privilégient l’esthétique, les qualités sensibles, mettant en valeur les aspects artisanaux du métier laissés de côté par l’agriculture moderne. Sur fond de déroulement inchangé de la journée de concours et de son protocole depuis leurs créations, les comices conservent également une fonction politique : tout en perpétuant une mise en scène traditionnelle, ils sont un lieu de confrontation et de médiation entre le monde politique et le monde rural.

Abstract :
The renewal of the agricultural shows in Anjou : progress by excellence through to traditional values
The study presents the functioning of an agricultural show in Maine et Loire (Tiercé-Châteauneuf, in the area of Segré) from its creation until today. The problem was to know how an exhibition which grew up in the agrarian context of the last century could have survived and adaptated itself to the technical and social changes of the second half of the twentieth century? Before the war the agricultural shows were directed by local leading citizens who created them combining the mission of civilising the rural people with their own interests as big landoweners. The shows are presented as a popular festival but also as an institution putting on show the leaders of power. After the Second World War, the rural population turned away from this festival and the farmers who were convinced of “ Jeunesses Agricoles Catholiques ” ideas of equality quitted more and more this elitist exhibition stuckfast and too tied to the respect of former hierarchies. After a long period of quiet activity the agricultural shows renew today with popular success. They become an event where all the rural actors participate. Without being totally abandonned, the competitive shows are no longer just windows of avant-garde an technical performance but also privilege esthetic, sensitive qualities, developping the works artisanal aspects left aside by the modern farmer. These shows take place according to unchanged formal rules since their creation, however they conserve a political role : while carrying on a traditional scene, they are also a place of confrontation and mediation between the political world and the rural world.

Cette communication part d’une recherche collective réalisée par le G.R.E.A. (1996) portant sur les changements dans le monde agricole depuis la seconde guerre mondiale. L’enquête par histoires de vie a été effectuée auprès d’agriculteurs aujourd’hui à la retraite. Les personnes interrogées ont de par leur âge vécu deux périodes opposées : une jeunesse passée dans une société rurale dite “ traditionnelle ” et une vie professionnelle ancrée dans les changements techniques, économiques et sociaux de l’après-guerre. L’étude sur les comices est un approfondissement, à partir d’une pratique singulière, de l’interrogation que révélait le discours des agriculteurs sur le sens du progrès, alors qu’ils ont joué un rôle moteur dans l’évolution agricole de l’après guerre et qu’ils ont tout au long de leur carrière fermement adhéré à une vision “ moderniste ” de l’agriculture.
On s’aperçoit que les changements portés par la modernisation s’accommodent de références traditionnelles qui ne se reconnaissent pas comme telles et qui , pour être acceptées, se déguisent sous l’apparence de la technique et de la modernité. Cette génération, pour avoir porté les transformations de l’agriculture, n’en continue par moins à trouver une part de son action dans les valeurs qui sont un subtil mélange d’éléments modernes et traditionnels. Elle combine de façon syncrétique la modernité et les valeurs fondamentales de l’univers paysan, comme l’attachement à la terre, le travail, la famille, la référence à un passé traditionnel qui alimente une identité. Après avoir été rejeté par les modernistes, le passé traditionnel fait l’objet d’un regain d’intérêt chez les agriculteurs. Aujourd’hui il se révèle que le changement n’est plus aussi incompatible qu’il a pu l’être avec des éléments de la vie traditionnelle. Même si dans les faits cela a toujours été plus ou moins le cas, on peut voir ces agriculteurs se reconnaître dans des tentatives de conciliation entre tradition et modernité.
Dans leur devenir particulier, les comices agricoles se présentent comme un de ces lieux privilégiés où le monde agricole met en scène cette vision syncrétique du lien présent/passé. D’autres lieux ou pratiques permettraient d’atteindre le même but : l’agriculture biologique, l’engouement pour les fêtes centrées sur la vie d’autrefois (battages, vieux métiers, etc.), le tourisme agricole, l’appropriation par le monde agricole de sa propre histoire locale... Mais les comices agricoles ont l’avantage d’offrir de curieux renversements historiques qui l’ont fait passer d’instrument du progrès à celui d’une pratique de concours décalée, avant de connaître de nouvelles formes de réappropriation.
Avec les comices agricoles nous avons affaire à une tradition dans le sens courant du terme1 : ancienneté des associations et de leurs manifestations, persistance d’un même mode de fonctionnement jusqu’à aujourd’hui. Qu’est-ce qui a permis cependant à certains comices de se perpétuer et de se renouveler jusqu’à aujourd’hui alors que ce type de manifestation ne remplit plus un rôle de diffusion des progrès agricoles ? Sur l’articulation tradition/modernité, les comices offrent un terrain d’observation original : créés dans un objectif de progrès ils en n’ont pas moins suscité leur propre tradition, laquelle est devenue une sorte de contenant stable auquel le contenu, les pratiques et leurs significations, s’ajuste dans un contexte nouveau.
1. Le comice d’avant-guerre : prestige et hiérarchie sociale2
D’après le Dictionnaire de l’agriculture de 1885, le comice “ désigne une réunion de propriétaires, d’agriculteurs, etc., organisée dans le but de favoriser par des encouragements, soit des médailles, soit des primes en argent, les progrès de l’agriculture, de la sylviculture, de l’horticulture, etc. ” Le premier comice a été créé en Anjou par le comte de Turbilly en 1755 à Vaulandry. Un jury nommé par les habitants de la commune désignait l’agriculteur qui avait le plus beau froment et celui qui avait le plus beau seigle. La remise des prix avait lieu à l’issue de la grand-messe devant l’église et toute la population réunie. Le principe a été continué par la Société d’agriculture de Paris puis interrompu par la Révolution.
C’est à partir des décennies 1820-1830 que les responsables nationaux se sont préoccupés de relancer les comices pour favoriser les progrès de l’agriculture par l’émulation. A partir du règne de Louis-Philippe, l’état s’est préoccupé de l’intensification de l’agriculture et de la diffusion du progrès : inspecteurs généraux de l’agriculture, fermes modèles, comices agricoles. La loi a institué officiellement les comices agricoles en 1851 pour l’organisation des concours, distributions de primes et récompenses et comme moyen d’intervention des pouvoirs publics auprès des leaders ruraux. Assemblées dominées par les propriétaires fonciers, les Conseils généraux ont directement soutenu les comices, “ ils accordaient des subventions aux organisateurs de concours agricoles ; les primes et les distinctions accordées aux lauréats stimulaient le progrès en utilisant autant l’âpreté au gain que l’amour-propre qui caractérisent les paysans ” (Désert, Specklin, 1976, p. 105).
Au cours de ce XIXème siècle, le relais de l’action de l’état auprès de la paysannerie est passé efficacement par les notables, “ des propriétaires, des notaires, des médecins ou des juges de paix qui exercent une action de vulgarisation à titre bénévole, mais dans leur intérêt bien compris de propriétaires fonciers tirant souvent l’essentiel de leur revenu des fermages ” (Bourrigaud, 1998, p. 120). En créant les associations de développement agricole, en organisant les comices, ils ont diffusé la modernité dans le style de rapport qui les liaient habituellement aux paysans : la pédagogie de l’exemple et l’imitation. Les notables dans la région Segréenne étaient des grands propriétaires, souvent nobles et n’exploitant pas directement leurs terres. Ils étaient cependant intéressés par les progrès agricoles dont la diffusion relevait d’un enjeu économique et d’une mission de civilisation auprès de la paysannerie.
Dans un premier temps la diffusion du progrès a cependant été limitée aux grandes exploitations aux mains des notables sur lesquelles les expérimentations étaient réalisées. C’est à la fin du XIXème que les comices ont trouvé leur essor avec la crise agricole. Face au marasme les notables se sont préoccupés davantage du sort de la petite paysannerie alors restée à l’écart des progrès. Leurs grandes exploitations ont servi d’exemples pratiques pour montrer la réussite des nouvelles techniques. Les comices sont alors devenus les lieux de concertation, de diffusion de résultats d’expériences et de démonstration des bienfaits du progrès.
Engagés dans les progrès agricoles et la structuration des organisations professionnelles, les notables-agronomes ont pu en partie grâce à cela maintenir leur influence politique. Ils ont continué à s’imposer comme référence pour le monde agricole, susciter le démarrage des syndicats en s’appuyant sur les comices, “ creusets dans lesquels se forme la cohésion renouvelée entre des groupes sociaux pourtant hétérogènes, mais dont l’intérêt commun est l’agriculture. La force qui en résulte à la fin du XIXème siècle est à la fois conservatrice sur le plan politique et moderne dans le domaine technique ” (Bourrigaud, 1998, p. 122).
Les comices agricoles ont connu leur apogée dans la première moitié du XXème siècle, jusqu’à la modernisation des années 50-60. Les comices étaient à la fois une rencontre officialisée et festive, élitiste et populaire, intervenant dans le cadre d’une société très hiérarchisée et relativement autarcique. Outil au service des notables qui détenaient les postes de responsabilité au sein des conseils d’administration, le comice leur a permis d’organiser et de diriger la production.
Le comice remplissait un rôle économique comme manifestation où était exposé tout ce qui se faisait de mieux dans l’agriculture, il jouait alors le rôle de plaque tournante du marché en mettant en contact éleveurs et acheteurs. Sur le plan social c’était le lieu de l’excellence agricole. Offrant une image du progrès et de la modernité face à la routine paysanne, les concours ont été suivis par les éleveurs par soif de reconnaissance sociale. Gagner dans un concours c’était accéder à un échelon supérieur dans le prestige social où le paraître et la reconnaissance par les élites comptaient autant que l’impact économique. Même si la véritable élite relevait d’une sphère inaccessible et d’autant plus respectée, le comice offrait une occasion de susciter le rapprochement par l’exemple suivi et récompensé.
Cette logique de l’excellence avait un revers : elle créait une pression sociale qui séparait les agriculteurs en deux catégories : les bons éleveurs, agriculteurs intermédiaires entre la masse et l’élite, et les autres, le plus grand nombre, qui ne se présentaient pas aux concours faute de réunir les critères requis. Les concours entraînaient les exposants primés dans une spirale, chaque récompense autorisant à se présenter à des concours plus élevés. Le nombre d’exposants a eu ainsi tendance à se restreindre à un cercle d’habitués emportant chaque année les premiers prix. Acquis aux idées de progrès dans le cadre balisé par les notables, ces agriculteurs disposaient probablement de ressources (capacités individuelles, moyens économiques, soutien des propriétaires...) qui leur permettaient de s’extraire du lot commun. L’analyse des gagnants aux concours des comices de Tiercé et Châteauneuf montre que ce sont toujours les mêmes éleveurs qui reviennent d’année en année dans les premières places (cf. Janvrin, op. cit.).
A l’inverse, la masse des paysans ne concourait pas. Faute d’avoir une production correspondant aux critères attendus par le comice, la plupart des agriculteurs préférait l’autocensure. Le comice mettait en jeu l’amour propre et les craintes liées à l’échec dans un milieu d’interconnaissance : railleries, déshonneur, sanction publique. La compétition et ses corollaires : l’agressivité dans l’engagement ou au contraire les réactions de protection, participe d’un processus de distinction lié à la logique de l’excellence : faire une poignée d’élus en mettant sur la touche un grand nombre d’exclus.
La mise en scène du pouvoir qu’offrait le comice, le prestige lié au concours, la dimension festive, ont cependant assuré le succès de la manifestation en dépit de son caractère élitiste. Fête populaire, le comice avait jusqu’aux années 50-60 le village comme scène. Les concours avaient lieu dans les champs directement attenants au village, les cafés étaient ouverts, les discours et remises des prix avaient lieu devant la mairie, le banquet se déroulait au restaurant. Différents divertissements étaient organisés : expositions de matériel, courses de chevaux, fête foraine, bal sur la place de l’église...
Dans une société villageoise organisée autour de l’activité agricole dominante, le comice était un temps exceptionnel qui entraînait toute la communauté locale. Moment festif, c’était un jour ou permissivité et excès marquaient une rupture avec la routine du travail et les contraintes rigides du quotidien. Etape dans un cycle annuel, il ponctuait la fin des récoltes et celle des beaux jours. Dans l’univers borné du village, c’était aussi un temps de décloisonnement où se retrouvaient les habitants de tout le canton, tout en mettant en concurrence les villages qui à cette occasion réaffirmaient leurs rivalités.
Si le comice a été jusque dans les années 50-60 une grande fête villageoise, c’était aussi une institution mettant en scène le pouvoir de façon ritualisée et ostentatoire. Le comice était un événement par la seule présence des élites. Le protocole cérémoniel mettait en valeur les notables locaux avec le relais offert par une presse toujours élogieuse à l’égard des personnalités présentes et des discours prononcés. Le comice était une occasion pour les notables d’asseoir et de prolonger leur pouvoir. Engagés dans leur mission de défense des intérêts de la paysannerie, les comices comme les associations agricoles permettaient aux notables de constituer les paysans en “ clientèle ”3 capable de les soutenir sur le plan politique. Si on peut qualifier le comice de manifestation populaire par son succès d’alors, elle était aussi organisée par les élites politiques au service de l’entretien et de la mise en scène de leur pouvoir.
2. Depuis les années 50-60 : crise et renouveau
Les comices ont connu une désaffection à partir des années 50. Les agriculteurs y ont participé de moins en moins. La dimension de fête villageoise a en même temps disparu, entraînant le repli du comice vers une manifestation essentiellement agricole et rejetée à l’extérieur du village, dans un champ isolé. La crise s’est accentuée dans les années 70, des comices ont disparu, d’autres se sont regroupés pour survivre. En Anjou, c’est dans la micro-région du Segréen que la manifestation est la plus vivace, ce qui est probablement lié à son caractère historique de terre de grandes propriétés châtelaines et à l’activité dominante de l’élevage bovin.
Il n’y pas une explication isolée à la crise des comices agricoles. L’ouverture du milieu rural en est une avec l’apparition de loisirs nouveaux et d’autres formes de sociabilité que la fête villageoise traditionnelle. Le comice n’a pas été associé au développement agricole qui a pris d’autres voies : chambres d’agriculture, techniciens agricoles, différents groupes de développement. Si les comices sont apparus avec la première révolution agricole, cette seconde révolution a été celle de la diffusion large des progrès, des changements de modes de vie et d’une prise en charge de leur destin par les agriculteurs eux-mêmes. Le caractère de manifestation organisée par les vieilles élites locales a probablement freiné l’adhésion de jeunes générations plus acquises en Anjou aux idéaux égalitaires de la J.A.C.4 (il s’agissait de faire évoluer tout le milieu) qu’à l’excellence, liée à une imitation respectueuse et vaine des grands propriétaires.
Les changements dans le monde agricole ont eu un impact direct sur les comices par le retrait des élites traditionnelles. Lié à leur désinvestissement de l’agricole et du foncier rural, à la démocratisation de la représentation politique, les propriétaires-notables qui se transmettaient jusqu’alors leurs charges politiques et associatives de pères en fils ont été remplacés par des agriculteurs dans les bureaux des comices. Ces nouveaux responsables se recrutaient parmi des exposants habitués et souvent primés. Il s’agissait de cette même classe d’agriculteurs intermédiaires déjà innovants et qui se sont investis dans les responsabilités professionnelles et politiques.
Attirer de nouveaux agriculteurs a été une difficulté pour les dirigeants des comices. S’est reproduite en effet cette distinction entre agriculteurs primés et réputés, courant les concours, cumulant d’autres fonctions de responsabilité, et les autres agriculteurs restant en retrait. La logique de l’excellence et sa référence à la réussite des notables comme modèle de développement a alors cédé la place à une volonté de démocratisation. A partir de 1962 dans les cantons de Tiercé et Châteauneuf des mesures sont prises dans ce sens pour attirer davantage d’agriculteurs aux concours : une prime de présentation est offerte à tous ceux qui concourent, les primes des gagnants deviennent symboliques alors que le nombre de prix offerts augmente. Primes de bienvenue, de participation et de déplacement s’intègrent dans une volonté d’ouverture à tous les éleveurs.
La démocratisation s’est aussi manifestée par l’abaissement du coût du banquet à Tiercé-Châteauneuf. Dans les comices on a introduit des concours ménagers féminins, des jurys de jeunes, ou de façon plus durable le concours de labours qui a permis de s’adapter au goût des jeunes agriculteurs pour la technique et le maniement des engins.
Des raisons techniques freinent aujourd’hui la participation des éleveurs aux comices. L’élevage en stabulations rend les animaux difficiles à tenir dans une manifestation de ce type et les éleveurs ont tendance à être découragés par les efforts à fournir le jour du comice. Le comice 1998 de Tiercé-Châteauneuf s’est soldé par l’étranglement d’une bête par sa propre corde après plus d’une heure d’affolement dans un troupeau présenté et malgré les efforts de tout un groupe d’éleveurs pour contenir les bêtes. Les conditions d’élevage rendent difficiles la démonstration d’une maîtrise de l’animal par l’homme que le comice est par ailleurs censé continuer de valoriser.
Les dirigeants des comices sont encore de cette génération de ceux qui ont participé au développement agricole et à cette première vague de renouveau des comices. Que vont devenir les comices avec une population malgré tout vieillissante de dirigeants et d’exposants ? Si celui de Tiercé-Châteauneuf se pose encore cette question, la relève semble bien assurée dans un comice connaissant le succès populaire comme celui des Ponts-de-Cé à la porte d’Angers. Aussi est-ce toujours un enjeu d’intéresser de plus jeunes participants en espérant en faire de futurs responsables et continuateurs des comices.
3. Les nouvelles fonctions du comice
Le renouvellement des comices s’est fait en deux temps, d’abord des mesures prises dans le but de faire revenir et concourir les agriculteurs, puis celles plus récentes qui visent à rassembler la communauté locale et renouer avec un public large. Mais au delà des changements de forme ce sont les significations des comices qui sont affectées. Elles touchent à la place de l’agriculture dans le monde rural et la société globale et à l’idée que les agriculteurs se font d’eux-mêmes.
3-1. L’ouverture au monde rural
L’ouverture au non agricole n’est pas simple car elle pose le problème de la domination des agriculteurs sur le monde rural. Avec la diminution du nombre des agriculteurs, l’élargissement professionnel des équipes municipales et plus généralement la perte d’influence politique du monde agricole, de nouvelles craintes apparaissent pour la reconduction des subventions des municipalités et du département. Cela explique aussi qu’après un repli du comice sur la sphère uniquement professionnelle, des tentatives d’élargissement ont eu lieu ces dernières années pour attirer un public plus large. Au comice fusionné de Tiercé-Châteauneuf, on a tenté par exemple de lier la manifestation à la foire exposition locale des commerçants et artisans. L’entente a cependant été difficile entre les comités d’organisation où l’enjeu reste celui du contrôle des agriculteurs sur leur manifestation. L’expérience n’a pas été renouvelée et le comice de Tiercé-Châteauneuf reste essentiellement centré sur la manifestation agricole et animale : il rassemble les producteurs-éleveurs de races bovines, amoureux de chevaux et exposants de races animales méconnues. Ce comice agricole remplit avant tout une fonction démonstrative auprès du public : exposer des animaux et faire connaître les préoccupations des éleveurs par l’intermédiaire des personnalités invitées et de la presse.
On a introduit de nouvelles animations dans les comices : présentations de chevaux et poneys, démonstrations de dressage, jeux, spectacles... Les dernières initiatives couronnées de succès ont eu lieu dans les cantons de Baugé avec un comice sur le thème du pain, et dans celui des Ponts-de-Cé en 1997 avec une fête étalée sur trois jours comprenant de multiples activités : concours de vins, de jardins familiaux, de chants, spectacle nocturne et bal, défilé, fête foraine, jeux de force et d’adresse, exposition artisanale et de vieux matériel, exposition de peinture et de sculpture, course VTT.
Il semble que ce comice du canton des Ponts de Cé ait réussi à résoudre le problème de la désaffection, et tout en préservant les fonctions agricoles du comice (concours, liens avec les élus, médiatisation des problèmes ruraux) il a renoué avec la fête populaire à succès. Ce fut en effet une organisation conjointe du comité des fêtes de la commune d’accueil, du comité du comice, dans laquelle se sont impliqués la commune et de différentes associations. Le pivot des trois journées de festivités est resté celle du samedi qui respectait le protocole habituel du comice. Le vendredi soir et le dimanche ont été consacrés à la manifestation grand-public.
D’une mise en scène centrée sur le monde agricole, les comices qui renouent avec le succès se transforment en mise en scène du monde rural impliquant ses différents acteurs collectifs. Cette dimension va plus loin que la seule pédagogie destinée à faire découvrir au public les vertus et contraintes de l’agriculture qu’il est censé ignorer ou méconnaître. Elle suppose une véritable intégration de la manifestation agricole dans un cadre plus large et implicitement un abandon d’une position de domination de l’agricole sur le rural. Ce n’est pas le cas dans tous les cantons où les comices se maintiennent. A Tiercé-Châteauneuf, la mise en scène est encore principalement orientée vers les agriculteurs eux-mêmes et la sphère politique qu’il s’agit de sensibiliser aux problèmes agricoles à cette occasion.
3-2. Les agriculteurs et leurs valeurs fondamentales
Les éleveurs qui continuent d’y participer montrent un attachement au comice qui renvoie à des valeurs positives de l’agriculture. Tout d’abord, le comice récompense le travail et le goût de l’agriculteur et dans le cas des éleveurs, toute une expérience personnelle qui permet d’obtenir de beaux animaux au caractère unique. On retrouve là un travail artisanal qui renvoie à un rapport privilégié entre l’homme et l’animal pour un produit directement lié à la qualité de l’intervention humaine. Le comice montre un agriculteur différent de la position qu’il occupe généralement aujourd’hui : un ouvrier dans une chaîne dont il n’a pas la maîtrise complète et produisant selon des normes standard et quantitatives.
Par cet aspect le comice s’est maintenant clairement détaché d’objectifs de performances techniques et commerciales qui impliquent la participation de techniciens, négociants ou de firmes agro-alimentaires. Les concours départementaux ont remplacé sur ce plan les comices dont le niveau cantonal ou inter-cantonal n’est plus un pallier vers des concours plus prestigieux. Dans un comice comme celui de Tiercé-Châteauneuf, un responsable explique que le concours oblige tout au plus les exposants à montrer leurs meilleurs animaux. Mais on vient au comice par attachement réaffirmé au groupe des éleveurs et pour le plaisir de présenter des animaux qui ont fait l’objet de soins attentifs.
Dans le même sens, les critères de jugements aux concours restent des critères sensibles, visuels. Les critères d’évaluation restent en général chez les éleveurs bovins basés sur un rapport esthétique = qualité de la viande (voir sur ce plan la communication de Marie Percot pour le choletais). Les bêtes présentées sont la marque de l’éleveur, c’est un don qui est récompensé : le goût pour le soin des bêtes, la maîtrise de leurs comportements, la maîtrise des croisements, le mélange d’éléments de filiation et de terroir qui singularisent une étable. Aussi on refuse dans un comice comme celui de Tiercé-Châteauneuf que soient introduits des critères de contrôle laitier ou de filiation génétique des animaux. Il y a là une opposition entre les participants aux comices et ceux qui n’en voient pas l’utilité du fait du refus d’intégrer des paramètres plus scientifiques. Là encore, le comice renvoie à des critères d’avant qui sont valorisants pour les participants : la belle production, des champs bien entretenus, la ferme bien tenue que l’on récompensait il y cinquante ans... Si prestige et excellence se manifestent toujours dans les concours, assurant le maintien d’un esprit de compétition et de comparaison ancré dans les habitudes, c’est dans ce cadre d’une qualité sensible du travail et non sur le critère de la réussite technique et économique qu’ils prennent sens.
Les agriculteurs qui participent aux comices valorisent également le contact et l’appartenance au groupe des éleveurs. On y vient pour se retrouver, “ discuter après la récolte ”, rencontrer des personnalités, pour une “ fête de l’agriculture ” dans une ambiance qui n’est pas celle des réunions professionnelles et syndicales habituelles. Dans le comice de Tiercé-Châteauneuf, un dîner dansant est organisé depuis 1995 quinze jours après le comice. Il rassemble tous les exposants et les bénéfices qui en sont tirés permettent d’équilibrer les comptes et d’organiser un voyage au salon de l’agriculture à Paris. Le soutien entre éleveurs prime dans la manifestation, ce que renforce la fin de la concurrence autrefois introduite par le concours. Les participants sont aujourd’hui des passionnés qui encouragent des plus jeunes à participer.
D’instrument du progrès qu’il était, le comice s’intègre plutôt maintenant dans une perspective de retour à une dimension perdue de l’agriculture moderne, renouant avec les dimensions aujourd’hui valorisées du passé, permettant de maintenir une identité.
3-3. Le rapport renouvelé au politique
Sur d’autres plans, les comices se montrent immuables. Depuis leur création, ceux de Tiercé et châteauneuf suivent le même déroulement dans l’organisation de la manifestation : une réunion de bureau pour prévoir la journée et désigner les commissions, une autre après la manifestation pour faire le bilan et envisager les modifications pour l’année suivante. Le déroulement de la journée suit également un rituel analogue à ce qu’il était au départ : arrivée et installation des exposants le matin, les concours proprement dits avec le passage du jury et des personnalités, le vin d’honneur et le banquet ponctué par les discours des officiels, un temps festif l’après-midi, de relâchement et rencontres informelles, la remise des prix en fin de journée par les personnalités.
Les points critiques de ce déroulement sont les discours des personnalités politiques et la remise des prix. Les agriculteurs qui contestent les comices y voient une pratique démodée et décalée où continue à s’exprimer une dépendance à -l’égard de la classe politique soupçonnée d’utiliser le comice à des fins électoralistes. Le banquet et sa suite de discours accorde la place d’honneur aux officiels et peut donner l’impression d’un monologue avec un public passif d’agriculteurs. Lorsque les problèmes agricoles sont aigus, une partie des agriculteurs ne comprend pas le caractère bon enfant de cette manifestation et souhaiterait une attitude plus offensive à l’égard du monde politique. C’est ce qui s’est passé en 1996 en pleine crise de la vache folle au comice de Tiercé-Châteauneuf où les officiels ont été pris à partie.
Malgré la désaffection des comices, les agriculteurs ont continué à bénéficier du soutien des municipalités et du conseil général. Par le jeu des multiples fonctions, les dirigeants des comices sont investis dans les postes clés qui permettent ce soutien : représentants professionnels, maires et conseillers municipaux, conseillers généraux. Le revers en est une dépendance renouvelée à l’égard de la sphère politique. Le conseil général et singulièrement le C.R.A.T.E.A.S.5 pour le Segréen ont ainsi poussé les comices à se regrouper et introduire des innovations.
Pourtant, si le lien avec les personnalités politiques tient aussi au maintien des subventions et à son jeu de représentations officielles, on est loin cependant de la manifestation d’il y a cinquante ans comme autocélébration de l’élite locale. Les organisateurs considèrent le banquet et sa suite de discours officiels comme un temps incontournable. La thématique des discours est donnée par les organisateurs. C’est un moment où agriculteurs et élus ajustent leurs points de vue respectifs, mettent à l’épreuve tout en le confortant le consensus qui les relient dans le rapport toujours fort de soutien de la classe politique à l’égard des agriculteurs dans la région. Le comice est vu par ses défenseurs comme une occasion d’entretenir le dialogue avec les élus et les représentants professionnels et une possibilité qui leur est offerte de se rapprocher du terrain.
La crise de la vache folle a été un exemple probant de la place renouvelée du comice dans les débats qui agitent le monde agricole. Il a été discuté à Tiercé-Châteauneuf de savoir si il fallait boycotter ou non le comice. La décision a été de le maintenir sans faire de concours pour ne pas donner l’impression au monde politique que l’agriculture allait bien malgré la chute des prix de la viande. Il est venu à ce comice plus d’agriculteurs qu’à l’habitude pour s’expliquer avec les élus. Au delà du révélateur que constitue cette crise, le comice garde un lien avec le politique mais de façon active : en intervenant par le biais de ses organisateurs et représentants agricoles dans les débats politiques qui les concernent. Les exemples des comptes-rendus journalistiques des comices de Pouancé, et Tiercé-Châteauneuf montrent que le concours est finalement le support à la médiatisation des préoccupations paysannes et plus généralement rurales : environnement, rôle des agriculteurs dans l’aménagement, tracés d’autoroute et de TGV...

Finalement le comice présente tous les caractères d’une tradition vivante, c’est à dire dynamique, se renouvelant régulièrement sur fond de permanence de son concours et du rituel cérémoniel qui l’accompagne. Comme lieu d’une mise en scène qui actualise des valeurs fondamentales et les inquiétudes du monde agricole, le comice reste ancré dans les préoccupations d’aujourd’hui. Par l’ouverture à un public large, la manifestation rentre dans le cadre de ces traditions festives qui, légitimées par leur ancienneté, servent en même temps à fédérer les initiatives autrement dispersées des acteurs individuels et collectifs locaux et à en exprimer la cohésion.
Références bibliographiques
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Gérard LENCLUD, La tradition n’est plus ce qu’elle était... Sur les notions de tradition et de société traditionnelle en ethnologie, Terrain, 9, oct. 1987, 110-123.

1 Préciser qu'il s'agit du sens courant du mot tradition n'est pas anodin. Si nous considérons plus loin le comice comme tradition c'est en vertu du projet qu'elle manifeste et les fonctions qu'elle remplit à ce titre pour ceux qui la perpétuent aujourd'hui. Sur la tradition comme projet, voir notamment Lenclud (1987) et Gosselin (1979).

2 L'approche historique s'appuie pour les comices de Châteauneuf et Tiercé sur l'étude réalisée par Elisabeth Janvrin (1993). Nous la remercions vivement de l'avoir mis à notre disposition.

3 Dans sa forme particulière aux bocages de l’Ouest, le clientèlisme renvoie à la relation de patronage qui unit le noble détenteur de la terre au paysan qui l’exploite en métayage ou en fermage. A ce rapport fondamentalement déséquilibré ne correspond pas une dépendance totale du paysan mais plutôt un rapport de dépendances partagées. En échange de trouver une terre à exploiter et d’autres avantages (aides matérielles, placement des enfants, responsabilités locales...), les notables obtenaient des paysans une soumission à l’ordre établi que scellait une adhésion commune au même système de valeurs cimenté par la religion. La dépendance était cependant réciproque puisque le maître dépendait de l’intelligence et du zèle que mettait le fermier à tenir l’exploitation et à rendre les services au château. La relation relevait finalement d’une confiance et d’arrangements réciproques dans une relation de personne à personne qui n’excluait pas les pressions de part et d’autres et la recherche de compromis par négociation . Sur le clientèlisme dans l’Ouest bocager, cf. Bucher (1995).

4 Jeunesse Agricole Catholique.

5 Comité Régional d'Action Technique Agricole du Segréen.

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