Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1





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Pour mettre mes propos en exergue, je voudrais dire que je fais aussi parade d'une histoire, récente certes, puisque la ZUP de Vaulx-en-Velin existe depuis les années 70, mais il y a eu des éléments très forts et très importants dans ces quartiers-là et qui sont aussi révélateurs du malaise social.

Pour moi, ces questions dans ces quartiers ne peuvent pas être réglées de façon marginale ou à côté de la société car ils sont au cœur de la société française. Ce sont des problèmes centraux. En 1979 déjà, dans un petit quartier qui s'appelle la Grappinière, il y avait eu les premières émeutes urbaines sur les rapports avec une institution républicaine qui est la police. En 1981, vous avez aussi entendu parler des événements des Minguettes à Venissieux. En 1990, rebelote au Mas du Taureau chez nous, et puis par ailleurs dans les banlieues parisiennes il y a aussi eu des événements très importants, qui contribuent à stigmatiser ces quartiers-là.

Le deuxième élément qui nous fait réfléchir, c'est qu'il existe une tendance, une somme de croyances collectives selon laquelle l'État serait incapable d'une expertise impartiale dès l'instant où il s'agit de ces populations-là, de leur histoire, de leur mémoire, et de leur place dans la société française.

Et le troisième élément dont je voudrais aussi discuter avec vous, c'est la "politique de la ville" de manière concrète, avec ses implications et ses applications. Je suis membre d'une petite association de quartier qui s'appelle Agora, elle est née après les émeutes de Vaulx-en-Velin en 1990. Elle s'est d'abord constituée en réaction par rapport à des discours et à des pratiques et par rapport à des postulats qui concernaient la question de notre intégration.

Nous avons créé cette association pour dire que l'intégration ne se posait pas en ces termes, car pour nous on ne sait pas exactement ce que cela veut dire, dans ce sens que les jeunes qui vivent dans ces quartiers sont nés dans ce pays, qu'ils y ont grandi, qu'ils ne connaissent que cette culture. Et vouloir les intégrer dans un dispositif ou dans un schéma particulier (c'est justement la discrimination positive) ranime en place une politique spécifique par rapport à nos problèmes jusqu'au moment où nous serions émancipés. Alors, nous rentrons dans une normalité qu'on appelle le droit commun et serions considérés comme des citoyens à part entière, mais jusque-là, il y a un certain travail à faire.

Ce travail à faire, il date de 1970, ce qu'on a d'abord appelé développement social des quartiers, développement social urbain. C'étaient les nouvelles politiques sociales qui consistaient à émanciper les populations et faire de telle sorte qu'elles soient les acteurs de leur propre développement.

Notre premier engagement a été de constituer cette association pour dire des choses tout à fait simples, voire banales, dans un premier temps. Agora, c'est d'abord un clin d'œil à la Cité grecque, donc à la démocratie, à la citoyenneté, et c'était dire que, pour nous, la citoyenneté c'était d'avoir un minimum de connaissances et d'utilisation de son environnement, que ce soit d'ordre culturel, social, économique, voire ludique. Nous pensons également que si nous voulions arriver à construire cette citoyenneté, il faut que nous le fassions ensemble et que les quartiers ne peuvent pas se transformer si, à un moment donné, les habitants ne sont pas au cœur de ces dispositifs.

Sur ces bases, un peu rapides et un peu naïves, on croyait à beaucoup de choses. Et finalement ces quartiers sur lesquels on vit ont une administration particulière qui empêche l'émergence d'une parole cohérente, organisée et collective qui soit susceptible de s'inscrire dans une vision d'avenir.

Parce que ces quartiers-là, on en parle souvent, on dit souvent que ce sont des zones de non-droit, des lieux où la police ne peut pas rentrer, où tout se délite, où il y a une décomposition sociale très accentuée. Et le premier acte de l'association a été de dire : nous refusons cette vision-là, pour nous, ce n'est pas une fatalité. Et par notre vécu, par notre expérience, par notre histoire, nous pensons que nous pouvons participer à la transformation et donc de véritablement créer une vraie solidarité sur la base d'une vraie citoyenneté.

En disant cela, et en s'organisant de manière à atteindre ces objectifs-là, il est évident qu'on se heurte par la suite à des obstacles d'ordre politique, essentiellement. je veux dire par-là qu'aujourd'hui les élus, du fait de la décentralisation et d'une certaine forme de déconcentration de l'État, ont des pouvoirs extrêmement importants. La réalité locale, c'est qu'il y a une sorte d'instrumentalisation des associations. Le débat est clair: quand on parle de démocratie locale, il y en a pas. Le problème est donc : soit vous êtes avec moi et à ce moment-là les choses peuvent avancer, soit vous êtes contre moi. Voilà à quoi cela se résume.

Quand on parle de la participation des habitants, je suis toujours intéressé par savoir quelle définition on donne à cela. On a créé chez nous ce qu'on appelle des conseils de quartier qui, au début, ont mobilisé beaucoup de gens, mais où on a fini par s'apercevoir que c'étaient des lieux sympathiques où l'on pouvait parler de tout mais où on n'avait pas le sentiment de participer à la décision. Ces conseils de quartier sont devenus des exutoires, des lieux où le pouvoir politique pouvait prendre le pouls de la population. Mais, pour les habitants, le sentiment d'avoir dit un certain nombre de choses et de rentrer chez eux tranquillement sans, que par ailleurs, il y ait suite à cela.

Car il y avait aussi des exigences qui tendaient à dire : "Nous voulons participer parce que nous sommes une association, parce que nous avons des choses à faire, nous avons aussi des idées." Et on s'est rendu compte que c'était une difficulté première.

Je viens aussi d'une ville où on cumule pas mal de handicaps au niveau de l'échec scolaire. J'habite un quartier de 15 000 habitants, où une personne sur trois ne travaille pas. La ville comprend 45 000 habitants avec 25/28 % de la population au chômage. C'est aussi la ville la plus pauvre du département car si l'on prend comme référence le revenu par habitant, on est parmi le plus bas.

On ne réussit qu'à contenir les choses. Car lorsqu'il y a des troubles sociaux, des conflits un peu violents comme on a pu voir chez les agriculteurs, lorsque ces conflits-là ont lieu chez nous, c'est la police qui, bien évidemment, vient gérer ces problèmes-là. Et elle est malheureusement seule parfois à être sur le terrain alors qu'il serait nécessaire que des organismes sociaux soient présents, ou encore simplement des élus.

C'est une ville qui, depuis de nombreuses générations, est de gauche et a toujours été gérée par une majorité socialo-communiste. C'est une ville ouvrière de tradition, une ville populaire qui a toujours été aussi un creuset de l'immigration et où des populations différentes ont su cohabiter convenablement et continuent encore à le faire aujourd'hui.

Donc, c'est une ville qui, malgré tous ses problèmes et tous ses handicaps, a les moyens de s'en sortir. Car je considère que le développement d'une ville se fait avec le concours de la population telle qu'elle est. Or, aujourd'hui nos "chers élus" ne comprennent pas grand chose à ce qui se passe dans les quartiers. Ils ne comprennent pas grand chose parce que c'est une réalité qui ne correspond pas à leur histoire, car ils sont pour la plupart issus du mouvement syndical, associatif, et ont eu un parcours militant jusqu'à l'obtention d'un poste politique. Et en dehors des associations, il n'y a plus beaucoup d'organisations politiques capables de créer une espèce de régulation sociale. Il y a des associations qui, par rapport à leur savoir-faire et à leur attachement aux valeurs de la République, tentent de participer au sens collectif

Et puis, il y a la jeunesse. Nous sommes la ville la plus jeune du département et si l'on parle toujours de la jeunesse désœuvrée, éclatée, qui ne réussit pas, à côté de cela il y a la jeunesse qui réussit, qui se construit. Celle-là, on n'en parle pas, donc on n'érige pas à ce propos-là des modèles, on ne les identifie pas.

Pour moi, ce sont ces deux éléments-là qui sont susceptibles - demain - de constituer quelque chose sur laquelle on peut se baser pour inscrire les choses dans l'avenir.

Intervention de la salle

Je travaille dans une école maternelle à Creil, en ZEP, je voudrais abonder dans le sens de ce que j'ai entendu lorsque je suis arrivée, relativement à la supercherie de la discrimination dite "positive". je peux témoigner sur l'état des écoles dites "discriminées positivement" en matière de sous-équipement pratique. Il faut aller voir les peintures qui tombent, le manque de moyens. J'ai commencé l'année dans un coin où il n'y avait même pas un livre de maths par gamin. Il faut voir ce que cela donne.

D'autre part, concernant le témoignage que je viens d'entendre sur le manque de volonté des immigrés, je m'inscris en faux dans ce domaine. J'ai travaillé pendant cinq ans dans un centre d'études, d'information et de formation sur la scolarisation des enfants de migrants. Ce sont des centres académiques qui , théoriquement doivent contribuer à l'intégration dans le cadre de l'Éducation nationale et travaillent en partenariat avec toute association, toute institution œuvrant dans le même champ.

J'ai aussi travaillé pendant longtemps avec la commission extra municipale des immigrés de la ville. Lorsque des propositions sont faites, comme la création d'un conseil des Immigrés, la démocratie s'engouffre. Et je voudrais citer le cas de ce Marocain qui a été élu sur un programme où il y avait les quatre mots: laîcité, démocratie, tolérance et intégration.

Il a été élu contre des tenants du communautarisme qui demandaient qu'on leur donne de l'argent pour le milieu scolaire, pour des mosquées, tout ce qui était attendu caritativement par la société française.

Dans ce lieu où il y avait eu en 1989 une réception de ces élus immigrés, il est bon de rappeler qu'en ce qui concerne la politique, si on redonnait aux migrants le pouvoir de l'expression démocratique, on aurait peut-être leur parole en direct et non pas celle des gens qui pensent pour eux; il me semble qu'un certain nombre d'études ont été faites, en particulier dans le domaine de l'école, et qui prouvent que les enfants issus de l'immigration ont des résultats égaux, mais si on se souvient qu'un Français a des grands-parents ou arrière-grands-parents d'origine étrangère, cela ne veut plus dire grand chose.

Mais, il y a un réel danger en ce qui concerne l'Éducation nationale depuis que la discrimination dite positive est entrée dans nos murs. Comment concevoir que des enseignants qui touchent dans leur année un mois de salaire en plus argumentent négativement sur ce terrain ?

Sur Amiens, j'ai pu observer, dans les années 70, quand le gouvernement a commencé à réduire les effectifs des surveillants, des professeurs dans le collège où travaillait mon mari, ils ont fait bêtement une grève syndicale, avec parents d'élèves. Ils ont tout bloqué. Résultat : ils ont tellement fait peur à l'inspection académique de la Somme que pendant quinze ans on leur a laissé leurs moyens dont on peut disposer maintenant à condition d'accepter un état des lieux négatif. Or, lorsqu'en 1981 on a proposé à ces collègues de passer en ZEP, ils ont refusé parce qu'ils savaient que leurs élèves produisaient un travail de qualité et qu'ils en étaient fiers. La preuve en est, c'est que lorsque Chevènement a remis le brevet des collèges au goût du jour, un brevet sec, sans dossier scolaire, sans représentation du travail des enseignants, il y avait 65 % de reçus sur Amiens Nord contre 40 % en centre-ville, les "bon chic, bon genre

Si on avait écouté les chiffres, et non pas les représentations, aucun paramètre objectif n'a été mis en place pour la détermination des ZEP, On a laissé entendre que s'il y avait des immigrés ou des enfants d'immigrés c'était négatif Or ces gens, qui n'ont rien d'autre comme héritage que l'effort scolaire, travaillent. Quand j'ai eu des classes d'enfants de migrants, j'avais pour la première fois de ma carrière devant moi des enfants qui en voulaient parce qu'il n'y avait rien derrière eux. C'est un fonctionnement naturel de l'intelligence que de s'exercer dans un cadre qui la libère.

Un intervenant de Villeurbanne

Par rapport à la discrimination positive, on l'imagine comme aux États-Unis, comment étaient les blancs, en France on transpose par rapport à des communautés : Français de souche, ceux qui étaient là, ceux qui sont venus après. Moi je suis d'origine maghrébine, je vis dans la banlieue lyonnaise à Villeurbanne, Entre nous, quand on parle de Maghrébin, ce n'est pas forcément une origine géographique ou ethnique, c'est devenu un terme générique. Un Maghrébin dans une banlieue, c'est quelqu'un qui est arrivé à la suite d'une situation historique et qui cumule pas mal de handicaps. Pour moi donc, un Maghrébin ce peut être un ami togolais, un copain turc. Il ne faut pas le repenser par rapport à une origine ethnique parce que ce terme d'immigré d'intégration ne veut rien dire car nous sommes là depuis pas mal de temps, on vit. Et on ne comprend pas comment on peut dire voilà, ils ne sont là que pour prendre ce qu'on leur donne. Mais ils sont là pour prendre aussi ce qu'ils produisent parce qu'ils sont travailleurs, contribuables. Un cinquième de leur gain, de leur revenu, ils le paient à l'État, ne serait-ce qu'à travers la TVA.

Sinon cette façon d'opposer communautarisme à individualisme, un système anglo-saxon qui a fait faillite, en France cela marche parce qu'on a prôné l'intégration par l'individu à la République tout en produisant des effets néfastes. On essaie de réfléchir à un système intermédiaire. Et quand on se réunit entre nous, qui sommes d'une "culture musulmane" tout en étant dans la République, on dit c'est du communautarisme. Quand ce sont des Polonais ou des Portugais qui se réunissent, c'est du folklore, et quand ce sont des Arméniens, c'est de la mémoire. C'est une nuance qu'on ne comprend pas.

Pour rebondir sur ce que disait notre ami Didier par rapport à la politique de la ville, il y a de la discrimination, de la préférence nationale. Demandez à quelqu'un de Vaulx-en-Velin s’il pourra trouver un travail ailleurs. Car sur place il n'y en a pas et ailleurs c'est encore plus difficile. Il faut qu'il s'arrange pour que dans son CV ce soit l'adresse de sa cousine ou de son copain, qui habitent en dehors.

Le directeur de l'ANPE locale reconnaît qu'à cette institution les entreprises lui demandent d'envoyer des gens de "bonne couleur" ou de "bonne souche" et qu'il se prête à ce jeu tout en le dénonçant comme si c'était devenu normal. Quand on parle de politique de la ville, la discrimination elle est là, il faut aussi la corriger.

Quand on nous oppose la discrimination qui a produit un tel ravage aux États-Unis, moi je suis pour la discrimination positive dans le temps et pour qu'on rattrape certaines injustices. Nos parents sont venus, ils étaient presque d'accord, consentants, c'étaient des ouvriers, des travailleurs agricoles. A leurs enfants on a dit "Allez à l'école" et dans les banlieues il y a pas mal d'enfants qui vont à l'école, qui sont diplômés.

Maintenant on est à l'image de toute la société. On a des délinquants, des professeurs, des ouvriers, des chercheurs, nos chômeurs... mais nous n'avons pas de représentants. On a l'impression qu'on est incapable d'être représentants de nos propres revendications. Ce n'est pas le pouvoir pour le pouvoir, mais il faut être capable d'être dans les sphères où se prennent les décisions qui nous concernent, on en est presque à penser que bien qu'on ait fait des efforts dans cette société, on est incapable d'occuper certaines fonctions, incapables d'être dans certaines institutions, et je ne parle pas ici de "promotion sociale".

Marie-Noëlle LIENEMANN
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