Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques





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b.Inégalités salariales et fonction de gains



L’analyse de la causalité entre le capital humain et les rémunérations est développée par Mincer (1958, 1974) et Chiswick (1974). Le modèle du capital humain a pour objet d’étudier non seulement la dispersion salariale durant une période donnée, mais également les écarts salariaux inter temporels. C’est à travers la fonction de gains que l’interaction entre les coûts, les bénéfices et les taux de rendement sera mise en œuvre. On appelle la fonction de gains, « des relations qui expliquent la détermination du salaire d’un individu, à un moment donné, par les différentes variables inhérentes au capital humain ». Dans ces directions, l’éducation formelle et les formations professionnelles prennent une place prépondérante dans l’explication des écarts salariaux.




Dans le modèle du capital humain, le rôle de l’éducation formelle dans la répartition salariale est primordial. Comme cela a été précédemment cité, les coûts de la scolarité (coût direct) sont financièrement supportés en grande partie par la famille sans oublier les coûts d’opportunités (coût indirect) engendrés par l’absence d’activités rémunérées de l’individu pendant ses années d’études. Ce processus résulte d’une décision rationnelle des agents économiques de l’optimisation des gains au cours d’une vie. En d’autres termes, l’investissement en éducation est supposé récompensé par les gains futurs par le biais d’un accroissement de la productivité du travail15. Il est alors possible de mettre en relation, entre les gains obtenus dans le marché du travail et l’éducation formelle (en années d’études) sous forme mathématique. La fonction de gains de l’éducation s’écrit de manière suivante :
(1-5)
et sont les gains nets des coûts directs et indirects16 en S années et 0 années d’éducation, respectivement, r pourrait être interprété comme le taux de rendement de l’éducation et S représente le niveau d’éducation atteint par l’individu. L’individu sans instruction (S = 0) perçoit le revenu à un montant égal à Y0. Afin d’expliquer la disparité salariale entre individus, Chiswick (1974) exprime l’équation (1-5) en termes de variance des revenus perçus par tous les individus considérés17. Ainsi, la fonction de gains se transforme en équation des déterminants de l’inégalité des salaires.
(1-6)
avec et les moyennes du taux de rendement et des années d’instruction, respectivement, σ2 (lnYi) est la variance du log de salaires pour tout individu i. Il est alors possible de définir les déterminants de cette dispersion à partir de la reformulation (1-6) ci-dessus. Cette dernière représente une double explication de l’écart salarial. D’une part, l’inégalité des salaires, sans prendre en compte les formations professionnelles, dépend positivement de la moyenne des taux de rendements internes () et de la dispersion du niveau d’instruction (σ2(s)). Ceci semble confirmer l’idée avancée par Becker selon laquelle les rémunérations sont déterminées, toutes choses égales par ailleurs, par les niveaux d’études. Par conséquent, les individus mieux instruits ont un niveau de rémunérations relativement plus élevé que ceux moins éduqués. En outre, plus la moyenne des taux de rendements privés est élevée, plus la répartition des salaires devient inégale. D’autre part, la dispersion des salaires augmente avec la moyenne des années d’études et la variance des taux de rendement de l’éducation. Contrairement au modèle de base développé par Becker, on assiste à une autre version plus réaliste selon laquelle les taux de rendements internes diffèrent d’un individu à l’autre. Dans ce cas, le capital humain est appelé hétérogène, c'est-à-dire que la rémunération d’une unité de capital humain n’est plus unique mais varie d’un individu à l’autre. Le modèle du capital humain hétérogène sera ultérieurement démontré par Willis (1986). Selon Chiswick (1974), ces différences du taux de rendement contribuent de manière significative à expliquer l’inégalité des salaires. Selon Mincer (1970), il est démontré qu’aux Etats-Unis, la relation entre la moyenne des années d’éducation et l’inégalité des salaires se révèle négative, l’équation (1-5) reste partiellement pertinente en fixant et. En effet, en ayant l’année d’éducation pour tous les individus, l’équation (1-6) devient :
(1-7)
Si r est unique pour tous les individus, l’équation (1-6) est :
(1-8)
Dans ce modèle, r est considéré comme un indice des capacités individuelles – capacités de transformer les savoirs et les connaissances en revenus monétaire. Par conséquent, si l’année d’études est égale pour tous, ce sont les différences en capacité individuelle qui expliquent l’inégalité salariale, présentée par l’équation (1-7). En ayant la même capacité individuelle, les différences en éducation créent, toutes choses égales par ailleurs, la dispersion des salaires entre individus.
En dépit de la simplicité des modèles, la prise en compte uniquement du niveau d’instruction ne permet d’expliquer que partiellement la dynamique des trajectoires salariales et l’inégalité des salaires. Nous sommes alors amenés à nous questionner sur l’impact de l’ensemble des variables du capital humain sur les gains au cours d’une vie active.
L’investissement en capital humain ne s’arrête pas à la sortie de l’école, mais il continue tout au long de la vie. À partir d’une observation selon laquelle plus les individus avancent dans l’âge, plus les salaires se dispersent. La théorie du capital humain justifie ce fait par des différences d’une accumulation du capital humain, notamment dans le milieu du travail tel que l’expérience et les formations professionnelles. En fait, afin de constituer les profils salaire-âge, selon Mincer (1993), trois déterminants consistent à expliquer la divergence des trajectoires salariales : les dotations initiales du stock de capital humain, les taux de croissance et les taux de variation de l’accumulation du capital humain [Mincer (1993), p.72].

Figure 1-1 : Profil Salaire-âge

Salaire net

Âge

S2

A1

A2

A3

∆S1

∆S2

∆S3

S1

Source : d’après Riboud (1978).
Le graphique (1-1) illustre bien l’évolution des carrières salariales au cours d’une vie active. Imaginons trois adultes dont deux sont dotés d’un même niveau initial de capital humain et un a une dotation initiale inférieure. En fait, ce dernier, individu (1), quitte l’école ou l’université de manière précoce à l’âge A1 avant deux autres individus, individu (2) et (3), qui préfèrent investir plus en éducation, entraînant une sortie de l’école à l’âge A2 et A3, respectivement. Sur le graphique, la prise en compte des salaires nets de la dépréciation du capital humain vient du fait que cette obsolescence du capital humain peut modifier les résultats de l’analyse. En effet, elle vise à augmenter l’inégalité salariale si l’on considère les salaires bruts au lieu des salaires nets. Si le taux de dépréciation est égal pour tous les individus, la diminution du stock qui en résulte est plus grande pour les personnes ayant un stock de capital humain plus élevé. D’où l’effet de la dépréciation contribue éventuellement à atténuer la croissance des écarts des salaires entre individus [Riboud (1978), p.84-93]. Par ailleurs, comme précédemment mentionnée dans le modèle de Ben Porath(1967), due à la domination de l’effet de la dépréciation du capital humain sur l’investissement brut, une baisse tendancielle de l’investissement net provoque, à un certain âge, une diminution des salaires nets. Par conséquent, le profil salaire-âge, présenté dans la figure (1-1), est sous forme concave.
À l’aide du graphique (1-1), deux stades de vie peuvent être considérés pour expliquer l’évolution des écarts salariaux. Au premier stade, à l’âge A1, l’individu (1) quitte l’école et entre dans la vie active en ayant S1 comme salaire net de départ, tandis que les deux autres sont en cours d’études. Arrivé à l’âge A2, les individus (2) et (3) entrent à leur tour dans le marché du travail avec un salaire de S2, nettement supérieur à celui du premier individu. Ceci résulte du fait que, étant donné des dotations initiales du capital humain déjà plus réduit pour le premier individu, le taux de croissance de l’accumulation du capital, indiqué par ΔS1, ne lui permet pas de rattraper des deux autres adultes. Par conséquent, on assiste à une disparité des rémunérations de plus en plus importante entre ces deux groupes d’individus. Au second stade, le passage d’âge entre A2 et A3 marque une différence salariale entre salariés ayant une même dotation initiale en capital humain. Malgré une rémunération égale au moment de l’insertion professionnelle, l’écart des salaires s’est progressivement creusé entre les deux périodes. Cette différentiation est due à une décision rationnelle de l’agent en matière d’investissement en capital humain après l’école. Dans ce même graphique, on observe que l’individu (3) décide, une fois sorti de l’école, d’investir davantage en formation professionnelle alors que l’individu (2) décide d’en faire moins, probablement en raison de ses diverses contraintes monétaire ou familiale. Graphiquement, les taux de croissance des salaires sont pour tous les deux positifs, mais à un rythme différent : le taux de variation de l’accumulation du capital humain est plus élevé pour l’individu (3) que pour l’individu (2). Ces différents rythmes d’investissement entraînent peu à peu un processus de différenciation des gains entre deux individus. Par conséquent, à des mêmes années d’expérience et mêmes dotations initiales en capital humain, les salariés dotés d’une importance accumulative du capital humain dans le milieu du travail seront relativement mieux rémunérés que ceux qui n’obtiennent aucune formation ou qui les ont moins. Il est aisément possible d’étendre ce modèle regroupant trois agents à un modèle composé de plusieurs groupes d’individus, identiques à ces trois salariés. Certes, ce modèle est probablement réducteur compte tenu de l’hétérogénéité des caractéristiques individuelles telles que les capacités intellectuelles et les conditions du marché du travail dans lesquelles les individus se trouvent. Or, l’individualisme méthodologique nous renseigne que des actions individuelles issues des décisions rationnelles constituent un vaste champ qui encadre l’ensemble des actions collectives, voire le fait social.
Jusqu’à présent, l’établissement de la fonction de gains, l’équation (1-5), ne prend en compte que la variable de l’éducation formelle comme une forme pertinente du capital humain. Or, comme nous venons de le voir, les formations professionnelles et/ou l’expérience dans le travail continuent à accroître les gains individuels étant donné le niveau d’études. Dans cette optique, la formulation générale de la fonction de gains, conceptualisée par Mincer (1974), représente une relation fonctionnelle entre les gains, nets ou bruts, et les différentes variables du capital humain. La fonction de gains avec dépréciation du capital humain est sous forme mathématique suivante18 :
(1-9)
Rappelons que Yit est le salaire net de l’individu i durant la période t, rs est le taux de rendement moyen des investissements en éducation, Si est le nombre d’années de scolarité de l’individu i, rp est le taux de rendement moyen des investissements professionnels (formations, expérience et autres), t est un indice de temps et mesure la durée de vie professionnelle, Kt représente un rapport entre les coûts monétaires liés aux investissements et les gains potentiels de l’individu. Il pourrait être sous forme d’un temps équivalent dans le cas où les coûts sont sous forme du temps dépensé aux investissements postscolaires. Le terme de dépréciation du capital humain est indiqué par et est le résidu du modèle spécifique à l’individu i et au temps t.
En général, pour estimer ce type d’équation, la sélection des variables indépendantes relève de la décision des auteurs. Parmi d’autres variables, l’investissement professionnel est souvent approximé par les années d’expérience lorsqu’il est difficile d’obtenir les autres formes du capital humain spécifiques ou générales. Par conséquent, les paramètres rp et rs varient dans le temps et dans l’espace et dépendent, d’une part, de la corrélation entre les variables explicatives et les variables expliquées, et d’autre part, du nombre de variables explicatives du capital humain prises en compte dans ces modèles. Dans l’état actuel, nombre de recherches tendent à questionner sur la pertinence de l’approche standard de fonction de gains, notamment la remise en cause des hypothèses implicites de l’exogénéité dont l’idée est que le choix d’investissement en capital humain est exogène et ne dépend pas d’autres variables, à savoir l’éducation des parents et origines familiales, et de l’homogénéité du capital humain selon laquelle le taux de rendement d’une unité du capital humain est unique pour tout individu. Si l’on abandonne ces deux hypothèses en adoptant d’autres hypothèses plus pertinentes à savoir l’endogénéité et l’hétérogénéité du capital humain, la décision d’investissement en capital humain dépend alors d’autres variables endogènes et les taux de rendement varient d’un individu à l’autre.

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