I l'âge industriel et sa civilisation du milieu du xixe siècle à 1939 (15 heures)





télécharger 51.88 Kb.
titreI l'âge industriel et sa civilisation du milieu du xixe siècle à 1939 (15 heures)
date de publication02.11.2017
taille51.88 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > économie > Documentos


I - L'âge industriel et sa civilisation du milieu du XIXe siècle à 1939 (15 heures)


Cette partie du programme est à traiter dans la longue durée qui convient à l'étude d'une civilisation.
1 - Transformations économiques, sociales et idéologiques de l'âge industriel, en Europe et en Amérique du Nord

Il s'agit de prendre la mesure de la croissance sur près d'un siècle et de la mettre en relation avec son origine : le processus d'industrialisation. L'approche des formes et des phases de ces mutations majeures et des décalages existant entre les espaces européens de ce point de vue doit partir du milieu du XIXe siècle, sans s'astreindre à remonter au démarrage.

La croissance économique est l'accroissement durable de la production globale d'une économie : c'est à la fois un phénomène quantitatif que l'on peut mesurer et un phénomène de longue période ; selon les facteurs qui l'expliquent principalement, elle est extensive (grâce à davantage de travailleurs, d'équipements, de matières premières…) ou/et intensive (utilisation plus efficace des facteurs de production existants). La révolution industrielle marque le point de départ de la croissance économique moderne, qui contraste avec les progrès plus lents et hésitants de l'ère préindustrielle.

L'industrialisation est un processus, dont les différentes dimensions sont interdépendantes : affirmation de la part de l'activité manufacturière dans le produit national et l'emploi, dégagement d'une industrie moderne dont les traits s'étendent à un nombre croissant de branches, extension à tous les secteurs d'activité du modèle industriel ("industrialisation" globale).

L'augmentation considérable des volumes produits, la diversification, la standardisation et la diffusion accrues des biens rendent l'étude de ces phénomènes inséparable d'une évaluation de leurs effets en terme de niveau de vie et de consommation.

C'est dans ce cadre d'ensemble que les crises majeures qui ont marqué ces mutations : Grande Dépression du XIXe ou crise de 1929, sont étudiées : événements conjoncturels aux conséquences graves, qui infléchissent l'évolution sans en remettre en cause les données essentielles.

L'industrialisation transforme considérablement les sociétés européennes et nord-américaines. L'importante mobilité spatiale à différentes échelles, les reclassements sociaux, le jeu d'acteurs collectifs déterminants - bourgeoisie dynamique et prolétariat - ou l'apparition des classes moyennes, symbole d'une ascension sociale et catalyseur des inquiétudes politiques au moment des crises, constituent des entrées possibles pour analyser ces transformations. Ils invitent à ne pas réduire la société de l'âge industriel à un antagonisme simpliste et mettent à jour la complexité des réalités sociales.

La pluralité des courants qui analysent le capitalisme et la société pour les théoriser, les adapter ou les combattre est un autre trait de cette complexité. Le libéralisme est le courant triomphant de l'âge industriel. Il est contesté à la fois par le socialisme, l'action et la réflexion syndicales et le traditionalisme (qui condamne le salariat industriel de masse et la pauvreté des catégories défavorisées, en même temps qu'il exprime sa nostalgie d'un monde rural - trait durable de la culture française, porté au paroxysme en 1940-1944 - et d'une société hiérarchisée). Le cas français étant privilégié, on peut illustrer la diversité du socialisme au travers de quelques grandes figures (Proudhon, Guesde, Jaurès) ou aborder des temps forts du mouvement syndical tels que la constitution de la CGT ou la Charte d'Amiens.

À un moment jugé opportun, une étude plus développée de tel facteur, acteur individuel, entreprise, forme d'organisation de la production ou situation localisée permettrait d'incarner et de mieux comprendre les mutations étudiées.

- CROUZET François, Histoire de l'économie européenne 1000-2000, Albin Michel, 2000, 440 p
- BARJOT Dominique (s.d. de), Industrialisation et Sociétés en Europe occidentale du début des années 1880 à la fin des années 1960, CNED/SEDES, 1997, 445 p.
- MARSEILLE Jacques (s.d. de), L'Industrialisation de l'Europe occidentale (1880-1970), ADHE, "Histoire économique", 1998, 378 p. (notamment la contribution de Jean-Charles ASSELAIN sur le processus d'industrialisation, p. 7-43).
- VERLEY Patrick, La Révolution industrielle, Gallimard, "Folio histoire", 1997, propose p. 125 s. une série d'études brèves sur "acteurs et facteurs".
- La Société européenne au XIXe siècle. Hiérarchies et mobilités sociales, DEMIER Francis, Documentation photographique, n° 8024, décembre 2001.
- Socialisme et utopies, REBÉRIOUX Madeleine, GEORGEL Chantal et MORET Frédéric, Documentation photographique, n° 8016, août 2000.
2 - Religion et culture

Les phénomènes religieux et culturels sont partie intégrante et fondamentale de la vie des hommes, liés au social, au politique, à l'économique. Aussi l'étude de l'âge industriel comporte-t-elle une importante dimension culturelle, au sens large, qu'il faut envisager jusqu'en 1939 comme le reste du thème.

La structure, les problèmes et les débats de la société industrielle posent aux religions - confessions chrétiennes et judaïsme - des questions neuves. Elles hésitent entre la condamnation du monde nouveau et leur adaptation à celui-ci (christianisme social et catholicisme libéral par exemple). Leur recherche de réponses infléchit leur regard sur le monde et les expressions de la foi. Elles élaborent des pratiques religieuses qui répondent aux formes neuves de la sensibilité et contribuent à les construire. Il en va ainsi, pour le catholicisme, de la dévotion au Sacré-cœur ou encore du renouveau des pèlerinages de masse à partir des années 1870, qui constitue un exemple à la jointure de ces aspects et de la modernité technologique.

L'industrialisation transforme la production culturelle, l'accès à la culture et les modes d'expression traditionnels ; en France, les années 1860-1930 correspondent à un premier âge de la culture de masse. Mais les données nouvelles et les bouleversements qu'elles induisent trouvent aussi leurs répercussions dans une réflexion originale des penseurs, des écrivains, des artistes qui traduisent, chacun à leur manière, à la fois le désarroi devant les changements et la recherche d'expressions capables de dire le monde nouveau.

S'il s'agit donc d'inscrire culture et arts dans l'évolution des sociétés, on ne peut le faire de manière exhaustive : le principal danger est ici celui de l'énumération sans ligne directrice. On s'attache donc aux lignes de forces, en sélectionnant quelques œuvres significatives (voire types d'œuvres - le roman feuilleton, la peinture reflet et interprétation de l'âge industriel, etc. - ou situations), qu'on analyse avec précision pour en faire des points de repère favorables à la construction du savoir et de la culture personnelle des élèves.

- RÉMOND René, Religion et Société en Europe. La sécularisation aux XIXe et XXe siècles 1780-2000, Seuil, "Points", 2001, 303 p.
Les exemples français et britannique :
- BAUBÉROT Jean et MATHIEU Séverine, Religion, modernité et culture au Royaume-Uni et en France 1800-1914, Seuil, "Points", 2002, 314 p.
- BÉDARIDA François, La Société anglaise du milieu du XIXe siècle à nos jours, Seuil "Points", 1990, 540 p.
- Histoire de la France religieuse, tomes 3. XVIIIe-XIXe siècle (s.d. de Philippe JOUTARD) et 4. XXe siècle (s.d. de RÉMOND René), Seuil, 1991 et 1992, 556 p. et 476 p.
- RIOUX Jean-Pierre et SIRINELLI Jean-François, Histoire culturelle de la France 4. Le Temps des masses le vingtième siècle, Seuil, 1998, p. 9-201.
3 - L'Europe et le monde dominé : échanges, colonisations, confrontations

Les puissances européennes les plus transformées par l'industrialisation et le développement du capitalisme animent un mouvement d'expansion et d'européanisation, indissociable d'un fort sentiment de supériorité, d'une volonté civilisatrice et d'une suprématie scientifique et technologique. Ce mouvement, qui constituera un fondement durable du rapport de l'Europe avec le monde, ne se confond pas avec le colonialisme : il se traduit par plusieurs autres manifestations d'impérialisme et d'influence. Mais le phénomène emblématique n'en demeure pas moins la constitution d'empires coloniaux grâce auxquels les métropoles étendent leur domination sur d'immenses territoires continentaux et maritimes. C'est par exemple un des éléments-clefs de la puissance et de l'influence britanniques.

Cette ère coloniale s'ouvre au XIXe siècle par une période de gestation, durant laquelle la conquête politique d'État n'est pas à l'ordre du jour, si l'on excepte l'Algérie. À partir des années 1870 commence le temps des occupations et des partages - qui s'achèvent en 1919 -, où le facteur géopolitique et l'affrontement des nationalismes jouent un rôle important. La pénétration européenne engendre des résistances armées de la part des populations, de chefs d'État, comme Samory Touré dans l'Ouest africain, ou des deux unis (guerres zouloues ou opposition annamite à la conquête des années 1880). Malgré une pacification d'ensemble acquise avant 1914, cette résistance ne cesse jamais, comme le montre la guerre du Rif.

La période gestionnaire des empires, désormais stabilisés, s'ouvre après la Première Guerre mondiale. La diversité des modes d'administration, de mise en valeur et d'exploitation économique est grande ; seule une démarche typologique permet d'en rendre compte. Durant les années trente, le nationalisme se manifeste dans plusieurs colonies (des campagnes de désobéissance civile impulsées par Gandhi à l'action de partis politiques, tel celui de Soekarno en Indonésie), sans que les métropoles lui apportent des réponses crédibles. Si une mise en cause des empires coloniaux est donc perceptible avant la Seconde Guerre mondiale, elle ne sera massive qu'après le conflit et n'est donc pas au centre de cette étude.

L'impact du monde dominé sur les cultures européennes est partie intégrante de cette étude. Il est multiple et évolutif, comme le montre l'exemple de la France. L'opinion publique n'a pas la fibre coloniale jusqu'à l'entre-deux-guerres, sans être indifférente aux spectacles "exotiques", aux retombées économiques potentielles, à la gloire militaire ou à la mission civilisatrice de la France ; durant les années 1930, l'"œuvre coloniale" est au contraire intégrée, ce que symbolise l'apogée de l'Exposition de 1931. Face à l'action du lobby colonial, des oppositions existent tout au long, depuis ceux qui contestent l'intérêt de la colonisation jusqu'aux minoritaires qui dénoncent l'exploitation des indigènes. L'image de l'autre évolue : ainsi, des artistes et des écrivains sont-ils fascinés par l'art africain au début du XXe siècle, favorisant la reconnaissance de la pluralité des civilisations.

La première partie du programme incite à s'interroger : les années 1850-1939 ne constituent-elles pas une étape importante du passage d'une mondialisation "faible", très antérieure au XIXe siècle, à une mondialisation forte et généralisée ?

- PERVILLÉ Guy, Expansion européenne et décolonisation, Hachette supérieur, "Carré histoire", 1991.
- La Colonisation européenne, MICHEL Marc, Documentation photographique, n° 7042, août 1997.
- Le Temps des colonies, "Les collections de L'Histoire", n° 11, avril 2001.
- BANCEL Nicolas et BLANCHARD Pascal, De l'indigène à l'immigré, "Découvertes Gallimard" n° 345, 1998, p. 1-54 et 98-109.


II - La France du milieu du XIXe à 1914 (10 heures)

1 - Le cadre territorial et démographique

Ce thème traite brièvement du cadre dans lequel s'opère la recherche d'institutions politiques efficaces (II. 2 et 3).

L'approche du territoire national et de sa maîtrise passe par des cartes. Les frontières héritées de la Restauration évoluent dans les années 1860-1871, puis se stabilisent pour un demi-siècle : c'est la France des 87 départements et de la question d'Alsace-Lorraine. Son unification se termine, avec l'achèvement d'un double réseau dense de voies de communication : routier (national, départemental et vicinal, à ne pas négliger pour le désenclavement des campagnes) et ferroviaire. Commencé sous la Monarchie de Juillet, l'équipement du pays en chemins de fer se poursuit sous le Second Empire et la Troisième République. Le plan Freycinet de 1879 comble les vides, en même temps qu'il favorise la construction de canaux. Au total, les voies ferrées passent de 3 500 km en 1850 à 45 000 en 1914.

Alors que le reste de l'Europe entre à peine dans la transition démographique et connaît un essor de sa population, en France, la baisse de la natalité est continue, tant en milieu rural qu'urbain. La croissance démographique après 1880 y est de 0,29 % - et plusieurs années sont déficitaires - quand elle est de 1,3 % en Italie et de 1,37 % en Allemagne. On comprend les craintes qui poussent au vote de la loi militaire de trois ans en 1913. La France vieillit et doit faire appel à la main-d'œuvre étrangère (1,2 % de la population en 1851 et 3% en 1911, soit 1,2 million d'habitants).

- Les Transports au XIXe siècle. La France transformée, CARON François et coll., Textes et documents pour la classe n° 797, CNDP, juin 2000.
La série des Textes et documents pour la classe éditée par le SCÉRÉN (ex-CNDP) offre dans un format ramassé une synthèse, un gros plan sur un document ou un processus et une sélection documentaire, adaptés au travail des lycéens. Plusieurs titres, repérables sur le site http://www.cndp.fr, sont propices à une utilisation en première.
- DUPAQUIER Jacques (s.d de), Histoire de la population française. 3. De 1789 à 1914, PUF, "Quadrige", 2000, 560 p.
- MILZA Pierre, "Les mécanismes de l'intégration", La France et ses immigrés, L'Histoire, n° 193, novembre 1995.
2 - De la Deuxième République à 1879 : la recherche d'un régime politique

Ce thème invite à une réflexion sur la recherche d'institutions efficaces pour un État important, dont la société est marquée par les acquis et les principes de la Révolution et engagée dans les mutations liées au processus d'industrialisation. Les questions des années 1848-1851 (thème V de seconde) : démocratie sociale, articulation entre représentation politique et suffrage universel, entre autorité et démocratie, entre exécutif et législatif et entre Paris et Province constituent le point de départ ainsi que les enjeux durables.

Le Second Empire est un césarisme démocratique, dans lequel le suffrage universel n'est pas remis en question mais confisqué par une pratique autoritaire : la souveraineté populaire est absorbée par un homme. L'évolution libérale maîtrisée voulue par Napoléon III : hérédité, appel direct au peuple et gouvernement représentatif, se brise sur sa politique étrangère, inscrite dans la tradition solidement ancrée de la gloire nationale.

La crise nationale qui court de septembre 1870 à mai 1871 illustre l'intérêt du temps court et la valeur explicative de l'événement. Le désastre de la guerre avec la Prusse entraîne la proclamation de la République, durablement marquée par le provisoire. Deux conceptions s'affrontent alors : la vision nationaliste de Gambetta qui veut poursuivre la guerre heurte le libéralisme et la prudence des républicains modérés et les aspirations à la paix des ruraux. Le suffrage universel élit une Assemblée majoritairement monarchiste, qui confie le pouvoir exécutif à Thiers, partisan de la paix. Une partie des Parisiens, refusant que leur résistance, toute jacobine, contre les Prussiens se termine ainsi, estimant la république menacée et refusant la "décapitalisation" de leur ville, s'insurgent en mars 1871. La Commune défend la démocratie directe, mène une politique qui anticipe sur celle de la Troisième République et esquisse des projets (république sociale et pour partie fédérale).

Après son écrasement, la période 1871-1879 est marquée par la marginalisation de ceux qui refusent la république et la victoire de la conception libérale et parlementaire du pouvoir sur la conception autoritaire. Le suffrage universel tranche à plusieurs reprises, amenant la démission de Mac-Mahon en janvier 1879. Ce fait entérine une césure importante, pour le fonctionnement des institutions comme pour la recomposition du système des forces politiques.

- DEMIER Francis, La France du XIXe siècle, 1814-1914, Seuil, "Points", 2000, p. 163-322.
- RÉMOND René, La Vie politique en France, 1848-1879, Armand Colin, 378 p.
- ROUGERIE Jacques, La Commune de 1871, PUF, "Que sais-je ?", 1991, et Paris insurgé. La Commune de 1871, Gallimard, "Découvertes", 1995, 160 p.
- WINOCK Michel, "La poussée démocratique 1840-1870", dans BERSTEIN Serge et WINOCK Michel (s.d. de), L'Invention de la démocratie, 1789-1914, Histoire de la France politique, Seuil, "L'univers historique", 2002, p. 109-152.
3 - La République : l'enracinement d'une culture politique (1879-1914)

Le programme centre l'étude de la première époque de la Troisième République sur la culture politique qui s'impose après 1879 et il en précise les composantes.

L'expression de culture politique désigne un ensemble de représentations qui servent de référents communs et de valeurs partagées et nourrissent une action, pour une projection commune dans l'avenir. La domination d'une culture dans une aire et un temps donnés n'exclut pas l'existence d'autres cultures, qui subissent, même à leur corps défendant, l'influence de la première et ont avec elle des zones de recouvrement.

BERSTEIN Serge, "La culture politique", dans RIOUX Jean-Pierre et SIRINELLI Jean-François (s.d. de), Pour une histoire culturelle, Seuil, "L'univers historique", 1997, pages 371-386.

La culture républicaine domine la période 1879-1914, définissant un ensemble de références comme l'inscription dans la lignée philosophique des Lumières et du positivisme et la réclamation de l'héritage idéalisé de la Révolution française. Cet ensemble de valeurs partagées fonde une pratique institutionnelle parlementaire, une société de progrès graduels répondant aux attentes majoritaires et dont l'École publique, dégagée de l'influence jugée obscurantiste de l'Église, est le moteur, le vote des grandes lois républicaines, enfin un langage et des rites adéquats (la Marseillaise devient hymne national en 1879 et le 14 juillet, fête nationale en 1880).

Des antagonismes l'opposent à ceux qui, se réclamant du socialisme, du nationalisme ou de la droite contre-révolutionnaire, proposent des alternatives ; mais ces derniers ne peuvent ignorer le modèle républicain et tous composent avec sa prégnance dans l'opinion. Les crises, comme l'affaire Boulanger ou le scandale de Panama, consacrent la solidité des institutions fondées en 1875, rodées et infléchies jusqu'en 1879. La violence anarchiste est combattue, au nom d'une démocratie politique où la démocratie sociale doit provenir de réformes lentes. L'affaire Dreyfus est l'occasion de l'affirmation des courants nationalistes, auxquels est sensible une partie des élites et de l'électorat catholiques. Elle est surtout l'occasion de l'approfondissement de la culture républicaine autour du caractère sacré des Droits de l'homme, complétés par l'impératif du "solidarisme" (ceux qui ont le mieux réussi ont un devoir fiscal) et l'affirmation de droits sociaux. La séparation des Églises et de l'État de 1905, mûrie durant le ministère du radical Combes, marque un aboutissement logique, quoique longtemps différé, de la sécularisation conduite par les républicains.

Au total, la France de la seconde moitié du XIXe siècle offre un exemple d'évolution, au rythme heurté, vers la démocratie libérale ; celle-ci y revêt une forme spécifique : la République.

- DEMIER Francis, La France du XIXe siècle, 1814-1914, Seuil, "Points", 2000, p. 441-458.
- RÉMOND René, La République souveraine. La vie politique en France, 1879-1939, Fayard, 2002, 435 p.
- BERSTEIN Serge, "La synthèse démocrate-libérale en France 1870-1900" et "Naissance des partis politiques modernes", et WINOCK Michel, "Le moment Dreyfus et l'approfondissement d'une culture politique républicaine", dans BERSTEIN Serge et WINOCK Michel (s.d. de), L'Invention de la démocratie. 1789-1914, Histoire de la France politique, Seuil, "L'univers historique", 2002, pages 257-302, 415-466 et 303-334.
- AMALVI Christian, "Le 14-juillet, Du Dies irae à Jour de fête" et VOVELLE Michel, "La Marseillaise, la guerre ou la paix", in Pierre NORA (s.d. de), Les lieux de mémoire 1, La République, Gallimard, "Quarto", 1997, pages 383-420 et 107-149.
- AGULHON Maurice, Marianne : les Visages de la République, Gallimard, "Découvertes", 1992, 128 p.
- Mille ans d'école, "Les Collections de L'Histoire", n° 6, octobre 1999, p. 41-74.

Ce thème invite à un éclairage mutuel avec le programme d'éducation civique, juridique et sociale de première (pouvoir, représentation, légitimité, État de droit, république, démocratie).


III - Guerres, démocraties et totalitarismes (1914-1945) (25 heures)

Introduction - Cartes politiques de l'Europe en 1850 et en 1914 : États, régimes politiques et revendications des nationalismes

Cette introduction vise à opérer des constats éclairants pour la suite, enrichis par un retour sur les acquis et par quelques explications ; elle peut et doit être brève.

L'étude de cartes politiques (frontières et régimes) révèle la coexistence :
- d'États multinationaux et d'États-nations, dont certains s'organisent durant la période. On observe que persistent des revendications nationales non satisfaites. Ces informations et le travail conduit sur les cartes étudiées en I. 3 permettent d'aborder les tensions que nourrit le nationalisme de puissance (rivalités coloniales, implication des grandes puissances dans les Balkans, russification des minorités, etc.)
- de pays de tradition autoritaire et de pays de tradition libérale. La démocratie libérale est réalisée en Europe du Nord et de l'Ouest ; on l'a déjà abordé grâce au cas français (II. 3). Elle constitue une référence, y compris dans les régimes politiques autoritaires, dont certains en ont une lecture formelle (Russie). Une tradition autoritaire multiséculaire appuyée sur les hiérarchies sociales traditionnelles est un frein vers l'évolution démocratique (Allemagne, Autriche-Hongrie).

Il convient de s'appuyer sur les notions déjà vues en seconde (thème VI) et il est possible de favoriser un éclairage mutuel avec le programme d'éducation civique, juridique et sociale de première (pouvoir, représentation, légitimité, État de droit, république, démocratie).

Le programme de géographie invite à une articulation avec ce thème (I. 1 : "L'exemple des États issus de l'empire austro-hongrois permet de comprendre le poids des héritages et le rôle des frontières").

- HERMET Guy, Histoire des nations et du nationalisme en Europe, Seuil, "Points", 1996, p. 9-38 et 135-164.
- GIRAULT René, Peuples et Nations d'Europe au XIXe siècle, Hachette supérieur, "Carré Histoire", 1996, p. 142 s.
1 - La Première Guerre mondiale et les bouleversements de l'Europe

L'étude vise à prendre la mesure de cet événement majeur et à analyser son caractère de guerre totale, phénomène novateur à cette échelle, qui consiste à mobiliser toutes les forces d'un pays pour détruire l'adversaire. Les grandes phases du conflit sont donc présentées en interaction avec les stratégies d'adaptation des États aux nouvelles conditions de la guerre.

Elle s'attache aussi à montrer, à l'aide de quelques exemples, que les effets d'un conflit d'une telle ampleur sont multiples. Ainsi, la guerre est-elle à l'origine de nouvelles formes d'intervention de l'État, d'un bouleversement géopolitique du continent et de la mise en question de nombreux régimes et traditions politiques. La mémoire collective de l'entre-deux-guerres, quel que soit le pays concerné, est durablement marquée : deuil collectif, commémorations, pacifisme (sur l'ensemble du développement qui précède, se reporter à l'Accompagnement du programme de la série S, II. 2, qui fournit des précisions pour le cas français). La brutalisation des rapports humains invite à poser la question des liens entre la violence de la période (ainsi du massacre des Arméniens, premier génocide du siècle) et celles des totalitarismes.

La Première Guerre mondiale est la matrice des révolutions en Russie. L'empire affronte au début des années 1910 une transition instable (industrialisation rapide, état d'ébullition social récurrent, apparente solidité politique) qui ne permet pas d'augurer de l'avenir, dans un sens ou dans un autre. Son entrée en guerre est synonyme de désastre militaire, de pertes humaines et territoriales ; l'économie ne résiste pas au conflit, le ravitaillement du front et de l'arrière n'est plus assuré, le pays s'installe dans l'inflation et la pénurie ; le tsar et le pouvoir centralisé sont discrédités : en 1917, la Russie s'autogère. La guerre agit comme un amplificateur des blocages et des fragilités antérieures et un formidable accélérateur de l'histoire : moins de trois ans séparent la mobilisation de la chute du régime impérial et huit mois cette dernière de la prise du pouvoir par les bolcheviks.

L'étude de la Première Guerre mondiale est propice à un travail avec les professeurs de français, de langues étrangères ou d'arts plastiques sur les corpus épistolaire et littéraire (voir notamment L'école des lettres second cycle n° 14 du 1er juillet 1995 et 13 du 1er mai 1997) ou les représentations de la guerre.

- BECKER Jean-Jacques, La France en guerre (1914-1918). La grande mutation, Complexe, "Questions au XXe siècle", 1996.
- AUDOIN-ROUZEAU, Stéphane et BECKER, Annette, 14-18. Retrouver la guerre, Gallimard, 2000, 272 p.
- "Sur l'année 1917", Historiens & Géographes, n° 315, juillet-août 1987.
- WERTH Nicolas, Histoire de l'Union soviétique, PUF, "Thémis", 2001 (chapitre III) et La Russie en révolution, Gallimard, "Découvertes", 1997.
- MALIA Martin, La Tragédie soviétique. Histoire du socialisme en Russie 1917-1991, Seuil, "Points", 1999, p. 127 à 162.
- Octobre 1917, la révolution russe, L'Histoire, n° 206, janvier 1997.
2 - Les démocraties libérales durant les années 1930 : l'exemple de la France

Le programme invite à faire de ce thème d'étude à la fois un moment de l'étude de l'histoire de notre pays et un cas particulier de la crise des démocraties libérales durant l'entre-deux-guerres. Ce qu'est une démocratie libérale a été abordé dans l'introduction de cette partie III, en se fondant notamment sur des traits empruntés à la France de la IIIe République (II. 3).

La France de la décennie 1930 est confrontée à une crise multiforme, au sein de laquelle les aspects économiques, sociaux, politiques et culturels sont interdépendants. La dépression économique, perçue à partir de l'automne 1931, est durable. L'impuissance des gouvernements à l'enrayer nourrit le doute et les mécontentements (agriculteurs confrontés à la baisse des prix, anciens combattants et travailleurs du service public souffrant de la politique déflationniste, ouvriers affrontés à l'aggravation des conditions de travail). La poussée d'antiparlementarisme - dont le 6 février 1934 marque un apogée -, l'instabilité ministérielle et le dynamisme de modèles politiques qui apparaissent plus modernes et plus efficaces (communisme soviétique, régimes fasciste et nazi) traduisent ou renforcent ces causes de fragilité. Cependant, la démocratie est suffisamment ancrée pour résister.

Parvenu au pouvoir, le Front populaire fait aboutir des mesures sociales d'importance, qui reconnaissent la légitimité des revendications des ouvriers et contribuent à leur intégration. Il participe de la réflexion sur la modernisation politique (affirmation du rôle de l'exécutif, entrée de femmes au gouvernement, sans pour autant que les femmes obtiennent le droit de vote). L'État se pose désormais en arbitre entre les grandes forces sociales. Il étend ses compétences dans les secteurs économique (relance par la demande, régulation et impulsion, notamment en renforçant une "économie mixte") et culturel (prolongation de la scolarité obligatoire, mesures pour démocratiser la culture).

L'existence du gouvernement de Front populaire est brève : elle s'achève en 1938, année où l'échec économique est aussi avéré. Mais, par sa portée sociale, politique et symbolique (par exemple, mise sur le devant de la scène des usines - dont les occupations sont fortement médiatisées -, politisation des relations et des revendications professionnelles, etc.), la période prend une place à part, sur laquelle le programme invite à se pencher. Elle est ainsi durablement un élément majeur de la mémoire collective de la classe ouvrière, dont elle fonde la fierté. Elle est aussi une référence-clef du discours du mouvement syndical et de la gauche, pour lesquels elle constitue un temps d'unité d'action, d'expansion et de reclassements internes entre Parti radical, SFIO et PCF. Admiré, regretté, redouté ou haï (régime de Vichy), le Front populaire est un mythe mobilisateur de notre histoire contemporaine.

Au fil de cette approche des années 1930, il serait intéressant de s'appuyer sur la connaissance des droits sociaux acquise en éducation civique, juridique et sociale en seconde.

- BARJOT Dominique (s.d. de), Industrialisation et sociétés en Europe occidentale du début des années 1880 à la fin des années 1960, SEDES/CNED, 1997, p. 185 à 201 et 235 à 246 (contributions de Dominique BARJOT et Alain BELTRAN).
- MARSEILLE Jacques (s.d. de), L'Industrialisation de l'Europe occidentale (1880-1970), ADHE, "Histoire économique", 1998, p. 273-293 (contribution de Jacques MARSEILLE).
- BRUNET Jean-Paul, Histoire du Front populaire (1934-1938), PUF, "Que sais-je ?", éd. de 1998, 127 p.
- TARTAKOWSKI Danielle, Le Front populaire, la vie est à nous, Gallimard, "Découvertes", 1999, 144 p.
3 - Les totalitarismes

L'objet de ce thème du programme consiste à mettre en évidence les traits fondamentaux et communs des régimes totalitaires, tout en faisant la part de la spécificité de chacun.

La notion de totalitarisme fait problème. Elle a été un instrument de guerre froide qui impliquait une identité entre les régimes fascistes et le communisme stalinien, affirmation qui ne résiste pas à l'analyse historique : ces régimes sont différents, voire opposés par leur niveau économique, leur évolution sociale, leur culture politique, les forces sur lesquelles ils s'appuient, les buts qu'ils poursuivent. Toutefois, les travaux historiques contemporains valident cette notion pour qualifier les dictatures d'un type nouveau apparues au lendemain de la Première Guerre mondiale.

Ce que ces travaux désignent comme totalitarisme n'est pas une doctrine, mais une pratique d'encadrement de la société au sein de structures qui ont pour objet de "transformer l'homme" en le modelant sur l'objectif idéologique que s'assigne le régime. Cet objectif peut être différent : l'exaltation de l'État, la prédominance de la race aryenne ou la société sans classes dans un système de propriété collective. Mais les méthodes tendent, elles, au même but : donner à la masse de la population une volonté collective, absorber l'homme sous tous ses aspects dans le tout idéologique (national, racial ou social), faire que, non seulement ses idées politiques ou son rôle social, mais également sa vie professionnelle et familiale, ses croyances, ses valeurs, ses goûts esthétiques, soient mis au service de l'idéologie d'État. Le but, qui n'a été atteint nulle part mais vers lequel ces trois régimes ont tendu, a été d'abolir la "société civile" en l'absorbant dans cette entreprise collective.

- Le Stalinisme, La Documentation photographique, n° 8003, Van REGEMORTER Jean-Louis, juin 1998.
- BURRIN Philippe, Fascisme, nazisme, autoritarisme, Seuil, "Points", 2000, 315 p.
- Les Totalitarismes : fascisme et nazisme, La Documentation photographique, n° 7037, MUSIEDLAK Jacqueline et MUSIEDLAK Didier, octobre 1996.
- Nazisme et Communisme. Deux régimes dans le siècle (présenté par FERRO Marc), Pluriel, 1999, 278 p.
- ROUSSO Henry (s.d. de ), Stalinisme et Nazisme : histoire et mémoire comparées, Complexe, "Histoire du temps présent", 1999, 387 p.
- TRAVERSO Enzo (textes choisis et présentés par), Le Totalitarisme. Le XXe siècle en débat, Seuil, "Points", 2001, p. 9-110.
4 - La Seconde Guerre mondiale

Il s'agit d'étudier la Deuxième Guerre mondiale de son déclenchement à l'arrêt des combats : les différentes facettes du bilan du conflit seront analysées en terminale, à plusieurs reprises (I. Introduction et 2, II. 1 et 2, III. 1 et 2).

Tout ne pouvant être traité avec la même précision, le programme a opéré des choix.

La présentation des grandes phases de la guerre peut se faire à partir de cartes et d'une chronologie évoquant la conquête hitlérienne en Europe et la conquête japonaise en Asie, l'extension de 1941, le reflux de l'Axe et la victoire des Alliés après le tournant de 1942-1943 ; elle manifeste le caractère mondial du conflit.

L'étude de la politique nazie d'extermination des Juifs et des Tziganes constitue un élément capital pour comprendre la nature du conflit et son importance dans l'histoire contemporaine. Elle passe par le rappel de la distinction qui, au sein de l'univers concentrationnaire, sépare camps de concentration et camps d'extermination et par l'analyse de ce qu'est un génocide. Tous ces domaines ont fait l'objet de nombreux travaux scientifiques ; ils exigent d'être présentés avec une rigueur excluant toute approximation.

L'étude de la France dans la Seconde Guerre mondiale relève de la même exigence, sans schématisme. Le pays est anéanti par sa défaite. Les Français, englués dans les difficultés de la vie matérielle quotidienne, tentent de s'accommoder de l'occupation ; mais cela n'empêche ni un rejet massif de l'occupant et de la Collaboration, ni une désaffection croissante à l'égard du gouvernement de Vichy. Ce régime, négation des principes républicains, attaché aux apparences de sa souveraineté mais pris dans l'engrenage de la collaboration d'État et des surenchères collaborationnistes, se met volontairement au service des exactions de l'occupant. À ce choix s'opposent la Résistance intérieure, minoritaire et diverse, et le général de Gaulle, avec la France libre, qui, d'abord isolé, rallie une partie de l'Empire et impose l'image d'une France de la Libération rassemblée autour de lui et figurant dans le camp des vainqueurs.

Ces approches permettent de mettre à jour le caractère de guerre totale du conflit, marqué par l'implication des populations civiles autant que des militaires, l'importance des facteurs idéologiques, économiques et psychologiques, les phénomènes de collaboration et de résistance, les déportations, les massacres programmés massifs (Pologne, URSS) et la politique d'extermination.

- BÉDARIDA François, La Politique nazie d'extermination, Albin Michel, 1989, 332 p.
- HILBERG Raul, La Destruction des juifs d'Europe, (2 tomes), Gallimard, "Folio Histoire", 1992, 1098 p.
- AZÉMA Jean-Pierre et BÉDARIDA François (s.d. de), La France des années noires, (2 tomes), Seuil, "Points", 2000, 580 p.-632 p.
- BURRIN Philippe, La France à l'heure allemande 1940-1944, Seuil, "Points", 1995, 576 p.
- LABORIE Pierre, L'Opinion française sous Vichy : les Français et la crise d'identité nationale. 1936-1944, Seuil, "Points", 2001, 406 p.
- PESCHANSKI Denis, La France des camps. L'internement 1938-1946, Gallimard, 2002, 560 p.
- ROUSSO Henry, Les Années noires. Vivre sous l'occupation, Gallimard, "Découvertes", 1992, 192 p.

similaire:

I l\I l'âge industriel en Europe et en Amérique du Nord du milieu du xixe siècle à 1939 (8 heures)

I l\I l’âge industriel en Europe et en Amérique du Nord du milieu du xixe siècle à 1939

I l\L’évolution des pratiques culturelles du milieu du xixe siècle au début du xxe siècle

I l\«Questions pour comprendre le xxe siècle.»
«Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du xixe siècle.»

I l\1 «L’espace monde» des Européens au milieu du xixe siècle

I l\THÈme I «Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés...
«Croissance économique, mondialisation et mutations des sociétés depuis le milieu du xixe siècle.»

I l\Croissance économique, mondialisation et mutation des sociétés depuis...

I l\Histoire et anthropologie des sociétés médiévales et modernes (VIe-Milieu...

I l\La civilisation chinoise et ses apports dans le monde
«Zhongguo», littéralement «le royaume du milieu». A l’époque, les dirigeants utilisaient ce terme car ils se considéraient comme...

I l\Vapeur et vitesse à l’âge industriel






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com