Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques





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1.Le contexte macroéconomique et l’emploi



B.La prospérité économique des années quatre-vingt
La fin des années quatre-vingt marque le début d’une période de forte croissance de l’économie thaïlandaise, réalisée, d’une part, par la mise en place des stratégies politiques internes favorables et, d’autre part, par l’expansion de l’économie mondiale durant cette période. La transformation de l’économie traditionnelle vers l’économie industrielle s’accompagne de l’acceptation progressive de l’ouverture économique vers l’extérieur et de l’incitation à l’investissement.
C.De la substitution aux importations à l’orientation aux importations
Tout comme les autres pays en développement, la structure de l’économie est qualifiée le dualiste par laquelle le système de production s’opère dans deux secteurs, à savoir le secteur traditionnel, essentiellement rural, et le secteur industriel situé principalement dans le milieu urbain. Durant des années soixante, la production agricole contribue en moyenne à près de 40 pour cent du PIB, et plus de 80 pour cent de la population s’est engagée dans l’agriculture. Le riz est le produit principal, suivi de l’étain, du caoutchouc, des kénafs et du maïs. La part de la production industrielle dans le PIB reste largement loin derrière celle de l’agriculture. L’industrialisation progressive s’inscrit dans le plan national du développement économique et social. Ainsi, ce dernier, créé en 1961, met l’accent sur la stratégie des industries de substitution aux importations dont l’initiative est, en particulier, de viser à contrôler les flux des échanges internationaux en adoptant le système économique « protectionniste » qu’ont connu la plupart des pays industrialisés durant les années soixante et soixante-dix. Le programme d’action consiste en l’application d’une tarification douanière et des contrôles stricts des importations afin de protéger les industries naissantes. Or, le bilan du déroulement est globalement médiocre par rapport aux autres pays de la même zone. En fait, durant ces années, le taux de croissance du PIB réel per capita n’était que de l’ordre de 4,8 pour cent par an, restant inférieur à celui de la Corée du Sud, de Singapour et de Taiwan, mais supérieur à celui de la Malaisie, de l’Indonésie et des Philippines [Richter (2006), p.8].
Les responsables politiques réalisent que le protectionnisme élevé, dû essentiellement au plan de substitution aux importations durant les années soixante-dix, a été néfaste à l’économie [Wisarn (2002), p.5]. En fait, l’événement déclencheur provient essentiellement du deuxième choc pétrolier qui provoque une dévaluation du baht, monnaie nationale. Ceci participe ensuite à accroître la valeur des produits importés et le coût de production. Le changement de régime est alors plus que nécessaire. Ainsi, la démarche d’ouverture économique et commerciale est apportée au troisième plan national (1972-1976). Il s’agit d’une première préparation au grand déploiement des moyens d’investissements afin de répondre aux programmes de l’orientation à l’exportation et à la création des industries intensives en main-d’œuvre. En étant pleinement en concurrence avec d’autres pays voisins en matière d’exportation et d’incitation aux investissements étrangers, le cinquième plan national (1982-1986) s’appuie nécessairement sur la restructuration et l’amélioration de l’efficacité et de la compétitivité internationale. Soulignons qu’une série de politiques industrielles et un ensemble de programmes relatifs au développement des ressources humaines ont été prioritairement mobilisés pour assurer les besoins nécessaires à la production. Les sixième et septième plans (1987-1991 et 1992-1996) ont été conçus dans le même ordre d’idée. L’effort doit être désormais porté à l’amélioration des politiques favorables à la création des industries nouvelles exportatrices, centrées sur l’utilisation intensive en capital et en technologie.
D.La période de croissance économique des années quatre-vingt
En Thaïlande, la stabilité de l’environnement macroéconomique, conduite par l’initiative des gouvernements et l’expansion de l’économie mondiale durant les années quatre-vingt, contribue à la croissance économique sans précédent.
Entre la fin des années soixante-dix et le début des années quatre-vingt, les vagues successives de chocs pétroliers et la récession de l’économie mondiale ont profondément provoqué une multiple instabilité de l’économie thaïlandaise, signalée, entre autres, par un déficit important de la balance de paiements et par une montée de la dette extérieure3. Sans attendre, le gouvernement thaïlandais a demandé une aide financière auprès des institutions internationales, au premier rang desquelles le FMI et la Banque mondiale, qui ont ensuite imposé des réformes contraignantes inhérentes au programme d’ajustement structurel. Dans ce contexte, un ensemble de mesures conservatrices et restrictives, dont le principal objectif est de dégager le surplus des recettes publiques, ont été mises en place à l’aide de plusieurs instruments économiques tels que les contrôles fiscaux, le taux d’inflation, le taux de change et les contrôles des prix agricoles et des produits énergétiques, etc. Il faut dire que les politiques macroéconomiques menées par les gouvernements thaïlandais durant cette période de récession ont permis à la Thaïlande de profiter d’un environnement favorable de l’économie mondiale dès la seconde moitié des années quatre-vingt. À cela s’ajoute une hausse de la demande mondiale des produits exportés, un déclin des taux d’intérêt et une diminution du prix du pétrole. Ainsi, vers la fin des années quatre-vingt, la croissance du PIB réel a été en moyenne de 9 pour cent4 et l’impact de l’expansion économique sur le niveau de vie de la population a été considérable. La création de l’ensemble des infrastructures était nécessaire au futur développement économique et social. Sussangkarn (1994) synthétise des facteurs fondamentaux permettant à la Thaïlande de réaliser une telle croissance de la manière suivante. En partie en raison des ajustements de taux de change, en partie en raison du déclin des prix du pétrole en 1986, et en partie en raison de la transition des pays d’Asie nouvellement industrialisés à produits intensifs en main-d’œuvre qualifiée et en technologie, la croissance de l'économie thaïlandaise s’est accéléré de manière significative à partir de1986. Elle a été principalement conduite par une forte hausse des exportations manufacturées [Sussangkarn (1994), p.589]. La Thaïlande est devenue l’un des pays exportateurs de produits hautement technologiques dès la fin des années quatre-vingt, tel que les appareils électroménagers, les pièces automobiles et d’autres produits divers issus des industries manufacturières.
E.De l’économie traditionnelle au processus d’industrialisation
Au début des années quatre-vingt, l’adoption des stratégies du développement, basées sur l’exportation et l’investissement de masse, contribue à modifier la structure globale du marché du travail et la composition de la répartition des revenus. Progressivement, la production industrielle dépasse celle du secteur agricole, tandis que les travailleurs agricoles ne diminuent pas au même rythme. La part de la production agricole dans le PIB a diminué de 23,2 pour cent en 1980 à 11,3 pour cent en 1997, tandis que celle de la production manufacturière a augmenté de 21,2 à 28,2 pour cent [Nipon et Somkiat (2001), p.1].
Ces épisodes de croissance ont marqué une nouvelle ère du « miracle asiatique » permise par deux facteurs, à savoir une accumulation accrue du capital et du travail, permettant la croissance de la productivité totale des facteurs (PTF), notamment dans le secteur manufacturier. En effet, l’étude de Tinakorn et Sussangkarn (1998) montre que, entre 1978 et 1990, le taux de croissance en moyenne annuelle d’environ 7,6 pour cent, pouvait s’expliquer par les facteurs suivants : (i) 26 pour cent par la réallocation de l’emploi ; (ii) 20 pour cent par la qualité de la main-d’œuvre ; (iii) 37 pour cent par le capital physique ; et (vi) 1,2 pour cent par l'utilisation de la terre. En fait, 84,2 pour cent de la croissance s’expliquent par la somme des facteurs de production et les 15.8 pour cent restants sont attribués à la somme des productivités inhérentes aux facteurs de production. En définitive, la prospérité économique de la fin des années quatre-vingt provient, très peu du progrès technique, mais d’une importance d’accumulation du capital physique et d’une réallocation de la main-d’œuvre [Richter (2006), p.7].
L’industrialisation croissante s’accompagne d’une transformation du type des produits agricoles basés sur l’utilisation intensive des ressources naturelles à la production manufacturière centrée sur les moyens technologiques et la main-d’œuvre intensive. La clef de son accélération est le soutien de l’investissement privé émanant des capitaux étrangers, mais très peu du secteur public. Ainsi, la Thaïlande est classée parmi les dix pays dont l’investissement direct étranger est le plus important durant ces trois décennies [UNCTAD (1999)]. La majorité de grands projets d’investissement vont dans la production industrielle à base technologique qui dépasse nettement celle des produits intensifs en ressources naturelles et en capital. Toutefois, l’importance relative des capitaux investis ne donne pas un privilège à la Thaïlande en termes de croissance économique. Pendant les années quatre-vingt-dix, beaucoup de pays du Sud-est asiatique ont réalisé des taux de croissance économique semblables à celui à la Thaïlande avec des taux d'investissement inférieurs. Ceci signifie qu’en Thaïlande, des investissements sont moins productifs que dans des économies voisines. Par conséquent, elle exige un taux d’investissement plus élevé afin de compenser une baisse du taux de croissance [Colaco (1998)]. Ce désavantage comparatif peut être considéré comme une des causes de la crise économique et financière de la fin des années quatre-vingt-dix, puisqu’une baisse du niveau d’exportations dépend en partie d’une faible productivité des investissements.
La croissance économique phénoménale n’a duré que jusqu’au début des années quatre-vingt-dix. De nombreux signes de récession, tels qu’une baisse consécutive de l’exportation et une montée des dettes du secteur privé vers l’extérieur, se préparent à révéler la face cachée de l’économie thaïlandaise, fragilisée notamment par la dépendance des flux de capitaux étrangers et la mauvaise gestion des politiques internes. En effet, pendant plusieurs années, les emprunts extérieurs ont été largement contrôlés. En d’autres termes, les entrées des capitaux étrangers ont été strictement réglementées par l’État. Or, dès le début des années quatre-vingt-dix, on assiste à une libéralisation du marché financier instrumentalisée notamment par le Fond monétaire international (FMI). Par conséquent, face à l’environnement incertain et complexe relatif aux flux de capitaux étrangers sur lesquels repose l’ensemble des activités économiques, le marché financier s’effondre, ce qui entraîne inévitablement une entrée en crise de l’économie à partir de juillet 1997.
F.La crise financière des années quatre-vingt-dix et ses conséquences
La crise économique et financière des années quatre-vingt-dix s’est tout d’abord manifestée dans le secteur financier avant de s’étendre brusquement aux autres secteurs d’activité économique. Les conséquences douloureuses de cet effondrement sont à la fois économiques et sociales.


  1. Prémisses de la crise économique et financière


La fin de la prospérité est probablement due à l’application du modèle du développement économique qualifié « hors norme » par certains économistes. Il est frappant de voir combien certains pays tournent le dos à tous les dogmes. Au modèle autocentré, l'expérience asiatique oppose sa focalisation sur les exportations. Contre la théorie standard, elle présente des excédents commerciaux et budgétaires en pleine période de décollage économique. À l'orthodoxie libérale, elle répond par l'interventionnisme des États, la relative fermeture aux importations de biens de consommation, le contrôle sévère des investissements étrangers et des marchés financiers. À tel point, selon certains, que c'est pour avoir trahi cette orientation que l'Asie a subi la crise que l'on sait.» [Severino (2004), p.2].
En réalité, les investisseurs et les économistes thaïlandais sont frappés par surprise par la crise économique et financière de l’année 1997 qui se prépare silencieusement dans plusieurs directions. On regroupe trois grandes causes de la crise : (i) le choc exogène dans les marchés internationaux des biens et services, (ii) la mauvaise gestion de l’économie interne durant la période pré-crise, (iii) l’instabilité intrinsèque dans les flux des capitaux étrangers. Commençons par ce dernier facteur. En fait, les politiques de développement économique accompagnées de l’ouverture excessive rendent l’économie thaïlandaise tributaire de l’extérieur, aussi bien en termes d’échanges commerciaux qu’en matière d’endettement vers le reste du monde. La demande domestique des biens et services a considérablement diminué depuis le début des années quatre-vingt et l’épargne domestique a été limitée par rapport à l’accroissement des investissements. Le recours aux sources monétaires extérieures a alors été plus que nécessaire. Ainsi, durant la première moitié des années quatre-vingt-dix, les banques commerciales et notamment la Banque de Bangkok « the Bangkok International Banking Facility (BIBF) », libéralisée en 1993, ont progressivement importé des capitaux étrangers dont la part relative aux autres institutions financières a été multipliée par dix en dix ans. Ces entrées massives de capitaux5 ne peuvent s’expliquer que par un différentiel entre les taux d’intérêt domestiques et ceux de l’étranger : un niveau relativement élevé des taux d’intérêt domestiques des emprunts par rapport aux taux d’intérêt de l’étranger [Krongkeaw (1999), p.399]. En pratique, ni les firmes ni les banques thaïlandaises n’ont eu assez d’expérience pour la gestion d’un tel volume de capitaux. Une quantité considérable de ces derniers est destinée à financer les projets à haut risque dans les secteurs non productifs tel que le secteur immobilier.
Notons que les causes de la crise résultent d’une erreur de gestion des flux de capitaux et d’un évènement malchanceux qu’a connu la Thaïlande. Dollar et Hallward-Driemeter (1997) se réfèrent, avec un certain risque de caricature, à ces causes comme hypothèses de « mauvaise politique » et de « mauvaise chance ». La « mauvaise politique » signifie que les pays tels que la Thaïlande ont fait des erreurs principalement dans la gestion macro-économique et, plus importante, dans la gestion des secteurs financiers et privés6. Le régime de politique a encouragé les emprunts à l'étranger afin d’investir dans ce que nous appelons « le stock des mauvais capitaux» qui a été destiné tôt ou tard aux éléments déclencheurs de la crise. En effet, les flux des capitaux ont été mal orientés et ont en grande partie servi aux spéculations immobilières. La « mauvaise chance » traduit le fait que les pays asiatiques ont été les victimes d'une grande spéculation de la valeur des actifs financiers. Ces rendements positifs sont devenus une prophétie défaitiste, mais n'ont pas pu se réaliser [Dollar et Hallward-Driemeter (1997), p.2]. S’agissant d’un choc exogène dans les marchés internationaux des biens et services, l’impact négatif pèse sur le déficit de la balance des paiements qui s’est envolé, dû à une diminution graduelle de la demande mondiale des produits exportés7, notamment les produits manufacturés. Malgré une performance productive du secteur manufacturier au cours de la première moitié des années quatre-vingt-dix, le taux de croissance de l’exportation a été proche de zéro pour cent en 1996. La moitié de l’année 1997 marque également un apparent ralentissement de la demande internationale des produits exportés tels que les produits électroniques et alimentaires. À cette chute de la demande mondiale, s’ajoute le fait que la Thaïlande a considérablement perdu sa compétitivité internationale en matière d’échanges commerciaux due à une hausse du taux de salaire réel entre 1991 et 1995, et à une appréciation du baht. En effet, durant la même période, le dollar auquel le baht thaïlandais s’attache s’est apprécié de près de 40 pour cent par rapport au yen japonais. Or, le Japon a été le principal pays destinataire des exportations. De fait, les firmes thaïlandaises ont eu un déclin considérable de leurs produits exportés suite à la perte de compétitivité-prix. En outre, l’enchaînement de l’effondrement financier a provoqué une diminution des investissements japonais en Thaïlande, sources de l’innovation et de la croissance de la productivité à long terme.
L’éclatement de la bulle spéculative s’accélère avec une fuite des capitaux financiers étrangers. Comme cela a été précédemment noté, les flux d’investissement sont mal gérés et sont destinés principalement à l’investissement dans le secteur immobilier, non productif. Des vagues spéculatives sont formées dans ce secteur immobilier où les prix ont brutalement baissé, suivi de la chute du cours du baht. Les emprunts de ces projets immobiliers auprès des institutions financières deviennent des créances douteuses. L’ensemble du système financier s’est effondré consécutivement à une crise de panique entraînant une sortie brutale des capitaux étrangers. La Banque centrale de Thaïlande a tenté de soutenir le cours du baht en dépensant près de la moitié des réserves en devises. Mais face à une telle incertitude du marché financier, les autorités thaïlandaises sont contraintes à un système de monnaie flottante dès juillet 1997. L’entrée en crise économique et financière est pratiquement inévitable lors d’une dévaluation sans cesse du baht dont la valeur a baissé de près de moitié par rapport à celle d’avant la crise.
G.Ajustement à la crise
La récession a eu un effet immédiat sur l’ensemble des activités économiques, notamment une baisse consécutive des valeurs des produits exportés suite à la dévaluation et à la contraction du secteur financier. La hausse du taux du chômage et la réduction du temps de travail résultent de deux grandes opérations. Dans un premier temps, il s’agit d’un processus direct de la fermeture des institutions financières : parmi ces dernières, près de cinquante-huit ont été contraintes à la fermeture en raison de la progression des créances douteuses en leur possession. Dans un second temps, la chute brutale des exportations et la hausse de l’inflation ont pénalisé les investissements privés, notamment au sein du secteur industriel, rendant les coûts de production plus chers et la chute du pouvoir d’achat. Dans ces directions, il convient d’introduire une analyse microéconomique de l’ajustement à la crise par des firmes industrielles afin d’appréhender les conséquences finales sur l’emploi. En effet, on observe deux points importants de la formation de la crise à l’égard de la gestion des entreprises. Tout d’abord, les entreprises continuent à investir à un niveau très élevé en 1996 et pendant la première moitié de l’année 1997 malgré une baisse tendancielle de la rentabilité relative aux exportations et aux ventes dans le marché domestique. De plus, du côté des options de financement de l’entreprise, la relation entre les firmes et les institutions financières se base essentiellement sur un emprunt de courte période qui, contrairement à celui de longue période, risque d’être plus vulnérable au choc macroéconomique. En effet, lorsque l’octroi des prêts à court terme demeure non transparent et complexe, les institutions financières s’exposent facilement à de multiples risques. Par exemple, quand les prêteurs étrangers ne parviennent plus à faire confiance à l’économie du pays, les institutions financières thaïlandaises font des pertes considérables à cause d’un retrait des fonds financiers octroyés et d’une hausse des primes de risque. Le ratio de l’endettement des entreprises tend à accroître.
L’enquête de Dollar et Hallward-Driemeier (2000), auprès des grandes firmes industrielles8, montre qu’à la fin de 1996, trois cinquièmes des firmes considérées ont une sous capacité de production, due à la contraction de la demande des biens et services. En effet, près de 60 pour cent des firmes déclarent avoir des difficultés de production à cause de la chute de la demande domestique et de la hausse des coûts de production, générées, d’une part, par une dévaluation du baht et, d’autre part, par une montée de l’inflation. Plus particulièrement, les répercussions négatives d’une trop forte dévaluation du baht sont significatives au sein de l’industrie du textile, alors que l’industrie des pièces automobiles a été le plus confrontée à une baisse de la demande domestique. Près de 40 pour cent des firmes exportatrices, notamment dans le secteur de l’électronique et de ciment, font face à une chute de la demande mondiale comme étant une cause principale du déclin de leur production. Cependant, un tiers des producteurs qui considèrent les problèmes d’accès au capital financier comme une cause de la baisse de production concerne principalement les petites entreprises domestiques et non exportatrices.
Par conséquent, les capacités limitées de production se traduisent immédiatement par un licenciement des employés dans les petites entreprises et les grandes firmes dont la production dépend étroitement de la demande domestique. En définitive, les firmes exportatrices ont subi moins de conséquences de la crise par rapport aux firmes non exportatrices en termes de licenciement et de baisse des salaires.
H.Conséquences économiques et sociales de la crise
En juillet 1997, l’adoption du système de la monnaie flottante entraîne une baisse irréversible de la valeur de cette dernière. Toute une série de crises de panique et de confiance s’installe. La sortie des capitaux étrangers a pour effet une difficulté de la trésorerie financière des entreprises. La valeur boursière a chuté de 75% en 1997. Le taux de croissance des revenus des exportations, évalués en dollar américain, est passé de 25,1 % en 1996 à -1,3 % en 1997. Le taux d’inflation est monté en flèche en passant de 4,7 % en 1996 à 7,2 % en 1997, provoquant une baisse de la consommation et une hausse des coûts de production. De 1996 à 1998, le PIB par habitant s’est alors contracté de près de 12.7% [BASD (2007), p.6].
La récession a eu un effet pervers sur le niveau de vie de la population. Ainsi, la pauvreté, considérablement réduite durant les années quatre-vingt, a augmenté de 11,4 pour cent en 1996 à 13 pour cent en 1998, ce qui équivaut à une hausse de 1,1 millions de personnes pauvres en l’espace de deux années [Medhi et al. (2006), p.13]. Le déclin des activités économiques fait retomber le revenu par tête au niveau de l’année 1996. L’impact de la hausse des prix a été relativement important sur la réduction des revenus des ménages, notamment à Bangkok et son agglomération. De plus, les ménages urbains ont globalement plus souffert de la hausse des prix que ceux du milieu rural [NESB et BASD (1999), p.8]. Cependant, il convient de s’interroger sur les effets spécifiquement négatifs de la crise sur les ménages à faibles revenus qui se situent essentiellement dans le milieu rural. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, les familles à faibles revenus vivant dans les zones rurales ont été également touchées. Ceci pourrait s’expliquer par divers canaux de transmission de la crise. Tout d’abord, juste avant l’arrivée de la crise, le processus de réduction de la dépense publique inspiré du programme d’ajustement structurel a engendré une suppression d’une grande partie de services publics, notamment dans les dépenses sociales et dans les programmes de lutte contre la pauvreté [BASD et NESDB (1999), p.2]. Ensuite, l’ajustement du marché du travail s’effectue par l’importante mobilité géographique des travailleurs entre les zones rurales et urbaines. Ainsi, en Thaïlande, le milieu rural absorbe un nombre significatif des migrants, quittant provisoirement les zones urbaines lors d’une contraction de la demande de travail dans les villes. L’impact de la crise économique s’étend rapidement des zones urbaines vers rurales par le biais de leur retour au milieu rural. Enfin, une raison principale de la hausse des personnes pauvres dans le milieu rural est attribuée à des effets indirects de la dévaluation du cours du baht qui contribue à augmenter le prix relatif des produits agricoles exportables dont dépendent les revenus des agriculteurs ruraux [Mazumdar et Son (2001), p.4].
Il est à remarquer que l’ampleur de la crise est d’autant plus forte que la part des rémunérations de l’emploi dans la totalité des revenus des ménages est significativement grande. Cela est bien le cas de la Thaïlande. Les ménages travailleurs sont non seulement concernés par une baisse du revenu de l’emploi, mais également touchés par une réduction de la quantité d’emplois. En ce qui concerne l’ajustement par la quantité, on assiste à une hausse du taux de chômage qui est passé de 1,1 pour cent en 1996 à 3,4 pour cent en 1998, soit une hausse de 779,700 chômeurs. L’investigation quantitative du chômage pourrait dissimuler l’effet apparent issu d’une réduction artificielle du nombre d’heures de travail. Ainsi, les travailleurs ayant 35 heures de travail hebdomadaires et moins ont augmenté de 1,7 % en 1997 à 2.8 % en 1998 [Banque mondiale (2000), p.10]. On remarque alors un ajustement combiné de la quantité d’emplois, à savoir une réduction du nombre d’emplois et d’heures de travail. Du côté de l’ajustement par les prix, le salaire réel évalué juste après l’annonce du flottement du baht a dépassé d’une manière inattendue celui antérieur à la crise, due probablement à l’effet compensateur des ajustements en quantité : le chômage et la réduction du nombre d’heures de travail. De plus, contrairement aux pays voisins, l’évolution du salaire réel semble être en faveur des travailleurs thaïlandais. Le salaire moyen a décliné de l’ordre de 7,6 pour cent en 1998, restant inférieur à la baisse du PIB réel (-10 pour cent), tandis que, en Corée du Sud et en Indonésie, le salaire moyen a baissé de près de 3 fois plus que la chute du PIB réel dans la même année. L’apparente flexibilité limitée de salaires dans le marché du travail thaïlandais est en effet une surprise, étant donnée la faiblesse des pouvoirs des syndicats susceptibles d’infléchir la rigidité salariale [Behrman et al. (2001), p.4].
Au lendemain de l’entrée en crise, la Banque mondiale, le FMI, la Banque asiatique du développement et le gouvernement thaïlandais, ayant pris conscience des effets dévastateurs sur le plan social, se préparent à mobiliser nombre de politiques de coopération visant à mettre en œuvre des programmes de restructuration du marché financier et de la protection sociale. Ce changement est considéré comme un retour au modèle social dans un but d’apporter un nouvel équilibre à la fois économique et social à plus long terme.
I.Reprise économique et retour au modèle social
La restructuration du secteur financier est une toute première mesure du gouvernement thaïlandais en réponse à la crise financière. Pour cela, le recours au FMI est nécessaire et immédiat. En même temps, l’ensemble des groupes sociaux, des ONG et des syndicats réclame une attention du gouvernement sur les dégâts sociaux qui, contrairement à la régulation du système financier visant à favoriser la situation des plus riches et des grandes entreprises, génèrent une détérioration du niveau de vie de la population entière et une mise en danger du développement économique et social à plus long terme.


  1. Recours au Fond monétaire international et politiques de régulation


En août 1997, comme la plupart des pays du Sud-est asiatique9, la Thaïlande fait appel à l’aide financière auprès du FMI qui impose ensuite des politiques d’austérité destinées principalement à dégager des excédents budgétaires. La somme totale empruntée s’est élevée à 17,2 milliards de dollars américains, collectés principalement auprès des pays asiatiques. Ce montant a inclus 2,7 milliards de dollars en provenance de la Banque mondiale et de la Banque asiatique du développement, et dont le principal objectif est d’améliorer la compétitivité industrielle et d’atténuer les éventuels dégâts sociaux causés par les programmes d’ajustement [Lauridsen (1998), p.1598]. Deux grands volets ont été appliqués : les politiques visant, d’une part, à soutenir la demande domestique et, d’autre part, à la mise en application des réformes structurelles permettant de dégager un budget excédentaire. Ce choix reflète en effet le point de vue du FMI à l’égard de l’origine de la crise, c'est-à-dire qu’il place la première responsabilité de la crise sur la faiblesse structurelle du capitalisme asiatique, particulièrement son système financier, inexpérience et inefficacité des institutions financières dans l'évaluation et la gestion des risques [Lee et Rhee (1998), p.16]. Ainsi, parmi les programmes imposés par le FMI, il faudrait compter une hausse impérative du taux de fiscalité de 7 % à 10 % afin d’atteindre un pour cent du surplus budgétaire en 1998, et une baisse globale de la dépense publique, sauf dans les domaines de l’éducation et de la santé. Ensuite, la politique restrictive doit ramener, d’une part, le taux d’inflation de 9,5 pour cent en 1997 à 5 pour cent en 1998 et, d’autre part, le déficit de la balance des paiements de 5 à 3 pour cent entre 1997 et 1998, sachant qu’il était de l’ordre de 8,2 pour cent en 1996 [Lauridsen (1998), p.1598]. Une majeure partie du fonds monétaire est consacrée à réparer les dégâts relatifs au marché financier ravagé par une montée en flèche des créances douteuses. En octobre 1997, le plan pour la restructuration du secteur financier a été mis en place. Le gouvernement thaïlandais privilégie la restructuration financière en promettant la recapitalisation des banques privées afin d’injecter la liquidité dont les entreprises privées dépendent. Le processus de restructuration, sous la haute surveillance de la Banque centrale de Thaïlande, commence par une injection de 300 milliards de bahts. Au milieu de l’année 1999, les prêts non productifs (Non Performing Loans, NPLs), caractérisés par un investissement élevé en biens immobiliers, atteignent leur maximum de 47,7 pour cent de la totalité des emprunts [Charoenseang et Manakit (2002), p.604]. Cependant, cette proportion diminue avec le temps. Malgré un progrès considérable mené dans la reconstitution du secteur financier, les problèmes liés à la transparence et aux risques de la gestion financière des banques commerciales et des institutions concernées restent à résoudre.
La reprise des activités économiques a été plus rapide que prévu malgré les apparentes limites des moyens financiers. Dès la fin de 1999, le taux de croissance du PIB devient positif, grâce notamment à la stabilité macroéconomique et à la reprise progressive de la demande mondiale. Ainsi, la croissance du PIB réel est passée de 3,9 pour cent en 2000 à 5,4 pour cent en 2004, soit en moyenne de 4,2 pour cent par an depuis 1999 [Ritcher (2006), p.8]. Parmi les facteurs compromettants, on note une accélération des investissements, résultat d’un progrès considérable de l’utilisation de la capacité de production, des faibles taux d’intérêt et une montée du cours mondial des produits agricoles, qui, tous ensembles, favorisent l’expansion des exportations.
J.Retour au modèle social
Étant donnés les dommages sociaux engendrés par la crise économique et financière, il est important pour la Thaïlande d’adopter un système généralisé de protection sociale. La situation du chômage dans les zones urbaines a été d’autant plus aggravée que le système de protection sociale ne couvre qu’une minorité de travailleurs : seulement 6,08 millions de personnes ont adhéré à la protection sociale en 1997 [Ranee et Sawg (2001), p.7]. De ce fait, une partie de l’aide financière du FMI est destinée à créer le filet de protection sociale « Social Safety Net » afin d’instaurer des moyens de protection et de prévention face aux chocs. Le processus prend un délai long et jugé inefficace. En effet, ce programme devant être mis en œuvre dès la fin de l’année 1998, prend un temps considérable dans la mesure où il devient difficile pour les responsables de la conception des programmes de l’appliquer au pays où les bases nécessaires du système social sont presque inexistantes. Finalement, le programme a pu naître en janvier 1999 avec un montant disponible de 300 millions de dollars, mais seuls 66 projets ont été créés avec un coût total de 20 millions de dollars [Phongpaichit et Baker (2000), p.40]. Cela se révèle insuffisant quant à la présente détresse sociale à l’époque. En mars 1999, le gouvernement thaïlandais a annoncé une injection de 1,50 milliards de dollars, à l’aide du gouvernement japonais, pour mettre en œuvre un plan de Miyazawa, consistant principalement à la création d’emplois et à la mise en place des programmes nécessaires de la protection sociale.
Dans cette optique, la crise économique est considérée à la fois comme un dévastateur et un signal d’alarme de l’importance relative de la dimension sociale dans le développement économique. Bien que la crise ait donné l'impulsion pour la Thaïlande de raffiner sa stratégie vers la protection sociale, le nouveau défi repose sur la création de la couverture de manière proportionnelle, prévisible, et équitable. Actuellement, la protection sociale couvre seulement un cinquième de la population qui travaille notamment dans le secteur public ou semi public, laissant plus de 50 millions de personnes sans protection [BASD (2007), p.8]. Avec les initiatives de la Banque mondiale en coopération avec le gouvernement thaïlandais, le programme de coopération CDP (Country Developement Partnership) a été lancé en 2003 et mis en application tout au long du neuvième plan. Il s’agit d’une collaboration d’un projet porté au niveau national, composé de plusieurs sous-programmes visant à obtenir les objectifs du développement sans recourir au fonds de la Banque mondiale. Le premier programme, nommé CDP-PAM (Country Developement Partnership on Poverty Analysis and Monitoring), a pour objectif principal de mettre en oeuvre les moyens efficaces de l’appréhension des phénomènes de pauvreté et d’inégalité des revenus. Il consiste à réaliser entre autres quatre dimensions méthodologiques liées à l’étude de la pauvreté, à savoir l’amélioration de la qualité des données, des mesures de la pauvreté, de l’inégalité et de diverses stratégies de lutte contre la pauvreté [Banque mondiale et PCU (2003), p.4]. Le deuxième projet, CDP-SP (Country Developement Partnership on Social Protection), consiste à améliorer la gestion des risques liés aux problèmes sociaux dans deux grandes directions, tel qu’un système global de protection sociale pour les marchés du travail formel et informel (indemnité de chômage, sécurité sociale, etc.). L’introduction du modèle social dans l’agenda national devrait permettre à l’économie thaïlandaise de passer du mode de stabilisation économique au développement socialement soutenable dans les années à venir [Wisarn (2002), p.3].
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