Poésies, proses & 33 photographies





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Le Dieu Amour ne sépare pas les hommes des femmes ;

Le Dieu Amour n’est pas le dieu qui proscrit les câlins ;

Le Dieu Amour ne brandit pas le froid respect

pour imposer aux femmes

l’inhumanité ;

Le Dieu Amour ne suscite pas les religions relevant des secours

de la psychiatrie ;

Le Dieu Amour n’a jamais inventé le voile

pour diaboliser la femme en la rendant ainsi plus désirable.

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Ieshoua’ n’a jamais séparé les hommes des femmes

-les nouvelles découvertes l’ont récemment prouvé-

Et ceux qui prétendent le contraire ont déclenché la chute

de l’Eglise catholique romaine.

Alors pourquoi me fourvoyer en temps de lPâque chrétienne

dans les caveaux des religions de mort ?

Surtout que j’ai tellement besoin

-pour vivre et pour survivre-

de câlins féminins.

_____________________

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MARIE DE RABUTIN-CHANTAL

« Je vous trouve un plaisant mignon de ne m’avoir pas écrit depuis deux mois. Avez-vous oublié qui je suis, et le rang que je tiens dans la famille ? Ah ! Vraiment, petit cadet, je vous en ferai bien ressouvenir : si vous me fâchez, je vous réduirai au lambel * Vous savez que je suis sur la fin d’une grossesse, et je ne trouve en vous non plus d’inquiétude de ma santé que si j’étais encore fille. Eh bien ! Je vous apprends, quand vous en devriez enrager, que je suis accouchée d’un garçon, à qui je vais faire sucer la haine contre vous avec le lait, et que j’en ferai encore bien d’autres, seulement pour vous en faire des ennemis. Vous n’avez pas eu l’esprit d’en faire autant, le beau faiseur de filles ».

La jeune femme qui, le 15 mars 1648 et depuis le château des Roches près de Vitré en Ille-et-Vilaine, écrit cette lettre alerte et bardée d’assurance enjouée, n’a que vingt-deux-ans. Elle s’adresse à son cousin, le comte Roger de Bussy-Rabutin, de huit ans son aîné qui, hormis le panache conquis au siège de Dole en 1635, peut porter chaudement au cœur de son blason l’attirance complice qu’il partage avec elle. Marie,

*lambel : pièce d’un blason, composée d’une traverse horizontale, généralement en chef et munie de trois pendants de forme trapézoïdale, employée notamment comme brisure.

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devenue Marquise de Sévigné, confessera plus tard : « Nous avions le don de nous entendre avant d’avoir parlé ». Mais pour l’heure, accouchée de son deuxième enfant – la première, Françoise-Marguerite, est née le 10 Octobre 1646 et deviendra comtesse de Grignan – elle assure son cousin de ce que « M. de Sévigné et moi vous aimons fort, et nous parlons souvent du plaisir qu’il y a d’être avec vous ».

En 1626 à Paris, place Royale – aujourd’hui place des Vosges n°1 – est née, dans l’hôtel de Coulanges, Marie de Rabutin-Chantal. Sa mère est Marie de Coulanges. Son père, Celse-Bénigne de Rabutin, baron de Chantal, est un bel homme, fastueux, grand bretteur. En 1624 il dût la vie à l’indulgence et à la protection de Louis XIII, aux lendemains d’un duel auquel il prit part malgré les édits. Les hommes animés d’une vitalité plus qu’expansive, marqueront Marie de Rabutin-Chantal. En 1651, le 5 février, jour de son anniversaire, elle perd son époux, Henri de Sévigné, gentilhomme breton avec lequel elle s’est marié le 4 Août 1644 en l’église Saint-Gervais. Ce dernier vient de croise malheureusement le fer avec le chevalier d’Albret. Motif de la sanglante querelle : tous deux étaient amants de Madame de Gondran, surnommée « la belle Lolo »… Hélas, Marie ne semble pas avoir vécu un mariage de vitrail avec cet Henri de Sévigné, menant vie de célibataire en dilapidant au jeu la fortune de son épouse. D’ailleurs, Tallemant des Réaux note sans ambages : « Ce

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Sévigné n’était pas un honnête homme, il ruinait sa femme qui est une des plus agréables et des plus honnêtes femmes de Paris. » Et Gérard-Gailly confie, admiratif : « Madame de Sévigné, très courtisée, accueille les galants avec une joie encourageante, jamais honnête femme ne donna mieux à croire ou à penser qu’elle ne le resterait pas. » Eh oui ! Très courtisée, se donnant à la vie de cour et aux salons, Madame de Sévigné entame dès 1652 une « période triomphante et dangereuse » (Gérard-Gailly). Initiée dès l’âge de seize ans au latin, à l’espagnol, à la langue et à la littérature italiennes, c’est l’esprit sûr et des plus confiants qu’elle fait la connaissance de la future Madame de La Fayette qui restera son amie. Turenne la courtisera, mais sans insister. Le prince de Condé, frère de Condé et l’un des plus fieffés débauchés parmi les grands seigneurs, la poursuivra de ses avances de Pan bruyant. Puis il y aura le duc de Rohan-Chalst et le marquis de Tonquédec. Puis encore le comte de Montmoron, le duc de Lude, futur grand maître de l’artillerie. Sans omettre le surintendant Fouquet. Puis toujours, Bussy-Rabutin lorsqu’il n’est pas tenu au loin par ses commandements. En 1658, le duc de Lesdiguière donne grand bal et belle comédie en l’honneur de six dames, dont Madame de Sévigné « à qui l’on dit qu’il en veut ». Et lorsque le 5 septembre 1661 Fouquet est arrêté à Nantes, on découvre chez lui des lettres de Madame de Sévigné. Cette dernière devra faire appel à Madame de La Fayette, à Mademoiselle de Scudéry, au ministre d’Etat Le Tellier pour que justice lui soit

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rendue à la cour et dans les salons : sa correspondance avec le surintendant n’avait point caractère intime.

En 1685, elle a cinquante-neuf ans, le duc de Luynes, veuf depuis un ans, la faite demander en mariage.

29 avril 1693 : mort, à Autun, de Roger de Bussy-Rabutin.

13 avril 1695 : mort de La Fontaine.

17 avril 1696 : mort de Madame de Sévigné. Elle avait soixante-dix ans. Elle sera inhumée le 18 à Grignan (Drôme).

Madame de Sévigné ne sera publiée qu’après sa mort. En 1696, les Mémoires de Bussy-Rabutin, paraissant en deux volumes à Paris chez Anisson, comportent six lettres de la marquise.

En 1725, Jacques Lefèvre, imprimeur à Troyes, reproduit trente et une lettre ou fragments de lettres dans un petit in-douze de 75 pages intitulé : Lettres choisies de Madame la marquise de Sévigné à Madame de Grignan sa fille qui contiennent beaucoup de particularités de l’histoire de Louis XIV.

L’édition de 1726. Celse de Bussy, fils de Bussy-Rabutin, (1664-1736) évêque de Luçon en 1723 et qui sera de l’Académie française, et Pauline de Simiane

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(1674-1737) fille de la comtesse de Grignan et petite-fille de Madame de Sévigné ; sont à l’origine de cette édition comprenant cent trente-huit lettres, tirée à Rouen et intitulée Lettres de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, à Madame la comtesse de Grignan, sa fille.

L’édition hollandaise de 1726. Celse de Bussy fait paraître chez Gosse et Neaulme, à La Haye, deux volumes où il reproduit les cent trente-huit lettres de l’édition rouennaise et à laquelle il ajoute trente-huit lettres nouvelles. Cette publication est assortie d’explications marquant la part prise par Pauline dans le choix initial. Elle porte le même titre que la précédente.

L’édition Perrin de 1734-1737. Pauline confie au chevalier Denis-Marius Perrin, lettré aixois, le soin de dresser une nouvelle édition à partir des originaux des lettres. Elle fixe toutefois une censure quant aux lettres trop vives ou indiscrètes et compromettantes pour tel ou tel personnage. Sortent donc sous les presses de Simart, à Paris en juillet 1734, quatre volumes intitulés Recueil des lettres de Madame de Sévigné à Madame le Comtesse de Grignan sa fille. Quatre cent-deux lettres sont rassemblées, selon un ordre chronologique approximatif. Cette nouvelle édition fut mal accueillie et Pauline de Simiane détruit, en automne 1734, les lettres que Madame de Grignan avait envoyées à Madame de Sévigné. Il ne restera rien de ces lettres. En 1784, tous les origi-

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naux des lettres de la marquise publiées chez Perrin seront détruits par le second gendre de Pauline de Simiane, le marquis de Castellane-Esparron. Avant de mourir, en 1737, Pauline de Simiane avait fait promettre à son gendre de procéder à cette destruction dès retour des manuscrits originaux rendus par l’éditeur.

L’édition Perrin de 1754. Délivré de la tutelle restrictive de Pauline de Simiane, le chevalier Perrin augmente et améliore son édition de 1734-1737. Parue chez Rollin, elle présente sept cent soixante-douze lettres en huit volumes grand in-douze. Elle porte le même titre que celle de 1735-1737.

1754-1814 : Lettres de Madame de S…à Monsieur de Pomponne (Amsterdam 1756). Sur 73 pages sont reproduites les lettres de 1664 relatives au procès de Fouquet.

1818-1819 : première édition Mommerqué. Elle paraît en dix volumes chez l’éditeur Blaise. Quatorze cent une lettres ne réunissant pas que les écrits de la Marquise, ainsi qu’en avertit le titre : Lettres de Madame de Sévigné, de sa famille et de ses amis.

1820 : Le Manuscrit Grosbois. L’éditeur Mommerqué reçoit du marquis de Grosbois de nombreuses lettres inédites. Il mettra au point durant quarante années sa nouvelle édition.

La grande édition Mommerqué-Régnier de 1862-1865. Parue en quatorze volumes in-huit dans la

célèbre collection des Grands Ecrivains de la France, chez Hachette.

En 1872, un professeur dijonnais, Charles Capmas, achète à Madame Caquelin, brocanteuse, six in-quarto manuscrits, reliés, intitulés : Lettres de Madame la marquise de Sévigné. Ces 2500 pages contiennent une grande quantité de lettres inédites. Capmas publiera en 1876, les deux volumes, en supplément à l’édition de 1862-1865. Il en fera le commentaire dans une longue introduction. Il commit toutefois maintes erreurs par des confusions chronologiques, des collages injustifiés et autres omissions de fragments.

1953-1957 : l’édition de Gérard-Gailly. Recomposition générale de l’édition à partir du manuscrit dijonnais. Cette somme sera réalisée par Gérard-Gailly, écrivain, l’un des plus savants et des plus scrupuleux spécialistes du XVII° siècle. 3600 pages sur trois volumes publiés de 1953 à 1957 dans la Bibliothèque de la Pléiade, réimprimée depuis avec corrections, additifs et divers enrichissements. Cette dernière édition est magistrale par l’introduction de Gérard-Gailly, comme par ses notes et ses commentaires.

1696-1957 : voyez, madame la Marquise, nous avons travaillé durant deux siècles et soixante-et-une années, de cœur chaud et de fort esprit, pour que jamais votre mémoire ne nous puisse reprocher, d’une alerte assurance bardée d’enjouement : avez-vous oublié qui je suis, et le rang que je tiens dans la famille ?

Conseil d’écoute :

Lettres de Madame de Sévigné.

Lues par Marie-Christine Barrault

Direction artistique : Olivier Cohen & Claude Colombini.

Label : Frémeaux & Associés.

Nombre de CDs : 2.

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Le long du canal de Samerey

LA CHANSON

A quoi peut servir la chanson ?

Pendant que vous vous exprimez

Au moyen de vos bouts rimés,

Vous n’élevez pas de maison

Et rien ne fit dans vos poêlons !

A quoi peut servir la chanson ?

Qu’a-t-on besoin de vos refrains ?

Nous n’écoutons que le devoir :

Bien le remplir est notre espoir.

La vie que vous chantez sans fin

Est un peu courte à notre faim.

Qu’a-t-on besoin de vos refrains ?
Quand un soir sonne votre glas

Bienheureux si le fossoyeur,

Le menuisier et le pasteur

-marris par votre bourse à plat-

Ne payent les frais du trépas !

Quand un soir sonne votre glas.

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Ainsi tranchent les bonnes gens

Soucieux comme leurs voisins

De suivre le même chemin,

Et de brocarder sottement

Ceux qui marchent contre le vent.

Ainsi tranchent les braves gens.
Ecrire ou chanter, c’est pareil !

Ils ne font pas de différence

Les bougres, haro sur qui pense !

Vautrés dans leur bovin sommeil

Ils ne comprennent pas qui veille.

Ecrire ou penser, c’est pareil !
Pour divulguer leurs idéaux

Fi ! De l’entremise des arts :

Livres, discours, pamphlets, guitare.

Ils saisissent la longue faux

De la Camarde et ses fléaux,

Pour divulguer leurs idéaux.
Les chants ne sont pas meurtriers.

Boudant cette calme expression,

Ils emboucheront les canons

Pour jeter leurs belles idées

Et défendre la liberté.

Les chants ne sont pas meurtriers.


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Les poètes doivent mourir,

On en tue certains par la guerre :

Charles Péguy, Apollinaire,

Lorca, Desnos. Et l’avenir

Promet bien d’en anéantir.

Les poètes doivent mourir.
Nonobstant je chante pour toi,

Bien-pensant et si long crétin.

Je suis encor sur le chemin.

Il te faut un barde, ma foi,

Pour colporter tes preux exploits.

Nonobstant je chante pour toi…

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TROIS MISSIONS DE L’ĖCRIVAIN

« Parlez de nous qui ne pouvons raconter le meilleur de nous-mêmes ; faites-nous rire ; dites-nous pourquoi nous sommes sur terre et ce qu’il peut y avoir après la vie ! » Voici, résumée en trois étapes, la prière de tous les lecteurs du monde entier adressée, inconsciemment ou secrètement, à tous les écrivains du monde entier.

« Parlez de nous qui ne pouvons raconter le meilleur de nous-mêmes ! »… En visite au petit village de Château-Chalon, dans le Jura, berceau de Bernard Clavel, j’ai pu entendre le regard de vieux paysans ; j’ai pu ressentir les vibrations viriles et profondes de la vigne ; j’ai pu étreindre, dans la petite église, la pierre séculaire ; j’ai pu aspirer la pénombre humide de la ferveur populaire silencieuse. J’ai revu, comme tracée au-bas du belvédère de Château-Chalon, entre les carrés de la vigne prestigieuse – le Savagnin qui donne le célébrissime Vin jaune – la phrase citée en exergue des Fruits de l’Hiver (prix Goncourt) par Bernard Clavel : « Ce sont les mots qu’ils n’ont pas dits qui font les morts si lourds dans leur cercueil ». Cette réflexion

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de Henry Million de Montherlant est aussi un noir reproche aux écrivains médiocres et nombrilistes. Quant au génie populaire de Bernard Clavel, il fait dire aux gens profonds, mais silencieux, les mots qu’ils ne savent pas dire. Bernard Clavel, très indirectement car telle n’est pas son intention, donne à réfléchir aux plumitifs qui ne parlent que d’eux-mêmes, qui ont le sexe des anges et ne savent chanter que leur nébuleuse petite personne.

« Faites-nous rire ! ». Le plus sûr moyen de toucher la France profonde est de la faire éclater de rire. Le rire influence le peuple à son insu. Que les politiciens ne deviennent-ils de facétieux humoristes ! En un seul gala ils mettraient la France dans leur poche. Les Français ne savent plus rire parce que les auteurs ne savent, ou ne veulent pas, leur servir de la solide et généreuse rigolade. Les Français ne savent plus rire également, pollués, intoxiqués et condamnés qu’ils sont par la funeste trilogie voiture-alcool-tabac. Ils sont, de plus, abrutis par des radios et télévisions publifères, redoutables agents d’une crétinisation nationale. Une exception, toutefois inespérée, pour la bande dessinée des auteurs de réputation nationale (Reiser, Wolinsky, Bretécher, Lelong, par exemple) prodigues de rire adulte souvent décapant. Et le bon vieux roman pour rire ? Il y avait René Fallet (Le Braconnier de Dieu, Denoël, entre autres joyeusetés), mais il est mort peu de temps après son copain d’abord Georges Brassens. Il manque donc, dans l’officine des éditeurs, sur le rayon des libraires et des

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bibliothèques municipales classées ou non, sur la table de chevet du Français, des livres curatifs au fort pourcentage de matières hilarantes. Un appel est lancé à tous les auteurs de France et de Navarre : allez-y : Prenez, d’un coup de plume viril, la gaudriole littéraire vierge de la moindre concurrence !

« Dites-nous enfin pourquoi nous sommes sur terre et ce qu’il peut y avoir après la vie ! ». Le Nouvel Age, ce XXI° siècle tant attendu ; cette Ère du Verseau tant désirée – s’il risque d’être un gigantesque fatras de spiritualité, d’ésotérisme primaire et de spéculations maraboutiques ; aura tout de même le décisif mérite de sonner le glas de toutes les aberrations dogmatiques. Cette évolution est un considérable acquis. La nature ne procède pas par bonds. Nous ne connaissons pas encore la nature du miracle, mais nous pressentons qu’il n’existe pas en tant que phénomène inexplicable, et qu’il est produit par des lois que nous ne connaissons pas encore.

La vérité est une. Elle n’exige aucune évangélisation dirigée, imposée, officialisée : elle est proposée par la seule élémentaire information. Elle est gratuite, non sujette à la moindre redevance. Elle est depuis toujours et n’aura pas de fin. La Vérité. La Connaissance.

En résumé : le corps tire vers le bas, l’âme vers le haut. La première des sagesses engage à tempérer cette dualité. Après, selon le libre arbitre de chacun et selon ses aspirations spirituelles, il est possible de travailler

à l’obtention des quatre qualités requises pour entrer dans le Sentier :

-le discernement ;

-le détachement ;

-la bonne conduite ;

-l’amour.

Pour brosser le décor et les personnages de l’action, je cite Alcyone (Jiddhu Krishnamurti) :

« Lorsque ton corps désire quelque chose, arrête-toi et réfléchis : est-ce réellement ‘toi’ qui a ce désir ? Car tu es Dieu et tu ne veux que ce que Dieu veut ; mais il faut que tu descendes au plus profond de toi-même pour trouver Dieu en toi et que tu écoutes Sa voix qui est ta voix. Ne commets pas l’erreur de prendre ton corps pour toi-même… Chacun d’eux prétend être le ‘moi’ afin d’obtenir ce qu’il désire ; mais il faut que tu les connaisses tous et que tu te reconnaisses leur maître » (Alcyone – Aux pieds du Maîtres – Adyar, 1990)

Le corps tire vers le bas, l’âme vers sa source. Cette prise de conscience demande réflexion et comparaison. Elle demande à faire un tri entre le passager, trompeur et périssable, et le spirituel, véritable et immuable.

De mes trois missions d’écrivain :

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-parler des gens qui ne peuvent raconter le meilleur d’eux-mêmes ;

-les faire rire ;

-leur dire enfin pourquoi ils sont sur terre et ce qu’il peut y avoir après la vie :
j’ai commencé par la troisième, essentielle à mon cœur d’artisan du mot, du livre et de l’information.

in Florica n° 33 - Automne 1991.

___________

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UN PETIT CIEL DE VIE

Arc-en-ciel, grisaille immuable,

Torrent limpide, étang, cloaque,

Frégate bleue, radeau qui craque,

Affiche grivoise ou retable

Très rarement paradisiaque ;

Le destin forge dans ses lacs

Trop d’épreuves pour mes semblables.

Qu’il leur tresse loin des ressacs

Un petit ciel de vie tranquille

Sans gros orage ni détresse !

Que souhaiter au Nouvel An

Puisque la coutume est avide

De mots, slogans, formules vides,

Résolutions, vains jurements,

Prophéties de mages languides ?

Si des devins j’étais le guide

J’entreverrais tout simplement,

Après des lendemains arides
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Un petit ciel de vie tranquille

Sans gros orage ni détresse !

A tous ceux pour qui l’avenir

Est désolé comme une rue

Avortant d’une seule issue,

Achalandée par les soupirs ;

Aux effacés, aux malvenus

Que méprisent les parvenus

Je dédie cet humble sourire :

Je dis qu’au-dessus d’eux j’ai vu

Un petit ciel de vie tranquille

Sans gros orages ni détresses !

Adolescents pris dans l’arène

D’un monde où règnent les fleurets

De la violence ; O ! Mes cadets,

Sera-t-elle aube azuréenne

La lueur d’un futur inquiet

Papillotant sur vos trajets ?

Mais tenez, tenez bon les rênes

En n’ayant que pour seul projet 

Un petit ciel de vie tranquille

Sans gros orage ni détresse !

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Petites gens au cœur si long,

Hasard jetés dans une vie

Dont nul ne soupçonnait le prix,

Insatiables nourrissons

Qu’aucune mère ne chérit

-on ne les voulait pas, tant pis !-

Veilleuses dans la nuit sans fond

Regardez donc qui vous sourit :

Un petit ciel de vie tranquille

Sans gros orages ni détresses !

Ces vers ont forcé aux abois

Le littérateur obstiné

Qui a, en cette matinée,

Sorti la plume du carquois.

Le témoin, l’acteur, le croisé

N’a pas eu l’aplomb d’oublier

Qu’hélas, deux, trois ou quatre fois,

Eh ! Grands dieux il en a froissé :

Des petits ciels de vie fragiles

Criblés d’orages et de détresses !

Lycée agricole d’état, Montmorot (Jura)

12 Mars 1982.
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ESPACE DES VOIX DANS LE SILENCE

Je suis attiré par les grands cimetières. Les jardins publics, les grandes églises, les grands cimetières : tels sont mes « quartiers généraux » lorsque je suis en quête d’un havre me permettant d’écrire et de me restaurer sur un banc (jardins publics) ; me permettant de me reposer et, toujours, d’écrire (grandes églises) me permettant de méditer et de rechercher je ne sais trop quoi…(les grand cimetières). « Je ne sais trop quoi »…Je suis attiré par les grands cimetières, ou plutôt, Quelqu’un m’attire dans les grands cimetières. Ce n’est pas une coïncidence ; un enseignement m’attend parmi les tombes de tous les styles et de toutes les classes, au travers des grands cimetières. La Conscience Universelle (Dieu) a sans doute une voie à me faire découvrir, une voix à me faire entendre.

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Initialement je pensais qu’il n’y avait personne sous ces pierres tombales devant lesquelles des gens venaient se recueillir. Les âmes, je les sentais au-dessus de moi et qui me regardaient. Il n’y avait donc personne dans la terre des cimetières ; tout se passait dans les nuages. Et puis, avec l’enseignement de la Théosophie, j’appris que les entités en « dévachan » (domaine des dieux) rencontrent un lieu qui n’a pas les mêmes notions de temps que celles de notre planète Terre ; elles se retrouvent en état de recharger leurs batteries, avant de se réincarner. Quant à nous, il nous est impossible de communiquer, d’une façon ou d’une autre, avec les êtres disparus ; j’ai même appris qu’il était vain, voire dangereux, de le faire. Nos « disparus » évoluent dans un espace d’éternité – qui n’est pas le temps sans fin, mais l’absence de temps. Nous autres n’avons pas à tenter d’appréhender cette sphère. Horreur et catastrophe que le spiritisme – voie express pour l’asile psychiatrique ou le suicide ! Par contre, jusqu’à la décomposition du corps, l’âme est présente dans le corps du défunt, et, durant quelques instants, il y a réellement quelqu’un dans la dépouille devant laquelle nous venons nous recueillir. William Quan Judge (in L’Océan de Théosophie) écrit :

« Il est possible à l’homme réel – que certains appellent l’esprit – de communiquer avec nous pour quelques brefs instants, immédiatement après la mort mais, ce temps passé, l’âme n’a plus rien à faire avec la terre jusqu’à sa réincarnation ».

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Alors, une fois que notre âme a quitté notre corps, les êtres que nous avons véritablement aimés, que ce soit d’une passion amoureuse ou d’un amour filial, sont-ils irrémédiablement séparés de nous pour toujours ? Je citerai encore Judge :

« Mais, demande-t-on parfois, qu’advient-il de ceux que nous avons laissés derrière nous ? Les y voyons-nous ? Nous ne les y voyons pas en réalité, mais nous nous faisons d’eux une image aussi parfaite, complète et objective que durant la vie, et en même temps dépourvue de tout ce qui nous semblait alors défectueux. Nous vivons avec eux et les voyons grandir en bonté et en sagesse, plutôt qu’en médiocrité ou en méchanceté. La mère qui a laissé ici-bas un fils ivrogne le trouvera en « devachan », sobre et bon, il en est de même pour tous les autres cas : parents, enfants, maris, femmes, tous y retrouveront ceux qu’ils aiment parfaits et pleins de sagesse ; et cela n’a pour but que le plus grand bien de l’âme. Qualifiez-le d’illusion si vous voulez, mais l’illusion est nécessaire puisque l’illusion c’est souvent le cas dans la vie (…/…) Cependant les entités en dévachan ne sont pas entièrement dépourvues du pouvoir d’aider les êtres laissés sur terre. L’amour, le maître de la vie, s’il est réel, pur et profond, amènera parfois l’heureux égo en devachan à exercer une influence salutaire sur ceux qu’il a laissés sur terre, non seulement dans le domaine moral mais aussi dans les circonstances matérielles ».

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Nous insistons bien sur ce point : n’importunons pas nos disparus avec des demandes ou des chagrins déchirants, leur destination les conduits – à moins, bien sûr, qu’ils se retrouvent damnés – dans un lieu de parfaite félicité duquel ils ne veulent vraiment pas se soustraire. Leur renvoi sur terre (dans les cas d’Expérience aux Frontières de la Mort) les contrarie absolument…

Par ailleurs, Karma est une loi juste et logique : nous avons la possibilité de nous réincarner en même temps qu’une autre entité avec laquelle nous avons vécu un itinéraire affectif conséquent. De sorte que des amoureux séparés par un destin tragique peuvent de nouveau être réunis pour s’aimer dans une prochaine réincarnation. Partant de là, une femme peut se retrouver mariée à un homme qui fut déjà son époux dans une autre vie. Partant de là, un père peut engendrer une petite fille qui fut celle-là même qu’il aimait passionnément dans une incarnation précédente et qui, cruellement, lui fut ravie par la mort terrestre.

Les cimetières, alors ? Lieux de traditions. Espace en mutation, toutefois. Le cimetière de Dole possède son Jardin du Souvenir crématiste. L’Ecologie, l’étude des religions orientales, l’aube de retour de l’enseignement des religions orientales, l’aube d’un renouvellement de l’influence théosophique ; tout cela dès le début du siècle prochain, est appelé à changer profondément la physionomie des cimetières occidentaux.

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La destinée post-mortem de mon corps physique ? Peu importe puisque mon âme ne restera pas au cimetière ! Avouez que j’ai donc bien raison de fréquenter les cimetières…de mon vivant !

Samedi 23 juin 1990, Dole, 7 h 35

Sur un banc longeant le mur du cimetière.

___________

Conseil de lecture :

L’Océan de Théosophie, William Quan Judge.

182 pages. Textes théosophiques.

11 bis, rue Kepler – 75116 Paris

theosophie@theosophie.fr

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CIMETIÈRES

Occidentales mascarades

malsaines et morbides

Anti-écologiques aussi :

L’enclos de la Camarde

-juteux commerce à charognards-

Ces « regrets éternels » éteints au bout de peu d’années ;

Et ce désir dément de vouloir conserver en terre

Ce qui au bout de quelques jours n’a déjà plus de nom

dans aucune langue

Appel à la salubrité

publique internationale :

Remplaçons l’inhumation

par la crémation !
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LES ENTRAILLES

de

GISORS
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