Auteur de Jihad vs. McWorld, Benjamin Barber est conseiller de Bill Clinton. Selon lui, le capitalisme global, le nationalisme et les intégrismes font les uns





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date de publication27.10.2017
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Auteur de Jihad vs. McWorld, Benjamin Barber est conseiller de Bill Clinton. Selon lui, le capitalisme global, le nationalisme et les intégrismes font les uns et les autres tort à la démocratie, aux Etats-nations et à la citoyenneté.

L'EXPRESS: Partout sur la planète, la démocratie serait menacée non seulement par les intégrismes et les nationalismes, mais aussi par la mondialisation de l'économie. C'est l'analyse provocatrice que vous développez dans votre livre, Jihad vs. McWorld, et qui a été reprise par le président Clinton, dont vous êtes l'un des proches conseillers. Qu'est-ce que ce «McWorld» qui vous inquiète tant?

BENJAMIN BARBER: McWorld, comme Macintosh ou McDonald's, c'est notre planète uniformisée, homogénéisée par le commerce et la communication globale, transformée en une sorte de parc à thème mondial qui diffuse le style de vie et les symboles de la culture populaire américaine: les mêmes images, les même sons, les mêmes logos, les mêmes produits sur les cinq continents. Coca-Cola, Levi's, Kentucky Fried Chicken, MTV... C'est l'Amérique qui se vend de manière universelle, qui exporte ses icônes dans tous les pays, avec ses héros, ses antihéros, et qui commercialise jusqu'à la culture de ses ghettos. «We are the world!» claironnent ses clips. «C'est un tout petit monde», chantent les personnages de Walt Disney... Bill Clinton l'a effectivement bien compris, la mondialisation de l'économie est maintenant dans une phase critique et dangereuse: la monoculture qu'elle diffuse s'oppose aux diversités régionales, à la souveraineté des Etats et, oui, à la démocratie. 
De quelle manière?

Lisez les pages économiques du Monde, du New York Times ou de Die Zeit: vous y découvrez une planète toujours plus uniforme, contrôlée par des monopoles de moins en moins nombreux et de plus en plus puissants: on voit le groupe de Rupert Murdoch investir au Canada, en Chine, tenter d'entrer sur le câble à New York; la compagnie Disney prendre le contrôle de la chaîne ABC, Hachette acheter des magazines en Asie... Mais regardez les pages politiques des mêmes journaux: on y trouve une autre planète, divisée celle-ci, émiettée par les conflits tribaux, les guerres civiles, toutes ces forces de fragmentation que je résume sous le mot, un peu fort, de «jihad»: cela comprend l'intégrisme islamique, mais aussi l'extrême droite de Pat Buchanan, aux Etats-Unis, et, plus généralement, tous ceux qui s'opposent à la modernité et à la culture occidentale. En un mot, ceux qui luttent contre McWorld. 

Un monde économique qui s'unifie, un monde politique qui se désagrège... Les deux visions paraissent contradictoires.
Elles se superposent, au contraire. Les Serbes qui, dans l'ex-Yougoslavie, tiraient sur des femmes et des enfants écoutaient de la world music avec leur Walkman, portaient des jeans, des Nike et des tee-shirts américains à la gloire des rangers ou des yankees; les femmes iraniennes et algériennes voilées par l'islam boivent du Pepsi ou du Coca; l'Eglise orthodoxe russe s'associe avec les entrepreneurs californiens pour vendre de l'eau des saintes sources... Les deux tendances se croient opposées. En réalité, elles se complètent. 

On ne peut quand même pas comparer l'intégrisme fanatique et la mondialisation économique!
Le tribalisme agit par la violence, le sang et l'exclusion, et s'appuie sur des valeurs archaïques de croisade et d'inquisition. McWorld agit, lui, en douceur, au nom de la liberté du marché. Mais tous deux s'attaquent aux frontières des Etats-nations. Tous deux se moquent de la justice sociale. Tous deux méprisent le citoyen. Or, sans citoyen, il n'y a pas de démocratie. Pourtant, si les Occidentaux comprennent aisément les dangers de l'intégrisme tribal, ils minimisent McWorld et ne réalisent pas qu'il s'agit d'une nouvelle forme de totalitarisme. 

Vous y allez un peu fort, quand même!

Je ne le pense pas. Tel le communisme autrefois, le capitalisme global a besoin de façonner un homme nouveau: ce n'est plus le travailleur, cette fois, mais le consommateur. Il nous réduit au simple statut de client du grand marché mondial. Consommateurs de tous les pays, brisez vos chaînes et allez au supermarché, vous y trouverez l'identité commune. Tel est son credo. Dans les centres commerciaux américains, il n'y a ni mairie, ni école, ni crèche. Pas de restaurants, sauf des fast-foods. Pas d'horloges non plus, parce qu'il n'y a pas d'heure pour acheter: rien que des boutiques. Et certaines - les magasins de découverte de la nature - parviennent même à nous vendre des cailloux! 
Que reprochez-vous à cette culture mondiale?

Moins sa médiocrité que son caractère hégémonique. Le capitalisme ne vend plus, comme autrefois, des biens, mais des signes, des images, des modes de vie. Les compagnies d'information et de divertissement, nos nouveaux Goliath, ne cessent d'étendre leur empire. Bill Gates, président de Microsoft, a racheté les droits des oeuvres d'art de la fondation Barnes; Disney crée des villages pour promouvoir ses produits... Et, dans les écoles publiques reliées au système Channel One, aux Etats-Unis, les élèves suivent des programmes éducatifs entrecoupés par la publicité. Les nouveaux maîtres de l'Univers se nomment Michael Eisner, de Disney, Bill Gates, de Microsoft, Steven Spielberg, Rupert Murdoch, Ted Turner... 
Pour un peu, vous les accuseriez de complot contre la démocratie.

Bien sûr que non! Mais c'est la tendance naturelle de ce nouveau capitalisme: monopoliser notre temps, notre espace, nos idées. Jusque-là, tous les fondements de la société passaient par des mots: les textes religieux («Au commencement était le Verbe»), les Constitutions, les lois... McWorld, lui, se construit sur des images fugitives. Les mots appellent le consensus, le raisonnement, le débat. Les images invitent à la superficialité. Rousseau, déjà, dans sa Lettre à d'Alembert sur les spectacles, se méfiait de la médiation exercée par les acteurs de théâtre: elle impliquait, selon lui, un monde de l'émotion, instable, dans lequel on ne tenait pas ses promesses. Ses craintes étaient fondées. Musique, cinéma, télévision, tous diffusent la même esthétique de pacotille qui crée une sensibilité mondiale commune. C'est la «vidéologie», le culte des clips et des Hard Rock Café, dont le réseau musical MTV pour les jeunes est le symbole parfait. 
Pour quelle raison?

Toujours plus rapide, des plans de plus en plus courts, des images très colorées... MTV, c'est empty V (la télé vide), un divertissement non-stop qui est en réalité une publicité non-stop: vingt-quatre heures sur vingt-quatre de pub pour l'industrie du disque. Des images universelles qui défilent, sans provenance, sans sens. Vous n'êtes nulle part, vous êtes partout. En fait, vous êtes dans McWorld. Fast-food, fast-music, fast-images... McWorld crée ainsi un monde facile où l'on ne veut pas voir les gens grandir. D'éternels enfants font de meilleurs consommateurs, plus influençables. Disney, Hollywood, la télé, tous parlent à des mômes de 12 ans. Et ça marche! 
Mais, avec les satellites, Internet, la communication globale peut aussi donner plus de liberté.
Elle permet de se libérer des tyrannies traditionnelles, mais elle en crée d'autres, invisibles celles-là. Quand Bill Clinton a imposé le port de l'uniforme dans les écoles, mesure destinée à lutter contre les différences sociales et contre les gangs, certains élèves ont protesté. Ils ne se rendaient pas compte qu'ils portaient déjà un uniforme: mêmes jeans, mêmes chaussures de sport sans lacets, mêmes tee-shirts... L'uniforme de McWorld! Cela ressemble à de la liberté, mais ce n'en est pas. Certes, les nouvelles technologies sont multiples, on peut regarder des centaines de chaînes de télévision différentes... Mais le contenu, lui, s'est uniformisé. Il y a plus d'occasions, mais moins de choix. 
Condamneriez-vous le capitalisme?

Non. Le capitalisme a prouvé qu'il était le système économique le plus efficace et que, contrôlé par les gouvernements, il est même capable d'équilibrer la distribution des richesses. Ce que je critique, c'est le capitalisme sauvage, débridé. Prétendre qu'il pourrait garantir la démocratie est un non-sens. Le mur de Berlin est tombé, le monde est un marché, l'Histoire est finie et tout serait pour le mieux? Eh bien, non! Croire à la démocratie, c'est croire que les sociétés humaines disposent d'une capacité illimitée de rejeter le déterminisme de l'Histoire. Il s'agit donc non pas de rejeter McWorld, mais de le réguler. 
Mais McWorld, c'est vous, ce sont les Etats-Unis!

Non. Nous sommes, nous aussi, envahis par la culture globale. Or, au moment précis où nous aurions besoin de règles pour lui opposer des garde-fous, les Etats-Unis, comme la France, dérégulent leur secteur privé, privatisent les secteurs publics et affaiblissent l'Etat, désarmant ainsi leur principal défenseur contre les excès de McWorld. 
Vive l'Etat-nation, alors?

Nous avons tous des identités multiples: nous sommes travailleur, consommateur, enfant, parent, juif ou catholique, provençal ou new-yorkais, américain ou français... Mais l'universalisme abstrait de la consommation les nie. Je crois en effet que l'Etat-nation reste le seul capable de les conjuguer et de proposer un véritable espace pour la citoyenneté. 
L'Europe vous semble-t-elle la bonne pointure?

Je suis partisan d'une Europe démocratique et civique, comme ses fondateurs la rêvaient, mais pas d'une Europe Inc. dominée par la technocratie qui facilite l'action des compagnies transnationales. Tant qu'elle ne sera pas capable de représenter leurs intérêts démocratiques et civiques, de nombreux Européens continueront légitimement de lui résister. 
En somme, c'est une éthique transnationale que vous souhaitez. On en est loin...
On peut encore espérer que les nations sauront coopérer entre elles. Prenez le travail des enfants. Certaines compagnies transnationales s'implantent dans les pays où les charges de l'emploi sont les plus faibles, notamment dans ceux où l'on fait travailler les enfants. Les Etats prétendent ne pas pouvoir agir contre de tels procédés. Eh bien, si! Il y a quelque temps, la compagnie Gap, qui fabrique des vêtements, employait des enfants dans certaines de ses filiales indonésiennes. Des consommateurs américains ont protesté, les médias s'en sont mêlés, Bill Clinton l'a dénoncé publiquement... Et Gap a fermé ses usines. Preuve qu'une société civile active peut faire bouger les choses. 




Défense des valeurs, sauvegarde de l'Etat-nation... Vous exprimez presque un point de vue conservateur. Curieux pour un démocrate, non?

Si «conservatisme» signifie conservation des valeurs et des idées de la démocratie, alors je suis un ultraconservateur. Nous retrouvons la question posée par Montesquieu, Rousseau, Tocqueville: quelles sont les conditions qui rendent la démocratie possible? L'un des points cruciaux, c'est évidemment l'éducation. La première chose qu'a faite Thomas Jefferson en Amérique a été non pas de rédiger une Constitution, mais de fonder une université. La première chose que John Adams a faite dans le Massachusetts a été d'instituer un système scolaire. Tous les deux savaient que la citoyenneté n'était pas naturelle, qu'il fallait l'acquérir. Et que la liberté s'apprend. Il faut nous inspirer des Lumières. Rendons ce monde global plus transparent, pour permettre à chacun de ne pas être seulement un consommateur, mais également un citoyen. Bien sûr, il faut de la volonté. Résister à l'infantilisation de McWorld, c'est une entreprise difficile. Et pourtant, le projet d'une société démocratique n'est-il pas d'apprendre à ses enfants à devenir adultes?

L'Express, 1996.

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