Résumé L’enrichissement monétaire est l’un des objectifs les plus souvent cités dans les œuvres mercantilistes du XVII





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Vauban, précurseur du XVIIIe siècle : établir d’autres « Frances » à part entière !

Vauban, auteur d’un texte consacré aux colonies56, partage cette même idée d’une extension de la France. Mais il va plus loin dans son analyse puisque, selon lui, on devrait parvenir à la constitution d’un royaume à part entière, et pas seulement à la constitution d’une nouvelle France au service de la France. Le Canada correspond au cas de figure où l’implantation de la colonie n’a pas été suivie d’une expansion et d’un développement économique véritable. Il critique en particulier le régime de l’Exclusif, qui permet à des marchands d’exploiter les colons, aussi bien dans les produits qu’ils leurs vendent que dans les produits qu’ils leurs achètent. D’une façon plus générale, il faut, pour éviter tout échec ou abandon précipité d’une région colonisée, s’assurer des conditions naturelles de l’espace à conquérir « de la qualité de l’eau […] de celle des eaux, […] de la fertilité du pays […], de la facilité du commerce, […] il faut un grand territoire fertile quelques bonnes côtes bien exposées »57. Ces observations doivent permettre de savoir si on peut envisager une colonisation agricole mais aussi manufacturière, ou pas. Comme Vauban ne conçoit pas par ailleurs une colonisation avec un faible peuplement il propose, un peu à la manière des Anciens, une occupation initiale, et par rotation partielle, par des soldats « cinq ou six bataillons bien complets, et plus si l’on en veut, à relever tous les cinq ans, pendant trente années de suite »58. Cette condition nécessaire suppose un approvisionnent initial de populations de colons par des moyens publics importants, le temps de mettre sur pied une véritable exploitation agricole des terres, du sous-sol, des zones de pêche et de chasse. Ainsi, Vauban estime qu’il « faudra les bien munir de tout ce qui leur sera nécessaire, savoir : de vivres pour une année ou deux, de vivandiers, de petits merciers et marchands, d’aumônier, de médecins [...] haches, scies, serpes, […] plus d’une très grande quantité de bons outils de réserve, de toutes les espèces nécessaires au débit des bois, au labourage et au défrichement des terres »59. Le développement ne peut enfin être envisagé sans une croissance démographique suffisante, et c’est pourquoi, outre le peuplement par envoi de soldats, doivent-être encouragés les mariages précoces et le mariage tout court.



Une fois ce développement assuré, la colonie se développerait comme un pays à part entière, surtout si elle bénéficie d’une totale liberté de commerce, ce qui sous-entend de renoncer au régime de l’Exclusif. L’objectif est de faire des colonies l’équivalent d’un royaume, d’un pays à part entière, « de les enfanter pour ainsi dire et les mettre en état de s’accroître et de s’agrandir en fort peu de temps de leur propre cru, jusqu’au point d’égaler, voir de surpasser un jour le vieux royaume »60. à cette puissance accrue sur les plans économique et politique peut enfin s’ajouter le prestige qu’un Roi peut retirer d’un pays qu’il a contribué à sortir d’un état de misère et de « vide » quasi total.
Si la position de Vauban tranche, par sa volonté de faire des colonies des royaumes ultérieurement émancipés, la plupart des autres mercantilistes français, à l’exception de Bodin, souhaitent que le développement économique des colonies soit systématiquement et parfaitement organisé au service de la métropole. En devenant de nouvelles « Frances » elles contribueraient à renforcer la puissance politique, la puissance économique, commerciale et financière de la France. Elles répondraient particulièrement bien aux objectifs revendiqués par les mercantilistes : puissance et richesse. Cette conception est encore plus explicitement formulée par les mercantilistes anglais.
b- Maintenir et renforcer la dépendance des colonies pour les mercantilistes anglais 
Les raisons d’une colonisation de peuplement sont, pour les mercantilistes anglais, globalement très utilitaires. Elles permettent d’écarter les indésirables du pays. Sur le plan économique, elles doivent permettre à l’Angleterre d’obtenir un excédent de leur balance du commerce grâce aux économies engendrées. Elles peuvent ouvrir de nouveaux marchés, mais aussi stimuler la production et l’occupation des hommes sur le territoire national, mais doivent rester dans le giron exclusif de la nation mère.

Les colonies brisent les liens de la dépendance à l’égard des pays européens


Les mercantilistes anglais considèrent, à leur tour, que les colonies sont une source importante d’approvisionnement en matières premières. En particulier, le sel pour la conservation du poisson, la potasse et les colorants pour l’industrie textile, et les biens nécessaires à la construction des bateaux (bois de charpente, poix, lin, chanvre, cordage….) paraissent comme des produits d’une grande importance stratégique, à propos desquels, une dépendance à l’égard des autres pays européens n’est pas souhaitable, tant pour des raisons politiques que pour des raisons économiques. Optimistes, les Anglais demeurent persuadés que tous ces produits peuvent leur parvenir, et à moindre frais, de leurs colonies, comme l’affirme Robinson dans un texte de 1652 « ce qui sera possible, si nous agrandissons nos colonies étrangères commodément et allons fouler le sol des Barbades, des Indes occidentales et orientales, Non seulement nous pourrons nous approvisionner nous-mêmes en toiles pour nos bateaux à voiles, en mât, bois de charpente, et de toutes autres choses nécessaires à la navigation dans nos propres dominions ; mais aussi, si un petit bout de terre, comme l’est l’Angleterre, avec ses dominions, ne s’agrandit pas dans les générations futures, je crains qu’elle ne sera pas reconnue par l’Espagne, le Portugal, les Provinces-Unies et d’autres nations européennes, qui y parviendront et seront armées entre cinq et dix fois plus en puissance et richesse à partir de l’Asie, de l’Afrique ou des colonies américaines »61. En limitant les importations en provenance des autres pays européens, des Pays-Bas et de la France en particulier, la nation britannique devrait s’enrichir par le moindre coût de ses importations. Elle devrait s’enrichir aussi par sa capacité à fabriquer de nouveaux produits manufacturés, à partir de ces matières premières, puis à les vendre ensuite sur les marchés européens.
Les colonies jouent un rôle positif sur l’emploi et la production métropolitaine


Les colonies sont également un débouché pour l’industrie britannique et une source induite d’emploi national : « Chaque personne envoyée dans les colonies avec des nègres et des outils pour y travailler, employant ordinairement dans nos îles 8 ou 10 noirs avec elle sur chaque habitation, on peut compter que chaque Anglais habitant à la Jamaïque ou à la Barbade, fournit de l’emploi à quatre hommes en Angleterre, tant par les provisions, habits et ameublements qu’ils consomment, qu’en matelots et autres gens employés à préparer les matériaux nécessaires pour bâtir, ravitailler et équiper les vaisseaux qui servent au transport de toutes ces choses »62. Cette analyse est également défendue par Pollexfen : « Notre commerce avec les colonies de l’Inde occidentale nous ôte aussi bien des produits artisanaux que de grandes quantités de produits manufacturés »63. En définitive ces auteurs souhaitent un développement économique de ces régions qui puissent leur servir de débouché : sans activité, pas de marché et sans marché pas d’échange possible au profit de la métropole, l’exemple à ne pas suivre étant les colonies espagnoles où les colons ont plutôt privilégié l’exploitation des mines d’or et d’argent. Or cette exploitation « fait qu’ils négligent en grande partie de cultiver la terre, et de lui faire produire des denrées qui pourraient leur procurer une bien plus grande navigation, leur occuper un bien plus grand nombre d’hommes tant par terre que par mer »64. Ces auteurs prennent conscience que le développement économique des nouvelles régions enrichira plus l’Angleterre que les simples actions de prédation.

Le rôle des colonies dans l’approfondissement du marché intérieur 



Tout au long du XVIe et du XVIIe siècles, la thèse de la balance excédentaire du commerce prédomine. Elle implique une condamnation plus ou moins unanime des importations de produits de luxe65. On pense qu’il est plutôt nécessaire de réduire la consommation intérieure, et de développer les exportations de produits finis, pour augmenter le trésor royal. Or on assiste à un début de prise de conscience de l’impact de la demande dans la dynamique économique : « C’est grâce à la mode vestimentaire et à la vie urbaine que le Royaume de France s'est enrichi »66. De même, l'Angleterre est de plus en plus perçue comme un grand marché qu'il faut approvisionner, en satisfaisant une demande intérieure animée par l'envie, l'émulation, la prodigalité et l'amour du luxe : « Le principal stimulant du commerce, ou plutôt de l'activité et de l'ingéniosité, sont les appétits exorbitants des hommes qu'ils essaient de satisfaire par leur travail »67. Le luxe n'est plus rejeté et condamné, car il constitue un aiguillon pour toute l'industrie68. Pour un certain nombre de mercantilistes, les importations de produits étrangers se justifient « parce qu’ils éblouissent le peuple avec leurs nouveautés et encouragent l’industrie par l’envie des choses »69. C’est notamment la position de Barbon70, de Cary71 et de Thomas72. Pour ce dernier les biens de luxe étrangers ne sont pas la source du péché mais : « de véritables aiguillons à la vertu, au courage et à l’élévation de l’esprit aussi bien qu’une juste récompense du travail »73. Or les colonies peuvent aussi fournir un certain nombre de ces biens de luxe, à titre principal, sans craindre d’affecter par ailleurs, la balance du commerce. En effet, comme le souligne Davenant, « cet excès devient moins dangereux quand nous pouvons nous les procurer de pays éloignés et sous notre domination »74.

Le renforcement des liens pour le seul profit de la nation : le point de vue de Child et de Davenant


Les colonies peuvent être d’un grand apport économique à la métropole, mais à condition que celles-ci restent dans un état de dépendance, que leurs productions ne rentrent pas en concurrence avec les productions nationales. Child et Davenant ne croient pas au risque de concurrence de ces régions à l’égard des manufactures du royaume, car ce sont des activités qui « nécessitent une pratique longue, en dehors de leur portée immédiate »75 et par ailleurs : «Toutes nos colonies de l’Amérique, excepté la Nouvelle-Angleterre, produisent des denrées d’une nature différente de celle de ce royaume, telles que le sucre, le tabac, le cacao, le coton, le gingembre, différentes sortes de bois propres aux teintures »76. Même si le risque de concurrence semble écarté, il faut dans tous les cas empêcher que la colonie puisse se développer au point de pouvoir atteindre son indépendance.
Cette idée de dépendance coloniale est dans un premier temps développée par Child dans A New Discourse of Trade. La politique coloniale est « de tenir ses colonies dans une espèce de sujétion et de dépendance envers la métropole »77. Davenant va même plus loin dans cette direction puisque « les colonies devraient non seulement dépendre économiquement de leurs mère patrie »78 mais il ne faudrait même pas leur enseigner l’art de la guerre, qui peut contribuer indirectement à leur émancipation à l’égard de la mère patrie : « Si nous devions cultiver chez eux l’art de la navigation et leur enseigner comment posséder une force navale, ils pourraient s’installer eux-mêmes et réaliser la plus grande part du commerce de biens précieux avec les Indes occidentales »79.
Cette dépendance nécessite à son tour une condition réglementaire, le maintien des actes de navigation80. Child, qui souhaite limiter les taxes sur le commerce avec les autres pays d’Europe81, est en revanche favorable à cette réglementation car il considère que c’est la seule façon de profiter du commerce avec ses propres colonies : « Si nos colonies n’étaient pas assujetties aux règles prescrites par l’acte de navigation, il en résulterait bientôt que l’avantage que nous retirons d’elles serait entièrement perdu pour la nation »82. Le libéralisme des défenseurs des colonies a ses limites ! ce libéralisme se trouve également, sérieusement affecté, quand les dirigeants de l’East India Company (notamment Mun, Child et Davenant) analysent les relations avec les colonies comptoirs.

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