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III – La prescription morale dans le cas particulier des petits soldats de l’économie

A – Importance de la question posée


Ce qu’on forme quand on forme des managers et des juristes ( Les juristes étant les pires tout comme les sophistes sous Platon ou les théologiens doctrinaires pendant les guerres de religion, ignorant souvent le principe de réalité du fait que le moyen de la victoire consiste en un formalisme abstrait.), soit les facultés de droit d’économie-gestion (La gestion étant historiquement l’héritière de l’économie et du droit), les grandes écoles d’ingénieur –en majorité- et de gestion, les IEP, ce sont les petits soldats (ou la chair à canon) de l’économie, ce n’est pas comme cela qu’on dit, mais c’est bien ce que l’on fait. Or curieusement on se moque à juste titre des économistes, mais pas (encore ?) des gestionnaires, beaucoup plus nombreux et représentatifs de l’économie réelle. Pourtant Nike (en tant que marque) n’améliore pas le monde (ni du point de vue du travail, ni du point de vue de la satisfaction créée –qui ne se fait qu’au détriment du désir des autres).

Montrer en exemple les rares créateurs d’entreprise comme modèles (Zuckerberg) est trompeur (Gates est admirable pour sa fondation, non pour son DOS) et non représentatif (très peu de créateurs d’entreprises à HEC).

Quelles représentations la fiction donne-t-elle des héros de l’entreprise ? Celle de malades mentaux :

- Patrick Bateman (finance). Psychopathe. Analyse de Brett Easton Ellis et son American Psycho pour une vision romancée de la psychose à laquelle une déconnexion complète de la réalité peut mener. A noter que Brett Easton Ellis « se considère comme un moraliste, bien que certains voient en lui un nihiliste » d’après Wikipedia (au 20/12/11).

- Octave Parrango. Schizophrène. On peut y associer le personnage de Beigbeder qui est à la publicité ce que Patrick Bateman est à la finance.

- M. Sylvestre (World Company). Mégalomane. Stratège, dirigeant au sens large.

- Michel (d’Extension). Dépressif. Pion, exécutant.

On décline ainsi toute la gamme allant (du haut vers le bas) du savant fou à l’anti-héros brimé, symétriquement avec les structures totalitaires connues (1984 de Big Brother à Winston Smith, la Shoah de Hitler/Mengele aux kapos se confondant avec les victimes, etc)

C’est une situation qui tend à rendre chacun d’entre nous quelque peu schizophrènes, à tous les étages de la chaîne de commandement. Témoignage direct de beaucoup de cadres se déclarent contents de leur sort sur le plan des conditions, mais incapables de comprendre le sens de leur action, non sur le plan du sens, cf. le cas des capos dans les camps ; principe du contrôle de l’ici et maintenant en entretenant la peur de l’ailleurs et de l’avenir –exemple du principe de confinement dans Matrix ou The Island, mais aussi… en Corée du Nord ou en Allemagne de l’Est (anecdote du musée de la consommation) : émergence symptomatique du terme « banksters », au sein même de la communauté des financiers (tonalité marxiste sur… Boursorama !) Est-on passé du « Il ne faut pas désespérer Billancourt » attribué à Sartre à un « Il ne faut pas désespérer HEC » inavoué ? Il resterait à mener une grande enquête pour mettre en évidence le trouble qui existe chez les cadres les plus lucides ; mais celle-ci serait d’autant plus difficile à mener que les phénomènes de dissonance cognitive risquent d’en perturber la mesure (dissonance cognitive, nos étudiants sont nos meilleurs vendeurs). On peut tout de même trouver quelques pistes sur les forums, intéressants à écumer dans une approche qualitative (forum Pipo, forum Prépa HEC).

« Sartre aurait dit “Il ne faut pas désespérer Billancourt” pour signifier qu’on est en droit de ne pas dire toute la vérité (en l’occurrence sur les camps en URSS) afin de ne pas désespérer ceux qui croient dans le progrès historique incarné par la patrie de la révolution. » http://comprenonsnousbien.wordpress.com/2008/05/30/dsesprer-billancourt/

Il faut noter que le problème est en train d’émerger, le questionnement sur la responsabilité des écoles de commerce et MBA dans la crise de 2008/2012 étant actuellement posée ; c’est-à-dire que l’opprobre est en train de « descendre » de l’économie, déjà largement discréditée (sauf auprès des gens peu instruits ou trop respectueux, un peu comme ces gens modestes de province qui respectent les notaires) vers la gestion. Quelques symptomes : le livre « J’ai fait HEC et je m’en excuse » ; la contestation du cours d’économie à Harvard ; l’intervention de Ramanantsoa sur France Inter en novembre 2011; etc).

http://www.youtube.com/watch?v=VKS1jZxWLPM Harvard walkout EC10, évidemment il y a beaucoup de naïveté et de conformisme dans cette protestation, mais il y a aussi l’expression d’une sensibilité morale

http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=216611 3’40 à 12’40

Quel discours tenir au sortir d’une éducation encore imprégnée de l’humanisme des Lumières à ceux qui ne manqueraient de remarquer les défaillances du système concernant les idéaux:

De liberté (qui se réduit à celle de consommer du pepsi plutôt que du coca, cf. vidéo Soral à retrouver), la vraie, celle, synonyme d’espoir, consistant à agir, même modestement, sur l’histoire, dans un contexte où les élections ne changent rien (bonnet blanc et blanc bonnet)

D’égalité (puisque selon l’aveu même des pères fondateurs, l’inégalité est en régime libéral le moteur de l’économie, et que celles-ci ont tendance à s’accroître –attention à vérifier- avec la disparition de la classe moyenne (mais qui n’est peut-être qu’un épiphénomène européen du XXème, à l’échelle du monde)

De fraternité (mise à mal par l’individualisme et un consumérisme moteur de cupidité)

De spiritualité (mise à mal par la sécularisation, le désenchantement (vers Gauchet), le matérialisme)

Il faut noter d’abord que ces tendances sont globales et que le système libéral, dans sa cohérence, n’empêche personne de lutter, à son échelle, contre ces tendances, c’est-à-dire de se détacher du matérialisme, de faire preuve de générosité, de sobriété, etc. C’est une question de volonté (cf. le choix final du Meilleur des Mondes « Je les accepte toutes »). Mais il faut dire aussi qu’on constate justement, et seulement depuis l’ère moderne, que l’homme seul est en général faible, et que les normes sociales, contraignantes et avilissantes par le grégarisme sur lequel elles reposent, ont aussi une fonction d’édification.

Est-il moralement fondé de collaborer à un système dont on réprouve les effets?

Légitimité de la question : Réf 1 : Socrate et les sophistes [http://fr.wikipedia.org/wiki/Socrate]

La fin de la sophistique est de faire des hommes capables de bien parler et de bien agir, capables de gérer les affaires publiques et les affaires domestiques. Socrate approuve ce but ; il est entièrement d’accord avec les sophistes pour dire que l’homme ne doit s’occuper que des affaires qui le concernent, i.e. ce qui concerne l’homme en tant qu’homme et sa culture.

Quant aux moyens de la sophistique, qui consistaient en l’exercice et la routine, non pas en l’art, il les rejette ; et pour Socrate, aucun bien n'est un bien si l'on n'en sait pas l'usage. Pour éprouver la valeur de ses moyens, Socrate part du principe que le signe d’une capacité acquise est le savoir. Or, le signe du savoir est la capacité à transmettre ce que l’on sait. Socrate entreprit donc d’interroger les sophistes sur la nature du juste, du pieux, de la vertu, etc., et il trouva que ces sophistes ne répondaient pas d’une manière satisfaisante et se trouvaient souvent en contradiction avec eux-mêmes. Socrate impute ces défauts aux lacunes théoriques de la sophistique et il soulève plusieurs difficultés inhérentes à cette pratique :

une communication purement technique ne suscite pas l’art, mais l’imitation ignorante du disciple ;

un art ne peut être une fin pour lui-même car, en lui-même, il ne rend personne meilleur ;

en conséquence, pratiquée en tant que pure technique, la sophistique est une routine qui produit indifféremment des choses bonnes ou des choses mauvaises ;

le résultat de la sophistique est donc la routine dénuée de savoir théorique, l’ignorance, le hasard ;

Cette pratique de l’art est non seulement nuisible, mais elle est impossible : on ne peut rien apprendre par la seule pratique, et ses conséquences sur l’éducation et la politique ne peuvent qu’être catastrophiques.

Tentative d’actualisation par la reconnaissance d’Adam Smith comme philosophe (et non économiste) et non idéologue : Bien que connu de son vivant pour ses œuvres de philosophie, la postérité a surtout retenu son talent d’économiste. Les sciences économiques l’ont très rapidement élevé au rang de fondateur. Le courant libéral, autant économique que politique, en a fait un de ses auteurs de référence. Qu’y a-t-il dans La richesse des nations qui justifie une telle postérité ? Paradoxalement, Adam Smith n’a apporté presque aucune idée nouvelle à la philosophie et à l’économie dans son ouvrage. La plupart de ces idées ont déjà été approchées par des philosophes et des économistes comme François Quesnay, John Locke, William Petty, David Hume (avec qui il entretenait des relations amicales), Turgot ou encore Richard Cantillon. La Richesse des Nations mentionne plus d’une centaine d’auteurs auxquels sont empruntées les différentes analyses. Ce qui donne toute sa valeur à l’œuvre de Smith n’est donc pas son originalité, mais la synthèse de la plupart des idées économiques pertinentes de son temps. (http://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Smith ).Bentham (fondateur de l’utilitarisme, appliqué au droit et à l’économie, autant dire à la gestion) est au départ un philosophe. Mill est aussi d’abord un philosophe, logicien, et penseur complet. Non seulement ces trois-là sont philosophes, mais ils sont issus de la philosophie morale (en particulier Smith, titulaire de la chaire de philosophie morale).

Au départ donc, pas question de séparer l’enseignement de l’économie (et, pourrait-on dire, de la gestion) de celui de l’éthique. Ce n’est d’ailleurs pas l’économie qui abrite l’éthique (qui lui offre un strapontin, comme dans le cas de la RSE), mais l’éthique qui fonde l’économie (en lui transférant une partie de ses attributions, en particulier dans le domaine de l’arbitrage des activités). Les gestionnaires sont les relais supposés de la création de valeur au niveau micro-économique, et la valeur est supposée, selon la vulgate utilitariste, corrélée au bien-être (quant au bonheur spirituel, ils se refusent logiquement à en parler).

Si l’on retient l’hypothèse maximaliste du point de vue de la critique du système économique actuel (l’apparentant à un gigantesque totalitarisme confinant au camp de concentration marchand), il faut bien admettre que les jeunes diplômés d’aujourd’hui sont dans la position des kapos (ou des « collabos », on notera au passage le caractère troublant de l’homonymie du terme « collaboration ») d’hier. Les trois conditions de possibilité de la collaboration à une œuvre moralement condamnable semblent être :

- La soumission à l’autorité : Milgram

- La parcellisation des tâches de manière à diluer, voire de faire disparaître le sentiment de culpabilité (fonctionnement bureaucratique dans le cas du génocide juif, bien illustré par le cas Papon). c’est bien aussi comme cela que le génocide juif a été rendu possible de la part d’une des nations les plus éduquées du monde (ne pas oublier que ce qui est remarquable, dans la Shoah, par rapport à d’autres massacres qui forment comme une trame anthropologique récurrente des sociétés humaines, c’est son côté compartimenté). Creuser la question de l’objection de conscience chez les exécuteurs au pistolet par Terestchenko p. 102. Les soldats qui refusaient la première exécution n’étaient réellement pas inquiétés.

- La progressivité de l’acceptation (Cas des objecteurs de conscience chez les allemands, Terestchenko p.102 ; une fois qu’on a accepté le principe du premier meurtre en grande partie par conformisme initial, on accepte en général la suite)..On pourrait aussi entrer dans des considérations presque un peu techniques sur la mécanique mentale de l’atrocité, mais on s’écarte un peu du sujet. En particulier, les mutilations ou les humiliations (viols, obligation de commettre des actes horribles) précédant les exécutions ont précisément pour objectif de priver les condamnés de leur humanité, justifiant ainsi leur élimination.

Traductions modernes :

Autorité aujourd’hui : Moins forte qu’avant, systématiquement indirecte ; l’autorité des marques par exemple ; politiquement, l’autorité de la pensée unique issue du trotskysme –en voie d’épuisement.

Parcellisation : n’a jamais été aussi poussée sur le plan historique. Du coup, l’exigence de sens est remplacée par l’exigence d’utilité au sens économique. La dérive instrumentale (*exemple d’extrait de rapport de stage*).

Progressivité après un premier pas conformiste : exemple des étudiants d’école de commerce qui acceptent de payer, donc commencent par une dette (une dette financière mais aussi morale vis-à-vis de leurs parents). On sent bien ensuite la théorie de la dissonance cognitive à l’œuvre lors de la phase de prospection.

En revenir aux sources de la propagande (citer Bernays) ayant conduit des millions d’hommes éduqués (cf statistiques du certificat d’études) à l’abattoir, et aujourd’hui utilisées en marketing : mêmes techniques de « fabrique du consentement » (engineering of consent).

Bonne nouvelle : la thèse d’Annah Arendt sur la banalité du mal est équilibrée par Terestchenko (banalité du bien, la condition de possibilité en étant la confiance en soi « non abbiate paura » lien vidéo, ne pas oublier que le Christ, Bouddha et Platon étaient des libres penseurs). La première condition de la résistance, c’est l’intelligence critique. La première condition de la soumission, c’est le narcissisme égocentrique de l’enfant consommateur non sevré (ref à Zemmour/soral). Analyse de la page d’accueil d’Euromed.

B - Les caractéristiques particulières de la société moderne du point de vue de la prescription morale

1 – Une complexité déconcertante


Sa complexité doublée d’immensité tentaculaire, qui fait que chaque agent n’est détenteur que d’une petite zone de compréhension et d’influence, empêchant de saisir la portée morale singulière de son action, qui supposerait l’agrégation d’une somme de données invraisemblable avant de trancher (le dernier homme à avoir su l’essentiel sur le savoir exprimé de son époque vivait sans doute au XVIIIème, depuis le savoir exprimé a subi une explosion exponentielle, sans parler de ce qui, inexprimé, devrait tout de même être pris en compte pour une prise de décision parfaitement maîtrisée). Beaucoup de gens sont de bonne foi, mais insuffisamment informés, cela suffit-il à en faire des « honnêtes gens » ? Par exemple, le cas des parents qui conseillent leurs enfants au sujet de leur orientation scolaire : de bonne foi, que peuvent-ils leur dire ? Or malheureusement, les systèmes experts ne sont pour l’instant d’aucune aide.

On ne peut aboucher l’intelligence humaine à l’intelligence artificielle correctement (cf. la faiblesse des ordinateurs au jeu de go à cause de l’explosion combinatoire à 10 puissance 200, même si des heuristiques basées sur des Méthodes de Monte Carlo peuvent aider), du fait notamment de la difficulté à synthétiser des informations de nature variée (malgré les approches distribuées depuis Minsky). Les émergences ne sont pour l’instant pas utiles sur le plan pratique, malgré des collaborations hommes/machines d’ores et déjà partiellement fructueuses (internet, wikipedia, traitement de texte, Excel) qui mènent à des espèces de symbioses (qu’on peut d’ailleurs aussi voir comme une forme de parasitisme au profit du Successeur, cf Truong).

2 – Un engluement dans la pensée unique


La difficulté d’une expression publique de toute critique morale : la pensée unique, son totalitarisme mou mais intrinsèque plaçant l’acteur moral devant le dilemme de l’absorption/dilution ou la marginalité extrême, puisque toute critique est possible, bienvenue, mais noyée (Voir l’interview de Ramanantsoa, lien 21’19 à 22’50 : Des HEC à gauche et à droite… mais combien dans le peuple ?)

Les seuls points fixes de la pensée sont des évidences (comme l’antiracisme) qui sont aussi des sortes de « trous noirs » qui ont tendance à siphonner toute pensée dialectique, et rendent plus difficile la construction d’une critique organisée globale d’un système qui se définit justement par son ouverture. Un exemple de novlangue : le mot « racisme » brandi en permanence comme un talisman, quand il n’existe aucun mot pour désigner l’absence d’affinités électives culturelles, à la fois plus légitime et plus répandue, d’où la « reductio ad hitlerum » de toute proposition nationaliste. Le jeunisme comme moyen du totalitarisme (interview Michéa audio).

Critique de la pensée unique inspirée de Michéa. Projet de Muray qui visait à rendre à nouveau possible l’énonciation du négatif (ce qui pose la question de ce qu’EST le véritable négatif –peut-être celui que nous portons chacun en nous ; ou bien celui qui, privé, s’oppose à l’éloge public que le système donne de ses propres valeurs ; dans les deux cas, cela suppose l’autonomie critique d’un sujet en opposition aux normes sociales dominantes de pensée). L’argument permanent du Bien comme talisman (Muray, p. 15 et suivantes de Exorcismes Spirituels IV). Mais les massacres de Mao ou Staline se sont aussi faits au nom du Bien. La fonction de masquage des faux rebelles à la Stéphane Guyon/Canal Plus; On se croit libres parce qu’on est libre de ridiculiser le Président de la République, mais peut-on, par exemple, se revendiquer « nationaliste » ? Voir aussi l’introduction de Wikipédia sur le concept de pensée unique.

Interprétation politique : la trahison de la Gauche économique (devenue simple vecteur d’agit-prop ne se définissant de manière tautologique que comme avant-garde du « progrès » sociétal), ayant conduit à la destruction de l’alternative classique au libéralisme (lien interview de Michéa à propos de la Gauche essentialiste ou ontologique, qui succède à la Gauche sacrée) ; lien audio Michéa sur les Matins.

Interprétation psychanalytique (le Freud de Malaise dans la civilisation lien) : Dans un monde féminisé, un propos prescriptif est devenu indécent car il atteint à la liberté d’autrui, contrevenant à la logique « il est interdit d’interdire », en particulier dans le domaine éducatif (disparition des notes considérées comme traumatisantes, et remplacées par des couleurs dans certaines écoles) ; Il faut tout comprendre/expliquer/consulter avant de décider, ce qui est de moins en moins possible. Les maîtres Zen savaient frapper. Les maîtres humanistes classiques n’étaient pas des tendres.

Sa procéduralisation, contraire à l’humanité paradoxale de l’arbitraire. Il faut à tout propos entrer dans une logique de justification formelle sans fin, produire des certificats de conformité aux règlements, chartes, textes de loi, etc. : Or s’il est prononcé « i chin den chin » (ie dans une logique « fais-moi confiance, voici sincèrement ce que je pense ») une forme d’absence de réserve, de familiarité contraire à la montée du politiquement correct (conformisme de la pensée), ou une prise de responsabilité discrétionnaire contraire à la logique de conformité et de justification qui sont en permanence à l’œuvre désormais (cf l’opposition entre la Justice de saint-Louis et celle d’aujourd’hui, où par exemple les parties ne peuvent se présenter elles-mêmes face au juge dans le cas d’un divorce, le passage par un intermédiaire étant obligatoire).

Le monde est devenu maternel, matriciel, dépourvu d’un sens externe. Dans ce type de contexte, toute philosophie pragmatique a un avantage logique évident sur les approches théoriques (devenues intellectuellement inaccessibles), puisqu’elle ne prétend rien de défini. Exemple de Raffarin. Exemple de Sarkozy « tu n’es pas d’accord, viens travailler avec moi ». Cf. analyse sociologique de la bourgeoisie comme classe ouverte par Ellul.

C – Les positions envisageables

1 – Changer de système, les voies révolutionnaires


La voie révolutionnaire, briser le système par l’affrontement (on élabore une alternative publique au système, avec laquelle on vise la prise de pouvoir politique, c’est la voie souverainiste). Révolutions arabes émeutes de 2005 en France, 2011 en Angleterre. On renverse la table. S’engager dans un parti politique souverainiste ou libertarien, ou une ONG radicale (deep ecology). Variante : la voie du prophète (qui place plutôt son effort dans le verbe, ce qui est parfois plus efficace) ; à distinguer de la voie de l’indignation par sa composante démonstrative et construite. Devenir journaliste, écrivain, universitaire, bloggeur radicaux. Difficulté : l’impuissance politique, et la récupération par le système (exemple type : No logo de Naomi Klein, qui récolte un succès d’estime mais ne débouche sur rien parce que les solutions préconisées sont collectives : si on cherche à lutter collectivement, voire juridiquement, contre la publicité, on est perdant car on se positionne sur le terrain de l’ennemi, celui de la propagande et du conformisme, avec des armes plus faibles). silencieux

La voie de la majoration (on pousse le système à s’exagérer pour le faire imploser, c’est un peu la voie Maier). Connaître et profiter au maximum du système et cracher dans la soupe : faire carrière dans la finance de marché et insulter tout le monde sur Boursorama ; solution éminemment dangereuse car paradoxale et à ce titre peu kantienne.

La voie de la minoration, visant à faire disparaître le système par implosion ou absence de carburant. On collabore un peu, mais moins que la moyenne, et moins que ce qu’il faudrait pour que le système se reproduise. (« On a bien sûr le droit de tout critiquer, de cracher dans la soupe, de se moquer des puissants. Mais a-t-on le droit de ne pas aim er ce monde ? De ne pas y adhérer ? De ne pas s’enthousiasmer pour lui ? De ne pas moderner avec les modernes ? De le mépriser, vaguement ? De s’en détacher, en fait ? » (E. Dion, La Comédie Economique)). Se comporter comme un parasite modeste d’organisations quelconques, ne pas adhérer aux discours triomphants, ne pas faire de zèle. On cherche à adopter un comportement exemplaire du point de vue des conditions de l’action morale, par exemple en n’abondant jamais dans la logique du désir ni dans celle du conformisme. Etre indifférent aux marques officielles de reconnaissance mais sensible aux marques personnelles, se moquer du côté ridicule du fétichisme des marques, pratiquer et promouvoir la frugalité et la modestie, etc. Se sentir libre de consacrer beaucoup de son temps à des activités non utiles sur le plan économique : préférer s’investir dans des activités culturelles, humanitaires, de recherche, tout en tentant d’éviter la dimension courtisane qui accompagne souvent ces activités.

Assez proche, la voie de l’alternative minoritaire : on se rend indépendant du système et on en rebâtit un à côté, c’est la voie de Drac. Attendre l’effondrement du capitalisme financier sous le poids de ses contradictions (seule force de nature à le détruire), à la manière de l’effondrement du communisme industriel (thèse de Todd, Hommage à Gorbachev pour avoir évité la guerre). Dans une version proche mais plus militante, les décroissants actifs (mouvance de la simplicité volontaire). Monter une ferme autonome, s’engager dans une communauté.

2 – Améliorer le système, la voie de la réforme (ça tombe bien, le système est en réforme permanente)


[Cette partie étant très longue et peu compatible du point de vue de la longueur, il faut peut-être l’extérioriser]

Motivation principale : la révolution n’est pas la bonne méthode, in medio stat virtus.

La voie de la confusion (le « ethics pays » -ou « la RSE comme facteur de différenciation », ou « le développement durable comme source de compétitivité »), on peut ressortir les meilleures pages de Comte Sponville sur la question, et les opposer aux positions triomphantes des Grandes Ecoles c’est parfait, il n’y a rien à ajouter. Rappeler le caractère axiologiquement neutre du libéralisme (Michéa).

Scan du journal des Grandes Ecoles, scan d’Helfer dans Audencia Magazine, interview de Ramanantsoa qui botte en touche http://www.franceinter.fr/player/reecouter?play=216611 3’40 à 12’40

En termes de tendances, il semblerait qu’il y a ait une évolution paraxodale : la RSE, on en parle de plus en plus, et on y croit de moins en moins. Ce phénomène d’épuisement est comparable à celui qui est observable concernant l’indignation citoyenne, et l’indice suivant peut être relevé : lors de la publication de « indignez-vous » par Hessel, tout le monde s’est enthousiasmé publiquement. Les commentaires étaient élogieux, le succès public au rendez-vous. Il s’est écoulé plusieurs mois avant que les langues ne se délient, et que certains commencent à dire leur irritation face au succès de cet essai creux et velléitaire. Les réponses pamphlétaires (j’y crois pas, détrompez-vous) ont cependant fini par venir, et surtout l’ouvrage suivant de l’auteur (engagez-vous), dans la même veine bien-pensante, a connu un naufrage éditorial (imprévisible) diamétralement opposé au succès (imprévisible également) du précédent,.

Il y a deux voies pour l’éthique en entreprise : l’exploitation des « zones grises » (qui suppose une forme d’inefficience) ; ou l’acceptation de l’obéissance à un ordre supérieur (l’ordre légal) ; dans le premier cas, l’acteur moral est le salarié et non l’entreprise ; dans le second le législateur, mandaté par le citoyen. En aucun cas l’entreprise en tant que personne morale n’est concernée. Selon la vulgate libérale elle-même, l’entreprise n’existe qu’en tant que « nœud de contrats » et lui prêter une conscience morale est erroné. Seules les parties prenantes individuelles de ce nœud de contrats (principalement salariés, clients et actionnaires individuels) peuvent avoir un comportement moral, en acceptant une baisse de revenus, de quantité ou de rendement en échange d’un surcroit d’éthique. Ceci dit, on voit mal pourquoi ceux-ci lieraient leur comportement éthique à leur comportement éthique, les deux pouvant le cas échéant être dissociés (sauf à retenir l’approche bouddhiste holiste qui stipule que la fin est dans les moyens, et interdit par exemple de travailler dans l’armement). La RSE se réduirait alors à l’affichage des bonnes actions qu’elle entreprend, permettant en cela aux parties prenantes de prendre leurs responsabilités morales. Le risque étant qu’en présence de labels, on ait une forme de complaisance entre labelliseurs et labellisés (cas de l’AACSB par exemple), et qu’en l’absence de labels chacun joue de la force de la communication plutôt que de l’action réelle. Le phénomène est historiquement comparable à celui des dévots catholiques du XVII, entre les bigots qui cherchaient la complaisance du clergé (indulgences) et les faux dévots qui dissociaient leur comportement social de leurs actions réelles. De surcroît, se réclamer de la RSE est aujourd’hui non seulement le fait de tartuffes appointés ou d’idiots utiles –qu’on pourrait aussi appeler « vrais dévots » (d’autant que ce sont de soi-disant spécialistes qui s’expriment !), mais aussi conformiste (cf. le nombre d’adhérents au Global Compact) et ringard que se proclamer entreprise citoyenne ou humaniste hier (ce qui, moi, ne me gêne pas, mais devrait gêner les principaux intéressés).

« Babette et Léa, s'avéra-t-il, travaillaient dans la même agence de com; pour l'essentiel, elles organisaient des événements. Des événements? Oui. Avec des acteurs institutionnels, ou des entreprises qui souhaitaient développer leur département mécénat. Il y avait sûrement du fric à ramasser, pensai-je. Oui et non. Maintenant les entreprises étaient plus axées «droits de l'homme», les investissements s'étaient ralentis. Enfin, ça allait tout de même. Je m'informai de leur salaire : il était bon. Il aurait pu être meilleur, mais il était bon. À peu près vingt-cinq fois celui d'un ouvrier des industries métallurgiques de Surat Thani. L'économie est un mystère. » (Plateforme)

Une recherche aaa montrerait sans doute que se proclamaient citoyennes les principales banques qui se sont comportées de manière particulièrement amorale pendant la crise de 2008. Le faux argument du développement durable (concernant le long terme, les projets les plus importants ont pu être entrepris par des entités privées ; le décalage entre une action et son rendement est précisément l’affaire de… la finance ! Concernant le développement, pas besoin d’un dessin non plus, cela n’a rien à voir avec la morale). Ne pas accepter l’argument bienpensant selon lequel même une action limitée est toujours bonne à prendre (par exemple concernant les bourses dans les Ecoles de Commerce) car il dénote une incompréhension globale : si une telle petite mesure a pour fonction de masquer l’essentiel du problème, elle est partie prenante de l’oppression. Ramanantsoa met en évidence les 3ME de bourses offertes (sur un budget de l’ordre de 118 ME), avec un taux de croissance supérieur à celui du budget. Cependant les frais de scolarité, entre 2000 et 2010, ont augmenté d’au moins 30% : on ne peut donc pas dire que l’effort des familles va diminuant, et le montant rétrocédé aux quelques étudiants les moins aisés est loin de compensé celui perçu sur les classes moyennes et aisées (et de plus, avec une expertise limitée en termes de redistribution). Fin de la discussion. Voie sans issue. 

La voie de l’indignation pour « faire bouger les choses » : Ne coûte pas cher et permet de s’acheter une conscience à bon compte, bien souvent sans prendre la peine d’examiner sa propre responsabilité (théorie du bouc émissaire). Noter à quel point le « changement » est présent dans les discours politiques de ceux qui, ensuite, ne font que subir le contexte en vertu de la maxime «« Puisque ces mystères me dépassent, feignons d'en être l'organisateur. » Jean Cocteau ». Application à la génération des Baby Boomers (Video Soral Grimperet). Hessel vote PS, Mélenchon aussi, Occupy Wall Street fait partie, plus encore que du spectacle, du festif. Reprendre l’argumentation ER contre la récupération par les officines du pouvoir des idiots utiles de la protestation: les inviter (et les cantonner) à l’indignation pour les neutraliser ; la base de la manipulation, ce sont les opérations sous faux pavillon, Sun Tzu et la propagande comme stratégie de manipulation. En outre, les indignés ont souvent pour effet de noyer les signaux significatifs d’une critique construite. Voie risquée, possiblement contre-productive.

« Dieu rit de ceux qui déplorent les effets de ce dont ils chérissent les causes» ou « Dieu rit de ceux qui déplorent les effets de ce dont ils chérissent d’autres effets» : Cas du NPA, et des 68tards devenus écolos progressistes, ou de la gauche caviar

La voie de la transparence: Affichage des bonnes actions qui, généralisé, invite à la Tartufferie selon la règle (“The more time you spend in reporting on what you are doing, the less time you have to do anything. Stability is achieved when you spend all your time doing nothing but reporting on the nothing you are doing.”). Situation historiquement paradoxale du catholicisme et du protestantisme vis-à-vis des indulgences ; prise en compte de la nature privée (catholicisme) ou publique de la confession). Application à la marque Max Havelaar, qui se définit comme juge et partie (émettrice de règles et certificatrice), on peut alors se demander pourquoi les objectifs qu’elle se fixe n’est pas effectué par le droit : « Selon la Fairtrade Labelling Organizations, les producteurs et les consommateurs sont les piliers de l’économie en général. La condition essentielle pour rendre cette économie plus humaine est qu’ils puissent définir ensemble, en concertation avec les autres parties prenantes, le système économique dans lequel ils souhaitent évoluer. La démarche de commerce équitable a donc pour but de créer une structure démocratique internationale par laquelle l’économie n’est plus soumise à une loi naturelle, mais à des règles dont les acteurs conviennent ensemble. » (fr.wikipedia.org/wiki/Max_Havelaar (association). Cette confusion des rôles entre acteurs publics et privés ouvre la porte à la critique («Il reproche notamment à Max Havelaar de redorer l'image d'entreprises telles que Nestlé ou McDonald, en étiquetant certains de leurs produits Max Havelaar3. Il reproche aussi à Max Havelaar le fait de s'être approprié le terme label, arguant qu'un label doit posséder une charte et un contrôle indépendants, et un agrément du Ministère de l'Agriculture. » « Selon Critiques et espoirs du commerce équitable8, il est reproché à Max Havelaar de dépolitiser des problématiques (telles que l'inégalité nord/sud, le néo-colonialisme et la pauvreté), en faisant croire qu'il suffit de « consommer équitable » pour développer le tiers-monde, au lieu d'encourager à rejoindre la lutte politique, et de donner l'impression que capitalisme et équité sont compatibles ».  http://fr.wikipedia.org/wiki/Max_Havelaar_%28association%29#Critiques Voie risquée, possiblement contre-productive.

La voie de la responsabilisation des acteurs. Accepter un léger surcoût des biens et services permettant un affichage informationnel (et non de marque) mettant les consommateurs devant leurs responsabilités en termes de destruction d’énergie fossile, d’emplois, de biodiversité, etc. Travailler dans le commerce équitable, l’agriculture Bio, etc.

La voie de la philanthropie (conforme à la parabole des talents) : Gates/Buffet ; qui peut évoluer vers la voie du chantage moral (cf. la campagne de sensibilisation de Gates en Chine). Aller vers les secteurs les plus rémunérateurs, croître et multiplier, mais ne pas oublier de commencer à se consacrer à la bienfaisance assez tôt pour que ce soit efficace. On est d’ailleurs sur une pure contradiction avec les principes de la société ouverte à partir du moment où l’exposé public de ses bonnes actions s’érige en norme (ce qui constitue le paradoxe historique du protestantisme).

Toutefois, il ne faut pas être trop sévère avec les défenseurs de la RSE :

- D’une part, à presque tous les niveaux, ils sont sincères et acceptent en général des efforts sur eux-mêmes dans l’espoir d’améliorer la situation collective : il s’agit donc d’une forme d’altruisme respectable.

- D’autre part, la voie de la transparence, qui peut être vue comme le moyen d’une forme de totalitarisme, peut aussi être envisagée comme un souci sincère de franchise : le « neighbour watch », par exemple, peut être rapproché des pratiques de délation (comme pendant l’Occupation, ou dans 1984). Il peut aussi être considéré comme une forme de socialisation acceptable (ne pas ignorer ses semblables), au fond assez égalitaire.

3 – Accepter le système comme un moindre mal (pour une minoration de l’humanisme éclairé)


On peut noter pour commencer que le libéralisme peut lui-même être défini comme le système du moindre mal http://www.youtube.com/watch?v=O2etIbxuvLw

La soumission à la dynamique du système en place (on ne comprend pas ce qui se passe, on suppose en outre que personne n’est en mesure à la fois de le comprendre et de l’expliquer puisque ce n’est pas fait mais on suppose que la dynamique de ce système est complexe mais bonne et stable, et que ce serait péché prométhéen que de vouloir la corriger de notre point de vue imparfait. On accepte les avantages et les inconvénients de la situation. C’est un peu un acte de foi laïque, mais ce n’est pas forcément plus sot qu’un acte de foi humaniste). Là on peut faire ce qu’on veut dans les limites de la loi et des normes sociales communément admises : par exemple on rentre dans l’audit ou le conseil ; ou alors on fait de l’analyse technique en bourse, en observant que X1 varie avec Y2 sans chercher à comprendre pourquoi, mais en se rendant à l’hypothèse de la main invisible (et en acceptant l’idée que si un jour, la loi ne fonctionne plus, on n’aura rien à y redire : on se contentera à nouveau de le constater (ref Houellebecq « je le constate »).

Même chose en plus marqué : la voie de la désinhibition morale : on considère que le rôle de la morale est tenu par le droit (on peut en outre raffiner en considérant que le droit est défini indirectement par tous en démocratie), et donc on n’a aucun scrupule à maximiser sa jouissance dans ce cadre. Risque : Celle du mouton supérieur (spectateur de Canal +, ne dominant que d’un point de vue interne). Conseil en défiscalisation, montages immobiliers, reprises d’entreprises en difficulté.

La voie de la joie (lecture approfondie de la parabole des talents, qui permet le prêt à intérêt et le commerce au nom de la croissance). Entreprendre, on peut là aussi faire ce qu’on veut, sauf rien. Plus on fait, mieux c’est.

La voie du « il vaut mieux que ce soit moi qu’un autre, qui pourrait être pire » (histoire du maître Zen qui ira en enfer réf : Tsai Chih Chung; en fait le paradis et l’enfer sont partout). http://www.madore.org/~david/zen/ on rejoint la théorie de la grâce (lien) qui n’implique pas directement la volonté du sujet (don de Dieu).

La voie du pur abandon (dans l’attente d’une fin des temps qu’on peut imaginer, sans recours à aucun dogmatisme religieux, comme l’avènement de la Singularité http://fr.wikipedia.org/wiki/Singularit%C3%A9_technologique#La_singularit.C3.A9_vingienne )

4 – Se désolidariser du système


Celle du parasite modeste (à la Sloterdijk, dominant du point de vue de la compréhension globale, et admettant qu’une fraction majoritaire de l’humanité choisisse à tout moment la voie de l’animalité sans chercher à lui donner plus de chance qu’elle n’en a actuellement). Mais parabole des talents.

La voie de la nostalgie humaniste (Comme dans Demain les chiens, Jupiter étant considéré comme une métaphore de la Singularité, on préfère cependant rester humain)

La voie de la jouissance triste (bien que l’analysant correctement et en regrettant les termes, on profite du système avant son effondrement, c’est la voie Houellebecq)

La voie individuelle (on ne cherche pas une issue collective, mais une issue individuelle, c’est la voie Céline, ou « into the Wild ») ; plus pragmatiquement dans le cadre économique : entreprendre. Cas limite : l’ermite ou l’indifférent.

La voie de Ponce Pilate (on ne travaille pas directement pour l’économie, mais on en tire un profit indirect : c’est la voie des professeurs, des clercs, des journalistes ; mais aussi des petits profiteurs comme les notaires, les opticiens, les pharmaciens, les propriétaires de laboratoires d’analyses, etc.) Donner comme exemple un opticien partant en tour du monde. Objection : Einstein écrivait: "Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire".

La voie kantienne (on n’agit que dans une optique d’universalisation possible de son action). C’est une posture difficile, paradoxale. Imaginons une application au cas des énergies fossiles. Le Kantien scrupuleux devrait limiter sa consommation d’avion à 1400 km par an, ne serait-ce que pour des questions de réchauffement climatique, indépendamment de la finitude des ressources fossiles.

La Terre est aujourd'hui capable d'absorber 3 milliards de tonne d'équivalent carbone. L'humanité en émet actuellement 7. Donc il a un excédent énorme. Il faudra fixer un plafond d'émission qui devra être équitable entre tous les humains. Nous sommes un peu plus de 6 milliards et nous devrions limiter nos émissions globales à 3 milliards de tonne d'équivalent carbone. Un rapide calcul amène à se dire que notre plafond individuel est de 0.5 tonne d'équivalent carbone. C'est à peu près le niveau d'un indien et d'un chinois pour fixer le niveau de vie que l'on ne doit pas dépasser. A quoi cela correspond-il en baril de pétrole ? Et bien c'est simple, cela fait environ 4 barils de pétrole que nous devrions avoir le droit de brûler par individu et par an. Les transports sont responsables d'un quart des émissions, soit 1 baril de pétrole, avec lequel il faut transporter les marchandises et aussi les personnes. J'en arrive à la conclusion simple que nous devrions limiter notre consommation de pétrole pour nous transporter individuellement à 70 litres par an, soit un seul plein de nos voitures actuelles.

Alors évidemment, si on se dit qu'on a le droit qu'à 70 litre pour une année, est-ce qu'on va consacrer ce quota au transport aérien ? Évidemment que non, mais quand bien même on déciderai de prendre l'avion, combien de kilomètre pourrait-on faire avec 70 litres ? Réponse : 1400 km en prenant en compte une consommation de 5 l/100/passagers, consommation qui sera effective compte tenu du taux de remplissage des avions oscillant entre 70 et 80%.

Autrement dit, le transport aérien devra être sacrifié si nous décidons de prendre les mesures qui s'imposent pour limiter l'emballement du climat. http://generationsfutures.chez-alice.fr/petrole/dernieres_annees_aviation_civile.htm

Voir aussi http://www.youtube.com/watch?v=es4lCzY2lac&feature=related

Limite du raisonnement : le trade off entre différents biens peut être créateur de valeur, c’est même le sens du commerce et de l’économie ouverte ! Est-il kantiennement acceptable de pisser dans des toilettes en or? Certains libéraux répondraient « oui » en avançant que cela fait travailler de nombreux intermédiaires, et que, chacun étant libre de son activité sur le marché du travail, cela peut correspondre à une situation d’allocation maximale des ressources. D’autres « non » en estimant que ces intermédiaires pourraient travailler à des choses plus utiles que d’extraire de l’or pour fabriquer une cuvette qui serait tout aussi fonctionnelle en céramique : par exemple une agriculture de qualité, ou un travail de formation des travailleurs non qualifiés (mais comment être à même de donner la juste mesure de cette utilité, sans le recours à la monnaie : on en revient à la thèse qui prétend que le libéralisme favorise la création de valeur y compris pour les plus démunis, cf la théorie de la Justice de Rawls). De plus, si l’on raisonne du point de vue des ressources non renouvelables consommées, cela peut paraître scandaleux, sauf à penser là encore que le libéralisme favorise un progrès technique qui permet de trouver des solutions de substitution (y compris pour les plus démunis). Il faut tempérer par le caractère imprévisible de l’innovation comme déterminant de la croissance économique (variable exogène dans l’équation du Solow). De surcroît, les résultats des recherches sur le bien-être (surcroît de plaisir quasi-nul au-delà d’un minimum assez bas) tendent à suggérer que même si l’on retenait le principe de l’arithmétique des plaisirs (Bentham, http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Bentham_ArithmetiqueDesPlaisirs.htm), il faudrait retenir des échelles logarithmiques et non linéaires (ce qui bouleverse complètement la logique de l’échange marchand, dans laquelle un euro reste un euro quel que soit son emploi, c’est-à-dire pour donner de l’eau fraîche à un assoiffé, ou pour passer de 4999 à 5000 euros sur une bouteille de vin fin).

Preuves que la valeur économique n’est pas la valeur réelle : Caviar et pommes de terre.

Plus généralement, quelle est la valeur de la vue (combien donnerait un aveugle pour voir ?) Quelle aurait été la valeur d’une boîte d’allumettes il y a 10000 ans, par exemple en nombre de femmes ? Quelle serait la valeur de l’anonymat pour un roi ? De la jeunesse pour un vieillard ? De l’insouciance pour un savant ? De tout ce qu’on a gratuitement sans le réaliser, à commencer par le monde ? Noter par exemple que pour certaines peuplades, le sol ne s’achète pas (cf mon mail sur la possession).

Aujourd’hui le poids économique du Dalaï Lama ne représente pas son pouvoir réel. Pas plus que celui de TF1.

5 – Faire un mix de ce qui précède


La voie du milieu : on collabore un peu, mais on garde une marge de liberté dans une zone grise discrétionnaire, où l’on peut agir sans justification externe. Les marchés sont loin d’être efficients, et il est assez facile d’accéder, notamment dans les services fonctionnels transversaux des grandes organisations de service, à de vastes zones de liberté : attention alors de ne pas succomber à la tentation de l’affichage de l’action sous le label RSE, au risque de faire disparaître la zone qui l’a rendue possible et de sa soumission, à terme, au principe d’utilité (ie dès qu’elle ne jouera plus son rôle publicitaire). On pourra se référer aussi, dans un contexte inversé, à la « zone grise » évoquée par Primo Lévi au sujet du rôle des kapos dans les camps d’extermination.

La voie du stoïcisme : se contenter d’agir à petite échelle, conformément à ses valeurs indépendamment des valeurs dominantes (en comptant éventuellement sur un changement identique ailleurs). Ouvre sur le dilemme du prisonnier (si on couple avec du Kant), et sur la notion de décentralisation à partir des bords (théorie de Felix Castan)

La voie des gens ordinaires, porteurs de la common decency (Fin de la video 43 Mo de Michéa sur la common decency des gens ordinaires, référence à Godbout ?)
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