Première partie : la grammaire des futurs urbains 14





titrePremière partie : la grammaire des futurs urbains 14
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date de publication05.10.2017
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Introduction (provisoire)



La question générale qui anime ce travail de recherche est de déterminer à quelle réalité l’expression « ville intelligente » renvoie. « A quelle réalité matérielle », s’entend, en la distinguant d’une réalité dite « virtuelle » (expression qui a fait florès avec l’avènement du cyberespace il y a quinze ans, nous y reviendrons) et en la distinguant des « discours » à travers lesquels il peut être tentant de l’enclore.

Poser la question en ces termes est une façon de prendre au sérieux ce qui pourrait sembler n’être qu’un effet de mode, une « utopie mobilisatrice »7, tout en conservant une certaine distance vis-à-vis des discours cherchant à énoncer ce que sera le futur des villes. Position délicate ? Sûrement et ce d’autant plus que ce « pari de la matérialité » peut être interprété multiplement.

Signifie-t-il que nous voulons débarrasser la smart city de tous ses discours, de ce que nous considérerions comme simples idéologies ou comme un babil indistinct, pour nous en tenir, dans le silence retrouvé, à la froide description les techniques qu’elle implique ou qui la constituent ? Non. Nous aurons à nous expliquer plus loin à sur ce genre d’oppositions et justifier le fait que nous n’entendons pas traiter exclusivement des techniques au détriment des discours.

Cela signifie-t-il que nous nous inscririons dans une habitude théorique consistant à réduire tout concept, tout objet à ses conditions matérielles de production ? Il faudrait pour cela ancrer notre propos dans une pensée qui limite d’emblée tout travail d’enquête, substituant en quelque sorte, à la détermination du réel, la réalité des déterminations.

Aussi, plutôt que d’égrener les nombreuses incertitudes et possibles contre-sens que pourrait susciter cet emploi brut du mot « matérialité », nous nous contenterons dans un premier temps de demander au lecteur d’accepter de partager notre attention aux objets techniques par lesquels la ville intelligente se déclare, objets techniques rencontrés lors des salons d’exposition « Smart Grids », « Smart City », dans la littérature scientifique et à l’occasion des nombreuses discussions que nous avons eues avec les chercheurs et les industriels ayant participé à la série de séminaires que nous avons organisée au Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA). La fréquentation de ces objets techniques a d’ailleurs été, pour nous, aussi fructueuse qu’étrange. Etrange car il nous fallait, pour y accéder, partager une langue qui nous était étrangère, celles des ingénieurs de l’électro-technique ou des télécom, start-up informatiques, celle des chercheurs en sciences dites « dures », par opposition à celles, molles, qui serait notre lot. Etrangeté également, car même si au détour d’un stand ou à l’occasion d’une visite, nous avons pu manipuler tablettes, consoles, commutateurs, capteurs ou écrans… cette matérialité se manifestait moins à travers des objets techniques visibles et touchables, qu’à travers leur évocation, à distance donc, au service de dispositifs dont ils étaient les composants vitaux et sur lesquels nous n’avions aucune prise.

Accepter d’être renvoyés piteusement vers les sciences humaines après cette incursion hors de notre champ de compétences aurait eu pour conséquence théorique la division de l’objet technique en deux parties : l’une, objective, traitant d’un fonctionnement auquel nous n’entendions rien ou pas grand chose, l’autre, subjective, traitant des effets de cet objet sur l’humain, sur ses processus de subjectivation, sur l’aliénation que produisent les nouveaux dispositifs du pouvoir, etc. Bref, nous nous serions interdits de parler de ces objets pour ne parler que des humains, ou alors, et c’eût été pire, nous nous serions contentés de gloser sur LA technique, vulgarisateurs forts de notre savoir tout neuf.

Nous n’avons pas opéré cette retraite vers le convenu et sommes restés au milieu du gué, nous demandant si nous pouvions parler de ces objets techniques sans les diviser à l’avance entre les sciences humaines et les sciences de l’ingénieur, si nous étions légitimes pour le faire et, last but not least, comment en parler ? Autrement dit, nous nous sommes demandés comment développer une techno-logie des villes intelligentes. Des versions antérieures de ce texte témoignent d’un premier mouvement qui fut de reprendre le discours des ingénieurs, tout particulièrement à propos des capteurs (sensors), de parler comme eux afin d’assurer la solidité de notre socle descriptif. Cette posture aboutit à une impasse : la description nous faisait savant d’une chose que nous ne parvenions plus à interroger et avec nous, tout lecteur suffisamment assidu pour nous suivre. Cet échec nécessita une révision complète de notre position d’énonciation. Plutôt que de persister dans le psittacisme (qui de toute façon n’était qu’un moyen détourné de conserver l’alternative entre deux modes d’énonciation exclusifs de l’objet technique), nous avons cherché à dire dans une langue qui ne serait pas du semblant les différentes étapes, les différents gestes théoriques qui nous ont conduit à délier l’ « objet technique » des discours qui le situaient et le limitaient.

Dernier point, nous aurions pu récuser ce dualisme en nous intéressant de façon pragmatique aux pratiques. Il n’y aurait alors ni discours, ni objets, mais que des pratiques à observer pour ce qu’elles sont, leur conférant un caractère premier donnant sens aux objets et valeur aux discours. Mais c’eut été là une tâche encore plus délicate : comme rendre compte de pratiques qui n’émargeraient à la thématique de la ville intelligente qu’au travers de technologies que nous aurions classées a priori conventionnellement comme relevant de ville intelligente ou alors parce que leurs auteurs les déclareraient comme en relevant. Dans les deux cas nous aurions été renvoyés à la case départ.

Nous avons donc tenté de restituer sous la forme d’une enquête le double mouvement qui consistait tout d’abord à extraire les techniques des liens qui leur étaient imposées par les discours scénarisant leurs usages et fonctions, afin de les « isoler » provisoirement, puis à les redéployer dans une nouvelle forme, dotées de nouvelles attaches à des choses, à des problématiques autrement invisibles.

Le livre est divisé en quatre parties. La première fait débuter l’enquête dans le bruit des discours, la deuxième poursuit l’affaire dans l’histoire de l’informatique, la troisième spécule sur la matérialisation spatiale de la ville intelligente, et la quatrième, collaborative, liste des questions qui n’ont pas pu être abordées dans les précédentes parties. Au sein de cette structure, on peut distinguer une première enquête (Partie 1 et Partie 2), qui reproduit artificiellement notre démarche consistant à circonscrire progressivement ce qui est en jeu matériellement dans l’expression « ville intelligente », et une seconde enquête (Partie 3), ouverte dans la première, dont la question est : qu’est-ce que cette matérialité matérialise ?
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