Les enjeux du ravitaillement alimentaire girondin





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C. Des producteurs aux répartiteurs centraux et locaux
Les producteurs sont la clé de voûte de l’économie du ravitaillement sucrier, parce qu’ils élaborent le sucre, mais aussi parce qu’ils se voient confier une mission de service public, celle de « répartiteurs » : ils disposent (ou non) de stocks, issus de leurs propres ateliers, et de flux d’importation, et remplissent les voitures à chevaux locales, les camions éventuels et, surtout, les wagons mis à leur disposition par les compagnies ferroviaires, en fait essentiellement la Compagnie des chemins de fer du Midi. Ils orientent aussi des flux pour constituer des stocks de sucre aux Docks Sursol (65 avenue Thiers), une compagnie privée spécialiste dans la gestion logistique, qui assure ensuite des expéditions en Gironde et dans le grand Sud-Ouest en fonction des allocations. La répartition s’effectue par quinzaine, puis par mois à partir de mars 1917. On comprend toute l’importance des trois plus gros sucriers de la place. Ainsi, en février 1918, « la répartition a été faite comme suit : 10 000 kg pour la raffinerie Abribat, Cordes, Bordes & Cie [à Bacalan, 128/132 rue de Lormont] ; 30 000 pour A. Bertault & Cie [15 rue Wustenberg] ; et 20 000 pour A. Baronnet-Frugès [30/34 quai de Sainte-Croix, 23 rue du Moulin et 1/7 rue Peyronnet] »32.


Tableau 7. Livraisons de sucres raffinés au 4e trimestre 1917 (quintaux)

Frugès

507 792

Bertault

505 571

Saint-Rémi, Abribat, Cordes, Bordes & Cie

440 081

Total

1 453 394

Dont attribué au département (le solde partant vers d’autres départements=

1 399 902

Source : No 12 décembre 1917 comité ravitaillement, Adg


Encore faut-il que le sucre brut soit livré aux raffineries ! Lors d’une réunion des raffineurs girondins Baronnet-Frugès, Abribat et Bertault le 18 août 1916, on estime que les besoins nécessaires sont de 27 000 kg par jour. Or Baronnet-Frugès peuvent en fournir 9 000 et Abribat 7 000. « Il suffirait d’envoyer 20 000 kg [bruts] par jour à la raffinerie Bertault, qui livrerait sur cette quantité au Département de la Gironde proportionnellement à ce que livrent les autres raffineurs, environ 50 % de leur production, pour que le ravitaillement du département soit approvisionné en sucre raffiné. »33
L’enjeu du sucre girondin dépasse le territoire local ; en effet, Bordeaux est une plaque tournante pour l’envoi de sucre dans nombre de départements du grand Sud-Ouest : Hautes-Pyrénées, Gers, Landes, Lot-et-Garonne, Basses-Pyrénées, Deux-Sèvres, Aveyron, Cantal, Corrèze, Ariège34. C’est plus, de facto, que les quatre départements ajoutés en 1917 aux trois de base, en raison de la pression forte exercée par les autorités du grand Sud-Ouest (voir le tableau x). Cela explique l’instabilité des flux : « En admettant que le travail de leur contingent soit assuré, les raffineries de bordeaux, ayant maintenant à alimenter quatre nouveaux départements, aux mêmes conditions que les trois anciens, ne feront les expéditions qu’en alternant entre eux, au fur et à mesure de leur production ? »35


Tableau 8. Départements approvisionnés en sucre par le Bureau régional des raffineries de Bordeaux en été 1917




Rationnaires

Contingent global raffiné et non raffiné (quintaux)

Total

2 343 875

11 719

Gironde

834 000

4 170

Ariège

180 000

900

Gers

194 000

970

Landes

270 875

1 354

Lot-et-Garonne

240 000

1 200

Basses-Pyrénées

405 000

2 025

Hautes-Pyrénées

220 000

1 100

ADG 6M1216, Note du service girondin au ministre du ravitaillement général, 6 juillet 1917


Ce sont les Chambres de commerce qui assurent la redistribution sur place. Un exemple de la fonction de répartition est indiqué, en novembre 1917, par les attributions de sucre (dont deux tiers en raffiné) pour les Basses-Pyrénées (avec 500 grammes par habitant et par mois) : 130 000 kg pour Pau, 90 000 pour Bayonne et 202 500 kg pour le reste des Basses-Pyrénées. 70 000 kg partent de Bordeaux pour le Gers en janvier 1918, vers les gares d’Auch et Condom36. Sept wagons de sucres raffinés quittent Bordeaux en mars au profit de « dépositaires » à Arreau, Lourdes, Bagnères-de-Bigorre et Lannemezan et un agent « répartiteur » (Paudelle) à Tarbes (trois wagons), dans les Hautes-Pyrénées37
D. Les difficultés rencontrées par les producteurs du sucre
Or, souvent, les répartiteurs sont dans l’incapacité de procéder aux envois de sucre, tant ils sont confrontés à de gros problèmes de transport depuis la Gironde vers les départements, par train ou camion : « Sur une nouvelle démarche faire auprès du chef de gare de la Compagnie du Midi au sujet des 1 100 kg sucre à vous expédier [dans les Hautes-Pyrénées], la lettre insistant sur l’urgence de cette expédition a été retournée avec un simple numéro d’ordre et une apparente mauvaise humeur qui ne permet plus de prévoir quand pourrait se faite utilement l’expédition. En présence de ces circonstances, la raffinerie Frugès fractionnera son envoi par quantités ne dépassant pas 300 kg admises par les Chemins de fer du Midi »38, et c’est le cas aussi pour 1 300 kg de chez Bertault. La gestion de la logistique constitue l’un des nœuds de la guerre économique39, et le sucre n’échappe pas aux pesanteurs irrémédiables.
« Le défaut de wagons est la principale cause du retard dans les expéditions. Dès que la Compagnie du Midi mettra à leur disposition le matériel nécessaire, les raffineurs feront l’expédition den sucre raffiné en poudre. »40 « La raffinerie Frugès a encore à expédier 20 000 kg pour lesquels elle a demandé les wagons à la Gare du Midi les 26 et 31 janvier sans avoir obtenu satisfaction. La Raffinerie Bertault a également 30 000 kg qu’elle n’a pu encore expédier, la Gare du Midi n’ayant pas mis le matériel nécessaire à sa disposition. »41 D’ailleurs, on note une suspension du travail chez Abribat pendant plusieurs jours42 en avril 1918.
Les expéditeurs doivent par surcroît disposer de sacs. Pour faire face à la pénurie, on prévoit ainsi le remboursement sac par sac des sacs retournés non à l’expéditeur initial (les Docks Sursol, qui effectuent des mises en sac et le chargement avant envoi pour des stocks importants), mais chez Saint-Frères (à Paris), un industriel textile fabriquant notamment des sacs de jute. On manque aussi d’emballages-carton : « Les raffineries de Bordeaux ne sont pas en mesure de livrer le sucre cassé en cartons de cinq kg, ni en boîte en papier d’un kg, genre Paris ; elles ne peuvent le livrer qu’en sacs de 75 kg, 50 kg, etc. Ces emballages sont repris pour leur valeur cotée et remboursés dès réception, ce qui constitue un sérieux avantage sur les emballages en carton, qui restent sans valeur. »43
Puis un autre obstacle surgit, avec le manque de combustible pour les raffineries : « Les trois raffineries locales ne peuvent se charger de fournir le sucre raffiné aux départements qui leur ont été dévolus que sous la réserve expresse qu’elles seront approvisionnées en charbon en quantités nécessaires à leur fonctionnement et […] plus régulièrement qu’en ces temps derniers. »44
3. L’enjeu du lait
Sans pouvoir étudier ici l’économie laitière girondine durant le conflit, faute de sources concernant la production – élevages, laiteries artisanales ou industrielles –, il faut tout de même insister sur l’important du ravitaillement en lait, devenu lui aussi un enjeu. En effet, la priorité est donnée au contrôle du lait apporté des campagnes environnantes pour être vendu sur Bordeaux ou sa proche banlieue : c’est un enjeu de salubrité et surtout d’apport de calories à des familles et populations pouvant souffrir de carences alimentaires. Comme pour les alcools, on met donc en place des contrôles inopinés des laits vendus dans le commerce, fixe ou itinérant ; et l’on effectue des prélèvements chez les épiciers, laitiers, restaurateurs, débitants, buvettes ou bars. Ainsi est découvert à Bordeaux le 25 septembre 1914 un « lait complètement écrémé, ayant perdu une trop grande partie de sa valeur alimentaire »45.
Les neuf-dixièmes des contrôles s’avèrent indiquer le respect des normes ; beaucoup de fraudes portent sur le lait non écrémé. On peut conclure des archives dépouillées pour la seule première année de guerre que des sanctions sont prononcées (tableau 9), mais elles sont plutôt étranges par leur caractère sélectif : seule une minorité de fraudeurs est condamnée, tandis qu’une majorité n’est pas poursuivie. On peut penser que ce sont certainement des punitions pour l’exemple. Beaucoup de dossiers sont classés sans suite, que les charges soient insuffisantes ou que la fraude ne soit pas réellement établie.


Tableau 9. Sanctions pour fraude sur le lait en Gironde entre juillet 1914 et juin 1915

16 juillet (contrôle) ; sanction le 19 janvier 1915 (en appel)

Mouillé de 20 %

Guillaume Gourrion, au Pian-Médoc : 15 jours de prison avec sursis et 60 francs d’amende (en appel, au lieu de 30 francs d’amende le 10 décembre)

17 juillet

Mouillé de plus de 30 %

Marguerite Lagune, domestique chez Mme de Labordère, au Pian-Médoc : en appel : 15 jours de prison avec sursis et 100 francs d’amende

17 juillet

Mouillé de plus de 10 %

Marie Lherbet, Ludon (vente sur la voie publique) : En appel : 15 jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

23 juillet

Mouillé de plus de 15 %

Suzanne Ameau, propriétaire à Castres : 25 francs d’amende

Mouillé de plus de 10 %

Marie Bénetier, à Castres : 25 francs d’amende

27 juillet

Mouillé de plus de 15 %

Marie Descayroux, à Illats-La Sablière : 15 francs d’amende

28 juillet

Mouillé de plus de 30 %

Marie Cambon, laitière à Bordeaux : 25 francs d’amende

Écrémé de 20 %, mouillé de 10 %

Mme Gravey, laitière à Saint-Médard-en-Jalles : 8 jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende, car alimente des distributeurs de lait en détail

Légèrement mouillé et écrémé de 50 %

François Julidière, laitier à Pessac-Les Échoppes : 25 francs d’amende et 25 francs de dommages et intérêts

29 juillet

Mouillé de 10 %

Isabelle Chassenet, laitière à Podensac : 25 francs d’amende

25 septembre

Écrémé de 20 %, mouillé de 10 %

Marie Montaux, laitière à Bègles : 25 francs d’amende

2 octobre

Mouillé de 10 %, écrémé de plus de 30 %

Fernande Arnaud, pour M.Pinault, à Blanquefort : 16 francs d’amende

8 octobre

Mouillé de plus de 25 %

Mme Taris, laitière à La Teste : 50 francs d’amende

10 octobre

Écrémé de 40 % au moins, mouillé de 10 %

Louis Capdeville, laitier à Saint-Selve : 25 francs d’amende

26 octobre

Mouillé de 5 % au moins, écrémé de 30 % environ

Jeanne Denorus, laitière à Mérignac : 15 jours de prison avec sursis, cent francs d’amende, un affichage à la mairie (condamnation le 19 mars 1915)

31 octobre

Écrémé de 20 %

Jean Léglise, laitier à Villenave-d’Ornon : 200 francs d’amende

10 novembre

Écrémé de 25 %

Marie Feuillerat, laitière à Bordeaux : 5 francs d’amende

16 novembre

Écrémé de 60 %

Anna Passarieux, pour Mme Bouillet, à Talence : 50 francs d’amende

18 novembre

Mouillé de 8 %

Marie Duverneil, fermière à Bacalan : 8 jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

21 novembre

Mouillé de plus de 10 %

Jeanna Grazia, laitière à Saint-Médard-en-Jalles : 25 francs d’amende

23 novembre

Mouillé de plus de 30 %

Rachel Nérisson à Podensac : 15 jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende (le 12 février 1915),

24 novembre

Écrémé de 20 % au moins et légèrement mouillé

Marie Jardel, laitière au Tourne (Langoiran) ; son mari obtient 15 jours de prison avec sursis et cent francs d’amende et affichage

25 novembre

Mouillé de 30 %

Arthur Dutrieu, laitier à Haux : 15 jours de prison avec sursis, cent francs d’amende, insertion dans journal, affichage

28 novembre

Écrémé de 40 %

Mme Baquey, laitière au Haillan : 15 jours de prison avec sursis et cent francs d’amende (le 19 février 1915)

Mouillé de 20 %

Jeanne Réaut, laitière à Rions : 15 jours de prison avec sursis et 100 francs d’amende (le 22 janvier 1915)

7 décembre

Écrémé de 25 %

Marie Fortage, de Barsac : 15 jours de prison avec sursis, 50 francs d’amende (5 mars 1915, en police correctionnelle)

11 décembre

Mouillé de plus de 10 %

Marie Laiguillon-Bastiat, fermier à La Haye-Le Haillan : 8 jours de prison avec sursis, 50 francs d’amende (29 janvier 1915)

12 décembre 1914

Lait non écrémé mouillé de 10 % environ

Rien

14 décembre

Mouillé de 20 %

Marie Archambal, laitière à Baurech : un mois de prison avec sursis, cent francs d’amende, affichage, insertion (22 avril 1915)

15 décembre

Mouillé de plus de 60 %

Marie Salabert, laitière au Bouscat : 15 jours de prison avec sursis, cent francs d’amende, deux insertions, un affichage

Mouillé de plus de 10 %

21 décembre 1914

Mouillé de 10 %

Marguerite Garrigou, laitière à Barsac : huit jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

23 décembre 1914

Lait mouillé de 30 %

Ellien Martin, de Saint-Médard-en-Jalles, contrôlé à Caudéran : 15 jours de prison avec sursis, cent francs d’amende, une insertion, un affichage

26 décembre 1914

Lait mouillé de 20 %

Jean Lacou au Taillan : quinze jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende, un affichage à la mairie

Lait mouillé de 60 %

Marie Pène, laitière à Bruges : quinze jours de prison et 200 francs d’amende

29 décembre

Plus de 50 %

Elodie Deminieu à Cantenac : un mois de prison avec sursis et 100 francs d’amende, une insertion dans La Petite Gironde, un affichage pendant sept jours

Adeline Jolibert à Blanquefort : quinze jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

31 décembre

Écrémé de plus de 20 %, mouillé de 10 %

Marie Renier, laitière à Pessac-Gazinet : huit jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

2 février 1915

Mouillé de 15 %

Robert Bransolle à Paillet : quinze jours de prison

Plus de 10 %

Marie Brignol, laitière à Paillet : 25 francs d’amende

6 février 1915

Mouillé de 10 % et écrémé de 20 %

Gilbert Popelin, laitier à Paillet : 50 francs d’amende

Plus de 10 %

Fernand Dussan, laitier à Bouliac : 25 francs d’amende

10 %

Louise Goubelet à Bouliac : 25 francs

3 février

10 %

Marie Michel, laitière à Floirac : huit jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende + affichages

6 février

20 %

Jeanne Vigier, laitière à Cadillac : 50 francs

16 février

10 %

Jean Catterousse à Mérignac : quinze jours de prison avec sursis

1er mars

10 %

Marie Guimberteau, laitière à Quinsac : huit jours de prison avec sursis et 50 francs d’amende

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