A noter que la Tunique figure dans le blason de la ville d’Argenteuil, qui en est officiellement propriétaire (fig. 1)





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Du nouveau sur la Tunique d’ArgenteuiL ?

par Pierre de Riedmatten

De très nombreux visiteurs sont venus vénérer la « Sainte Tunique » pendant l’ostension exceptionnelle qui a eu lieu à la Basilique St-Denys d’Argenteuil, au printemps 2016, dans le cadre de l’année de la miséricorde. Au-delà de ce magnifique élan de ferveur, c’est l’occasion de présenter ici les acquis (mais aussi les incertitudes) sur ce tissu, qui aurait pu être la tunique sans couture du Christ, tirée au sort au Golgotha. En dehors de la restauration récente de la toile support, il y a eu, en effet, quelques éléments nouveaux depuis les précédents articles parus dans les Cahiers MNTV.



  1. Pourquoi une nouvelle ostension ?

Les ostensions de la Tunique ont lieu en principe tous les 50 ans, les dernières remontant à 1934 et 19841. Interrogé par la chaine KTO/TV2, Mgr Stanislas Lalanne, nouvel évêque de Pontoise3, a indiqué les trois raisons de sa décision de faire en 2016 une ostension exceptionnelle :

- le 150° anniversaire de la consécration de la nouvelle basilique St-Denys ;

- le 50° anniversaire de la création du diocèse de Pontoise4 ;

- et l’année de la miséricorde, qui a donné lieu à l’ouverture d’une porte spéciale dans la basilique (ainsi que dans la cathédrale du diocèse), comme le pape François a ouvert une porte spéciale à Rome.

Pour Mgr Lalanne et le Père Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la basilique, c’était une occasion privilégiée de proposer une démarche spirituelle forte, un signe important d’affermir notre foi, « en entrant dans le mystère pascal et en écoutant la parole de Dieu ». L’ostension a duré 17 jours, du 25 mars (vendredi saint et jour de la fête de l’Annonciation) au 10 avril 2015.  Près de 400 bénévoles se sont portés volontaires pour préparer cette manifestation. Environ 220.000 pèlerins sont venus5, parfois de très loin (Inde, Australie, Mexique, Europe de l’Est…) ; 15.000 confessions ont eu lieu, et 80.000 petites veilleuses ont été distribuées. Des cérémonies ont été célébrées sur place : par Mgr Riocreux, ancien évêque de Pontoise, ainsi que par le cardinal Barbarin et le cardinal Sarah6. L’évènement a été suivi et commenté par la Presse7.

A noter que la Tunique figure dans le blason de la ville d’Argenteuil, qui en est officiellement propriétaire (fig. 1).


  1. Les acquis « antérieurs » et les incertitudes

Nous résumons ici ce que MNTV a publié jusqu’en 2006, dans les Cahiers n° 198, 339 et 3510, qui citent toutes les sources utilisées.
- a) Sur l’histoire

* L’évangile de saint Jean (19, 23-24) mentionne le tirage au sort, entre les soldats, de la tunique inconsutile (= sans couture) que le Christ a portée jusqu’au Calvaire ; ce qui peut laisser supposer qu’elle n’a peut-être pas été détruite immédiatement ; mais aucun texte connu ne confirme la tradition d’une récupération par les premiers chrétiens, ni d’une redécouverte plus tard, notamment par sainte Hélène au IV° s lorsque, selon la légende11, elle aurait retrouvé la Sainte Croix ; les premières mentions d’une possible conservation de la tunique du Christ remontent cependant au VI°- VII° s (Grégoire de Tours, Frégédaire).

* Selon la tradition, une tunique réputée avoir été celle du Christ au Golgotha, aurait été offerte à Charlemagne par l’impératrice de Constantinople, Irène. Celui-ci l’aurait reçue en 803 et l’aurait confiée ensuite à sa fille Théodrade, abbesse du monastère d’Argenteuil. Mais il n’existe pas de texte confirmant ce présent12 ; et Théodrade elle-même n’en a jamais parlé, pas plus que l’entourage de Charlemagne, ni plus tard Suger, conseiller du roi et abbé de St-Denis dont le monastère d’Argenteuil dépendait directement.

* Selon Pierre Dor13, la relique ne serait cependant arrivée à Argenteuil qu’en 814 (en même temps que Théodrade) ; elle proviendrait de Jérusalem et non pas de Constantinople ;

* Elle aurait été cachée lors des invasions des Vikings (en 850), et aurait été redécouverte, dans un mur de l’abbaye, après 1129.

* Le premier document officiel qui parle de la tunique « sans couture et de couleur roussâtre, honorée depuis les temps anciens » est une charte de 1156, définissant les règles à suivre pour sa vénération. Un autre document du XII° s (établi par Eudes de Deuil), assez confus et estimé peu fiable par les historiens, précise cependant qu’à cette époque la Tunique était déjà dans un coffre depuis longtemps, sans être montrée au public.

* Elle a été ensuite vénérée par de nombreux rois, des grands seigneurs et des princes de l’Eglise ; et de nombreuses guérisons ou conversions lui ont été attribuées14 (voir les 57 ex-voto dans la basilique, le dernier datant de 2008).

* Pendant la Révolution, elle a été découpée en plusieurs morceaux par le curé Ozet (en 1793), certains ayant été confiés à des paroissiens, les deux plus importants ayant été enfouis pendant dix-huit mois dans le jardin du presbytère ; l’ensemble a été regroupé en 1795, et placé dans un petit reliquaire en bois et fer15.

* Après une enquête rigoureuse, elle a été reconnue officiellement en 1804 ; la Confrérie a été reconstituée, et la vénération a pu reprendre jusqu’à nos jours, un office spécial ayant été autorisé en1842.

* Elle est classée à l’inventaire des Monuments Historiques depuis 1979.

* D’autres lieux revendiquent aussi la possession de la tunique du Christ : la Sainte Robe de Trêves, en lin, plus longue et qui ne présente pas de taches de sang, pourrait être le manteau (simba) ; une autre « tunique » est vénérée en Géorgie, mais n’es pas accessible.

* Pour le Père François Le Quéré (décédé en 2012), celle d’Argenteuil serait celle « du dessous », sorte de chemise de corps sans couture, qu’on enfilait par un col assez étroit16. Il ne semble pas, en tous cas, qu’il puisse s’agir de la tunique de dérision (une chlamyde) jetée sur les épaules du Christ chez Pilate17, car celle-ci, envoyée en 1242 à saint Louis par l’empereur Baudoin II18, apparait dans les inventaires de la Ste Chapelle jusqu’à la Révolution.
- b) Sur l’état de la Tunique

* En dehors des ostensions, où elle est déployée sur un mannequin cintré, placé dans une grande châsse en bronze doré du XIX° s (fig. 2), elle est peu visible, car enroulée dans un petit reliquaire du XIX° s, également en bronze doré (fig. 3)19.

* Elle est très incomplète (surtout dans sa partie antérieure), car de nombreux prélèvements de tissu ont été faits au cours du temps (dès l’an 840), dont un morceau de 15 cm (en 1854) pour le pape Pie IX20 ; des morceaux ont été donnés, au XVIII° s à l’abbaye de Longpont-sur-Orge  (Essonne) ; d’autres morceaux n’ont jamais été retrouvés après la Révolution ; il manque toute la bande inférieure (voir fig. 4).

* Une première toile support, en satin beige, a été mise en place à la fin du XIX° s, à la demande de l’évêque de Versailles, Mgr Paul Goux. Les morceaux ont alors été « fixés sur l’étoffe de soutien, sans que l’on puisse affirmer absolument que leur place actuelle soit bien celle qui leur appartenait » (cf. rapport de 1892) ; en effet, il n’était pas facile de reconstituer la Tunique à partir de morceaux épars, dont certains manquaient. L’étude faite en 2003-2004 (ci-dessous) a confirmé que plusieurs morceaux n’étaient pas à leur place initiale.

* Le schéma de la fig. 5 montre les positions des différents morceaux, notamment : en bas, le plus grand morceau (1,19 m x 1,05 m), qui constitue la quasi-totalité du dos (avec l’encolure) ; et en haut, le deuxième grand morceau, qui fait toute la largeur de la poitrine.
- c) Sur le plan textile

Les premières études, réalisées à partir de 189221 (par les manufactures des Gobelins et de Beauvais), puis en 1932, avaient montré :

* que ce tissu, en laine de mouton, présentait une « analogie complète, comme matières et comme fabrication » avec certains tissus coptes des II° et III° siècles ;

* que la chaîne et la trame sont sans interruption, les manches faisant suite au tissu des épaules ;

* que le tissage, « fort régulier » a été réalisé à la main sur un métier très primitif et familial ;

* que la couleur, brun rouge foncé tirant sur le violet, pouvait provenir non de la pourpre des anciens, très onéreuse, mais peut-être de la garance, peu coûteuse, utilisée avec du mordant de fer comme fixateur ;

* et que ce vêtement, d’une seule pièce, ressemblait à la tunique « talaris » portée par les prêtres juifs22.

L’étude textile réalisée en octobre 200323 (dont MNTV a pu obtenir le rapport, avant sa diffusion officielle, auprès du Ministère de la Culture) a montré :

* que le fil, « extrêmement tordu, de type crêpe », provient bien d’une laine de mouton, « non fine » ;

* que « la pourpre n’a pas été utilisée pour la teinture», mais qu’« une plante rubiacée a pu être utilisée, après un mordançage au fer » ;

* que les particularités du tissage « sont insuffisantes pour déterminer un lieu et un type spécifique de métier » ;

* mais que rien ne contredit une possible origine de la tunique au début de l’ère chrétienne, sans exclure une fabrication au Moyen Orient ; car « les connaissances techniques nécessaires étaient là », la largeur du vêtement n’étant « pas excessive par rapport aux largeurs permises par les métiers verticaux employés alors » ;

* que les fragments avaient été « réassemblés sans cohérence » au XIX° s, sans respecter leur teinte, ni leur forme, ni même le sens du tissage, le devant ayant été posé de travers ;

* et que le support en satin, très détérioré, était « tenu mécaniquement par le tissu lui-même qui reste solide ».
- Pour sa part, le sous-préfet d’Argenteuil a estimé alors24, que le tissage de la Tunique, de qualité surprenante, s’apparente à la technique syrienne, et que la garance a dû être utilisée, en raison des traces d’alizarine trouvées.
- Les deux morceaux donnés à l’abbaye de Longpont au XVIII° s ont été identifiés en 2004, par André Marion25, comme venant bien de la Tunique d’Argenteuil26.
- d) Sur les taches de sang et l’ADN

* Les premières analyses, en 1892 puis à partir de 1932 par le chanoine Parcot27 (notamment en Infrarouge), avaient montré que les taches roussâtres correspondent bien à du sang humain (globules rouges, hémoglobine…).

* En s’appuyant d’une part sur les travaux effectués, dès 1998 par André Marion, sur des photos montrant les taches de sang du dos (voir § 3d), et d’autre part sur l’examen au microscope des fils provenant des reliquats officiels des prélèvements S1a et S2a de 2003 (voir ci-dessous), Gérard Lucotte (spécialiste de la génétique moléculaire) a estimé que « le sang a imprégné l’ensemble du tissu »28. Il a trouvé des groupes d’hématies (globules rouges) d’origine humaine ; certaines hématies ont une forme altérée « correspondant à une forte anémie ou à une situation traumatique » (hémolyse).

* Concernant le groupe sanguin, une première analyse, à caractère non officiel29 aurait déterminé (en 1986 seulement) le groupe AB, qui est sensiblement plus rare que les trois autres (A, B, O).

* Aucune analyse de sang n’a été faite pendant les travaux de 2003.

* Hors réunion du Colloque de novembre 2005, organisé à Argenteuil par le COSTA/UNEC30, Gérard Lucotte a dit avoir déterminé à son tour le groupe AB, à partir des matériaux utilisés pour l’ADN et non pas à partir du sang intégré aux fibres végétales. Mais son rapport n’était pas encore publié (voir au § 3d).

* Comme le groupe AB aurait été également déterminé sur le Linceul de Turin et sur le suaire d’Oviedo, il a été beaucoup dit alors que ces trois linges se confortent pour avoir été au contact de la même personne. Mais il est difficile de faire une analogie avec les deux autres linges, en lin, car les fibres végétales très anciennes possèdent des structures chimiques relativement voisines de celles des antigènes de type AB31.

* Toujours selon Gérard Lucotte, qui a déclaré avoir fait, en 200532, un premier et unique test ADN, il s’agirait d’un homme de type juif ou proche-oriental (information donnée également en marge du Colloque de novembre 2005).
- e) Sur la datation au C 14

Il y a une incohérence importante entre :

* d’une part, la datation faite en mai 2004 (à la demande du sous-préfet d’Argenteuil) par le laboratoire CEA/CNRS de Saclay, sur les échantillons S1a et S2a (voir le schéma de la fig. 533) ; après les traitements chimiques d’usage pour éliminer les pollutions (notamment le C14 récent), la nouvelle méthode, dite AMS34, dûment qualifiée depuis 1985, a daté la fabrication du tissu entre 530 et 650 (1480 +/- 30 BP)35. A noter que cette datation a été faite avec une grande rigueur et des précautions particulières (analyse simultanée de deux autres tissus, de dates connues, comme pour le test du Linceul en 1988) ;

* et d’autre part la datation faite en 2005, sur des fils provenant de l’échantillon S2a, récupérés officiellement par G. Lucotte, et envoyés par la Sté Archéolabs au laboratoire de Zürich36. Avec les mêmes prétraitements chimiques de nettoyage, et en utilisant la même méthode AMS, la date trouvée serait comprise entre 670 et 880 (soit 1260+/-40 BP).
L’hypothèse a alors été avancée par G. Lucotte (hors réunion, lors du Colloque de novembre 2005), qu’une forte pollution du tissu par du Carbonate de Calcium, et une procédure insuffisante pour l’éliminer complètement, auraient pu fausser ces datations. En effet, la laine est très avide d’eau, et la tunique a séjourné longtemps et à plusieurs reprises en milieu humide et au contact de matières organiques en décomposition. Mais, pour les « carbonistes », le test au C14 est totalement indépendant des échanges géochimiques intervenant après la coupure de la plante ; et le test est fiable pour les tissus, si les précautions nécessaires sont prises, en particulier pour éliminer les pollutions contenant du C14 récent (carbonate de calcium et produits saponifiables). Or, le nettoyage poussé, effectué par les laboratoires, a réduit des 2/3 la surface utilisable des échantillons S1a et S2a37. Et, pour mémoire, le laboratoire C 14 d’Oxford a daté très correctement les manuscrits de la Mer Morte, enveloppés dans des tissus de lin (mais, dans ce cas, les manuscrits étaient conservés en atmosphère très sèche).
Avant 1972, la Tunique a été arrosée de DDT, pour la protéger des mites. Mais, en général, ce type d’insecticide industriel ne contient pas de C14.
f) Sur les pollens

- Les pollens prélevés par Max Frei en 1981 n’ont, semble-t-il, pas été étudiés38.

- En marge du Colloque de 2005, Gérard Lucotte (qui n’est pas spécialiste des pollens) a dit avoir mis en évidence, sur les résidus provenant des travaux de 2003 cités plus haut (fibres de l’échantillon S2a et poussières du sac d’aspiration) des pollens provenant de plantes endémiques existant en Palestine. Bien que son rapport ne soit pas alors publié, il a déclaré ne pas avoir trouvé de « gundelia tournefortii », pollen abondant sur le Linceul de Turin (voir § 3f).


  1. Les éléments « nouveaux »

Certains de ces éléments, bien qu’antérieurs à 2006, n’ont pas été mentionnés dans les Cahiers MNTV cités au point 2 ci-dessus39. A noter par ailleurs que les deux colloques organisés à Argenteuil, en 2011 et 2013, par le COSTA/UNEC, n’ont que très peu concerné la Tunique.
a) Sur l’histoire.

- Dans son livre de 200240, Pierre Dor s’est appliqué :

* à tenter de reconstituer le parcours éventuel de la tunique sans couture, depuis le Golgotha jusqu’en France, en passant par Safed (= Jaffa) et Jérusalem au VI° s, mais pas par Constantinople ; un moine l’aurait amenée de Jérusalem à Aix la Chapelle en 799 ;

* à corriger certaines idées reçues, tout en confortant le don de la Tunique par Charlemagne à l’abbaye en 814, ainsi que sa présence à Argenteuil en 840 ;

* à commenter certains documents inédits, permettant de mieux cerner son histoire postérieure au XI° s.
- b) Sur l’état de la Tunique

* A l’occasion d’une émission télévisée, à Pâques 2014, la Tunique a été déroulée, et le mauvais état de la toile support a été confirmé. L’idée de procéder à une restauration urgente de ce support avant l’ostension s’est alors imposée (voir ci-après).

* Juste à temps pour l’Ostension de 2016, la Tunique restaurée a pu être présentée au public, dans le même reliquaire que précédemment et sur le même mannequin cintré (fig. 6).
- c) Sur le plan textile

Un Comité scientifique a été constitué à cet effet par la DRAC41, sous la direction de Mme Colette Eymard. Outre le représentant du propriétaire (M. Georges Mothron, maire d'Argenteuil) et les représentants de l’Eglise (évêque de Pontoise, recteur de la basilique, commission diocésaine d'art sacré), ce Comité comprenait :

* des spécialistes des textiles anciens, conservateurs dans différents musées42 ;

* un inspecteur des Monuments Historiques (ministère de la Culture) ;

* des ingénieurs chargés d'analyser les collections textiles des musées43;

* ainsi que deux restauratrices, diplômées de l'INP-IFROA44, chargées d’intervenir sur le tissu, dont Mme Claire Beugnot, sollicitée par la DRAC en raison de ses travaux sur des tissus coptes du Louvre.

- Après une étude de faisabilité (fin 2015) comprenant un relevé précis des formes et des positions respectives des 22 morceaux45, le Comité a lancé la restauration à partir de janvier 2016, avec les dispositions suivantes qui ont nécessité deux mois et demi de travail :

* la forme de l'ancien montage (manches et encolure) a été conservée (fig. 6), en référence au classement de la Tunique en 1979 ;

* la toile du XIX° s, en satin de soie crème, brillante mais très abimée46, a été remplacée par une étamine de laine, un peu plus claire que la tunique. Ce choix a été fait pour donner moins d’importance visible aux trous (fig. 4), et pour mieux mettre en valeur les couleurs des différents morceaux (notamment ceux tachés de sang). Mais certains visiteurs ont pu imaginer que la Tunique est encore entière, comme la figure 6 pourrait le laisser supposer, car les contrastes avec le support sont plus faibles qu’auparavant. La photo prise par Mme Claire Beugnot (fig. 7), juste au moment de l’installation sur le mannequin, permet de mieux voir ces contrastes ;

* les 22 morceaux de la Tunique ont été replacés sur ce nouveau support comme ils l’étaient au XIX° siècle (selon le montage approximatif de 1892, y compris le mauvais sens de certains tissages) ;

* avec « émotion et une respectueuse humilité », les deux restauratrices ont procédé à cette opération, en remplaçant le fil de couture épais, en soie marron, par du fil d’organsin extrêmement fin. « C’est un paradoxe, a dit Claire Beugnot, que cette laine vieille de plusieurs siècles soit plus solide que son support de satin » ;

* le rapport technique est en cours de rédaction.
- Aucun nouveau prélèvement de tissu n’a été fait pendant cette opération.
d) Sur les taches de sang et l’ADN

- Dès 1998, André Marion avait établi une cartographie précise des 9 taches de sang visibles sur le dos de la Tunique ; et il avait mis au point un modèle des déformations du vêtement, pour simuler sa forme sur le dos de l’Homme du Linceul de Turin pendant le portement de croix. Il a alors estimé qu’il y avait « une coïncidence remarquable » entre les taches de sang de la Tunique et celles visibles sur le Linceul47.

- Sur les reliquats des prélèvements S1a et S2a (voir fig. 5) dont il a disposé après la datation de 2004 (voir § 2e), G. Lucotte a dit avoir mis en évidence des globules blancs (lymphocytes), « en parfait état de conservation », ainsi que quelques autres éléments (cellules de peau, poils, cheveux), qui lui auraient permis de déterminer l’ADN d’une personne de sexe masculin (chromosome XY) ; le type J2 observé pour l’haplotype majoritaire (permettant d’identifier l’ethnie) serait, a-t-il dit, caractéristique d’un homme du Moyen Orient, de type juif.

- G. Lucotte a dit également avoir constaté que beaucoup d’hématies comprennent des cristaux d’urée, provenant d’une importante transpiration ; il a pensé qu’elle pourrait provenir de la sueur de sang (hématidrose) mentionnée au jardin des oliviers : « Entré en agonie,… sa sueur devint comme des caillots de sang qui tombaient à terre » (Lc, 22, 44). Cela suppose que la chemise de corps portée au jardin des oliviers soit arrivée au Golgotha. Or l’évangile précise, en effet : « ils le dévêtirent et lui mirent un manteau écarlate » (Mt, 27, 28), puis : « ils lui enlevèrent le manteau et lui remirent ses vêtements » (Mt, 27, 31).

- G. Lucotte aurait enfin identifié le groupe sanguin AB, qui serait moins rare au Moyen Orient (jusqu’à 18% chez les Juifs de Palestine a-t-il dit) que dans le reste du monde (3 à 7% en moyenne suivant les auteurs).
- Par ailleurs, le groupe sanguin AB aurait été déterminé dans certains miracles eucharistiques (anciens ou récents). Si cette détermination peut être confirmée par des rapports scientifiques fiables48, la réserve actuelle sur les tissus anciens en fibres végétales pourrait être reconsidérée.
- e) Sur la datation au C 14

* La tunique du Christ, n’ayant pas été placée dans le tombeau, n’a pas pu subir le phénomène extraordinaire et scientifiquement inexplicable qui a produit l’image mystérieuse présente sur le Linceul de Turin. L’hypothèse émise pour expliquer l’écart de datation du Linceul (modèle du Père J.B. Rinaudo49) n’a donc pas de raison d’être applicable à la tunique du Christ, tirée au sort entre les soldats et retirée du Golgotha bien avant la Résurrection.

* Pour expliquer les deux datations citées plus haut (§ 2e), G. Lucotte a confirmé50 avoir constaté une forte calcification des fibres qu’il possédait (provenant le l’échantillon S2a). Même après un traitement chimique identique à celui mis en œuvre par les laboratoires, il restait encore, sur ces fibres, environ un tiers du carbonate de Calcium initial, dans les protéines fibreuses (kératine) présentes sur la laine.
- f) Sur les pollens

- Gérard Lucotte a déclaré51, avoir mis en évidence sur les résidus provenant des travaux de 2004 (échantillons prélevés et poussières du sac d’aspiration), des pollens provenant de 18 espèces. En dehors des plantes européennes (ortie, aulne, chêne...), 15 espèces correspondraient à des plantes du Moyen-Orient, dont certaines plantes endémiques de Palestine ; 7 espèces seraient également présentes sur le suaire d’Oviedo, et 6 sur le Linceul de Turin ; 2 espèces seulement seraient présentes sur les trois linges. Mais, outre que les poussières recueillies ne sont pas forcément toutes représentatives du tissu lui-même, il n’a été trouvé aucun pollen du type gundelia tournefortii alors qu’ils représentent environ 30 % des pollens identifiés sur le Linceul : ces pollens, pouvant provenir du jujubier (buisson courant en Palestine) et attribués par plusieurs auteurs à la couronne d’épines, devraient donc être largement présents sur la Tunique.


  1. Conclusions

- Au total, rien ne permet donc d’affirmer définitivement que la tunique conservée à Argenteuil est bien la tunique inconsutile portée par le Christ à même le corps, et tirée au sort au Golgotha (Jn, 19, 23-24), même si les éléments nouveaux vont dans le bon sens. Il n'y a cependant pas eu de communication scientifique officielle confortée par d'autres spécialistes ; et beaucoup de recherches restent donc encore à faire par les spécialistes des différentes disciplines (hématologie, pollens…). Mais rien ne permet non plus, ni sur le plan historique, ni sur le plan scientifique, de rejeter cette hypothèse, étayée par une longue tradition.

- Comme l’a souligné le Père Guy-Emmanuel Cariot, recteur de la basilique, il peut paraître surprenant que l’évangéliste Jean donne autant de détails sur les linges de la Passion ; est-ce un indice qu’ils existaient encore à la fin du I° s, plus de 60 ans après les évènements ?

- Dans tous les cas, réjouissons-nous du grand mouvement de foi (et donc d’espérance) constaté lors de cette ostension exceptionnelle du printemps 2016. Les pèlerins, venus parfois de très loin, et pour qui cette tunique sans couture pourrait peut-être symboliser l’unité de l’Eglise, ont surement reçu beaucoup de grâces dans ce contact direct avec un des signes de la Passion.

Mgr Lalanne a souhaité que la Tunique soit pour tous le témoin de la miséricorde du Père.


P. de Riedmatten

1 En décembre 1983, la Tunique a été volée, puis restituée discrètement quelques semaines plus tard. Ce vol/restitution pourrait avoir poussé le clergé à maintenir l’ostension de 1984, alors que « la piété populaire était devenue quasiment inexistante » - cf. « La Sainte Tunique d’Argenteuil » - François Le Quéré  - 1997 - Ed. F. X. de Guibert.

2 cf. émission « Edition Spéciale », du 20 mars 2016, avec l’historien J. C. Petitfils et le Père Cariot, recteur de la basilique d’Argenteuil.

3 qui a succédé en 2012 à Mgr Riocreux, nommé à Basse-Terre (Guadeloupe).

4 qui faisait partie, jusqu’en 1966, du diocèse de Versailles.

5 150.000 étaient attendus, alors que 75.000 personnes seulement étaient venues en 1984.

6 préfet de la Congrégation pour le culte divin.

7 cf. notamment les dossiers parus dans le Figaro Magazine (20 mars 2016) et dans « Famille Chrétienne » n° 1993 du 26 mars 2016.

8 paru en mars 1999 ; l’article s’appuyait, pour l’essentiel, sur les travaux du Père François Le Quéré, cité plus haut.

9 paru en décembre 2005 ; l’article faisait suite au Colloque organisé le 12 novembre 2005 à Argenteuil, et s’appuyait sur les expertises scientifiques menées, à partir de la fin 2003, à l’initiative de J. P. Maurice, sous-préfet d’Argenteuil - cf. « Une si humble et si sainte Tunique » - Jean-Maurice Devals - 2005 - Ed. F.X. de Guibert.

10 paru en décembre 2006 ; l’article faisait suite à la clôture des études de 2003 - 2004 par Serge Pitiot (Conservateur du Patrimoine à l’Inspection des Monuments Historiques pour la région Ile de France) ; cf. Revue « Monumental » - juillet 2006.

11 cf. notamment : « L’impératrice sainte Hélène » - Hélène Hyvert-Jalu - Ed. Téqui - 2013.

12 supposé avoir été fait à l’occasion du projet de réunion des empires d’Orient et d’Occident.

13 « La Tunique d’Argenteuil et ses prétendues rivales » - Pierre Dor - Ed. Hérault - 2002.

14 parmi elles, la guérison totale et immédiate, en 1673, d’une jeune fille de 20 ans paralysée des jambes depuis 7 ans ; cf. livre du Père F. Le Quéré déjà cité.

15 cf. PV du curé Ozet.

16 Selon certains auteurs, le mot sadin s’appliquerait à la chemise de corps, courte et en laine, tandis que le mot chetoneh s’appliquerait à une deuxième tunique, du « dessus », en lin et plus longue.

17 cf. Jn, 19, 2 : « les soldats, qui avaient tressé une couronne d’épines, la lui mirent sur la tête et ils jetèrent sur lui un manteau de pourpre ».

18 cf. MNTV n° 51.

19 Avant la Révolution, elle avait été conservée notamment dans un petit coffre en ivoire.

20 qui a offert, en remerciement, un grand cierge encore présent près du reliquaire.

21 cf. « La tunique sans couture de N.S. Jésus-Christ, conservée dans l’église d’Argenteuil » - Abbé A. Jacquemot - Ed D de B - 1893.

22 cf. « Antiquités juives » - Flavius Josèphe

23 sous la direction du Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH), à Champs sur Marne – Réf. DRAC/CRMH/SP/05.

24 cf. « Une si humble et si sainte Tunique » - Jean-Maurice Devals - 2005 - Ed. F.X. de Guibert.

25 professeur à l’Institut d’Optique d’Orsay.

26 cf. « Le linceul de Turin et la tunique d’Argenteuil » - A. Marion et G. Lucotte - Presses de la Renaissance - 2006.

27 professeur de Sciences au Petit séminaire de Versailles.

28 cf. « Le linceul de Turin et la tunique d’Argenteuil » - A. Marion et G. Lucotte - Presses de la Renaissance - 2006.

29 Car son auteur est décédé sans en avoir publié le rapport.

30 COSTA = Cercle Oecuménique et Scientifique de la Tunique d’Argenteuil ; UNEC = Union des Nations de l’Europe Chrétienne.

31 Etude de Pierre Commerçon, ancien interne des hôpitaux de Lyon, pharmacien spécialiste en diagnostic génétique - cf. MNTV n° 33.

32 cf. communication lors d’un colloque de pathographie, à Loches, en avril 2005.

33 S1a, en haut, sur le fragment n°2 ; et S2a, en bas, sur le fragment n°1

34 par Spectroscopie de Masse et Accélération des ions (SMA).

35 âge « Before Present » ; cf. rapport technique du CEA/CNRS, pièce D du rapport global.

36 qui avait procédé à la datation du Linceul de Turin, en 1988.

37

38 Max Frei est mort en 1983, et ces pollens auraient été envoyés aux USA.

39 Pour mémoire, les Actes du Colloque de novembre 2005 n’ont été publiés qu’en mars 2007.

40 « La Tunique d’Argenteuil et ses prétendues rivales » - Pierre Dor - Ed. Hérault- 2002.

41 Direction Régionale des Affaires Culturelles.

42 section « copte » du Louvre, section « textiles » du Musée Guimet, centre de recherche et de restauration des Musées de France, conservation des Antiquités et Objets d'art du Val d'Oise.

43 Musée du Quai Branly, Laboratoire de Recherche des Monuments Historiques (LRMH).

44 Institut National du Patrimoine, anciennement Institut Français de Restauration des Oeuvres d'Art.

45 L’étude textile de 2003 n’avait référencé que 20 de ces 22 morceaux.

46 se déchirant facilement, car chargée de sels métalliques.

47 cf. « Jésus et la Science. La vérité sur les reliques du Christ » - A. Marion et G. Lucotte - 2000 - Presses de la Renaissance ; voir aussi MNTV n° 32.

48 MNTV recherche toujours le rapport scientifique concernant le miracle eucharistique survenu à Buenos Aires en 1996, où le groupe AB aurait été déterminé.

49 Les neutrons émis par le corps du supplicié auraient pu produire un enrichissement initial en C14,

50 cf. livre déjà cité. 

51 cf. livre déjà cité. 

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