Pre-print pour «Les Enjeux de l’information et de la communication», 2011





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4. Des conventions d’écriture décelables

La ligne temporelle


La ligne temporelle (timeline) comme élément structurant dominant de la présentation multimédia révèle la volonté de préserver le fil conducteur de la narration principale. Elle constitue une approche choisie par maints auteurs peut-être également à cause de l’économie de moyens qu’elle permet en termes de post-production. Véritable colonne vertébrale du web-documentaire, elle articule récits et éléments complémentaires de documentation comme sur l’exemple de QUATRO HORAS (France 5) qui présente une ville construite par des mineurs, chercheurs d’or au Pérou, ayant réussi à obtenir le droit d’exploiter en coopérative la mine et gagner ainsi en légitimité.


Figure 1 – Affichage de l’ensemble des éléments de documentation complémentaires accessibles au fur et à mesure de la progression du récit sur sa ligne temporelle. L’espace documentaire s’affiche sur l’espace narratif.



Figure 2 - Voix de détenus et voix d’experts contribuent ensemble à apporter un éclairage sur la situation du corps en prison. Il n’existe pas ici de véritable séparation entre espaces narratifs et espaces documentaires ; ce qui fait la séparation, c’est la différence de statut des voix.
Dans LE CORPS INCARCÉRÉ (Le Monde), le récit principal se charge au lancement de la page web et démarre automatiquement avec des éléments sonores métaphoriques forts (claquement d’une porte de couloir, bruits de pas, etc.). La structuration de la ligne temporelle est réalisée en cinq parties qui se composent elles-mêmes de séquences thématiques titrées. Une fois la totalité du diaporama sonore chargé, chaque séquence peut être revue et réécoutée en indépendance des autres.

Dans ce web-documentaire, la séparation des témoignages des détenus et l’analyse des experts est réalisée par l’interface graphique. A droite du récit principal se trouvent les photos des quatre détenus interviewés qui donnent accès à des éléments biographiques. La partie inférieure de l’écran comporte la parole de trois experts, une partie bibliographie et les crédits.

Le récit à embranchements multiples


iROCK (Orange) propose à l’internaute de « déambuler » dans les coulisses d’un grand festival rock : les Eurockéennes de Belfort (2009). L’internaute est amené à suivre des journalistes, des musiciens et d’autres personnages sur quatre parcours d’une durée d’environ quinze minutes, menant vers quatre-vingt dix séquences vidéo de une à trois minutes chacune prenant sur le vif la vie quotidienne des professionnels sur un festival. Chaque séquence est légendée et à leur fin, deux propositions sont faites (voir figure 3).  



Figure 3 – Bifurcation dans l’espace narratif qui s’efface totalement pour laisser la place à l’espace documentaire lorsqu’il est convoqué (signe +).
L’originalité du dispositif tient à la possibilité d’accéder à des fiches multimédia par artiste qui se composent de brèves biographies, discographies, extraits filmés de concerts à visionner sur Dailymotion et téléchargement en mp3 sur Orange) et autres liens web menant vers les sites des artistes. L’appel au référencement des séquences sur les réseaux sociaux est constant.

Le supplément documentaire qui vient compléter la balade cinématographique a une visée clairement promotionnelle : de la légende de chaque séquence qui affiche « partage cette séquence » au passage de la souris sur différents réseaux sociaux à l’entourage du web-documentaire incitant à visionner d’autres vidéos sur les mêmes thèmes.
LE CHALLENGE (Canal+) se présente comme une enquête interactive sur un grand procès lié à la dégradation environnementale et mené contre la société Texaco par les indiens de la forêt amazonienne. Tiré d’un film TV de 52 minutes, le web-documentaire d’une durée d’environ vingt minutes, repose sur la forte implication de l’internaute, scénarisée et intégrée dès la prise d’images.

Comme pour IRock, l’internaute a le choix entre deux possibilités dans l’enchainement des séquences, mais il s’agit soit de continuer l’enquête en écoutant les personnages répondre aux questions choisies, soit de permuter d’espace et d’accéder à l’info préparatoire aux entretiens.

Dans Le Challenge, l’espace documentaire se matérialise par un bloc-notes qui donne accès à la matière permettant de contextualiser le récit principal filmé. Divisé en deux parties, il accueille sur le côté droit une carte zoomable de l’équateur sur laquelle sont localisées la position de l’internaute et les différentes séquences à visionner. Sur le côté gauche, l’internaute trouve à sa disposition le matériel documentaire mettant en perspective le procès dans lequel il se trouve investi : des caractéristiques chiffrées de l’équateur en passant par une explication politique de la colonisation et des vidéos historiques, tout est classé en cinq catégories (équateur, le procès, pétrole, le yasun, annexes). La consultation de son bloc-notes est scénarisée et est incluse dans les séquences vidéos du récit principal (par exemple pour préparer ses interviews).
Dans L’OBÉSITE EST-ELLE UNE FATALITÉ ? (France 5), l’internaute est présenté comme un « protagoniste » du web-documentaire. Invité à mener une enquête sur le caractère épidémique de l’obésité, il doit prendre des décisions et choisit des questions à poser (sous forme de légendes). Des extraits de vidéos y répondent ou des enregistrements audio sur des photos. Le découpage de séquences d’entretiens et de mini-reportages peut être cependant visionné de manière totalement linéaire. Alors que dans les deux web-documentaires précédents, l’espace documentaire masque complètement l’espace narratif, dans celui-ci il se superpose en un écran plus petit sur la séquence vidéo en cours.

L’interface graphique métaphorique


BREVES DE TROTTOIR est un web-documentaire autoproduit de Marc Lustigman et Noam Roubah, de la conception à la publication web, dans lequel l’activité de consultation des interviews est totalement distincte de la navigation de l’interface qui est elle-même porteuse d’une énonciation piétonnière. Fortement métaphorique, l’interface se compose de murs décrépis bordant une rue sur laquelle se trouvent différents éléments symboliques de la vie parisienne : plan de Paris, kiosque à journaux, pancarte « Défense d’afficher », plaque de rue, etc. Contrairement aux pages web traditionnelles, la navigation se déroule de droite à gauche et non de haut en bas, tout au long de la rue qui accueille les différentes figures interviewées. Chaque témoignage prend place dans une télévision des années soixante autour de laquelle sont disposés les « suppléments » documentaires : images, textes, sons qui s’incarnent sur leur support représentés (photos, lettres, poste de radio).


Figure 4 – La rue et le plan de Paris, métaphores d’accès aux portraits de parisien(ne)s.
Dans Brèves de trottoir, il n’existe pas de partie documentaire se différenciant de la partie captée en sons, images et vidéos. Chaque portrait se divise en un entretien principal, réalisé en bande son-images défilantes ou vidéos, accompagné de « bonus », nommés ainsi par les auteurs, qui sont des suppléments informationnels concernant uniquement la vie personnelle des personnages. En réalité, la contextualisation est procurée par l’interface bourrée de métaphores qui pose des Parisiens aux vies un peu marginales, aux occupations originales, dans des mondes qui leur appartiennent. Il s’agit donc d’un web-documentaire qui témoigne plus qu’il ne décrit.
La superproduction PRISON VALLEY (Arte.tv) est aussi réalisée sur le registre de la séparation des activités de consultation des espaces narratifs et documentaires par l’interface graphique. Toute la scénarisation de l’activité de l’internaute au sein du web-documentaire part de la chambre d’un Motel et ses métaphores de l’activité d’enquête (calepin sur la commode, souvenirs et documents qui s’accumulent sur le lit au fur et à mesure de l’avancée dans le documentaire, etc.). Après avoir visionné la première séquence de ce qui se présente comme un « roadmovie », l’internaute est plongé dans « sa » chambre d’où il accède à la matière documentaire qui éclaire et contextualise les séquences vidéos qu’il visionne les unes après les autres dans l’ordre imposé par les auteurs. C’est un petit peu la spécificité de Prison Valley que de ne pas briser la structure narrative des séquences vidéos ou d’assemblages sons-images. Il n’existe aucun moyen pour l’internaute de manquer une séquence principale et s’il le tente, il est ramené à la première séquence et obligé de repasser par la case départ. Ce parcours fortement contraint est aussi représentatif de l’univers carcéral décrit.



Figure 5 – La « carte d’enregistrement » du visiteur posée sur la vitre de l’accueil du Motel et la chambre, métaphore de l’espace personnel de l’internaute inscrit.

L’encadrement éditorial et la gestion documentaire


L’encadrement éditorial du web-documentaire dépend de ses modes de financement et des choix de publication. Si l’œuvre possède son propre nom de domaine comme pour Brèves de trottoir ou Prison Valley, les mentions éditoriales sont intégrées au web-documentaire mais elles s’externalisent dans le paratexte lorsque les œuvres sont organisées en séries comme pour France5 ou le Monde.fr.

Si le dépôt de commentaires des internautes apparaît être un choix indépendant des plateformes éditoriales, remarquons que la connexion avec les réseaux sociaux de type Facebook apparaît inévitable à la notable exception de L’obésité est-elle une fatalité ? qui propose d’ « envoyer un message aux auteurs » plutôt que de connecter à un réseau social. Orange intègre IRock dans sa communauté Video Party, comprenant des recommandations Vidéo Buzz, une pause humour, et les vidéos les plus vues directement en lien avec sa thématique musicale.

La dernière superproduction d’Arte, Insitu, qui met en scène des interventions artistiques expérimentales dans différentes villes d’Europe accorde une large place à la participation puisqu’il est demandé à l’internaute de télécharger, à partir d’une carte géolocalisant les objets choisis, des documents (textes, images, films) qu’il juge digne d’intérêt parce qu’entrant en résonnance avec ce qu’il a visionné.

Les parties documentaires peuvent être internes et manipulables en tant qu’indices iconiques d’une histoire (photos de détenus dans Prison Valley), incluses dans le dispositif narratif (bloc-notes de dossiers et d’articles du Challenge) ou éditorial (fiches de IRock). Elles peuvent être externes et se présenter sous forme de liste de liens vers des sources internes à l’éditeur (Le corps incarcéré) ou externes (Happy World). Notons que d’un point de vue sémiotique la part faite au texte est belle : retour en force des légendes et dialogues, lexiques, références bibliographiques et bibliographies. Celui-ci appuyant la narration ou bien se situant en arrière-plan, en tant qu’annexes.

Cette épaisseur créée par les différentes couches possibles de documentation accrédite l’idée d’un feuilletage possible des composantes hétérogènes de la réalité.

Figure 6 – Sous le Corps incarcéré, on retrouve les incitations classiques du web2.0 à partager, classer et citer mais aussi une connexion avec les contenus du journal en rapport avec la thématique partagée.

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