Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1





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3 - Une philosophie de l'économie

Une économie qui considère l'Autre et le désir de l'Autre est compliquée selon la séquence classique: l'Autre implique le temps et donc l'argent. La signification économique (Lévinas, 1972) apparaît univoque et donc plus sérieuse que la multiplicité des cultures, et cela plus encore dans l'humanité sous- développée. En fait, la signification économique est très diverse et se complique dès que l'on aborde le désir de l'autre, un tel autre qui peut être déjà comblé; "le besoin de celui qui n'a plus de besoin". (cf. Platon et son analyse des plaisirs purs). L'économie est alors plus compliquée que dans le cas du sujet " qui se définit par le souci de soi", et qui dans le bonheur accomplit son "pour soi même", L'argent ("Entre Nous"; Lévinas, 1991) régit la relation entre le moi et la totalité. A la fois il maintient les individus hors de la totalité puisqu'ils disposent d'argent; et les englobe car dans le commerce et la transaction, l’homme lui même est vendu et acheté: " l'argent est toujours à un degré quelconque salaire" La quantification de l'homme par l'argent permet de résoudre la différence radicale entre les hommes; autrement " la violence humaine ne saurait se réparer que par la vengeance ou le pardon". "L'argent laisse entrevoir une justice de rachat se substituant au cercle infernal ou vicieux de la vengeance ou du pardon."

L'anthropologie philosophique de Lévinas impose l'Autre, lequel fait partie d'un univers discontinu et n'est pas réductible à un objet que l'on s'approprie. La diversité des personnes qui s'impose à mon calcul économique implique le recours au temps et à l'argent. La philosophie de l'Autre implique en économie, un principe lexicographique fort sur le plan microéconomique et sur un plan plus macroéconomique, l'intervention de la monnaie et du temps (une justice de rachat) qui règle le conflit immanent à la diversité. Ce principe de responsabilité s'oppose fortement à la tradition anglo- saxonne de l'"Equality of Opportunities" (Roemer, 1986) où la libre responsabilité s'inscrit dans le calcul d'une compensation négociée quitte, paradoxalement à envisager un ministère qui centraliserait les types individuels (handicap/ mérite) afin d'éviter les manipulations.

- 123 -L'universalisme de l'Autre dans la théorie économique

Au contraire de la sociologie comtienne, la philosophie économique considère l'Autre sans lui donner de valeur morale. L'important est de reconnaître l'Autre dans son universalité, comme une fin et non comme un simple moyen.

- L’altruisme en philosophie économique.

Au sein d'une philosophie qui préfére les concepts de l'"Autre", de l’"Autrement être", d’"Autrui" ou encore d’"Altérité", la philosophie économique de Rawls reprend explicitement le concept d'altruisme en analysant l'"altruisme parfait" et le "désintéressement limité". Le fondement principal de la reflexion reste l'universalisme kantien. L’anthropologie pragmatique kantienne oppose à l'égoïsme, le "pluralisme" qui consiste à "ne pas se comporter comme si on détenait en soi la totalité du Monde, mais comme un simple citoyen du Monde".

De façon générale la littérature économique, de STUART MILL (1861) et SIDGWICK (1907) à ARROW (1963 ) ou encore SEN (1970) et HARSANYI (1977), cite le principe universaliste de KANT (Fondements de la métaphysique des mœurs ): « Je dois toujours me conduire de telle sorte que je puisse aussi vouloir que ma maxime devienne une loi universelle ».

Cet impératif catégorique implique un consensus sur les fins de la part d'hommes rationnels. Ce consensus est exprimé par un principe de Pareto -unanimité dans la théorie des choix collectifs et l’idée que tous les individus sans exclusion participent à l’utilitarisme social. Ainsi les personnes sont capables d'exprimer l'autonomie de leur volonté dans un contexte d’ignorance de leurs finalités personnelles (Cf. les hypothèses de Rawls et Harsanyi). L'obtention d'une procédure de justice parfaite implique "que l'individu ait la faculté de se prendre vraiment pour autrui", ce qui implique une rationalité étendue.

Comment obtenir cet universalisme suprême ?

Émettre un jugement moral de la part d'un individu implique qu'il ait la même probabilité d'occuper n'importe quelle position particulière et d'atteindre le niveau d'utilité qui lui est attaché. Avec une mesure cardinaliste à la Von Neuman/ Morgenstern, l'individu super- rationnel est à même de calculer son utilité espérée comme moyenne de tous les niveaux d'utilité individuelle dans la société. Cette utilité moyenne est alors considérée comme la fonction de bien être social. Le bien être social (W) s'assimile à une quasi- loterie avec une probabilité 1/n d’être quiconque dans cet état. Wi (xi) sera l'utilité d'être la personne dans l'état x dans une échelle à la Von Neuman- Morgenstern "x W(x) = W i (x) xÎX

Le Choix Collectif (Social Choice) n'a de sens que par rapport à l'Autre. Mais cet Autre n'a pas de valeur particulière ; d'où la célèbre critique de Rawls à l'utilitarisme social: n'importe quel Autre peut impliquer le choix social.

L'Autre et la complexité du calcul économique.

Adam Smith traite dans les Sentiments Moraux, longuement de l'"extended sympathy" à laquelle Arrow consacrera plusieurs développements (Arrow, 1963,1977). Cette disposition implique des comparaisons interpersonnelles du type " l'alternative x est meilleure (ou pire) pour moi que y ne l'est pour vous". Ainsi cet "altruisme" implique une logique du second ordre (Les choix d'un individu s'exercent sur les choix d'un Autre) et "il n'est pas facile d'élaborer une théorie des choix collectifs à partir d'elle" (Arrow, 1957). Rawls (1971) insiste de même sur le caractère de second ordre de la "bienveillance". La reflexion philosophique a ainsi préparé les économistes aux difficultés engendrées par la prise en compte de l'altruisme, la principale, au delà de la mise en oeuvre d'une logique de second ordre, ayant trait à la "spécularité" ou au "paradoxe de la galerie des glaces". L'altruisme implique une attention réciproque dont la réciprocité est infinie.....d'où la difficulté de passer par un réseau collectif ("hole network") et la nécessité de représenter individuellement le réseau interindividuel ("ego network"). En dehors de ce paradoxe, l'altruisme pose un problème classique d'évaluation des choix collectifs. Comment évaluer l'intérêt que porte i à j ? quelle dose d'utilité ? La prise en compte de l'altruisme implique de surmonter le paradoxe de la comparaison interpersonnelle .

Enfin l'altruisme donne lieu à un "sophisme " (Kolm, 1984) en considérant un agent économique comme étant à la fois égoïste et altruiste: il peut être ainsi bienveillant et égoïste (Adam Smith), éprouver à la fois de l'ophélimité (inviduelle) et de l'utilité (sociale) chez Pareto et enfin simuler l'altruisme tout en étant parfaitement égoïste (Becker, 1974,1976).

- II - Formes de l'altruisme, implication et ingérence.

Si l’Autre est neutre, il prend des valeurs économiques (utilité positive ou négative) ou morales (bien ou mal) en fonction de la configuration sociale qui lui est attachée. Une représentation axiomatique permet de distinguer les formes classiques et d'approcher les modalités de l'implication et de l'ingérence.

- 21 -Formes de l'altruisme

Le plus généralement, l'altruisme est défini dans des fonctions d'utilité sur des ensembles continus. En laissant de côté l’hypothèse contestable de continuité, on peut exprimer les formes de l'altruisme par des relations de préférence et introduire la relation d'ingérence. Enfin on peut par des cartes "personnelles" différencier l'altruisme ascendant/descendant, potentiel/ effectif et envisager les risques d'ingérence.

- 211- L’altruisme dans la continuité

En économie l'altruisme n’a été au départ qu’un argument supplémentaire de l'expression de la rationalité individuelle. On peut dédoubler la fonction d’utilité en considérant qu'elle intégre non seulement sa propre utilité mais encore l’utilité d'une autre personne, d'une génération (Cf. l’U* en chaîne du théorème de Barro, 1974) ou plus généralement de l'environnement social. On peut très bien considérer que l'ensemble des utilités possibles est continu et y définir un taux marginal de substitution, un optimum dans la répartition entre égoïsme et altruisme.

Dans le cadre d'une théorie sans valeur morale, on peut poser une fonction "dualiste" , tel Harsanyi (1955): la fonction d'utilité de chaque individu part de ses préférences éthiques. Tout individu a une dimension individuelle, faite de préférences subjectives (Ui) et une dimension sociale (U*) faite de préférences éthiques ("impersonal").

Admettons une fonction d’utilité duale de type Ui = Ui (Ui, U*), (U* étant l'utilité liée à l'environnement social) , la bienveillance s’exprime par dUi ---- > O dU*

La malveillance: dUi ---- < O dU*

On se souvient que la bienveillance selon Kant (1797) tient dans l la satisfaction que l'on prend au bonheur (au bien être) des autres. L'altruiste selon Becker (1976) " veut réduire sa propre consommation afin d'augmenter la consommation des autres" et de façon générale veut réduire " sa propre adaptation afin de favoriser l'adaptation de l'autre" en augmentant son utilité. L'altruiste est donc bienveillant.

dUi Or, l 'égoïsme est assimilé communément à ---- = 0 . dU*

Si l’égoïsme est le fait d’être indifférent à l'autre , alors l'altruisme recouvre le contraire de l'égoïsme, c'est à dire à la fois la malveillance et la bienveillance; donc toute forme de non indifférence à l'autre est une forme d'altruisme.

-212- Une axiomatique de l'altruisme ?

La logique du premier ordre, en Social Choice, utilise généralement un système de foncteurs(R,P,I) ayant trait aux modalités (choix,préférence stricte, indifférence) de choix sur des états sociaux alternatifs (x,y,z) par des individus (i) ou par la collectivité (c) en respectant les usages (connecteurs, quantificateurs) de la logique classique. Les arguments nominaux devraient y être présentés à la suite de chaque foncteur de la façon suivante:

- Pixy: x est préféré par i à y. - Icxy: x est indifférent à la collectivité par rapport à y .

L'intégration de l'Autre d’un point de vue axiomatique peut s'effectuer de plusieurs façons: soit en dédoublant la fonction de préférence entre une préférence individuelle et une préférence sociale, soit en considérerant l'Autre comme un bien contingent de telle sorte que la préférence de l'Autre m'implique (si i consomme alors j investit). Le procédé le plus normal considère une préférence du second ordre P telle que i "préfére sur les préférences" de j.

Pi = Pi Pjxy Pjyx (Il est préférable à i que j préfère x à y plutôt que y à x.

Rien ne permet de supposer pour autant que les préférences de j soient subordonnées à celles de i; cette préférence de i n'est pas encore une ingérence, ni un paternalisme (cf.supra). Les conditions habituelles, en particulier de non dictature et de Pareto- unanimité prendront tout leur sens comme conditions co- ordinales. La théorie du choix collectif comporte de nombreux essais de réparation du théorème d’Arrow par une logique du second ordre; en quantifiant sur les ordres individuels. (Routley, R.1979 : Repairing proofs of Arrow's general theorem). D'une autre façon, Sen (1977, 1994) propose d'intégrer l'éthique dans le calcul économique en établissant un rang sur les rangs, un méta- ordre moral sur les classements individuels des actions possibles.

L'altruisme peut se définir par une relation de préférence entre les dotations de l'autre et les miennes; on peut dès lors admettre les configurations de Nozick (1974): impliquant i (moi) et j (l'autre); cas qui peuvent être formalisés et complétés dans les termes de la logique déductive classique. Soit différentes situations (x,y,w,z) sur lesquelles i émet des préférences (P), des indifférences(I) ou encore une préférence au second degré (P).

L'Autre Moi (j) (i) x a a

y a n'a pas

w n'a pas a

z n'a pas n'a pas

Différentes formes de l'altruisme peuvent être représentées

Est envieux: "i Pizy . Piwz .....(donc Piwy) Est jaloux : "i Pixy . Ii wz Est jaloux (condition faible): "i PiPixy Piwz Est partiellement envieux: "i Pi PixwPiyz Est rancunier : "i Piwx .Piwz Est malveillant : "i Pizx . Piwz .... (donc Piwx) Est compétitif : "i Piwz . Iixz Est bienveillant: "i Pixw Par implication logique, si i est compétitif ou malveillant, il est rancunier; mais il existe des individus envieux qui ne sont pas jaloux (condition faible).

Vous êtes envieux (condition forte au sens de Rawls) en admettant que les situations comprennent deux objets a et b, si vous préférez qu'aucun (soit z) n'ait a et b à une situation y telle que j (l'autre) et non i (pas moi) ait a (situation y) et i (moi) me contentant d'avoir b avec j (situation x).

Ceci peut être formalisé en considérant la matrice ci dessus et chaque rang (x,y,z) pour un objet a ou b. x(a) étant le rang x pour l'objet a, z(y) étant le rang y pour l'objet b.

Dès lors, l'envie au sens Rawlsien (revu par Nozick) s'écrit:

E r ºdef Pi [z (a) . z(b)] [ y (a) . x (b)]

Je préfère que nous (moi et l'autre) n'ayons rien du tout plutôt qu'il subsiste une différence d'attribution telle que je ne puisse avoir a (au profit de l'autre) tout en partageant b.

Tout ceci montre que ma relation à l'autre est construite sur ces implications et que, dans tous ces cas, mon "extériorité" (pour ne pas dire altruisme) n'est pas bienveillante. Ma bienveillance " sacrificielle" sera le seul cas particulier où

"i Pi yx . Ii wz

Je préfére que l'autre ait l'objet , seul ou sans moi... et je suis indifférent au fait que je puisse avoir sans l'autre ou que nous n’ayons rien tous les deux.

La bienveillance faible

"i Pi Pi yx Pi wz

La relation avec l'autre prend son sens dans l’implication (état de nature/ malveillant, contrat social /bienveillant) a priori que l'on pose sur la relation à l'autre. Les relations précédentes peuvent être complétées en reliant les situations de fait à la préférence émise sur elles. Par exemple dans la bienveillance faible:

"i "xy "wz Pi yx . Pi wz É Pi Pi yx Pi wz

Une implication logique ne peut, par définition, être assimilée à un processus causal ou conséquentiel , par exemple que l'altruisme a priori devienne un egoïsme a posteriori. De ce fait, un altruiste qui serait à la fois bienveillant et malveillant n'aurait pas de sens, constituerait un cas d’un "altruisme inconsistant". Il n'est pas besoin de définir une contrainte morale a priori dans la définition du comportement, encore moins dans l'analyse économique. L'"extériorité" et l’intégration de l’autre dans le comportement économique facilitent un raisonnement construit sur l'individu social. Il n'est pas nécessaire de le considérer comme soumis à une contrainte morale mais comme un individu indépendant. On peut reconstruire cet individu social en imposant à la fonction de choix des contraintes de rationalité (transitivité) ou encore de moralité (sincérité , bienveillance). Il est pour le moins singulier que l'on adhère à l’état de nature (malveillant) et que l'on y mette de la bienveillance....que l'on dénonce les contraintes morales a priori (libertarianisme) et que l'on accepte en même temps une contrainte aussi exorbitante que la bienveillance.

L'envie invalide la justice et une longue tradition théorique (Tinbergen, 1953; Foley, 1967, Kolm, 1972; Varian 1974) assimile l’absence d'envie à la justice. L'idée peut être émise que dans un monde d'envieux (s'il n’y a pas de justice) des mesures soient prises afin d'égaliser soit le bien- être des individus soit leurs ressources. Une telle idée est rejetée par Nozick car l'égalité économique ne pourra supprimer l'envie.

L'idée la plus simple de l'envie est qu 'avec deux individus i et j dotés de xi et de xj:

Pi xj xi

L'envie n'est pas forcément négative et malveillante. Elle peut avoir des conséquences multiples soit négatives visant à réduire la dotation de l'autre soit positives en suscitant l'émulation (Schoeck, 1995). Ainsi, l'envie n'est qu'une forme d'implication qui peut donner lieu soit à une émulation personnelle (empathique) soit à une malveillance altruiste.
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