Territoires, industries, innovations et reseaux





télécharger 355.05 Kb.
titreTerritoires, industries, innovations et reseaux
page2/10
date de publication09.10.2017
taille355.05 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > économie > Documentos
1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

I. Bilan des recherches fondatrices et définition des premières pistes de travail

I.1. Positionnements épistémologiques et théoriques à l’ère du développement de l’économie de la connaissance et des réseaux.



Au commencement, il y a la thèse de doctorat engagée en 1995 et soutenue en janvier 2000. C’est pour moi l’initialisation par le doctorat d’un dialogue entre problèmes et solutions pour les territoires, les politiques publiques et les marchés.
Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), le multimédia, Internet, la société de l’information, la société de la communication, la société de la connaissance, les autoroutes de l’information ou les inforoutes, le télétravail, les téléservices, les téléactivités, l’information, etc. sont autant de notions, concepts, locutions qui sont au cœur des préoccupations quotidiennes des média et des publicitaires dans les années 1990 à tel point que les grands de l’informatique et des télécommunications comme Microsoft, IBM, France Telecom, AOL, Netscape etc. sont connus de la majeure partie des français. C’est dans ce contexte d’actualité économique et politique, celui des “ Autoroutes de l’Information, que ce travail de recherche est né.
1) L’ardente obligation pour la société de comprendre les changements liés au poids grandissant de l’information et des Technologies de l’Information et de la Communication
Au milieu des années 1990, la société se doit de se faire une opinion sur sa propre transformation en une nouvelle société qui lui est quotidiennement vendue ou au contraire diabolisée, à la télévision, sur les ondes radio, dans la presse de tout type, par les gouvernements et les hommes politiques. Les entreprises, les institutionnels de tous les secteurs, les acteurs socio-économiques dans leur ensemble, les consommateurs, les citoyens, les structures administratives et politiques s’en préoccupent. Les territoires à l’échelle des continents, des nations, des régions et des organisations locales mettent en place des politiques en matière de NTIC, d’autoroutes de l’information, de société de l’Information et/ou s’interrogent sur l’opportunité de mener de telles politiques et sur les enjeux, les objectifs, les mesures, les moyens humains, techniques, financiers, juridiques, les dispositifs d’évaluation de ces politiques. Les marchés, de l’industrie aux services en passant par l’agriculture et les organisations, de la très grande entreprise à l’entreprise individuelle, de l’administration à l’association, sont concernés aussi.

2) La problématique théorique relève de l’économie industrielle et de l’économie de l’information.
Il est nécessaire d’abord de présenter la problématique d’économie industrielle dans laquelle nous nous situons, ensuite d’expliciter ce que recouvrent les TIC et pourquoi nous préférons évoquer les TIC plutôt que les NTIC et enfin de délimiter la notion d’information en économie en présentant la définition et la typologie à laquelle nous aboutissons dans la seconde partie du travail de thèse.
a) Les TIC entrent dans le champ d’étude de l’Economie Industrielle en tant que variable endogène ou exogène au triptyque Structures – Comportements – Performances
MARSHALL, premier “ économiste industriel ” s’il en est un, s'intéresse aux changements engendrés par le progrès technique et l’innovation. SCHUMPETER (1974), étudie dès 1942 “ l’entrepreneur ” et distingue cinq types d'innovation : la fabrication d'un nouveau bien, l'utilisation d'une nouvelle méthode de production, la mise en place d'une nouvelle organisation, la découverte d'un débouché nouveau et l'utilisation d'une nouvelle matière première ou de nouveaux produits semi-finis.
La numérisation et les possibilités associées de traitement, de stockage, de transport et de partage de l'ensemble de l’information relèvent à l’évidence du progrès technique et de l’innovation au sens de SCHUMPETER. En effet, la numérisation et les possibilités associées, liées aux Technologies de l’Information et de la Communication (TIC), peuvent relever des cinq types d’innovation : fourniture d’un nouveau bien informationnel, recours à un système de production assisté par ordinateur, mise en place d’une organisation flexible et recours au télétravail, découverte de nouveaux débouchés grâce à la maîtrise des centres d’appels et de télémarketing, utilisation de nouveaux inputs informationnels.
Les relations entre la science, la technologie et l’économie, qu’elles soient conçues de manière séquentielle ou au contraire de manière systémique sont considérées dans les deux cas comme déterminantes.
En effet, la première conception, dite traditionnelle ou séquentielle, du passage de la science à l'économie postule le fait que ce sont les chercheurs qui font la science, établissent un stock de connaissances, puis les ingénieurs qui puisent dans ce stock pour mettre au point la technologie et créer des techniques dans lesquelles les entreprises puisent à leur tour pour fabriquer des produits. Cette conception séquentielle est celle que l'on retrouve d’une part chez SCHUMPETER et d’autre part celle adoptée par l'approche fondamentaliste pour laquelle ce n'est plus l'entrepreneur qui joue le rôle de moteur mais l'organisation en général.
L’autre conception du passage de la science à l'économie, dite systémique, est évolutionniste (NELSON et WINTER [1982]). Elle comporte des feed-backs ou rétroactions qui transforment la séquence linéaire Science – Technologie - Economie, en un système à l’intérieur duquel les relations en question sont aussi déterminantes. On pense notamment aux travaux de ROSENBERG [1982].
Le sens des relations déterminantes dépend du statut accordé par les différents auteurs à la technologie : variable exogène ou variable stratégique. Les différents courants d’économie industrielle par rapport au triptyque Structures – Comportements - Performances ont des positions différentes sur la relation Technologie - Organisation suivant qu'ils font de la technologie une variable stratégique i.e. comportementale et endogène ou une variable exogène.
On trouve des partisans de l’influence dominante des structures sur les stratégies (ou comportements) au sein de l'Ecole néo-classique, de l'Ecole de la contestabilité et de la théorie des coûts de transaction.
L'approche comportementaliste, c’est-à-dire celle qui fait dominer les stratégies sur les structures, est développée par la théorie des jeux, mais aussi CHANDLER [1977, 1989, 1992] par exemple, qui a une approche historique et stratégique de la relation Marché – Organisation – Technologie.
a.1.) La technologie est une variable exogène pour ceux qui affirment que les structures déterminent les stratégies.
Les néo-classiques, qu'il s'agisse des partisans de la variante issue de la théorie normative ou de ceux de la variante due à l'Economie Industrielle, supposent que les firmes ont un comportement dicté par leur dotation en facteurs et se contentent d'optimiser des programmes. Le modèle de HARVARD, qui est la variante des économistes industriels du modèle néo-classique, appelé encore le modèle Structures – Comportements - Performances, développé dans les années 30 par MASON et CLARK puis BAIN (les pères de “ l’Industrial Organization ”), pose l'existence de déterminants (appelés conditions de base) pour l'offre (dont la technologie fait partie) et la demande. Ces conditions de base modèlent les structures. Les structures déterminent à leur tour les comportements qui sont donc endogènes mais non actifs. Ces derniers déterminent à leur tour les performances. La relation entre ces différentes étapes est descendante, même s'il peut exister des feed-backs.
BAUMOL, PANZAR et WILLIG [1982], les théoriciens de l'école de la contestabilité née au début des années 1980 avaient pour objectif de trouver une théorie alternative au modèle néo-classique, démontrant (au prix de quelques contradictions internes) qu'un monopole (ou un oligopole) peut parfois atteindre l'optimum social. La théorie des marchés contestables est basée sur le concept de “ configuration d’industrie ” et sur les hypothèses de libre entrée et de libre sortie des entreprises (entrée et sortie instantanées, entrée sans réaction des entreprises en place, sortie sans aucun coût irrécupérable). Un marché parfaitement contestable est un marché sur lequel aucune entrée ni aucune sortie ne sont rationnelles i.e. un marché qui vérifie les conditions de contestabilité parfaite (libre entrée et sotie). Les conditions pour que le marché soit soutenable portent sur le profit donc sur les prix et les coûts. Enfin, BAUMOL, PANZAR et WILLIG arrivent à des prescriptions pour les pouvoirs publics : il suffit de casser les barrières (pour l’entrée et la sortie) et si les monopoles sont inefficients, ils ne le resteront pas (inefficients ou monopoles). Même si “ l’approche de la contestabilité tente – sans toutefois y parvenir de manière satisfaisante – d’endogénéiser la détermination de la structure du marché et d’offrir une vision du processus concurrentiel (potentiel) dans laquelle les interations entre firmes sont (virtuellement) moins passives que dans le cadre d’une préselection exogène au fonctionnement concurrentiel du marché ” (HAMDOUCH A. [1998]), les structures dans ce modèle sont déterminées par la technologie qui est exogène et identique pour toutes les firmes. La technologie n'est pas une variable stratégique.
Chez MINTZBERG [1982] toute organisation économique se caractérise par la permanence de ses composantes. Ces composantes sont le cœur opérationnel, le noyau stratégique, l'ensemble intermédiaire, une technostructure et le personnel de soutien. Aussi, en fonction des caractéristiques de ces différentes composantes, MINTZBERG élabore une typologie des organisations qui distingue la structure simple, la bureaucratie mécaniste, la bureaucratie professionnelle, la structure divisionnelle et l'adhocratie. Malgré la permanence des composantes que nous évoquons, il est intéressant de noter que chez MINTZBERG, ces dernières évoluent avec la vie des organisations qui passent par différentes étapes sous certaines conditions de transition portant particulièrement sur la taille et l’âge des organisation mais la technologie ne joue pas de rôle dans le processus d’évolution qui fait passer une organisation de la Structure Bureaucratique à la Structure Divisionalisée par exemple.
Dans tous ces cas, la technologie s’impose aux structures et/ou aux comportements.
a.2.) La technologie est une variable endogène pour ceux qui affirment que les stratégies déterminent les structures.
Les approches comportementalistes, c’est-à-dire celles qui font des stratégies les déterminants des structures, sont caractéristiques des modèles de théorie des jeux traditionnelle (c’est-à-dire non évolutionnistes). En effet, il existe plusieurs modèles, l’information peut être complète ou incomplète, les règles du jeu sont données et détermineront l'équilibre s'il existe mais dans tous les tous les jeux traditionnels, la technologie est déterminée par les stratégies des joueurs.
Chez les auteurs comme CHANDLER [1977, 1989, 1992] qui a une approche historique et stratégique de la firme, ou CYERT et MARCH [1955] ou SIMON [1983], on trouve également une approche comportementaliste qui endogénéise la technologie.
Dans tous ces cas, la technologie subit l’influence des stratégies.
a.3) En économie industrielle, les relations entre la science, la technologie et l’économie sont toujours déterminantes au point pour certains d’expliquer l’apparition de firmes “ réseau ”
Plutôt que de nous engager dans un “ survey ” des travaux d’économie industrielle sur les relations entre la science, la technologie et l’économie dans cette introduction, nous faisons ici simplement référence aux travaux de l’OCDE que nous considérons comme l’exposé de faits stylisés caractérisant l’économie industrielle moderne s’intéressant à ces relations. Nous nous attardons particulièrement sur le chapitre “ Technologie et organisation de l'entreprise ” au sein du rapport “ La Technologie et l’Economie - les relations déterminantes ” (OCDE [1992, pp. 97-121]) parce que ses auteurs adoptent une vision historique des changements de l'organisation de l'entreprise et nous permettent d’expliciter l’existence de ces relations déterminantes entre la science, la technologie et l’économie. L’apparition de firmes réseau y est d’ailleurs expliquée comme nous allons le voir par l’existence conjointe de ces relations et des TIC.
Depuis la fin des années 1960 aux Etats Unis et des années 1970 dans le reste des pays de l'OCDE le modèle fordien est en crise. Par modèle fordien, il faut entendre modèle appliquant une production de masse et une consommation de masse. Le modèle alternatif semble être celui développé au Japon avec le toyotisme. L'observation des firmes occidentales semble faire apparaître une “firme réseau” avec une “quasi-intégration électronique entre la firme centrale et les unités de production” (OCDE [1992, p. 97]). Les TIC semblent être parties prenantes dans cette transformation.
D’après ce rapport qui s’appuie sur différents travaux dont ceux de SUNDQUIST et de PEREZ et FREEMAN en 1988, la technologie implique des changements dans l'organisation du travail afin d'augmenter la productivité mais les nouvelles technologies n’entraînent des gains de productivité que si et seulement si les stratégies de gestion des ressources humaines et l'organisation du travail agissent ensemble en tenant compte des implications de ces nouvelles technologies. Quelle que soit la technologie, une faible qualification et une faible participation entraînent le plus souvent de médiocres résultats. Le fordisme a trouvé ses limites d’abord parce qu’il y a eu “épuisement des grappes d'innovation du paradigme fordien d'organisation de la production”, ensuite parce que l'heure de “la fin de l'acceptation par les ouvriers des relations de travail (fordiennes)” a sonné et enfin parce que les organisations fordiennes ont démontré leur rigidité face à l'évolution de la demande avec les deux chocs pétroliers de 1973 et 1979 puis avec les incertitudes macro-conjoncturelles auxquelles elles ont à faire face depuis quelques années. C'est dans ce contexte historique explique ce rapport, en se basant sur les travaux de JOHNES en 1988 et CORIAT en 1991 que le toyotisme est né. “ Au début, ... des changements sur le plan de l'organisation ou des innovations reposant essentiellement sur la même technologie de base que celle de la chaîne de montage fordienne ” ont caractérisé la naissance du toyotisme. Puis ce fut l'époque de la conception et fabrication assistée par ordinateur (CFAO) et des systèmes de montage fixe (SMF). Le toyotisme est caractérisé par l'utilisation de réseaux de sous-traitants, des flux tendus, “ une réorganisation du travail comme de l'atelier ” décrite par CORIAT dès 1990 et “ une réduction sensible du cloisonnement ... de l'organisation interne des activités de recherche et développement, de conception, d'ingénierie de production et de commercialisation ” expliquée par CLARK en 1987. Les travaux de GOTO en 1982 sont également cités pour expliquer que ces firmes en réseau tissent des relations contractuelles stables à long terme pour diminuer les coûts de transaction sur le modèle des ZAIBATSU.
La mise en place de cette nouvelle organisation est due selon ce rapport de l’OCDE directement aux nouvelles technologies : “la force de la compétitivité industrielle du Japon, ainsi que l'expansion directe japonaise et l'introduction de nouvelles technologies ont fait naître un nouveau mode d'organisation de la production industrielle et de la commercialisation, dont la valeur a commencé à être reconnue par les entreprises américaines et européennes” (OCDE [1992, p. 104]). L’accent est mis également sur la nécessaire implication des ressources humaines dans la mise en place des nouvelles technologies, en se référant notamment à SHIMADA et à sa notion de “ humanware ” proposée en 1991. Cette notion est en fait “ la part de productivité provenant de la qualité des relations sociales dont dépend l'efficacité des interactions entre les ressources humaines et les autres éléments de base du processus de production telle que les machines et l'informatique ”.
Les NTIC sont présentées comme responsables de l'écrasement de la pyramide hiérarchique avec la programmation dans les ateliers décrite par CORIAT en 1989 et avec le calcul des coûts de fabrication qui s'effectue également maintenant dans l'atelier. “ La flexibilité fonctionnelle ... (remplace) ... la flexibilité numérique ”.
Ce rapport affirme le “ passage à l'organisation des entreprises en réseau ” et l’émergence de “ paradigmes de gestion post-fordiens ”.
Chez les Japonais, ces firmes-réseaux sont quasiment ancestrales alors qu'en Europe et aux Etats-Unis celles-ci seraient plutôt le résultat des NTIC qui permettent une communication en temps réel entre des unités éloignées dans l'espace. Ces nouvelles structures peuvent être le résultat d'une adaptation des entreprises multinationales ou une création ex-nihilo comme c'est le cas par exemple pour de nombreuses entreprises italiennes.
Les PME italiennes ont pu réaliser des économies de production en faisant des économies d'échelles grâce à la mise au point “ de solutions communes de diffusion des technologies ”, grâce au “ développement technologique ... et à la commercialisation ... tout en poursuivant une concurrence active ”. Des économies de gamme ont été réalisées en “ installant des systèmes de fabrication intégrée de taille moyenne ... bien supérieures aux moyens des entreprises isolées ” (OCDE [1992, p. 113]). L’exemple de BENETTON dans la filière textile est éclairant. Cette firme réunit un réseau de fabrication et un réseau de distribution. Le réseau de fabrication est constitué à 80 % par des petites entreprises et des ateliers artisanaux et le réseau de vente est constitué d'une part de 75 entreprises qui travaillent en qualité d'agents “ recueillent les commandes, supervisent et stimulent les ventes dans la constellation de boutiques de détaillants établis dans des dizaines de pays… avec plus de 4200 magasins qui diffusent les produits BENETTON sans qu'il y ait de franchisage ” (OCDE [1992, p. 113]). Pour expliquer la structure de ces réseaux, une étude de RULLANI et ZANFEI parue en 1988 est citée : “ chaque unité ressemble de plus en plus à une quasi entreprise qui internalise un nombre limité de ressources – opportunités, sans subir les charges (notamment administratives et financières) d'une structure entièrement intégrée ” (OCDE [1992, p. 114]).
Les évolutions qui se produisent au Japon dans les années 80, sont également décrites en se référant aux études japonaises d'IMAI et BABA en 1991 qui expliquent “ qu'une nouvelle forme trans-frontières et multi-niveaux serait fondée sur une spécialisation fonctionnelle marquée par l'émergence d'entités régionales fortes et par un mode complètement nouveau de centralisation s'appuyant sur la coordination plutôt que sur la hiérarchie ” (OCDE [1992, p. 116]).
Enfin, le développement des PME est présenté comme étant en rapport direct avec les NTIC qui permettent une production en petites séries. Ainsi : “ la diffusion rapide des technologies sur micro-ordinateur, dans la production s'est traduite par la conception assistée par ordinateur, la fabrication assistée par ordinateur, la robotique, l'application de l'intelligence artificielle et des systèmes de fabrication flexible. Ceci diminue considérablement les coûts globaux de lancement et permet ainsi au producteur de renouveler plus souvent son produit ” (OCDE [1992, p. 117]).
Les nouveaux matériaux sont aussi un facteur qui permet la production sur une petite échelle. “ Le choix du matériau lui-même est devenu une variable endogène de conception qui peut être soumise à la programmation par ordinateur ” (OCDE [1992, p. 117]). Ces petites entreprises dont la taille faible est permise par les TIC et les nouveaux matériaux réalisent des économies de gammes, ce qui leur permet d'être rentables. Le problème essentiel de la PME devient la collecte de l'information non seulement sur les technologies mais aussi sur les marchés. A ce propos une étude de WILLINGER et ZUSCOVITCH parue en 1988 est citée. Elle évoque les problèmes de “ viabilité de l'information ” rencontrés par les petites entreprises et “ la collecte de l'information et autre coût de commercialisation encouru par la vente de petites quantités de produits sur des micro marchés ” (OCDE [1992, p. 117]). Le fait que l'organisation en réseau réduit les coûts d'information et le fait que les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle primordial pour favoriser la diffusion de l'information, sont mis en exergue. “Le programme OTTO aux Etats Unis, ceux du CRITT en France, les instituts technologiques locaux au Japon et les centres spécialisés dans l'information technologique au Québec ” sont donnés en exemple (OCDE [1992, p. 119]).
La technologie semble donc jouer un rôle primordial sur la taille des entreprises, par le biais d'une sélection naturelle des entreprises de petite taille. Le rapport de l’OCDE “ milite ” pour une nouveau rôle des pouvoirs publics qui doivent aider encore plus les PME à posséder l'information nécessaire à leur production.
Nous retiendrons donc que cette étude de l'OCDE, admettant l’existence de relations déterminantes entre la science, la technologie et l’économie en se référant à de nombreux travaux d’économie industrielle, établit un lien entre le développement des TIC et celui des firmes réseaux. Cette démonstration de l’influence déterminante des TIC sur l’apparition de firmes “ réseau ” valide selon nous la pertinence de notre problématique d’économie industrielle d’une part consistant à étudier “ l’impact ” de la mutation informationnelle sur les organisations, les marchés, les territoires et d’autre part aboutissant à préconiser aux pouvoirs publics locaux des stratégies afin de maximiser les effets de cette mutation en termes de développement économique et d’aménagement du territoire.
Nous considérons donc qu’il est possible d’étudier dans cette thèse “ l’impact ” sur l’économie dans son ensemble du progrès technique (ou de l’innovation) constitué par la numérisation et l’évolution associée des possibilités de traitement, de stockage, de transport et de partage de l’information et de la “ mutation informationnelle ”, en admettant l’existence de relations déterminantes entre la science, la technologie et l’économie. Pour étudier cet impact nous ne nous positionnerons, ni constamment ni définitivement, ni au sein d’une école attribuant une influence dominante des structures sur les stratégies et qui “ exogénéïse ” la technologie en général et donc les TIC en particulier, ni au sein d’une autre école attribuant une influence dominante des stratégies sur les structures et qui “ endogènéïse ” la technologie en général et donc les TIC en particulier.
b) Quel que soit leurs statuts eu égard au triptyque S – C – P, les TIC sont étudiées en économie industrielle en tant qu’innovation
De nombreuses définitions techniques existent à la fois dans la presse et les ouvrages informatiques à propos des Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) et des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC).
Mais ces définitions, au-delà de leur caractère plus ou moins hermétique pour les économistes, sont en constante évolution parce que remises en cause perpétuellement par le progrès technique. Elles deviennent parfois même contradictoires parce qu'elles restent purement techniques, descriptives, non génériques. Elles sont condamnées à suivre le rythme effréné des évolutions technologiques et sont aussi rapidement obsolètes que les technologies qu’elles s’attachent à décrire ou englober. Ainsi, certains experts affirment que le RNIS, l'ATM sont des NTIC alors que d'autres tout aussi éclairés pensent que ce ne sont plus que des TIC en voie de dépassement technologique.
Nous échapperons à ce double travers des définitions les plus répandues en ne nous positionnant pas sur le champ technique pour définir les TIC mais sur le champ fonctionnel, i.e. celui des fonctions remplies par ces technologies.
En effet, d'un point de vue fonctionnel, nous proposons de définir les TIC en décomposant ce sigle littéralement en Technologies de l’Information et de la Communication.

Le “ I ” ne prête pas à confusion puisque par Technologies de l’Information on entend désigner les technologies qui permettent de traiter et stocker de l’Information, i.e. de l'acquérir, de la numériser, de la calculer et de la mémoriser, au sein d’un pôle, pris dans son sens le plus générique.

Le “ C ” quant à lui est également assez explicite puisqu’il désigne les technologies qui permettent d’échanger et de partager entre au moins deux pôles, l’information traitée et stockée.

Ainsi, du point de vue fonctionnel et non pas technique, la locution TIC est claire.
Pourtant, il est très fréquent d’utiliser la locution NTIC au début des années 1990 pour désigner les TIC émergentes. Mais le “ N ” pose problème. A partir de quand une technologie est-elle nouvelle ? Pour combien de temps une technologie reste-t-elle nouvelle ? Pourtant, quasiment tous les média au début des années 1990 évoquent les NTIC plutôt que les TIC. De nombreux salons destinés aux professionnels de l’informatique, des réseaux, des télécommunications emploient cette terminologie pour attirer les visiteurs, profanes ou experts. L’adjectif “ Nouvelles ” est certes plus “ vendeur ”. En lui-même, il crée l’événement donc attire l’attention et l’intérêt du public d’experts, de profanes, de scientifiques. Des papiers d’universitaires et des articles scientifiques de champs disciplinaires différents utilisent aussi cette terminologie. Des ouvrages de référence en matière de télécommunication l'emploient.
Dans le cas d’une conception linéaire du passage de la “Science” à la “Technologie” puis à “ l’Economie”, l’innovation désignée par l’expression “ Nouvelle Technologie ” caractérise-t-elle une technologie fonctionnant correctement d’un point de vue technique (i.e. lorsqu’elle vient de passer de la “ Science ” à la “Technologie ”, après que ses fondements scientifiques aient été intégrés par les ingénieurs) ou une technologie efficace d’un point de vue fonctionnel (i.e. lorsqu’elle vient de passer de la “Technologie ” à l’ “Economie ”, lorsqu’elle a diffusé correctement et qu’elle est adoptée par un nombre significatif d’utilisateurs).
Dans le cas d’une conception séquentielle avec rétro-actions dues à des phénomènes d’apprentissage du type de ceux ARROW [1962 a] ou de ceux mis en évidence par ROSENBERG [1982] (pour ne citer que les types d’apprentissages les plus connus), la définition d'une “ Nouvelle Technologie ” est encore plus incertaine et nécessiterait un détour théorique important, notamment en s'appuyant sur la théorie évolutionniste.
Nous avons choisi de ne pas effectuer ce détour parce qu'il n'est pas au cœur de notre problématique. En effet, ce que nous cherchons à comprendre, ce sont les conséquences des progrès effectués dans le secteur des TIC depuis une trentaine d'années, en termes d'allocation, de création de ressources voire de Logique d'Organisation Economique (LOE) révélée par l'émergence de téléactivités .
Nous ne parlerons donc pas des NTIC mais uniquement des TIC, comme la définition fonctionnelle que nous avons ci-dessus donnée, nous permet de le faire.
c) Les TIC et l’Information sont des “ objets ” de l’Economie de l’Information
Nous verrons en détail au cours de la deuxième partie de cette thèse les différentes contributions que l’on peut retenir pour définir la notion d’information et en proposer une typologie. Mais, il est d’ores et déjà nécessaire que nous exposions brièvement d’une part la contribution des scientifiques et des économistes en particuliers et d’autre part l’acception que nous retiendrons au cours de cette thèse (définition et typologie) pour l’information qui est au cœur du sigle TIC, mais aussi de la mutation informationnelle et de la société de l’information.
Chez les physiciens ou chez les ingénieurs, l’information est une information thermo-dynamique dans la mesure où elle réduit l’entropie. Chez les biologistes et chez les psychologues, elle est plus riche notamment parce que le bruit peut enrichir le signal, mais aussi parce que l’on tient compte d’une part de l’information sur l’information et d’autre part des agents qui sont en relation par l’information.
Les économistes ont quant à eux des positions différentes sur le statut et le rôle de l’information. Ainsi, les points de vue orthodoxes sur l’information postulent que celle-ci peut-être parfaite, imparfaite ou asymétrique. En théorie standard, elle peut également être lue à la lumière de l’analyse économique du rôle de l’Etat, en faisant référence aux notions de bien collectif et d’externalité. Des travaux empiriques, dans la lignée de ceux initiés par PORAT [1977], postulent une définition très large de l’information afin de saisir l’impact des “ inputs informationnels ” sur l’économie (on pense à l’exemple d’un de nos travaux antérieurs sur l’économie française [1994]). Quelques exemples de points de vue hétérodoxes, depuis celui de GALBRAITH en 1967 [1989] à celui de GAFFARD [1995], permettent quant à eux d’envisager l’information en science économique, comme un élément au cœur des processus de production et d’innovation. Enfin, les acceptions retenues pour l’information d’une part, au sein de la théorie de la dominance économique et informationnelle de LANTNER [1974] et d’autre part chez THEPAUT [2002] qui a cherché à formaliser et délimiter le corpus théorique de l’économie de l’information, en donnant une définition et en proposant une typologie qui distingue “ l’information-donnée ”, “ l’information-connaissance ” (qui exclut la connaissance tacite ) et “ l’information-relation ”, font la synthèse des différentes acceptions économiques de l’information et élargissent leurs champs tout en les précisant.
Pour étudier l’impact des TIC sur les marchés, les organisations et les territoires, nous devons nécessairement retenir pour l’information une définition et une typologie très larges. Nous avons aussi choisi de retenir une approche fonctionnelle des TIC comme nous l’avons signalé ci-dessus. Les TIC, comme nous le démontrerons dans la première partie de cette thèse, permettent d’un point de vue fonctionnel de traiter, stocker, partager, transporter tous types d’information, que celles-ci soient du son, de l’image fixe ou animée, des textes et qu’il s’agisse “ d’information-donnée ”, “ d’information-connaissance ”, “ d’information-relation ” au sens de THEPAUT [2002], ou même de “ connaissance tacite ” [10], qu’il s’agisse d’information circulant au sein des organisations, entre les organisations sur le marché ou le hors-marché, au sein des marchés ou industries, ou au sein des territoires.
Tous ces types et natures d’information sont susceptibles de passer au travers des TIC. Les progrès considérables effectués à la fois par l’électronique et l’informatique comme nous allons le voir indiquent qu’il n’y a quasiment plus aucune limite technique aux traitement, stockage, échange et partage d’informations, y compris celles que l’on appelle les “ connaissances tacites ”, mal formalisées et mal codifiées, puisque les TIC peuvent aujourd’hui supporter absolument tout type de signal au point de réduire la quantité de connaissances tacites non transférables à distance comme nous le démontrerons dans ce travail et même de déplacer en quelque sorte la frontière séparant l’information-connaissance de la connaissance tacite plus près de la connaissance tacite pure ou celle séparant le savoir du savoir-faire plus loin du savoir pur.
Les psychologues et sociologues de la communication seraient peut-être opposés à cette conception de l’information, mais considérant que de nouveaux comportements sont en train de naître autour des TIC, il est fort probable que l’ensemble de la communication qualifiée “ d’informelle ” par les psychologues, qui ne passe en théorie pas au travers des “ media froids ” comme l’avait expliqué MAC LUHAN [1977] avec pertinence à propos des “ media de masse ”, sont en train de remettre complètement en cause cette exclusion signalée par les psychologues et les sociologues et la communication, notamment grâce à l’interactivité croissante des TIC, ce qui ne contredit en rien les affirmations de MAC LUHAN.
Ainsi, lorsque nous utilisions l’information dans cette thèse de doctorat, sauf mention particulière, celle-ci comprenait “ l’information-donnée ”, “ l’information-connaissance ”, “ l’information-relation ” de THEPAUT [2002], ainsi que la “ connaissance tacite ” qui est pas intégrée dans la typologie de l’information que nous donnons en 1999 [10], parce que les TIC changent les conditions du transfert de la connaissance tacite qui nécessitait une proximité physique pour permettre interaction et expérience et qui peut, pour certaines d’entre elles, se contenter d’une proximité “ informationnelle ” rendue possible y compris à distance par les progrès scientifiques et techniques réalisés en matière d’information et de communication .
3) Les objectifs de la thèse de doctorat : connaissance théorique de la mutation informationnelle et orientations pertinentes et pratiques pour la mise en œuvre de TIC au sein des territoires
Les objectifs à atteindre avec ce travail de thèse sont donc à la fois d’ordre théorique et pratique.

Il s’agit du point de vue théorique d’accéder à une meilleure connaissance scientifique de la mutation informationnelle et de ses effets sur les marchés, les organisations et les territoires afin d’une part de répondre à une partie des questions exposées dans l’avant-propos (ou d’apporter des éléments pour construire des réponses) et d’autre part d’ouvrir de nouvelles pistes de recherche donc de compréhension du phénomène.

Du point de vue pratique, il s’agit de proposer dans le cadre d’une participation à la mise en œuvre d’une politique en matière de TIC au sein du Département de la Manche, en synergie avec une politique de développement économique et d’aménagement du territoire, un éclairage de l’action politique en matière de TIC et d’émettre des recommandations afin de permettre une mise en œuvre efficace des projets liés aux TIC, aussi bien en termes de développement économique que d’aménagement du territoire.
4) Les résultats attendus consistent à établir des liens entre la recherche scientifique et l’action politique
Les résultats de ce travail doivent fournir un cadre rigoureux et scientifique d’analyse et de réflexion pour préparer la prise de décision en matière de politique informationnelle au niveau d’un territoire. Ils doivent donc permettre de faire le lien sur le thème de la mutation informationnelle entre la décision publique et la recherche scientifique en économie industrielle, en économie de l’information, en économie publique appliquée, en économie du développement et en économie spatiale.
Ils s’adressent donc aux économistes en général et aux responsables politiques chargés de prendre des décisions pour les territoires dont ils sont les élus. Ils s’adressent aussi aux responsables administratifs des territoires qui doivent alimenter la réflexion stratégique des élus qu’ils accompagnent et dont ils mettent en œuvre les politiques. Enfin, ils s’adressent particulièrement aux responsables administratifs et politiques du Département de la Manche pour lesquels ce travail est réalisé.
5) La méthode choisie pour réaliser ce travail est déjà un pari de fertilisation croisée et réciproque entre la réflexion et l’action.
Ce pari a consisté à s’inscrire simultanément dans un travail théorique et dans une participation stratégique et opérationnelle à la mise en œuvre de projets territoriaux ayant traits à l’Information, aux TIC, à la mutation informationnelle, aux autoroutes de l’information ou inforoutes, au télétravail, aux téléservices, aux téléactivités, à de Nouvelles Logiques d’Organisation Economique (NLOE). Le va et vient est permanent entre l’économie positive et l’économie normative voire prescriptive.
Au cours de ce travail, premièrement nous postulons l’existence de relations déterminantes entre la science, la technologie et l’économie. Deuxièmement, nous avons recours au concept de Logique d’Organisation Economique (LOE) pour étudier l’impact de la mutation informationnelle en termes d’évolution de la LOE, sans nous positionner constamment ni définitivement au sein d’un courant de l’Economie Industrielle par rapport au triptyque S – C – P, afin de ne pas nous interdire certains liens de causalité entre les conditions de base et le triptyque S – C – P et donc de saisir au mieux la complexité des effets de la mutation informationnelle sur les organisations, les marchés et les territoires, à la fois aux niveaux micro et macroéconomique.
De plus, il faut préciser que nous n’étudions pas la LOE pour elle-même. Nous ne sommes pas dans une logique de description, d’analyse et de représentation des composantes de la LOE. Nous “ instrumentalisons ” la LOE afin comprendre les grandes tendances de son évolution sous l’impact de la mutation informationnelle parce que ce qui nous importe est de saisir la mutation informationnelle et la NLOE pour pouvoir finalement comprendre les nouvelles articulations entre les territoires et l’économie à l’heure de la mutation informationnelle d’une part et prescrire aux pouvoirs politiques territoriaux des stratégies informationnelles concurrentielles et/ou coopératives (eu égard aux territoires qu’ils englobent, jouxtent ou dont ils font partie) favorables aux politiques de développement économiques (qu’ils subissent ou impulsent ou auxquels ils participent) et tirant partie des Politiques d’Aménagement du Territoire qui les dominent.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   10

similaire:

Territoires, industries, innovations et reseaux iconEspaces, reseaux et territoires de la diaspora chinoise
«Portée et limites de la notion de diaspora», Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien [En ligne],...

Territoires, industries, innovations et reseaux iconRésumé Cet article questionne l’impact du mode de gouvernance des...

Territoires, industries, innovations et reseaux icon2. Découpages régionaux, nouveaux territoires et aménagement des territoires

Territoires, industries, innovations et reseaux iconThème 1 – Les grandes innovations scientifiques et technologiques...
«espace vital». Le régime se caractérise par la suppression des libertés, l’omniprésence de la police et du parti unique, la terreur,...

Territoires, industries, innovations et reseaux iconGroupe de formateurs d’histoire-géographie – Dijon – Lundi 21 mars 2011
«Territoires européens : régions, États, Union», «la France, des territoires en mutation» (article intéressant sur les «pays»)

Territoires, industries, innovations et reseaux iconChapeaux, casquettes et bérets : quand les industries dispersées du sud coiffaient le monde

Territoires, industries, innovations et reseaux iconIl est important de savoir que la France et L’Angleterre, par les...
«Nouveau-Monde» changeaient de propriétaire et les lois aussi. C’est ce qui est arrivé pour plusieurs années…

Territoires, industries, innovations et reseaux iconVers une fin de la culture du livre ?
«Une société créative : les sciences, l’innovation et l’éducation en questions», lequel nous avait amenés à visiter des industries...

Territoires, industries, innovations et reseaux iconMémoires orales des industries du bord de l'eau des pays Asses, Verdon,...

Territoires, industries, innovations et reseaux iconCommunication et réseaux sociaux






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com