Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques





télécharger 3.78 Mb.
titreThèse pour le Doctorat en Sciences Économiques
page6/80
date de publication29.10.2017
taille3.78 Mb.
typeThèse
h.20-bal.com > économie > Thèse
1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   80

c.Endogénéité et hétérogénéité du capital humain



L’endogénéité et l’hétérogénéité du capital humain, deux notions conceptuellement liées, font naître une nouvelle dimension de l’analyse néoclassique. En effet, l’homogénéité du capital humain dans l’approche de Becker implique que toutes les unités du capital humain sont de parfaits substituts et accroissent les gains d’un même montant. Par conséquent, le taux de rendement d’une unité du capital humain supplémentaire est égal pour tous. Cette approche ignore, d’une part, l’aspect qualitatif de l’éducation et des formations et, d’autre part, d’autres facteurs à savoir les capacités intellectuelles des individus et les opportunités de financement liées à l’investissement en capital humain, qui sont susceptibles de différencier les taux de rendement individuels. Or, en réalité, la décision d’investissement est endogène et dépend largement d’autres variables pertinentes. Pour des individus dotés d’un même niveau de capital humain mais de différentes capacités intellectuelles, les salaires et les taux de rendement diffèrent. Le terme de capital humain homogène fait appel à la fonction de demande de capital humain émanant des employeurs ainsi que des implications en termes d’équilibre du marché du travail. Non seulement le taux de rendement d’une unité du capital n’est pas unique mais chaque profession exige un taux de rendement différent.
Face à une telle critique, Becker a repris son modèle en intégrant, comme celle de Ben Porath, l’analyse d’investissement optimal pour la durée totale de la vie. L’hypothèse explicite de son nouveau modèle tient au fait que l’accès au capital humain varie d’un individu à l’autre à cause des différences conjointes en termes d’opportunité de financement des études et de capacités intellectuelles à la naissance. Dans ces directions, la réponse de Becker consiste à incorporer dans le modèle initial les fonctions d’offre et de demande du capital humain.
En effet, la courbe de demande de capital, au point D, est la fonction de bénéfice marginal mesurée par le taux de rendement marginal : taux de rendement de chaque unité monétaire investi supplémentaire. Chaque individu n’a pas la même capacité intellectuelle à la naissance (ability) : les capacités intellectuelles peuvent se définir comme les aptitudes individuelles de transmettre ses connaissances et ses compétences à l’entreprise. Les salaires résultent directement de cette révélation. En d’autres termes, les rémunérations sont fonction du taux de rendement, qui lui dépend d’autres facteurs non pris en compte dans le modèle de base. La courbe d’offre S est la courbe des coûts de financement de l’investissement en capital humain mesuré par le taux de financement marginal : taux d’intérêt payé pour chaque unité monétaire investi supplémentaire. Ces coûts proviennent des dons de la famille, des subventions du gouvernement et des fonds personnels. L’investissement optimal est alors obtenu par l’intersection entre ces deux courbes d’offre et de demande au capital humain.
Figure 1-2 : Courbes d’offre et demande du capital humain


Taux de rendement marginal S1 S2 S3

D P

D3 D2

D1

0 C Capital humain investi


Source : Mincer (1970).
Becker (1967) explique la pente négative de la courbe de demande par le fait que l’individu est limité dans sa capacité physique (mémoire) dans l’acquisition de connaissances. Par conséquent, l’investissement augmente, le coût marginal s’accroît, le bénéfice marginal diminue. L’échelle différente entre les courbes de demande résulte d’une différence des productivités et des capacités personnelles. Les courbes d’offre qui différent d’un individu à l’autre s’expliquent par le fait que chaque étudiant vient de familles plus ou moins riches et n’a pas la même dépense en termes de coûts de l’éducation. Certains ont des bourses d’études, d’autres font appel aux emprunts de diverses sources. Dans la figure (1-2), les gains sont déterminés par la surface ODPC. Si la courbe d’offre et de demande pour l’individu (2) correspond à S2 et D2 respectivement, l’investissement optimal du capital humain pour ce dernier se trouve alors au point P qui engendre un montant d’un salaire ODPC. Dans cette optique, les inégalités des capacités et des opportunités de financement des études sont désormais des déterminants de l’inégalité salariale. À l’aide de cette figure, imaginons trois cas suivants : (i) Étant donné l’égalité des opportunités de financement, ou l’égalité des coûts de financement, la courbe d’offre est unique et indiquée par la courbe S2, le taux de rendement marginal (ou moyen), les gains et l’investissement sont positivement corrélés. En d’autres termes, si les coûts de financement sont égaux pour tous, l’inégalité salariale ne dépendra que des différences de capacités intellectuelles à la naissance. Ceux qui ont plus de capacités investissent plus, les salaires sont alors plus élevés. (ii) Étant donnée l’égalité des capacités intellectuelles, indiqués par une seule courbe de demande D2, les gains et le montant d’investissement sont positivement corrélés, mais le taux de rendement marginal et l’investissement sont négativement liés. Cela est dû au fait que le capital humain est indissociable à la personne, précédemment cité. L’inégalité des salaires repose dans ce cas sur les différences en termes de coûts d’investissement. La figure (1-2) montre que, en fixant la courbe de demande à D2, l’individu qui exige moins de coûts de financement tend à investir plus en capital humain, tandis que celui qui demande plus de financements investit moins. Par conséquent, le salaire de ce dernier est faible malgré l’importance relative de son taux de rendement marginal. (iii) Imaginons le cas de parfaite corrélation entre les capacités et les coûts : un individu avec une forte productivité demande moins de coûts pour financer son investissement. Les salaires et l’investissement sont alors positivement corrélés, mais le taux de rendement marginal et l’investissement peuvent être positivement ou négativement corrélés. Par conséquent, la liaison fonctionnelle entre l’investissement en capital humain et les gains perçus dépend fortement de la corrélation entre les capacités individuelles et les coûts exigés pour cet investissement.
S’agissant de l’estimation empirique de la fonction de gains, l’introduction de l’hétérogénéité individuelle dans la théorie du capital humain pose un problème d’auto-sélection [Willis(1986), p.535] : l’estimation du taux de rendement est biaisée vers le haut, due au fait que les personnes les plus douées tendent à atteindre le niveau d’éducation élevé. Le modèle standard de fonction de gains suppose que l’individu choisit l’alternatif qu’il préfère parmi l’ensemble des choix éducatifs possibles en ignorant l’ensemble des opportunités qui sont non observables et varient selon les individus. Griliches (1977) a évoqué un problème sérieux auquel l’économiste est confronté lors de l’estimation d’une fonction de gains par le biais de la sélection causée par l'endogénéité de l’éducation. Afin d’alléger la sévérité de l’effet endogène, la démarche de Griliches (1977) consiste à décomposer les gains en fonction, d’une part, du niveau d’études et, d’autre part, d’autres indicateurs observables et non observables. Cette méthode est critiquée, notamment par Willis (1986), dans la mesure où elle ne permet pas de tenir compte directement des restrictions imposées par les règles de sélection au niveau des données concernées. Rosen et Willis (1979) avancent une analyse approfondie permettant de prendre en compte le problème d’auto-sélection dans l’équation de gains. À l’heure actuelle, les économistes disposent d’un ensemble d’outils économétriques capables de tenir compte une telle limite méthodologique19.




L’étude de l’impact des facteurs familiaux et sociaux sur les salaires à travers le modèle du capital humain s’implique dans une autre direction de recherche contemporaine. Inspirés de la théorie de l’inégalité des chances de Roemer (1998)20, Bourguignon et al. (2003) mettent en avant une nouvelle approche de l’inégalité des résultats et l’inégalité des chances. L’horizon temporel de l’analyse des inégalités s’inscrit dans une thématique de mobilités sociales intergénérationnelles [Piketty (2000), Behrman et al. (2001)]. Les théories récentes des mobilités des revenus apportent, en vertu des disponibilités de données longitudinales, de nouvelles implications politiques en termes de réduction de la pauvreté et de l’inégalité des revenus21. La question de l’inégalité des chances, combinée avec le souci du développement à long terme, fait actuellement l’objet d’un débat théorique. Le Rapport mondial du développement 2006 affiche la thématique centrale des recherches en développement de 2006, sous le nom Equité et Développement22, en s’interrogeant sur le rôle de l’égalité des chances dans le développement sur une longue période.
L’approche des inégalités des résultats et des chances23 est considérée comme une analyse étendue de la théorie du capital humain. L’accès ex ante au capital humain diffère d’un individu à l’autre. Étant donnée l’égalité des efforts des individus, la présence de l’inégalité des chances contraint certains individus à accéder à l’éducation formelle. Par conséquent, l’inégalité des résultats, ou plus exactement l’inégalité des salaires, persiste d’une génération à l’autre. L’étude empirique montre que l’inégalité des chances, qui se traduit au travers de la scolarisation des parents, peut être responsable pour une part substantielle de l’inégalité totale au Brésil. L’éducation des parents affecte les revenus directement via l’éducation des individus eux-mêmes plutôt qu’indirectement [Menedez (2003), p.118-119]. La mise en place des politiques économiques de lutte contre la pauvreté consiste à donner des chances aux enfants d’accéder à l’éducation formelle, afin qu’ils puissent être moins dépendants de leurs parents [Bourguignon et al (2003), p.2]. Par conséquent, plus la mobilité sociale intergénérationnelle – l’état d’indépendance des enfants par rapport à leurs parents – est importante, mieux l’égalité des chances est prononcée [Martinez et al (1998), p.24]. Une analyse empirique comparative de la mobilité sociale a été menée sur plusieurs pays (Côte d’ivoire, Madagascar, Guinée, Ghana, Ouganda et Mauritanie) par Cogneau et al. (2001). Elle révèle de très fortes disparités de fluidité sociale entre les pays, notamment entre pays francophones et pays anglophones, au détriment des premiers. Les résultats montrent que ni les structures économiques, ni la segmentation ethnique particulière des sociétés étudiées n’apparaissent comme des explications convaincantes de ces disparités.
L’hypothèse de la rationalité des agents économiques dans la théorie du capital humain s’inscrit dans une perspective de l’optimisation des gains futurs non seulement par le biais d’une accumulation du capital humain, mais également par la recherche optimale de l’appariement d’emploi. Dans cette optique, la mobilité professionnelle joue un rôle crucial pour les agents économiques dans la recherche des gains maximisés tout au long de la vie active.

K.Mobilités salariale et professionnelle dans les théories néoclassiques
Les mobilités professionnelle et salariale seront conjointement analysées dans le cadre des théories néoclassiques. La mobilité professionnelle se réfère généralement à une séparation employeur-employé ou à un changement d’entreprises émanant d’un individu considéré à une période donnée24. Dans les théories néoclassiques, deux directions de recherche doivent être considérées : l’une privilégie la spécificité du capital humain comme étant le déterminant principal de la mobilité d’emploi, l’autre qualifie la combinaison entre la théorie de la recherche d’emploi et le capital humain spécifique, connue sous le nom de la théorie de l’appariement. Dans tous les cas, la mobilité professionnelle est susceptible de générer une croissance salariale des individus qui l’entreprennent.
La démarche constructive des théories néoclassiques de la mobilité trouve son origine dans les modèles pertinents du capital humain spécifique, de l’appariement salarié-emploi et de la recherche d’emploi. Dans un premier temps, le capital humain spécifique sera évoqué comme étant une origine de la mobilité. Dans un deuxième temps, la théorie de l’appariement sera présentée.

1   2   3   4   5   6   7   8   9   ...   80

similaire:

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse pour le Doctorat d'Etat ès Sciences Economiques (Direction: M. le Pr. J. Mazier)
«Processus d’Intégration et Coordination des Politiques Macroéconomiques dans le Mercosur : une Approche en terme de Cycles», l’Actualité...

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse de doctorat (N. R) en Sciences de l’Education

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconLibrairie – Bibliographie
«Les marchés électroniques : structures, concurrence et conditions d’efficience». Thèse de doctorat, Université Lille 1 Sciences...

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconBibliographie renault
«La restructuration de l’industrie automobile dans la concurrence internatyionale», Thèse de 3ème cycle en sciences économiques,...

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconRésumé Ecrire ne s’improvise pas, spécifiquement quand IL s’agit...

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse de doctorat d’Etat, Université Toulouse1-sciences sociales,...
«Une enquête sur la langue au xixe siècle en Tarn-et-Garonne. Dis-moi comment tu parles, je te dirai qui tu es.», Avant-propos, pp....

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconTHÈse de doctorat

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse de doctorat en sociologie

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse de doctorat à Sciences-Po Paris : Programme "Sociologie Politique-Politiques...
«Circulation des savoirs et des pratiques culturelles : le triangle Amérique latine – Europe – Amérique du Nord»

Thèse pour le Doctorat en Sciences Économiques iconThèse de doctorat en Science politique






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com