Les monnaies de nécessité ou la grande débrouille dans le Nord occupé (1914-1918)





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A.2.Initiatives des milieux économiques


La chambre de commerce de Lille n’a pas attendu le décret gouvernemental pour créer, dès août 1914, une banque d’émission dont le capital est souscrit par ses principaux membres destinée à émettre de petites coupures de 1 et de 2 francs pour pallier la pénurie de monnaie divisionnaire. Il est décidé que cette émission se ferait en contrepartie des fonds rassemblés par les fondateurs placés en bons du Trésor qui seraient ensuite portés à l’escompte de la Banque de France, de manière à procurer à la banque au fur et à mesure des besoins les ressources nécessaires à la couverture de ses frais (Eck, Touchelay 2014). L’initiative est stoppée par le refus du directeur de la succursale de la Banque de France d’accepter un tel engagemen8. Malgré plusieurs télégrammes envoyés aux ministres des Finances et du Commerce, la Banque de France maintient sa position, une telle opération n’étant pas prévue par ses statuts. De même, lorsqu’en septembre 1914, l’arrondissement de Valenciennes doit verser 1 548 000 francs de contribution de guerre, sous peine de destruction de la ville, tous les banquiers de la place se réunissent dans une commission à la mairie pour tenter de rassembler cette somme, y compris le directeur de la succursale de la Banque de France qui promet une contribution de 200 000 francs. Désavoué par « le gouvernement de la Banque » il doit quitter la commission et renoncer à toute contribution9. La présence des représentants de la Banque de France reste sollicitée pendant l’occupation puisque le directeur de la succursale de Lille et celui de Roubaix, sont invités à faire partie de la commission de contrôle chargée d’examiner les demandes d’émission des bons de ville en février 1916. Pressés par leur direction centrale, ils déclinent l’invitation au motif que les statuts de la Banque de France lui interdisent d’intervenir dans l’administration communale placée sous la tutelle financière du préfet du Nord10. Les initiatives des milieux économiques s’effectuent donc en marge de la Banque de France pendant toute l’occupation. Il en va de même de celle des municipalités.

A.3.Les émissions municipales, l'engrenage


Soumises aux exigences de l’occupant et coupées du reste de la France11, les autorités municipales subissent l’arrêt presque complet de l’activité économique. Souvent vidées de leur personnel et obligées de faire face au quotidien, les municipalités assurent, sous la tutelle officielle du représentant du préfet, l’administration des territoires occupés. Le rythme des émissions de bons s’inscrit dans la chronologie de la guerre qui correspond aussi à celle des exigences allemandes. Ayant à « supporter plus gravement que toute autre les charges financières de l’occupation » Lille, Roubaix et Tourcoing, par exemple, qui conservent des services municipaux étoffés, émettent massivement des bons municipaux12. La première émission de bons de la ville de Lille approuvée par le préfet le 31 aout 1914 atteint 25 millions de francs, puis c’est l’engrenage13. A partir de 1916, l’impôt forcé absorbe une part croissante des nouvelles émissions. Ainsi, au 19 novembre 1918, le chiffre des bons de monnaie émis s’élève à 384 628 750 francs14. Sur ce total, la contribution de guerre et les amendes payées par la ville pour son propre compte (184 104 929 francs) et pour celui d’autres communes (71 965 070 francs atteignent 256 069 999 francs. La situation de Roubaix est comparable avec au 30 septembre 1918 un montant de bons monnaies émis de 204 773 447 francs et, au 31 aout 1918, une contribution de guerre et des amendes payées atteignant 117 581 998 francs. Tourcoing et les villes de sa circonscription financière (Bondues, Bousnbecque, Halluin, Linselles, Mouvaux, Neuville et Roncq) sont dans une situation similaire avec, au 30 septembre 1918, un montant de bon émis de 138 000 000 francs et une contribution de guerre et des amendes de 58 845 372 francs. Ces chiffres ne comprennent pas la contribution de Tourcoing aux 16 000 000 francs payés par les six grandes villes du Nord en 1915 pour le compte des communes n’ayant pas réglé leur contribution de 1914. Valencienne devient également émettrice, d’abord pour attribuer les secours d’assistance, puis pour régler les pensions civiles et les retraites ouvrières, payer les réquisitions, prêter aux communes sans ressource et assurer le traitement des employés du Chemin de fer du Nord, devenus chômeurs malgré eux. De petites communes comme St Amand, Maroilles, Landrecies, Aulnoye, Noyelles-sur-Sambre en font de même.

Des initiatives individuelles conduisent aussi à la création de bons. Chaque commune garantit le montant des bons demandés et remet un bordereau de remise. Les budgets de l’ensemble des communes augmentant, on émet d’abord pour 3 millions de bons le 9 mars 1915, puis 4 le 7 juillet 1915 et jusqu’à 20 le 30 juillet 1916 pour payer « les contributions de guerre et le ravitaillement américain ». La société charge un contrôleur de surveiller les budgets des communes et d’assurer la régularité des comptes, mais les Allemands, refusent « systématiquement » de lui accorder des « laissez-passer ». Les besoins augmentent toujours. 20 millions de bons sont émis le 1er juillet 1917 et au 1er octobre 1917, le syndicat d’Avesnes-Solesmes, englobant alors 132 communes, avait émis pour 63 007 450 francs de bons. Plus raisonnable, le Syndicat des communes de la région du Quesnoy n’aurait procédé à des émissions que jusqu’à concurrence de 11 ou 12 millions, somme bien inférieure à celle qu’il avait été autorisé à émettre. Une autre initiative est celle du président de la chambre de commerce de Cambrai qui, fin septembre 1914 convint ses partenaires d’émettre des bons, distribués à un taux de 3% et garantis par trois cautions solidaires, outre celui de l’emprunteur. Les bons consulaires concurrencent puis supplantent ceux que la ville de Cambrai diffuse à partir du 15 octobre 1914. Ayant conquis le monopole des émissions auprès des maires, des industriels et des particuliers, la chambre de commerce règle aussi les avances sur traitements et pensions et verse les arrérages de 214 titulaires de retraites ouvrières et paysannes. En revanche, elle refuse de prêter aux communes pour le payement des impôts réclamés par l’autorité allemande. Ces bons sont jugés équivalents aux billets de la Banque de France qui exige trois signatures reconnues solvables pour escompter des traites.
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