Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1





télécharger 1.03 Mb.
titreProgramme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1
page24/24
date de publication02.11.2017
taille1.03 Mb.
typeProgramme
h.20-bal.com > économie > Programme
1   ...   16   17   18   19   20   21   22   23   24

Sur les communautés : il me semble bien que la République n'a jamais nié d'avoir de la vie communautaire. C'est l'institutionnalisation de la communauté, c'est la substitution de l'organisation communautaire aux autres organisations, collectives qui doivent être garanties.

Par exemple, le débat sur les "Grands Frères", cette théorie selon laquelle ils seraient nécessaires. Et je peux vous raconter une histoire sur les animateurs ; dans les groupes "on" est en questions. Discussion des jeunes d'un quartier qui n'avaient pas de lieu pour se réunir, on se rencontre, on discute, et on convient du fait qu'on va recruter un animateur. Dans certains cas, et c'est même l'inverse, il est arrivé que des jeunes Maghrébins nous disent : .on ne veut pas d'arabe", et je leur réponds : "je ne veux pas entendre çà. je veux un majeur compétent correspondant au projet qu'on a défini en commun. Et sa couleur, ni pour ni contre, on verra en fonction des candidatures". C'est quand même très drôle car ils s'auto dévalorisent à l'image de l'animateur qu'ils ne veulent pas et dans un autre quartier les jeunes disent : "nous voulons un jeune Maghrébin" et je leur fais la même réponse.

La théorie des "Grands Frères" c'est une théorie qui vise à dire que ce sont des gens issus d'un quartier qui vont s'autoréguler comme un territoire fermé parce qu'ils se comprennent, comme si la compréhension entre les êtres ne pouvait avoir lieu qu'à partir du moment où on est de la même communauté. J'appelle cela de l'institutionnalisation. Mais cela ne veut pas dire qu'on n'accepte pas que des gens se réunissent parce qu'ils considèrent qu'ils ont des intérêts communs, qu'ils ont une histoire commune, des revendications communes, et qu'à partir de là ils formulent des projets. Il n'y a pas dans la République de termes où on a interdit (sauf lorsque ce n'était plus la République) le droit de réunion qui doit être reconnu.

L'ambiguïté sur le communautarisme vient souvent de là. Cela ne me choque pas qu'il y ait une association d'Algériens, de Tunisiens, dans ma cité. J'y vais, et je ne les vois pas a priori comme des êtres de subversion contre la République. Mais je suis contre ce qui se fait à Marseille d'un conseil des communautés : vous institutionnalisez. Quand il y le bazar, je ne vais pas voir l'imam ou le prêtre catholique et autres sur le thème : "il faudrait que les communautés s'entendent." J'ai un jeune qui a été tué dans un quartier dAthis-Mons, je l'ai pris comme un enfant un citoyen français. je devais, en tant qu'institution communale et l'État, garantir et le dialogue, le rétablissement du calme, la recherche de la vérité et la justice. Ce n'étaient pas les représentants des communautés que je réunissais pour calmer les esprits. la frontière est toujours délicate à trouver, mais elle est essentielle.

Sur le "on", il y a toujours eu le concept de "on", tous ceux qui sont les opprimés d'une manière ou d'une autre, ou qui subissent une injustice, ont toujours commencé par dire. on", et le "on", c'est souvent ceux qui n'étaient pas directement les opprimés qui ont essayé de théoriser qui ils étaient. Après, il y a eu des analyses, comme l'analyse marxiste des classes, mais quand on regarde objectivement dans les luttes ouvrières ou dans les luttes historiques, le "on" n'a pas toujours été aussi bien défini.

Ce qui me frappe, c'est qu'on renvoie parfois le discours de la République à des gens qui ont le sentiment qu'on est satisfait de l'état de notre République. Très souvent lorsque je discute avec les jeunes des quartiers en difficulté, quand le leur parle de la République, c'est comme si je devais leur faire passer la pilule des injustices d'aujourd'hui comme étant finalement acceptables. C'est vrai qu'il me paraît important de montrer à la fois que la République est un état mais que c'est un combat. Et que la nature même de notre République doit faim débat en son sein. Parce que sinon, on envoie l'impériurn républicain pour dire : "il faut des flics, il faut aller à l'école", mais la République pour garantir le faible, la République pour aider celui qui n'est pas reconnu, la République capable de s'opposer au racisme dans l'embauche...

On n'a pas encore réfléchi aux outils pas simplement théoriques, mais en termes de dialogue avec ces jeunes. Parce qu'on vient pour leur donner "l'ordre républicain", mais pas la " protection républicaine". Et cela commence à être assez dur à vivre sur le terrain.

Pierre-Didier TCHÉTCHÉ APÉA

Pour aller dans ce sens, lorsque le Président vient à Vaulx-en-Velin, il rencontre l'imam, le curé, le maire bien entendu, mais surtout des autorités religieuses. Donc, cela aussi ajoute à la confusion. C'est la première fois que je viens dans ces côtés très fastes de la République, mais si on veut arriver à avancer sur le débat, il faut aussi se dire des choses qui ne sont pas toujours agréables.

J'ai le sentiment fondamentalement parce que, au même âtre que des millions de jeunes ou de familles qui sont dans les banlieues, je n'ai aucun complexe, ni frustration, je suis tout à fait à l'aise.

Mais il n'empêche qu'il y a des questions qu'il faut régler. Il y a eu dans ce pays des événements très importants, qui ont eu des conséquences sur la vie sociale, sur son organisation. On est en plein cœur du débat. On parle de laïcité, c'était le produit de la séparation de l'Église et de l'État. je ne veux pas la réduire à cette seule question mais je veux dire que cela a été un événement important.

Il y a eu l'affaire Dreyfus, dernièrement il y a eu le procès Papon, même si on n'a pas été jusqu'au vrai débat sur Vichy... Mais quelle avancée, quel constat ou enseignement on tire sur les rapports entre la société française et puis ces populations ex-colonisées ?

De quelle manière la France reconnaît ou ne reconnaît pas l'apport de ces populations à sa croissance, à sa construction ?

En 1870, quand il fallait se battre contre les Allemands, à Sedan, c'étaient aussi des Sénégalais, des Maliens, des Marocains, c'étaient ces gens-là qui ont versé leur sang. En 1914-1918 aussi, c'étaient aussi ces gens-là qui étaient au front, qui servaient de chair à canon.

Pendant toute la période de croissance économique, les Trente glorieuses, on allait chercher les gens en Algérie ou au Mali, était-ce par générosité ? Pour les civiliser ? C'était parce que c'était une force de travail, on avait besoin d'une main-d’œuvre pas chère, qu'on allait chercher dans la campagne des gens analphabètes qui n'étaient pas dans une société moderne dans leur pays d'origine.

Henri GUAINO

Sur ces rapports qu'il y a avec ces populations, il y a des questions qui se posent. Il y a des faux débats. Le débat sur l'intégration est un faux débat La question de la laïcité, y compris sur la question de l'islam dans les quartiers, la place de l'islam dans la société française... Il faut aborder ces questions-là de manière frontale. Il faut qu'on se dise les choses en face.

Pour moi, il y a des questions qui restent obscures, qui ne sont pas réglées. Pour moi, la laïcité ce n'est pas seulement créer une organisation, un espace où toutes les minorités, où tout le monde aura sa différence reconnue comme étant égale à l'autre. Ce n'est pas simplement cela. Dans la société, il y a des éléments qui viennent perturber, contrevenir de manière très violente, les valeurs de la République et de la Laïcité.

Quand une entreprise licencie 3 000 personnes du jour au lendemain, et qu'après on vient parler de lâché, de solidarité, et de fraternité, quel sens cela a ? Quand un jeune homme, parce qu'il est de telle origine, prend une balle dans la tête dans un commissariat de police, de quelle laïcité parle-t-on ? De quelle République ? Qui est chargé de quoi, comment ? Ce sont ces choses-là qu'il faut aussi voir, savoir voir, et non pas les vivre par personne interposée, ou par procuration. je ne veux pas m'ériger ici en donneur de leçon ni en moralisateur, mais je crois qu'il faut rentrer dans le fond des choses, et c'est l'histoire. Est-ce qu .1 on s'intéresse aux gens ? Est-ce qu'on s'intéresse à la vie des quartiers ? Est-ce qu'on s'intéresse à leurs problèmes ? Aujourd'hui, qu'y a-t-il sur le terrain ? Il y a des gens qui s'affichent ouvertement antirépublicains. Disons les choses franchement: la préférence nationale existe dans les faits. Cela fait des années qu'on la subit, ce n'est pas simplement aujourd'hui.

Ils sont sur le terrain, ils ont pénétré l'administration locale, les assistantes sociales, les travailleurs sociaux c'est un vrai danger. Et je ne comprends pas cette faiblesse, les gens ont honte de ce qu'ils sont, et abdiquent

Ce qui me frappe, c'est qu'on renvoie parfois le discours de la République à des gens qui ont le sentiment qu'on est satisfait de l'état de notre République. Très souvent lorsque je discute avec les jeunes des quartiers en difficulté, quand le leur parle de la République, c'est comme si je devais leur faire passer la pilule des injustices d'aujourd'hui comme étant finalement acceptables. C'est vrai qu'il me paraît important de montrer à la fois que la République est un état mais que c'est un combat. Et que la nature même de notre République doit faim débat en son sein. Parce que sinon, on envoie l'impériurn républicain pour dire : "il faut des flics, il faut aller à l'école", mais la République pour garantir le faible, la République pour aider celui qui n'est pas reconnu, la République capable de s'opposer au racisme dans l'embauche...

On n'a pas encore réfléchi aux outils pas simplement théoriques, mais en termes de dialogue avec ces jeunes. Parce qu'on vient pour leur donner "l'ordre républicain", mais pas la " protection républicaine". Et cela commence à être assez dur à vivre sur le terrain.

Pierre-Didier TCHÉTCHÉ APÉA

Pour aller dans ce sens, lorsque le Président vient à Vaulx-en-Velin, il rencontre l'imam, le curé, le maire bien entendu, mais surtout des autorités religieuses. Donc, cela aussi ajoute à la confusion. C'est la première fois que je viens dans ces côtés très fastes de la République, mais si on veut arriver à avancer sur le débat, il faut aussi se dire des choses qui ne sont pas toujours agréables.

J'ai le sentiment fondamentalement parce que, au même âtre que des millions de jeunes ou de familles qui sont dans les banlieues, je n'ai aucun complexe, ni frustration, je suis tout à fait à l'aise.

Mais il n'empêche qu'il y a des questions qu'il faut régler. Il y a eu dans ce pays des événements très importants, qui ont eu des conséquences sur la vie sociale, sur son organisation. On est en plein cœur du débat. On parle de laïcité, c'était le produit de la séparation de l'Église et de l'État. je ne veux pas la réduire à cette seule question mais je veux dire que cela a été un événement important.

Il y a eu l'affaire Dreyfus, dernièrement il y a eu le procès Papon, même si on n'a pas été jusqu'au vrai débat sur Vichy... Mais quelle avancée, quel constat ou enseignement on tire sur les rapports entre la société française et puis ces populations ex-colonisées ?

De quelle manière la France reconnaît ou ne reconnaît pas l'apport de ces populations à sa croissance, à sa construction ?

En 1870, quand il fallait se battre contre les Allemands, à Sedan, c'étaient aussi des Sénégalais, des Maliens, des Marocains, c'étaient ces gens-là qui ont versé leur sang. En 1914-1918 aussi, c'étaient aussi ces gens-là qui étaient au front, qui servaient de chair à canon.

Pendant toute la période de croissance économique, les Trente glorieuses, on allait chercher les gens en Algérie ou au Mali, était-ce par générosité ? Pour les civiliser ? C'était parce que c'était une force de travail, on avait besoin d'une main-d’œuvre pas chère, qu'on allait chercher dans la campagne des gens analphabètes qui n'étaient pas dans une société moderne dans leur pays d'origine.

Henri GUAINO

Sur ces rapports qu'il y a avec ces populations, il y a des questions qui se posent. Il y a des faux débats. Le débat sur l'intégration est un faux débat La question de la laïcité, y compris sur la question de l'islam dans les quartiers, la place de l'islam dans la société française... Il faut aborder ces questions-là de manière frontale. Il faut qu'on se dise les choses en face.

Pour moi, il y a des questions qui restent obscures, qui ne sont pas réglées. Pour moi, la laïcité ce n'est pas seulement créer une organisation, un espace où toutes les minorités, où tout le monde aura sa différence reconnue comme étant égale à l'autre. Ce n'est pas simplement cela. Dans la société, il y a des éléments qui viennent perturber, contrevenir de manière très violente, les valeurs de la République et de la Laïcité.

Quand une entreprise licencie 3 000 personnes du jour au lendemain, et qu'après on vient parler de lâché, de solidarité, et de fraternité, quel sens cela a ? Quand un jeune homme, parce qu'il est de telle origine, prend une balle dans la tête dans un commissariat de police, de quelle laïcité parle-t-on ? De quelle République ? Qui est chargé de quoi, comment ? Ce sont ces choses-là qu'il faut aussi voir, savoir voir, et non pas les vivre par personne interposée, ou par procuration. je ne veux pas m'ériger ici en donneur de leçon ni en moralisateur, mais je crois qu'il faut rentrer dans le fond des choses, et c'est l'histoire. Est-ce qu .1 on s'intéresse aux gens ? Est-ce qu'on s'intéresse à la vie des quartiers ? Est-ce qu'on s'intéresse à leurs problèmes ? Aujourd'hui, qu'y a-t-il sur le terrain ? Il y a des gens qui s'affichent ouvertement antirépublicains. Disons les choses franchement: la préférence nationale existe dans les faits. Cela fait des années qu'on la subit, ce n'est pas simplement aujourd'hui.

Ils sont sur le terrain, ils ont pénétré l'administration locale, les assistantes sociales, les travailleurs sociaux c'est un vrai danger. Et je ne comprends pas cette faiblesse, les gens ont honte de ce qu'ils sont, et abdiquent

J'ai entendu Fabius dire : "Écoutez, il pose quand même de bonnes questions, même s'il apporte de mauvaises réponses." On a entendu de gens parler de "seuil de tolérance". On a entendu dire: "Oui, je suis républicain et démocrate, mais on a les mêmes valeurs que le Front national." Il y a de la part des gens qui nous gouvernent, des responsables de ce pays, à un très haut niveau, une certaine responsabilité.

On a fait de la question de l'immigration avec tous les amalgames qui lui sont inhérents, une question politique. Et ils en ont fait un consensus. Et aujourd'hui vous allez dire aux gens: "Écoutez, soyez généreux, acceptez..." Mais qui va accepter çà ? On est dans une situation de crise...

Le problème de l'intégration est, qu'on le veuille ou non, dans ce pays, un vrai problème. je vais même plus loin, je ne parle pas d'intégration, je parle d'assimilation au sens où la République, depuis toujours, dans un immense effort de respect de l'autre, comme dans un immense effort de respect de la citoyenneté - une et indivisible - a cherché à assimiler tout le monde, dans le même creuset. je crois que la République n'est pas un régime de laxisme, la République est un régime d'autorité parce que cette assimilation ne va pas de soi. Elle est exigeante à la fois pour ceux qui prétendent devenir des citoyens, comme pour ceux qui sont chargés de les accueillir.

Je ne suis pas fils d'immigré, mais je suis Provençal. C'est arrivé aux petits Bretons et aux petits Provençaux, il y a moins d'un siècle, ils ont été intégrés dans la République. Ils l'ont été par des moyens pas toujours très souples et finalement je considère que c'était vis-à-vis d'eux, à travers la discipline de l'École républicaine, et à travers le service national, une forme de respect très grande.

Alors, on a dit que le modèle républicain est trop défaillant pour qu'on puisse le promouvoir, pour qu'on puisse en faire l'apologie sans nuance. je voudrais dire que ce n'est pas le système républicain qui est défaillant, ce sont aujourd'hui ceux qui seraient normalement en charge de le conduire qui sont défaillants. Le modèle républicain précisément n'est plus sous nos yeux. Ce qui se passe n'est pas la République. La République, ce n'est pas un état donné, c'est un combat c'est un projet, et ce projet il n'est pas en train de progresser, il est en train de régresser, parce qu'il y a une offensive idéologique qui est fortement contre la République.

J'ai entendu un sociologue de renom me dire un jour, au cours d'une table ronde : "la République, c'est le nouveau slogan de l'extrême droite". Cela résume assez bien quel est l'état de la question. Et la réponse à cette question est le préalable à tout le reste, qu'on le veuille ou non.

Évidemment, la République suppose que ceux qui sont en charge de la faire vivre le fassent effectivement. Cela suppose aussi que non seulement le creuset scolaire soit un creuset efficace, qu'on lui donne les moyens de l'être, et qu'on ne se réfugie pas dans la fiction perverse des ZEP, ou de la discrimination positive. Cela suppose aussi qu'on fasse reculer le chômage.

Car, croyez-moi, lorsque le déséquilibre sur le marché du travail n'est plus totalement en faveur des employeurs, eh bien ils sont beaucoup moins regardants à l'origine sociale, géographique et ethnique des gens qu'ils emploient. En revanche, dans la situation dans laquelle nous nous trouvons, il est clair qu'ils peuvent choisir. Mais ils font de la discrimination pas seulement raciale, ils font aussi de la discrimination sociale. Quelqu'un qui a été sur le marché du travail pendant deux ou trois ans a très peu de chance de retrouver un emploi conforme à ses capacités, car on préfère prendre quelqu'un qui est tout neuf, qui sort de l'université, ou qui sort de sa formation initiale.

Pourquoi s'encombrer de quelqu'un d'autre ? Pourquoi s'encombrer de quelqu'un qui n'a pas de qualification pour occuper un emploi non qualifié, alors qu'on a quelqu'un qui en a une ? Et qui va chasser le non-qualifié. Donc la discrimination est aussi liée au fonctionnement de notre économie, au fonctionnement de notre société. Et le problème c'est que nous avons mis nous-mêmes en faillite le modèle républicain, en faillite le creuset républicain, en faillite le modèle d'assimilation, ce n'est pas pour autant qu'il faut se satisfaire qu'il faut se plier et se soumettre à cette faillite, jeter le bébé avec l'eau du bain, et se dire "on va chercher quelque chose" entre la discrimination positive et le modèle républicain. Modèle qui a des défauts: l'homme, le citoyen, seul, face à l'État écrasant et terrorisant : néanmoins il avait aussi beaucoup de vertus. Moi je suis content d'être un citoyen d'une République, d'être un citoyen en dehors des communautés, d'être un citoyen en dehors de mes propres croyances religieuses, de mes propres origines historiques. La Provence est française depuis Louis XI, ce n'est pas si vieux, je me sens quand même très français.

Voilà, je me sens français et citoyen, avant de me sentir catholique, provençal, gaulliste. La République c'est cela. Quand on commence à prendre ses aises avec ces principes, on se retrouve dans la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui.

C'est-à-dire une situation qui finit par être une impasse tragique et il ne suffit pas de sauter sur sa chaise en disant: "le Front national c'est honteux", il ne suffit pas de sauter sur sa chaise en disant: les Français sont de plus en plus racistes. Il faut bien voir qu'entre le modèle d'intégration républicaine et le fascisme, aujourd'hui il n'y a plus rien sinon la barbarie du marché, mais elle nous conduira plutôt du côté du fascisme par la révolte sociale, qu'elle ne nous conduira du côté du modèle républicain.

Revenons aux principes élémentaires, la question est: voulons-nous tous, oui ou non, revenir aux principes de la République, notamment au principe d'égalité ? La discrimination positive, pardonnez-moi, ce n'est pas la seule réponse possible à l'inégalité, bien au contraire. La République aujourd'hui, enfin ce qu'il en reste, ce qui parie encore de la République, elle fait les ZEP, avant elle faisait les bourses. Cela ne marchait pas si mal. Il y a une manière républicaine de répondre à l'inégalité sans créer un statut à part et en essayant de redonner à chacun les conditions correctes de l'exercice de la citoyenneté. On n'est pas obligé de faire des statuts, on n'est pas obligé de faire la citoyenneté flexible, la citoyenneté à géométrie variable ni de reconnaître les communautés, ni de s'en remettre à celles-ci. S'en remettre à celles-ci à la demande des habitants des quartiers, à la demande des autorités publiques et même des États.

Tous les élus ne sont pas comme Marie-Noëlle Lienemann. J'en ai vu qui préfèrent l'ordre islamique l'ordre des trafiquants plutôt que le désordre. C'est contre cette défaillance-là qu'il faut lutter et on ne peut lutter contre cette défaillance qu'au nom de quelques principes clairs.

Oui ou non, voulons-nous renouer avec le creuset républicain, avec le principe d'égalité, avec la lâché, sans aucune concession ? Est-ce que tout le monde est prêt à lutter pour ces valeurs-là ? Ceux qui étaient là avant comme ceux qui sont venus après, oui ou non. Sinon, croyez-moi, le problème sera tranché.

Dans ce pays, il n'y a pas de possibilité, il n'y a pas d'issue à la juxtaposition de communautés fermées les unes aux autres. Dans ce pays tel qu'il est, tel que l'histoire l'a fait, si on va vers la juxtaposition, on va vers la guerre civile de ces communautés (applaudissements).

Philippe COHEN

Beaucoup de choses ont été dites, mais je retiens quand même de cette discussion qu'au fond, collectivement je crois que nom avons peut-être eu tort de défendre l'idée d'intégration plutôt que celle d'assimilation.

Je me pose la question de savoir si d'une certaine manière le camp républicain n'a pas été trop sur la défensive de ce point de vue, parce que l'assimilation pouvait être quelque chose de normal.

C'est-à-dire un alignement général, alors que l'expérience de la France contemporaine montre justement que le principe d'assimilation n'était pas l'adoption d'une norme, il pouvait s'effectuer dans le respect des cultures, des religions, simplement par la définition, d'un comportement civil et d'adoption d'un droit commun entre les gens. Et donc, d'une certaine manière, je trouve qu'assumer le clivage assimilation versus intégration, qui est un concept qui me paraît confus, est peut-être quelque chose à retenir et à défendre. Bien sûr, on peut être d'accord avec Henri Guaino ou Marie-Noëlle Lienemann quand elle parlait de cet élève de BTS, c'est quelque chose de fondamental qui nous est posé parce que là, l'énoncé du principe ne suffit pas manifestement. Et c'est là où on trouve notre limite parce que quelle est la conséquence du constat qui peut être fait qu'un élève de BTS, parce qu'il est Arabe, n'arrive pas à trouver la place qui lui revient sur le marché du travail ? La conséquence est évidente, c'est que de plus en plus - et on le sent déjà - il va y avoir des appels à dire, "eh bien, puisqu'on est rejeté, sauvons-nous nous-mêmes. Faisons des entreprises de Maghrébins pour les Maghrébins, constituons des marchés de service à côté". Et on sent bien cette alternative-là arriver de plus en plus.

Et si on n'a tien d'autre pour répondre à cela, qu'à rappeler les principes. Je crois que là aussi, on se prépare à avoir des batailles très difficiles. Cela veut dire qu'il faut qu'on sorte de cette logique qui consiste simplement à rappeler des principes et qu'on passe des principes aux alternatives dans un certain nombre de domaines.

J'ai trouvé très intéressant que Marie-Noëlle Lienemann nous dise que, du point de vue de la hiérarchie des valeurs qu'elle défend, la République vient devant, et ensuite, il y a le clivage droite / gauche dans un certain nombre de cas. Je crois que c'est fondamental qu'il y ait un consensus entre nous là-dessus. Et je voudrais dire que lorsqu'on a fondé l'association pour la Fondation Marc-Bloch, beaucoup de gens disaient: "Oui, mais c'est du syncrétisme. On réunit des gens de droite et de gauche..."Je rappellerai une formule qui a été dite lors d'une réunion, c'est l'idée qu'on mène un combat commun pour que, après avoir rétabli la République dans ses droits et son fonctionnement, libéraux et marxistes puissent paisiblement continuer à s'affronter comme ils le faisaient avant. C'est au fond cela la logique des combats transcourants. Mais Je crois qu'elle s'impose, car en face c'est exactement ce qui se passe. La Fondation St-Simon par exemple n'est rien d'autre qu'un consensus qui se réalise entre la droite et la gauche libérale.

Et je crois qu'en effet, les choses n'avanceront maintenant que si on est capable de passer de la défensive à l'offensive et d'aller vers des choses plus concrètes au niveau des propositions sur un certain nombre de terrains.

Marc RIGLET

Je serai un peu moins désolé que toi sur le mot "intégration" car enfin c'est vrai qu'il y a trois stades. Il y avait l'insertion, l'intégration et l'assimilation. Je partage le regret de ne pas avoir été directement à l'objectif et de retrouver les principes qu'exprime le mot assimilation et, en même temps, souvenons-nous que par rapport à 1982-83, le droit à la différence, le mot qui tenait le haut du pavé était celui d'insertion, c'est-à-dire le plus bas degré de l'échelle de la conception intégrationniste de la République.

Il est vrai que le mot assimilation à raison de son usage totalement inauthentique en Algérie était assez peu approprié...

Henri GUAIN0

Justement, le problème de l'Algérie ça a été l'échec total de l'assimilation, mais c'était un objectif en soi qui aurait pu être un très bel objectif.

Marc RIGLET

Mais qui se heurtait à la situation coloniale, aux principes mêmes de la République, et difficilement réductible.

Henri GUAINO

Qui se heurtait pour beaucoup à la manière dont se sont comportées les populations d'origine métropolitaine, la manière dont ils ont conçu leurs rapports qui n'étaient pas de civilisation, mais bien autre chose. Juste une petite remarque : cela ne suffit pas de rappeler les principes, mais d'abord il n'y a pas de politique possible sans un rappel clair et une référence claire des principes, et d'autre part ce qui nous manque c'est une politique républicaine. Cela n'est pas qu'une politique de la protection sociale ou une politique de l'éducation, c'est aussi une politique économique.

Quand on aura compris à quel point les racines de ce qui nous arrive sont de nature économique, alors on pourra parler de la solution alternative. Cela a un rapport étroit avec les quartiers, mais aussi dans les quartiers riches. La ségrégation sociale n'est pas seulement entre des quartiers et des écoles Il y a un rapport avec cela et les politiques de déflation, les politiques de restrictions, les politiques de rentes.

Encore une fois, quand le rapport sur le marché du travail est totalement déséquilibré par un chômage de masse en faveur des employeurs, il est clair que toutes les formes de discrimination sont au bout. On ne résout pas ce genre de problème en faisant des lois contre la discrimination.

Ou pire, en faisant ce que réclamait la Commission consultative des Droits de l'Homme, c'est-à-dire en commençant à évoquer l'idée qu'on va instaurer des quotas ethniques à l'embauche dans les entreprises. On ne peut résoudre raisonnablement ce problème dans la République qu'en renouant - d'une manière ou d'une autre - avec le plein emploi.

Une intervenante de la salle

Je voudrais rebondir sur un propos qu'a tenu Philippe Cohen dans son intervention. Il a cité Martine Aubry en disant : "Il faut démocratiser la République." Et vous avez ajouté, me semble-t-il, il faut d'abord donner tout son sens à la République.

J'ai envie de vous demander ce qu'est que de "donner tout son sens à la République", parce que si la République c'est effectivement l'égalité, il me semble que c'est aussi la fraternité. Et je résume un peu ce mot en deux idées. La fraternité, c'est se préoccuper déjà de l'autre et de l'autre en tant que différent. je ne vais pas revenir sur le débat : intégration / assimilation et insertion.

Mais la fraternité, c'est aussi la reconnaissance de l'autre, en tant qu'il a des difficultés, en tant qu'il est particulièrement déshérité. Cela suppose donc une certaine solidarité. Et j'ai du mal à faire la différence entre la notion d'équité et la notion de solidarité.

Je relèverai deux exemples qui ont été cités à la tribune : c'est l'effet sur le revenu dont la progressivité, et je suis d'accord avec Marie Noëlle Lienemann. Tricoteuse ou pas, il est correspondant à la notion d'équité et non pas de solidarité. Même si sa progressivité est insuffisante. je ne reprends pas le problème des ZEP, mais M. Guaino a parlé des "bourses", cela répond à la notion d'équité. je suis tout à fait d'accord avec l'idée que si nous étions tous égaux, nous n'aurions pas besoin d'être solidaires. Effectivement, la recherche de l'égalité, c'est pour essayer qu'il n'y ait plus de différenciation discriminante socialement. J'entends bien cela, mais il me semble qu'opposer l'équité à l'égalité un faux débat.

Quand un organisme est malade, on traite le symptôme. je sais bien qu'à force de faire tomber la fièvre on ne s'aperçoit pas que la maladie continue. Mais lutter contre la maladie ne signifie pas qu'on laisse le malade en souffrance.

Est-ce que l'équité, ce n'est pas soigner le symptôme, ce qui n'empêche pas de se battre pour une plus grande égalité ?

Philippe FOUSSIER

Pour répondre à une dame qui s'interrogeait sur la solidarité et la charité, question qui ne m'était pas directement posée, j'aimerais bien répondre de la façon suivante Je crois que l'équité ce n'est pas la solidarité et je crois que c'est plutôt la charité institutionnalisée. je voudrais apporter une note d'optimisme par rapport aux discriminations positives, ces corollaires de l'équité. Lorsque je vois qu'hier, la Conférence de la famille nous a donné quelques satisfactions, comme le rappelait Marie-Noëlle Lienemann. J'ai retenu dans l'actualité récente des motifs de satisfaction par rapport aux limites et aux dérives de l'application du principe d'équité. Dans deux domaines, qui se recoupent d'ailleurs, et qui sont la politique de la ville et l'aménagement du territoire. On pourra discourir sur le fait de savoir si l'aménagement du territoire peut se voir appliquer le principe d'équité. En tout cas, je retiens une chose, c'est que dans la politique d'aménagement du territoire qu'on connaît depuis un certain nombre d'années, cette politique a consisté dans les faits à multiplier les formes de zonage, on peut en relever des dizaines. Un rapport commandé à jean Auroux et qui a été remis au ministre la semaine dernière note l'aberration totale que constitue cette politique de zonage dans l'aménagement et propose qu'on en revienne à des principes beaucoup plus simples et qui relèvent beaucoup moins de cette discrimination positive permanente.

Deuxième motif de satisfaction, c'est la publication du rapport Sueur (un autre ancien ministre) sur la ville. C'est d'autant plus satisfaisant qu'il fait le bilan de la politique de la ville qui est récente en France. Sueur et les rapporteurs de ce document s'interrogent sur le fondement doctrinal, conceptuel de la politique de la ville, et ils sont d'une extrême sévérité, pour ne pas dire d'une extrême cruauté à l'égard du principe de discrimination positive appliqué à la ville. Sueur va même jusqu'à proposer l'application du principe strict d'égalité.

Nous sommes un certain nombre à être partisans de l'égalité, en tous cas dans cette salle, je crois qu'il nous revient lorsqu'on a constaté les dérives, les limites et les aberrations de la discrimination positive, de conduire le débat de réorienter les choses en direction de l'égalité et non pas dans d'autres directions qui pourraient éventuellement se faire jour.

Je voudrais aussi évoquer une autre petite dimension, c'est sur le principe même de la discrimination. A partir du moment où on rentre dans ce principe, le problème est que l'on met le doigt dans un engrenage dont on sait où cela commence et on ne sait pas très bien où cela se termine, d'une part Et deuxièmement, qui définit la discrimination ? John Rawls, cité tout à l'heure, le théoricien américain de l'équité, estimait pour étayer son propos qu'il "y avait des inégalités qui étaient justes et d'autres qui sont injustes". Alors, j'aimerais bien savoir qui décide quelles inégalités sont justes, et quelles autres ne le sont pas ?

Lorsque Mme Segolène Royal décide que l'on doit créer une ZEP dans tel quartier, on peut discuter sur le détail, J'ai plutôt confiance car je me dis qu'elle a une conception démocratique des choses, même si cela ne correspond pas tout à fait à mes principes, ma foi il y a pire. En revanche, lorsque Mme Mégret définit une discrimination à l'égard d'un enfant en fonction de la couleur de sa peau, nous avons là l'aberration du principe de discrimination.

On pourra dire que la Mairie de Vitrolles fait une interprétation erronée de ce dont nous parlons, mais à partir du moment où nous rentrons dans une logique où nous acceptons les discriminations et la multiplication des discriminations, nous entrons dans un système où tous les dangers sont sous nos pieds.

Marie-Noëlle LIENEMANN

Cela dit, on voit bien que l'inscription dans les textes des droits ou même du principe d'égalité, ne veut pas dire l'égalité de fait, et le droit reconnu. Mais, à partir du moment où on l'écrit dans le texte, la puissance publique a l'obligation de mettre en place le système qui doit le garantir. C'est vrai qu'on s'est habitué à cette érosion des droits. Je pense que le camp républicain doit non seulement s'attacher à actualiser le modèle, mais à réfléchir aux nouveaux droits qu'une république contemporaine doit garantir. Je vous rappelle que le droit au logement n'est toujours pas dans la Constitution. Et pour le coup, je trouve quand même plus facile de garantir le droit au logement avec tous les bémols que l'on peut mettre, qu'à garantir le droit au travail.

Moi, ce qui me préoccupe, c'est la remarque de Madame qui disait : "au fond est-ce que l'équité n'est pas une synthèse entre la fraternité et l'égalité ?"Je crois qu'on a une bataille de mots, les mots ont leur importance. Tout le monde s'est bien attaché à expliquer que c'était le principe d'équité substitut au principe d'égalité qui n'était pas acceptable et que bien sûr on est pour des traitements équitables dans certains cas. Ce n'est pas la même chose que la substitution.

Mais il y a des batailles de mots qui finissent par avoir un sens culturel dans la longue durée. Si on laisse s'infiltrer partout le mot "équité" il finira par avoir une valeur substitutive pendant que le mot "égalité" devient tabou. Parce que dès que c'est égalitaire, c'est quasiment bolchevik, autoritaire et totalitaire. La même chose pour "solidarité". Ce n'est pas comme fraternité. La fraternité, vous regardez l'autre. D'abord dans le triptyque de la République, c'est le seul qui ne réfère pas directement à l'action publique. On ne décrète pas la fraternité. On peut garantir la liberté, l'action publique peut se déployer pour aller vers l'égalité, mais la fraternité est plus une application individuelle. C'est un juste équilibre, la République n'est pas que l'État, c'est la société et l'État, le citoyen et l'État, et donc, dans ce concept de fraternité, ce qui me frappe c'est que le concept du regard sur l'autre n'est pas posé de la même manière.

Quand vous êtes solidaire, vous pensez que l'autre est effectivement différent et comme vous le disiez, il faut s'attacher à s'occuper des plus faibles. C'est ce que vous privilégiez dans le regard, c'est ce que vous devez donner à l'autre pour qu'on soit solidaire. Tandis que dans le concept de fraternité, il y a le concept de différence, mais ils appartiennent à la même communauté de destin. Et ils sont égaux dans cette communauté. Ce n'est pas dans un rapport bilatéral d'individus qui sont différents, c'est un cadre plus large d'une communauté dans laquelle les individus organisent des rapports entre eux.

Et je trouve qu'il ne serait pas inintéressant que le camp républicain, que tous ceux qui essayent de redonner un sens à la République, travaillent sur ce concept parce qu'il faut le faut le redécliner de façon contemporaine. Il faut prendre de front les concepts énoncés par les autres : équité plutôt qu'égalité, solidarité plutôt que fraternité. Et c'est l'éternel concept de la responsabilité qui est du genre "il faut responsabiliser les gens".

Vous remarquez qu'on demande beaucoup plus de responsabilité aux faibles qu'aux puissants. Dans les temps qui courent, il faut responsabiliser les parents d'enfants délinquants, mais pas du tout responsabiliser une série de gens qui détruisent le tissu social et qui restent tranquillement à l'égard de toute responsabilité individuelle.

De mon point de vue, il faut qu'on essaie de travailler ce concept de fraternité, c'est aussi ce qui va ramener au concept de civisme. Sinon l'idée de civisme sera celle d'imperium, de morale. Il y a cette fonction de morale républicaine, mais dans le civisme il y a plus. Il y a le fait que chaque citoyen est comptable de ce qui va se faire dans la République et pour la République.

Par exemple, sur la Sécurité sociale, je considère que la fraternité consiste à dépister, non pas aller cafter le voisin qui tire sur la vache à lait, mais à réfléchir sur cette manne considérable que sont les gaspillages dans le système, parce qu'on n'a pas la vigilance citoyenne pour essayer de dénoncer les dysfonctionnements qui coûtent cher. Et qui ne règlent pas les problèmes de qualité des soins. J'achèverai mon propos sur l'impôt sur le revenu. Alors là, il y a un contresens complet, à croire que parce que l'impôt est progressif il est équitable. C'est au nom de l'égalité que les républicains ont voulu que l'impôt soit progressif, car l'égalité ne veut pas dire qu'il n'y ait pas redistribution des richesses et une juste participation de chacun en proportion de ses facultés respectives. C'est-à-dire dans une logique qui vise à combler les inégalités sociales par une redistribution de l'impôt qui doit à la fois les atténuer, et permettre la juste participation de chacun.

La progressivité de l'impôt n'est pas un traitement équitable. D'ailleurs il y a une certitude, c'est que ceux qui sont pour l'équité sont pour qu'il n'y ait plus d'impôt sur le revenu. Donc, vous pouvez être certains que ce concept ne les satisfait pas du tout et qu'il ne le revendique pas.

En tout cas, merci pour l'organisation de ce colloque et j'attends des prolongations.

Philippe COHEN

Très rapidement car beaucoup de choses ont été dites. Pour revenir à ce que vous avez évoqué tout à l'heure à propos d'équité et de solidarité, cela me rappelle le propos qu'avait tenu un ami qui a 'Une "certaine qualité de vie" et qui me disait : "au fond, la manière dont je vis... on me donnerait une franchise de sécurité sociale de 1500/2 000 francs par an je ne trouverai rien à redire et je trouve rai cela tout à fait normal". Et c'est une proposition que l'on retrouve souvent, c'est un peu la même idée que les allocations familiales. Évidemment vous allez me dire "quel geste magnifique de solidarité". Sauf que lorsqu'on rentre dans ce type de processus on est dans un engrenage qui est terriblement pervers. Pourquoi ?

Parce que ce qui caractérise nos systèmes de protection et nos systèmes économiques aujourd'hui, c'est la mise en scène et l'organisation, je dirai, de la pénurie. Car il s'agit bien d'organiser une pénurie qui, en réalité, n'existe pas. Car la croissance, malgré la politique nullissime macro-économique menée depuis quinze ans en France au point de vue monétaire, cette croissance a continué. C'est une pénurie organisée.

Qu'est-ce qui se passe dans ce genre de système ? C'est qu'une fois que les gens ne paient plus pour eux mais pour les autres, eh bien ils vont demander à payer de moins en moins. C'est parfaitement logique puisqu'ils ne bénéficient pas de la prestation et que le système ne les rassemble pas. J'irai plus loin. Qu'est-ce qui fait au fond que simplement l'impôt sur le revenu est aujourd'hui frappé d'illégitimité ?

Tout simplement le fait que la moitié de la population ne le paye pas, qu'elle ne contribue pas à la citoyenneté de ce point de vue-là. Malheureusement on n'a jamais trouvé un pouvoir politique assez courageux pour le faire, mais je crois que le rétablissement de l'impôt sur le revenu dans sa progressivité est nécessaire. Aujourd'hui, l'impôt sur le revenu, c'est 20 % des recettes de l'État alors que cela devait dépasser la moitié il y a une génération. Et ce n'est évidemment pas sans conséquence lorsqu'on ne rassemble plus les citoyens autour du fait de quoi payer l'école, la justice, la police, etc. Et en plus, cela contribue à masquer un certain nombre de mesures parce que la TVA et les autres sources fiscales sont beaucoup moins identifiables et identifiées.

C'est-à-dire que le regard que des riches, ou même des classes moyennes, peuvent porter sur le reste de la population, c'est: "vous, vous ne payez pas d'impôt", ce qui n'est pas vrai. Ils paient tous des impôts, mais ils ne sont plus identifiés comme tels. Et je crois que les conséquences de ce processus sont extrêmement graves.

Pierre-Didier TCHETCHE-APÉA

Si vous me le permettez, simplement sur ce point-là, je pense qu'on en sortira si à l'intérieur de la ZUP, c'est-à-dire des gens qui vivent cette situation-là, des familles, des hommes et des femmes, par leur mobilisation, par leur participation, par leur prise de conscience d'un environnement sur lequel ils peuvent avoir une influence... Pourquoi je disais, tout à l'heure, que pour moi les débats sur l'intégration étaient caducs, enfin qu'ils ne se posaient pas de cette façon-là ? On parle d'intégration, OK, l'action logement, à la formation, au travail ... pour moi, c'est ça l'intégration.

Henri GUAINO

Le problème essentiel c'est une très grande fracture politique dans ce pays. Il y a beaucoup de gens qui pensent que le problème des quartiers trouvera sa solution dans les quartiers, que le problème de l'emploi trouvera sa solution dans la politique locale de l'emploi, que les problèmes de la société française trouveront leurs solutions dans les micro-territoires et dans les micro communautés.

J'ai le regret de dire, très fortement et de façon très convaincue, que cette position nous mène au désastre parce que la force destructrice des politiques publiques, la force destructrice qui vient de l'extérieur de ces communautés restreintes est telle que personne ne peut y résister. On peut avoir sur le terrain les meilleures volontés du monde, on peut avoir les meilleurs éducateurs, les meilleurs animateurs, les meilleurs promoteurs d'emploi, ça ne changera rien.

Si dans cette société on fait tout par ailleurs pour détruire l'emploi et pour détruire le lien social, personne à son niveau micro-économique, ou micro-social, n'arrivera à reconstituer ce que par ailleurs on détruit. Il faut se mettre ça dans la tête et c'est précisément là que la République commence à ne plus exister quand chacun, replié sur ses propres problèmes et sur ses propres difficultés, ce qui est parfaitement légitime et compréhensible dans une société de pénurie, et considère que ses problèmes ne sont pas ceux des autres, et qu'ils ont une solution spécifique, nous n'arriverons jamais à résoudre le problème de la société française. La République ça commence par-là.

Cette parenthèse étant fermée, je voudrais revenir un instant puisque c'était l'objet de notre débat sur ce terrible problème de l'équité et de l'égalité. Personne n'a jamais dit qu'il n'y avait pas d'équité dans la République. Mais encore une fois, ce sont deux choses radicalement différentes de regarder le principe directeur sur lequel on fonde le droit et la politique et la conception de la citoyenneté, parce qu'on ne peut pas séparer ce problème de celui de la citoyenneté.

Alors, on peut toujours se dire que la politique n'a rien à voir avec l'idée qu'on se fait de la citoyenneté, ni avec les grands principes, mais ça n'est pas vrai. Parce que derrière l'idéologie d'équité, aujourd'hui il y a une conception de l'homme, il y a une conception de la société, il y a une conception de la citoyenneté qui n'est pas du tout celle de la République.

Dans la République, encore une fois, l'égalité c'est un principe directeur, l'égalité c'est une règle de conduite. J'administre en équité, je juge en équité, mais ce n'est pas pour autant que la loi doit être différente pour les uns et pour les autres.

Dans la République, l'égalité devant l'école, c'est que l'école soit gratuite, obligatoire et pour tout le monde. Que tout le monde ait la même qualité d'enseignement, les mêmes professeurs, les mêmes outils pédagogiques. Pour ceux qui ne peuvent pas, alors par ailleurs et de surcroît, on leur donne des bourses. Mais on n'en fait pas des citoyens à part dans des zones à part dans des réserves. Ça, c'est quelque chose de tout à fait essentiel. Le Jour où vous ferez payer l'école, le jour où vous ferez le ticket modérateur en fonction du revenu, alors ce jour-là vous aurez cassé non seulement la philosophie de la République et son système de valeurs, mais son pacte politique et sociologique.

J’y reviens, c'est ce que disait Philippe Cohen, mais c'est essentiel. Il y a une volonté de casser ce pacte politique qui est indispensable de la République. De même que la République est indissociable de la notion de progrès. Il n'y a pas de République sans progrès économique et sans progrès social. La République est totalement incompatible avec la pénurie, avec le rationnement et avec la rareté.

Si on abandonne l'idée de progrès économique et de progrès social, c'est-à-dire l'idée de développement au sens large, c'est-à-dire le développement de la richesse, le développement des biens matériels et immatériels, culturels et économiques... si on abandonne cette idée d'expansion et de développement, alors il n'y a plus de République possible.

Et quand on organise délibérément la pénurie et le rationnement on est sûr de tuer la République. On est sûr qu'au bout du compte il n'y a plus du tout de principe d'égalité, il n'y a plus du tout la citoyenneté républicaine. Il n'y a plus que cette équité et cette discrimination qui fait qu'on prend un peu aux riches pour donner un peu aux pauvres, de façon à ce que les pauvres fichent la paix aux riches. Ce n'est pas la citoyenneté républicaine. La citoyenneté républicaine, c'est que tout le monde est dans la cité au même titre, avec la même dignité. Il a droit à la même école et dans la même situation il paie le même impôt. Et devant le service public, il est égal. Et on reçoit de la même manière, dans la même ANPE normalement, non pas des "clients" comme disait M. Bon, non pas des usagers, mais des citoyens. Et ça a une portée profonde. La République c'est à la fois un système de valeurs qui se décline dans un système de lois, de règlements, mais aussi dans une exigence morale de tous ceux qui ont à la faire vivre.

Le problème de l'équité, tel qu'il est aujourd'hui, dans l'usage qu'on fait aujourd'hui de ce mot-là, il signifie tout simplement qu'on a renoncé à cette exigence morale parce qu'on a renoncé à combattre les causes d’inégalité. Bien sûr qu'on soigne les conséquences, mais tout le monde est d'accord, à condition que "soigner les conséquences" ne se substitue pas à l'exigence morale, imprescriptible dans la République, d'en soigner les causes.

Mais, ce n'est pas le cas. Les ZEP avec toute la bonne volonté et les bonnes intentions du monde ne sont pas un détour vers l'égalité, c'est un détour vers davantage d'inégalité. Quand vous avez le tampon ZEP sur la tête, vous ne pouvez plus vous assimiler comme un citoyen normal, vous venez de la ZEP, vous êtes discriminé, vous êtes stigmatisé, vous l'êtes à vie. On se trouve là devant une situation concrète qui mérite d'être regardée de près. Il faut se demander quelle est la signification de tout ça, et croyez-moi c'est un projet politique. Ça n'est pas simplement un accommodement avec les réalités. Ça, la République savait le faire. De même qu'avec la loi de 1901, on a laissé les associations fibres de se développer et de prospérer. Mais on n'a pas fait des corps intermédiaires un maillon obligatoire entre le citoyen et l'État et c'est toute la différence.

Vous voulez une définition de la République ? Je vais vous en donner une très rapidement : la République ça commence quand la solidarité nationale, et je tiens au mot, est assez forte pour que nul ne soit obligé de demander la charité à qui que ce soit, fusse à sa propre famille.

La République ça commence quand l'autorité de l'État est assez forte pour que nul ne soit obligé de se défendre par lui-même.

La République ça commence quand on ne se contente plus des soigner les conséquences de l'inégalité, mais quand on est absolument décidé à en soigner et à en poursuivre les causes.

Oui, il y a des inégalités. Et d'une certaine manière l'inégalité des revenus est irréductible, mais l'inégalité des conditions d'exercice de la citoyenneté sont absolument inadmissibles dans la République. Voilà ce que c'est et ce n'est pas très compliqué, au fond. Ce n'est pas si abstrait que cela pour celui qui a besoin d'être un citoyen qui, lorsqu'il va demander son droit à un bureau de la Sécurité sociale, ne va pas y demander la charité. Il va y faire valoir son droit de citoyen. Ce n'est pas la même chose.

Il ne va pas demander des accommodements ou des arrangements avec le fisc. Il fait valoir ses droits de citoyen par rapport au fisc. Il ne va pas demander la charité à l'école, "voulez-vous bien me donner une place et un enseignement ?", non il fait valoir son droit de citoyen.

La République n'est pas qu'un problème théorique. C'est à la fois un problème théorique et pratique. C'est un problème philosophique qui a des conséquences concrètes sur la vie des gens, sur les rapports entre les gens et sur les rapports des gens avec la collectivité.

Ce débat mériterait qu'on y consacre encore plus de temps, car on dérive forcément sur la question de la sécurité, sur la question du contenu de la République, quand on parle de l'égalité et de l'équité, mais il ne faut pas croire que c'est un faux débat ni même que c'est un débat secondaire, c'est un débat essentiel C'est un conflit idéologique majeur dans lequel tout le monde s'acharne à brouiller les cartes, comme on les brouille entre la démocratie et la République. Évidemment il n'y a pas de République sans démocratie, mais il arrive qu'il y ait de la démocratie sans la République. Cela rend le débat un peu compliqué et il y a des gens qui sont contre la République et contre la démocratie.

Mais la République ce n'est pas que le suffrage universel. Là nous avons un vrai débat puisque pour la première fois dans notre histoire, pour la première fois dans les élites dirigeantes, on attaque théoriquement, doctrinairement, philosophiquement et ouvertement le principe d'égalité. C'est la première fois qu'on ose, depuis deux siècles, dire que: "la République, c'est le nouveau slogan de l'extrême droite". je l'ai entendu dans la bouche d'un idéologue du droit à la différence.

Et pour répondre à la question de l'immigration, des banlieues, de la République, ce n'est pas la tolérance, c'est l'assimilation. C'est-à-dire le respect de l'autre au point qu'on a la volonté d'en faire un citoyen au même titre que soi-même.

Patrick KESSEL

Je voudrais tout d'abord remercier nos invités qui nous ont montré et convaincu, si tant est que nous en avions besoin, que le sujet de l'égalité est aujourd'hui un sujet central de la vie politique. Nos invités ont montré, et notamment les conclusions de M. Guaino, comme de Mme Lienemann, combien est grande dans cette fin de siècle la confusion politique au travers d'identités politiques elles-mêmes immensément confuses. Non pas que la gauche et la droite aient disparu, mais il est vrai que traiter de République à gauche peut amener à se voir qualifier de "conservateur", et à droite, de "gauchiste". Médiatiquement parlant, au regard de la "pensée unique", on se trouve étiqueté dans le camp des méchants, "des archéo". Parce que les gens qui font l'opinion en ont ainsi décidé.

D'un côté la République, tout ce qui traite de l'égalité, de la laïcité, serait connoté passéiste, ringard, laïcard. De l'autre, il y aurait le post modernisme, la modernité, la démocratie, le marché, le relativisme culturel absolu, qui seraient connotés positivement.

Je crois que le premier point de constat de ce débat aujourd'hui, et je vous en remercie, c'est qu'il y a des femmes et des hommes qui ont suffisamment de convictions pour les affirmer, non seulement à l'encontre du camp d'en face, mais aussi pour les porter parfois difficilement dans leur propre famille. Et je crois que le courage est une vertu, même en politique, en voie de disparition, et qu'il convient de lui rendre hommage. je crois que ce point de vue, nous nous retrouvons les uns, et les autres.

Le second point qui me panait important c'est qu'en effet nous sommes au centre d'un vrai débat le débat politique par excellence : celui du projet de société, de la concrétisation des valeurs qu'on choisit.

Face à tous ceux qui abandonnent l'idée d'une société meilleure, plus faste, plus éclairée, l'extrême droite peut donner l'illusion que sa politique est porteuse d'un projet. Mais quel projet !

Je crois, qu'en traitant de l'égalité, on traite de choses simples que la politique n'ose plus aborder vraiment c'est-à-dire quel avenir pour l'homme, quel avenir pour la liberté, quelle société voulons-nous ? Ce sont ces valeurs et leur concrétisation qui doivent constituer l'horizon de la politique, sauf à ce qu'on accepte qu'elle se réduise exclusivement à la gestion de la cité.

Ce qui est important dans l'idée républicaine, c'est que la République - c'est en ce sens-là qu'elle a été, qu'elle demeure révolutionnaire, c'est une assemblée de femmes et d'hommes libres et égaux en droits quelles que soient leur couleur, leurs origines, leurs confessions, leurs appartenances politiques, idéologiques ou autres. Libres et Égaux, en droits. Et, bien sûr, en devoirs.

Mais cela veut dire d'abord que ce n'est pas une simple démocratie qui serait addition de communautés. Cela pose la question du Concordat en Alsace, il y à un an, où, un instituteur catholique a été refusé parce que le voisinage protestant voulait un instituteur de sa confession.

C'est cela à terme, le multi communautarisme. C'est cela à terme la conception d'une République qui serait une addition de communautés, chacune s'octroyant le droit d'avoir, non seulement des traditions, mais des droits particuliers qui s'opposent au droit républicain. C'est la mission principale de l'instruction publique de faire qu'un élève n'ait pas d'autre finalité à l'école que de devenir une femme ou un homme libre, un citoyen. Et cela signifie s'émanciper éventuellement de sa communauté d'origine, de sa communauté d'appartenance. L'école publique n'a pas à faire des petits blancs, des petits noirs, des petits arabes ; à enseigner telle ou telle histoire spécifique ou telle confession. Elle a à faire que chaque enfant quelle que soit sa mère, quelles que soient ses origines, devienne un citoyen d'une nation qui est française, mais qui est universaliste dans sa définition.

Ce qui est important quand nous parlons de citoyenneté, à l'heure où tout le monde s'en revendique, c'est de bien dire clairement que notre conception de la citoyenneté n'est pas fondée sur le sang, mais sur le sol. Le ciment de l'édifice est l'adhésion à des valeurs communes : Liberté, Égalité, Fraternité.

Quand nous défendons l'égalité, nous défendons la fraternité. Car il n'y a pu de fraternité qui ne soit pas d'abord fondée sur l'égalité en droit. Nous naissons différents, nous sommes différents, mais c'est parce que nous sommes différents que nous avons besoin d'un État qui nous garantisse 'égalité des droits.

Pour les républicains, la citoyenneté est ouverte à celles et ceux qui veulent s'y intégrer. A la condition, bien sûr, qu'ils acceptent les droits, mai qu'ils acceptent les mêmes devoirs. Et je le redirai dans un instant peut-être que de ce point de vue-là, et sans aucun doute, la gauche a été immensément trop laxiste avec elle-même, en n'assumant pas la logique des devoirs, et en n'osant pas dire non plus qu'on ne peut pas vivre à Paris comme à Téhéran ou à Méha Shearim. Il y a là des logiques d'intégration. je n'emploierai pas le mot assimilation parce que les communautés, elles existent. Il ne s'agit pas de dire que les gens n'ont pas le droit de se retrouver en communautés. Il y a des communautés de traditions, de culture, il y a des langues, il y a des histoires, il y a une littérature, il y a un art des cultures qui ont parfaitement le droit d'exister, à la seule condition qu'elles ne légitiment en aucune sorte la revendication de droits spécifiques, de droits différents.

C'est bien pourquoi nous considérons que la charte des langues régionales que la France s'apprête à ratifier est dangereuse, car elle aboutit au-delà des langues concernées à reconnaître des communautés spécifiques.

On a montré au cours de ce débat combien l'idée d'équité est dangereuse et ambivalente. je ne reprendrais pas l'exemple de la Belgique ou des États-Unis, dont on a démontré à cette tribune les conséquences néfastes des politiques de discrimination dite positive.

Et c'est parce qu'elle nous parait juste que nous la défendons. Nous ne sommes pas arc-boutés sur la défense d'un âge d'or mythique de la République. Nous savons que la République a été bourgeoise, qu'elle a été coloniale, qu'elle a été machiste, qu'elle a été répressive, mais elle demeure aujourd'hui porteuse d'un idéal de société qui est fondé sur l'homme libre, sur l'homme et la femme égaux en droits et en devoirs. Ce que ne propose plus aucune idéologie, notamment depuis l'effondrement du communisme, et l'on doit constater que les intégrismes religieux, notamment dans le tiers monde, se sont substitués à cette absence d'idéal.

Pour répondre à certaines injustices sociales, nous ne sommes pas par principe hostiles à l'idée, dans certains cas, de logiques préférentielles. A la condition, comme cela a été très bien dit par nos intervenants, qu'en attaquant les symptômes, on n'oublie pas de s'attaquer au mécanisme qui engendre le mal, que ce ne soit pas l'occasion de légitimer les assauts du libéralisme contre les droits sociaux et contre les solidarités. A condition également que ce ne soit pas la porte ouverte au libéralisme et au communautarisme, dont on voit la conjonction historique remettre en cause l'Universalisme de l'État républicain. De ce point de vue, certains s'en offusqueront peut-être, nous sommes au Comité Laïcité République assez inquiets de l'idée d'adaptation de la Constitution sur la nonne de la parité. Nous la trouvons lourde de dangers. Nous sommes tout à fait favorables à toutes les mesures permettant de concrétiser réellement l'égalité homme-femme. Il n'y a qu'à donner aussi aux inspecteurs du travail les moyens d'aller vérifier ce qui se passe dans les entreprises en madère de salaire.

1 20 930 = RDBA / population = 1 260 MD € / 60 000 000

2 "Intégration et exclusion dans les sociétés modernes" in Serge PAUGAM, "L'exclusion, l'état des savoirs", 1996.

Cours : Les revenus André ARMAND. Lycée Jean-PERRIN. CP-ENS Cachan D1 page n°

http://perso.wanadoo.fr/aygosi/ courriel : aygosi@wanadoo.fr
1   ...   16   17   18   19   20   21   22   23   24

similaire:

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconProgramme de l’ens-lsh session 2013 Guerre, Etat, société en France 1851 – 1945

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconRecherche du laboratoire umr stef de l’ens cachan «Analyse des articles...
«Analyse des articles publiés dans la revue Technique Art Science (T. A. S.) (1946-1977)»

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconCours preparatoire 1 fichier de mathématiques
«Outils pour les maths»CE2 programme 2008 Editions magnard isbn : 978-2-210-55813-7

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconQuatre mesures du téléphone. L’invention d’une gestion téléphonique
«trafic» s’opère à travers quatre «configurations de mesure» : une «économie de la ligne», une «économie de l’opératrice», une «économie...

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconCroissance et transformations sectorielles : d’une économie post-industrielle...
«sociologique», rôle accru de l’Etat, rôle moteur des services collectifs. Ce thème sera repris au tournant du xxème siècle à travers...

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconProgramme de la classe de terminale des séries es et L

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconProgramme Classe première stmg sciences de gestion

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconLes manuels d’économie sont destinés aux étudiants en économie ou...

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconTroisième préparatoire à l’enseignement professionnel

Programme d’Économie classe préparatoire à l’ens cachan, D1 iconCompetences pour le cycle 2 – Cours Préparatoire






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com