Le ministère de l’education, de la recherche et de l'innovation





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Problématiques sociales et didactiques actuelles de l’enseignement des langues et du français en Europe



Maurice MATHÉ

Université de Lyon
Résumé : L’étude a pour but de mettre en évidence un certain état de choses concernant les problématiques de l’enseignement des langues étrangères en 2007, notamment celui du français langue étrangère dans l’ Europe Centrale. La première partie s’occupera surtout de la problématique se rapportant à la concurrence entre les diférentes langues enseignées, étudiées, recherchées par des élèves et des parents. On prêtera une attention toute particulière à la concurrence entre la langue anglaise et les autres langues internationales parlées et utilisées dans cette région géographique: l’anglais en tant que «lingua franca», le statut de compétence communicative dans les échanges commerciaux, la réalité des traductions internationales. La deuxième partie mettra l’accent sur les rapports qui existent entre une langue, une pensée, une culture et une civilisation, synchroniquement et diachroniquement: la langue comme système de communication et de pensée, la pauvreté culturelle dans le cas d’une seule optique communicationnelle, le conditionnement idéologique par la diffusion d’une seule langue, les risques d’acculturation que peut entraîner la promotion d’une seule langue.

Mots clé: langue, lingua franca, compétence de communication, compétence culturelle, système de pensée, représentations sociales, idéologie, apprentissage conceptuel.
Le "faux débat" anglais français

Que ce soit chez les parents d'élèves, les apprenants eux mêmes, mais aussi chez les décideurs institutionnels des systèmes éducatifs, on oppose souvent et régulièrement l’enseignement notamment du français à celui de l’anglais, et dans une moindre mesure à celui de l’allemand, dans la plupart des pays d’Europe Centrale. Mais tout aussi régulièrement, lorsque le choix est posé à l’apprenant, à l'enfant, au parent ou à l'adulte, il apparaît difficile de nommer précisément ce qui va être appris dans la langue en question, tant les objectifs visés et les « compétences de communication » qui seront poursuivies à défaut d’être toujours acquises, que les raisons objectives pour lesquelles c’est telle ou telle langue étrangère qui sera retenue. Ainsi, nombre de choix réalisés, dans les systèmes scolaires comme dans les instituts ou associations comme les Alliances, le sont en fonction de critères aussi flous que « c’est utile pour trouver un emploi », « aujourd’hui tout le monde doit … », etc.

Or, souvent ces choix engagent l’apprenant pour une période longue, de plusieurs semaines à plusieurs années, demandent parfois un investissement financier non négligeable et appelleraient une réflexion plus approfondie sur les raisons qui vont faire que l’on va s’engager ainsi. Bien sûr, il n’est pas question ici de nommer tous les critères qui interviennent dans un tel choix mais on essayera au moins de dégager ce dont il est question lorsqu’un apprenant décide d’apprendre telle ou telle langue. Et nous commencerons par l’anglais, plus précisément ce que j’appelle l’anglo-américain de survie, l’AAS.
Qu’est ce que l’AAS ?

Il existe une réalité sociale et économique qui correspond à ce que l’on peut appeler un marché des « langues ». Ce marché a toujours existé particulièrement dans les relations commerciales. Dans ce marché, il existe toujours une ou plusieurs langues qui sont massivement utilisées, dans un pays ou dans une région et actuellement sur tous les continents. Aujourd’hui, incontestablement, la langue utilisée aux USA se diffuse partout dans le monde, à travers tous les médias, audiovisuels essentiellement mais aussi dans certains types d’écrits. Et cette « langue » est véritablement et fortement présente dans les relations économiques et commerciales, quel que soit le pays concerné.

Mais, la première question que l’on peut se poser est de savoir de quoi il s’agit lorsque l’on parle ici de cette « langue »: quel type de « compétence de communication » permet elle, que permet elle de faire pour celui ou celle qui l’apprend ?

C’est ainsi, lorsque l’on est amené à étudier de plus près la conduite, l’organisation et le résultat des apprentissages de cette "langue", que l’on constate systématiquement deux faits significatifs:

- tout d’abord, cet apprentissage permet de « se débrouiller » à l’oral dans la plupart des situations de la vie courante en déplacement dans un pays étranger avec une morpho-syntaxe à la fois rudimentaire et très souple, voire très tolérante, et un lexique extrêmement restreint. Mais elle ne permet pas, par exemple, de suivre exhaustivement une émission de télévision ou de radio, encore moins de participer pleinement à une conversation avec deux locuteurs natifs;

- ensuite, elle offre, à l'écrit, l'accès à toute une série de textes, généralement descriptifs et prescriptifs simples (menus, consignes, avertissements), mais ne permet pas la lecture complète d'un quotidien ou d'un magazine généraliste de langue anglaise, encore moins d'un ouvrage de spécialité.

En d'autres termes, la "compétence de communication" généralement acquise, pour utile qu'elle soit, correspond à une série de besoins très liés à une activité spécifique, souvent professionnelle ou commerciale : elle se satisfait tant à l'oral qu'à l'écrit, à la fois d'un lexique de base sommaire et approximatif et d'une morpho-syntaxe très "lâche". Elle s'apparente à la maîtrise d'un "code de communication" que l'on peut avantageusement enrichir grâce, entre autres, à l'utilisation de "guides de conversation", petits manuels que l'on peut acquérir facilement et à bon marché. C'est en ce sens que, plutôt qu'une langue, je parle, pour cet anglo américain de survie, cet AAS, de "lingua franca".
Pourquoi une lingua franca ?

Dès que l'homme a cherché à entrer en contact avec d'autres êtres humains, il a eu besoin d'échanger: d'échanger des biens, d'échanger des mots, des phrases. Et de tout temps, ces échanges ont eu une très grande importance: aussi loin que l’on remonte dans l’histoire des peuples, il a existé des linguae francae. Langues d'échanges, sabirs, pidgins, mélanges de termes et de constructions syntaxiques, de tout temps, les langues ont été mises à contribution, plus ou moins, dans l'élaboration et l'utilisation de ces "codes" de communication. Plus, toutes les langues ont été plus ou moins modelées par ces rencontres dont elles gardent les traces. Il ne s'agit pas là d'un phénomène marginal, mais bien de la vie des langues, de leur histoire autant que de leur actualité. A certaines époques, ce furent le portugais, puis l'espagnol qui servirent de base à ces linguae francae, en relation bien sûr avec l'importance des échanges commerciaux que réalisait le pays où ces langues étaient parlées, utilisées.

Mais de tout temps, une fois encore, ces "codes", ces linguae, n'ont eu d'autre prétention que de permettre les échanges commerciaux, que de faciliter ces relations. Ce qui modelait ces linguae, ce qui les faisait évoluer, c'était essentiellement leur adéquation aux besoins concrets ressentis par ceux qui les utilisaient.

Enfin, si ces linguae existaient, elle ne faisaient l'objet ni d'une reconnaissance en tant que telles (la plupart ne s'écrivaient pas), ni d'un apprentissage formel: elles s'apprenaient "sur le tas" et on aurait fait sourire en prétendant les "enseigner". Voulait on parler d'une langue, on parlait alors quasi exclusivement, au cours des derniers siècles, du latin. Ou dans les dernières époques, de la langue française, langue des Lumières, "fille" préférée de son illustre prédécesseur. Mais c'eût été pervertir de telles langues que de les utiliser régulièrement pour des échanges commerciaux: elles étaient réservées à des usages considérés comme plus "nobles", pour la littérature, la conversation savante, la philosophie et les "sciences".

Ce que nous souhaitons mettre en évidence ici, c'est la permanence historique et des langues et des linguae francae: notre époque ne déroge pas à la règle. Nous avons aujourd'hui besoin à la fois des langues et des linguae francae. Et comme par le passé, c'est l'importance des échanges commerciaux qui détermine, in fine, quelle sera la lingua franca la plus utile, la plus pertinente, la plus efficace. Mais nous ne sommes pas contraints de confondre systématiquement lingua franca et langue: nous sommes en tous cas conscients que ce ne sont pas les mêmes compétences de communication qui seront visées et acquises dans un cas comme dans l'autre, lingua franca ou langue.
Etat des lieux, état des langues

Langue et lingua franca, quel est l'état des lieux, l'état des langues aujourd'hui dans le monde?

Un constat qui s’impose est de remarquer la très grande diffusion de l'anglo américain dans tous les médias, audiovisuels bien sûr, mais aussi écrits via Internet et certains organes de presse, quasiment dans le monde entier. La puissance commerciale des Etats Unis d'Amérique, suite à la dernière guerre mondiale, a créé une situation telle que l'ensemble des activités économiques utilisent de près ou de loin l'anglo américain pour une partie des échanges internationaux. Incontestablement, cet anglo américain est la langue la plus diffusée aujourd'hui, la plus directement utile pour le commerce international. Elle peut ainsi légitimement postuler au titre de l'une des linguae francae du 20ème siècle. Et c'est à ce titre, en tant que lingua franca, qu'elle constitue un atout pour toute personne désireuse d'engager des échanges commerciaux internationaux et de pouvoir, comme nous le disions au début de cette réflexion, "se débrouiller" dans les situations de communications internationales de base, à l'oral comme à l'écrit : c'est pourquoi nous l'appelons l'anglo américain de survie.

Mais nous prétendons ici qu’il serait erroné de prétendre, considérant l’anglo américain tant comme "langue" que comme "lingua franca" au sens où nous l’avons décrit plus haut, d'abord qu'elle est la seule, ensuite, qu'elle est aujourd'hui, de fait et dans tous les cas de figure, incontournable, enfin qu’elle serait de près ou de loin suffisante.

Elle n’est pas la seule: une première remarque que nous pouvons faire est que dans de la plupart des régions du monde, l'AAS n'est pas la langue majoritaire, de loin s'en faut, des échanges commerciaux à l'échelle locale comme à l'échelle nationale. La quasi totalité du continent africain, l'immense majorité de la Chine, de l'Inde, du continent sud américain, de l'ancienne "URSS", et de l'Europe n'utilisent pas l'AAS comme langue "véhiculaire": tout au plus, dans toutes ces régions, pour le plus grand nombre de locuteurs, constitue t-elle un "appoint" dans certaines situations précises de communication, pour certains domaines particuliers ne concernant que peu la plus grande partie des personnes de ces communautés. Si la "mondialisation" est un thème cher aux économistes, il y a souvent très loin de la représentation que certains acteurs économiques peuvent se faire de l'économie globale à la réalité des situations de vie et d'échanges des peuples et des personnes. Et dans nombre de cas, y compris comme lingua franca, il est plus "rentable" de s'atteler à l'apprentissage de langues locales très riches, très diverses, très créatives syntactiquement et lexicalement, pour engager des échanges économiques et commerciaux, réservant certains éléments de l'AAS à des tâches spécifiques voire marginales.

Elle n’est pas incontournable: la deuxième remarque porte sur la conscience et le souci que les institutions et administrations nationales et internationales, publiques et privées, et dans une certaine mesure les entreprises aussi, ont de l'importance de la diversité et des choix linguistiques possibles. Y compris dans les situations les plus élémentaires, recherche et fourniture de nourriture et de logement, que ce soit dans des lieux de transit ou dans les milieux urbains, il est de plus en plus fréquent, à l'oral comme à l'écrit, d'être en présence de nombreuses traductions, même imparfaites, dans de nombreuses langues, en fonction souvent de l'expérience locale des échanges avec des locuteurs d'autres langues. A titre d'exemple et sans parler de l'obligation faite aux institutions internationales (ONU, UNESCO Banque Mondiale), de fournir systématiquement des traductions dans les grandes langues internationales reconnues, dans la domaine de la restauration et de l'hôtellerie, il est courant de voir les services (tarifs et menus) proposés en quatre langues au moins. Et de plus en plus, il en va de même sur le réseau Internet où tous les sites de référence proposent fréquemment le choix entre au moins quatre langues. Il n'est pas question ici de contester la réalité actuelle de l'usage massif de l'AAS: il est question de contester ce qui peut souvent apparaître comme une obligation de fait. En d'autres termes, on peut bien vivre, bien travailler, bien échanger, bien vendre, bien exister, aujourd'hui et certainement plus encore demain, sans maîtriser cet anglo américain de survie.

Elle n’est pas suffisante: il s'agit là d'une remarque qui à notre sens provient essentiellement d'une confusion, volontaire ou non, entre langue et lingua franca. Ce point nécessite à nos yeux plusieurs éclaircissements:

1) Si l'anglo américain utilisé par la plupart des locuteurs aux Etats Unis d'Amérique est bien une langue, elle ne saurait être confondue ni avec la langue anglaise parlée en Angleterre ni avec la langue "anglaise" parlée dans les pays "anglophones", ni surtout avec la langue "anglaise" parlée dans des pays "non anglophones". Cette langue, anglo américaine, aux Etats Unis d'Amérique, évolue en fonction de réalités culturelles, sociales et économiques qui sont propres à la société nord américaine et à ce titre, ne peut être assimilée en tant que telle à une lingua franca. Et il en va de même pour toutes les langues qui prétendent servir plus ou moins massivement à la constitution d'une lingua franca. En d'autres termes, il n'y a pas homologie entre l'anglo américain parlé dans tel ou tel Etat des USA et ce que nous avons appelé l'AAS. Très précisément, ce qui va être parfaitement intelligible pour un locuteur natif nord américain, que ce soit à l'oral ou à l'écrit, en contexte, ne le sera pas pour un apprenant fût il avancé de l'AAS. Les "séries" télévisées produites et réalisées aux USA en sont régulièrement une illustration frappante;

2) Pas plus aujourd'hui que par le passé, il ne saurait être question de demander à une lingua franca ce qu'elle ne peut pas faire. Il n'est donc pas honnête de prétendre apprendre l'anglais globalement lorsque l'on propose l'apprentissage rudimentaire de l'AAS, dans les systèmes scolaires comme dans les institutions spécialisées. Si cela peut apparaître comme un argument de "vente" de telle ou telle langue, particulièrement de l'AAS, il paraît utile d'avoir une nette conscience que les apprentissages réalisés seront ceux d'une lingua franca et ne pourront en aucun cas suffire à la maîtrise de situations de communication plus complexes telles que celles dont nous avons donné quelques exemples au dessus (conversation avec des locuteurs natifs, émission de télévision ou de radio);

3) Dès que l'on souhaite aborder le domaine des sciences, exactes comme humaines, de la médecine à la psychologie en passant par toutes les sciences dites "physiques" et "naturelles", mais aussi pour étudier ou même lire les textes littéraires en langue "anglaise", il devient indispensable de
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