Les monnaies de nécessité ou la grande débrouille dans le Nord occupé (1914-1918)





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B.Une régulation monétaire sous l’emprise de la nécessité


Ces bons représentent une monnaie « fictive ou fiduciaire inventée par la nécessité » qui contourne le monopole de la Banque de France15. Généralement émis sans aucune contrepartie, ils « constituent purement et simplement du papier créé pour tenir lieu d’argent, quelque chose comme du papier monnaie ayant cours forcé ». Leur pouvoir libératoire est généralement limité à leur zone d’émission et pour les changer il en coûte 60% pour l’or et 45% pour le billet de banque français et le mark, les bureaux de change allemand se refusent à faire l’opération16.

B.1.Tensions


Bien qu’elle soit soumise à l’autorisation préfectorale, l’émission de bons municipaux échappe rapidement à la volonté du préfet. Dès le 10 aout 1914, Anjubault sous-préfet d’Avesnes faisant office de préfet du Nord, invite les municipalités à réduire les émissions pour limiter les risques de dépréciation17. Le 9 octobre 1916, il s’oppose à la délibération du conseil municipal du 11 septembre 1916 décidant d’une nouvelle émission de 30 540 000 francs de bons18. Anjubault précise en outre qu’il ne peut pas sanctionner le paiement des contributions de guerre, d’amendes ou de salaires pour des travaux prohibés par la convention de la Haye19. Par lettre du 21 mars 1917, il invite les municipalités à récupérer les « bons thésaurisés par les particuliers » ou « conservés sans emploi par les Comités d’Alimentation de régions différentes » et à retirer de la circulation les bons communaux hors d’usage émis par les villes de Lille, Roubaix, Tourcoing, par la banque d’émission de Lille ainsi que par 76 petites commune20. Les difficultés de communication et la mauvaise volonté des maires des « grandes villes » font échouer l’opération21. En décembre 1917, il signale au maire de Lille que le montant des émissions qu’il a approuvées dépasse le demi-milliard, ce qui conforte sa décision de suspendre les émissions22. Dans sa réponse du 28 avril 1918, le maire de Lille précise qu’il n’ignore pas les dangers de la mise en circulation d’une quantité trop importante de monnaie fiduciaire, mais qu’il est nécessaire d’éviter à la population « des mesures de rigueur que son état physique ne lui permettait pas de supporter »23. Delesalle ajoute que « les émissions sont garanties par nos créances sur l’Etat, le département, les communes les collectivités qui s’élevaient au 31 mars dernier à plus de 350 millions, non compris les dépenses de l’occupation dont nous espérons le remboursement, le parlement ayant décidé de faire payer par la nation toute entière les charges de la guerre. »

Le point de rupture entre les grandes villes du Nord et le préfet est atteint en avril 1918 lorsque, alors que les caisses sont vides, il refuse d’autoriser une nouvelle émission de bons24. Le renforcement des pressions allemandes n’est pas étranger à cette situation.

B.2.Positions allemandes


Le 19 janvier 1916, la Kommandantur réclame des explications à la ville de Lille qui cherche à émettre 30 millions de nouveaux bons communaux25. Le contrôle allemand se renforce. Le 1er janvier 1916, une ordonnance du Generalquartiemeister précise que désormais toute création de bons doit être autorisée par le quartier-maître général et que ceux qui sont en circulation doivent obtenir un certificat de conformité avant le 1er mars 1916. Un modèle de bons est imposé et les petits syndicats d’émetteurs sont rattachés aux plus grands. Ce mouvement de concentration est également retenu par la chambre de commerce Cambrai qui souhaite former un syndicat des communes de la région26. En avril 1916, le maire de Valenciennes, invite ses homologues de l’arrondissement à former un consortium de communes de la région et des régions limitrophes27. En février, les autorités allemandes mettent en place une commission de contrôle chargée d’examiner les demandes d’émission des bons de ville28. En mai, elles rendent toutes les communes solidairement responsables et interdisent les émissions des petites communes29. Le préfet du Nord proteste auprès de la Kommandantur contre les pouvoirs de création de bons de monnaie qu’elle entend conférer aux syndicats de communes : « La création de bons de monnaie, c’est à dire d’une monnaie fiduciaire française, rentre dans les attributions du représentant du gouvernement français qui, seul, a qualité pour apprécier la situation financière des communes. S’il devait être porté atteinte sur ce point à notre législation ainsi qu’à l’exercice, purement administratif, de la fonction préfectorale, je me verrais obligé de décliner ma tutelle financière des communes demeurées jusqu’ici sous mon contrôle ». Delesalle émet la même protestation : « La commission ne peut accepter le mandat de se substituer au préfet représentant du pouvoir légal existant qui, seul, aura qualité pour couvrir plus tard, avec l’aval du gouvernement français les lourdes responsabilités que nous aurons dû prendre à l’égard des autres communes »30. Le pouvoir du préfet est écorné au profit de celui des autorités d’occupation.

Une nouvelle lettre de la Kommandantur adressé à Delesalle le 19 janvier 1917 exige que la ville prouve très exactement la nécessité de l’émission qu’elle réclame, jugeant ses arguments insuffisants31. Elle réclame en outre que la ville émette non seulement des coupures de 5 et 10 francs, mais surtout de 20, 50 et 100 francs qui « font défaut », alors que Lille s’était opposé à l’émission de ces coupures qui accentuent la fraude à Roubaix et Tourcoing. Il s’agit ainsi de procurer du numéraire aux troupes d’occupation. Les pressions allemandes passent aussi par le recensement en mai 1917 de la monnaie fiduciaire circulant dans le pays occupé. L’ordonnance allemande du 6 mai 1917 dresse la liste des communes et associations autorisées à émettre32. La mesure est contournée puisqu’un décret du Grand quartier général allemand (GQG) du 5 février 1918 prescrit le retrait de la circulation des bons émis par un certain nombre de communes associations qui n’ont pas été autorisés par la loi du 6 mai 191733. Les bons de ville hors cours doivent être rentrés avant le 1er mai 1918. Les bons de moins de 25 cts sont interdits, sauf ceux de la ville de Lille, et les imitations sont punies de travaux forcés d’au moins deux ans et « dans le cas de circonstances atténuantes » de prison. Les municipalités et syndicats de communes trainent à appliquer l’ordonnance. Le 18 mars 1918, le conseil municipal de la ville de Lille indique que la caisse ne dispose pas des sommes nécessaires pour effectuer ce retrait34. Malgré les contournements, l’emprise croissante des autorités allemandes sur les émissions de bons apparait bien comme un instrument du pillage et de mise au pas des territoires occupés35. Les premiers bons de ville sont retirés et remplacés par des bons régionaux, émis par diverses sociétés sous leur surveillance allemande.
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