I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique?





télécharger 191.65 Kb.
titreI. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique?
page14/14
date de publication22.10.2016
taille191.65 Kb.
typeDocumentos
h.20-bal.com > économie > Documentos
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

I. L’économie des singularités (Karpik)



Ce qui est essentiel dans cette économie est la forte insubstituabilité des biens et services (on ne peut les remplacer). Cela signifie que ce qu’on ne peut pas remplacer est générateur de valeur ajoutée, et cela est un indicateur de rareté.
Depuis les 1980s, on a assisté à l’émergence d’une conception économique de la ville, c’est-à-dire une économicisation des objets urbains. On assiste en parallèle à un contexte de compétition économique entre les villes (Patrick Le Galès : Le retour des villes en Europe). Dans cette compétition, on voit un double mouvement : un mouvement de singularisation des productions urbaines, et en même temps une logique de formalisation des méthodes de projet.
Karpik distingue trois éléments qui caractérisent l’organisation de cette économie des singularités :

  • Un phénomène de délégation des critères de choix et de sélectivité : le choix est délégué à des professionnels, par les palmarès de villes, les guides, les labels de qualité,… mais aussi :

    • les grands jurys internationaux : pour accueillir les JO par exemple, ou devenir capitale européenne de la culture, il faut soumettre la candidature de sa ville à ces grands jurys qui ont le pouvoir de juger de la qualité des infrastructures,... Ex : Georges Frêche à Montpellier avec le quartier Antigone.

    • les systèmes de prix : il y a de plus en plus d’associations qui délivrent des prix, que ce soit en matière d’énergie, de transport,… Ex : Concours national des villes fleuries, en place depuis l’après-guerre. Or ces prix, particulièrement européens, se sont fortement multipliés depuis une trentaine d’années.

Les critères peuvent être fonctionnels ou esthétiques (en fonction de ce que la compétition valorise davantage) ; ces combinaisons originales forment un agencement particulier.

  • Un rôle accru des intermédiaires : développement des instances critiques, mais aussi des conseillers, agents,…(ex : conseillers en urbanisme, en architecture, artistes,…). Par exemple, les villes ont recruté des délégués aux arts plastiques, chargés de faire des acquisitions ou des commandes sur des œuvres d’art, lesquelles feraient évoluer le paysage urbain. Dans ce mode d’organisation, on a donc des conseillers spécialisés (ex : architectes), qui vont conseiller sur les choix d’autres architectes, dans des jurys. Bien entendu, il va y avoir une compétition entre toutes ces personnes, puisque ce sont de fait ces professionnels qui définissent les commandes publiques – on peut donc créer des niches en favorisant des personnes qu’on préfère.

  • Un fort impact des tendances : cela montre l’importance de ces productions urbaines, qui doivent être à la fois marquantes à un moment donné et s’inscrivant donc dans une mouvance architecturale, et en même temps qui doivent se renouveler (parce que sinon le retour de bâton est d’autant plus fort : le quartier Antigone de Montpellier n’est plus du tout à la mode). On a en cela des tensions entre des logiques patrimoniales (conserver le patrimoine historique), et des logiques de création architecturale. Il faut donc sans cesse arbitrer entre conserver et recréer.

Au niveau international, la particularité d’un certain nombre de villes ou d’Etats est liée à leur patrimoine et leur manière de le conserver. Or c’est une spécificité de l’Europe, car en Europe et dans la Méditerranée il y a une densité de vestiges, monuments,…, qui est sans doute plus forte que dans d’autres pays ; ce qui pose des contraintes pour produire des formes urbaines nouvelles. En France, on a depuis longtemps un système public de conservation du patrimoine qui est très contraignant : l’administration du patrimoine existe depuis la Révolution française, à cause des phénomènes de vandalisme ; puis dans les 1960s, le ministère Malraux a mis en place le système d’inventaire, pour inventorier de manière systématique le patrimoine (architectural, culturel,…), dans une logique d’hyper-administration du patrimoine.

Nathalie Heinrich a montré comment les agents spécialisés définissent l’authenticité. Par exemple, l’UNESCO classe un certain nombre de productions au patrimoine mondial de l’humanité, en s’appuyant sur l’ICOMOS, une organisation d’experts qui peut connaître des controverses sur l’authenticité. Ex : Québec étant la plus ancienne ville de culture française au Canada, sa particularité est son architecture inspirée des formes architecturales françaises, mais est-ce une singularité digne d’être classée au patrimoine mondial de l’humanité ? D’autant plus que Québec a été en partie reconstruite à l’identique, donc est-ce authentique historiquement ? Ce sont des questions aujourd’hui structurantes dans la compétition entre les villes, avec une tension entre originalité et authenticité.
De plus, on voit le développement de nouvelles méthodes de production de gestion urbaine, avec l’arrivée des méthodes de projet urbain.


II. Les différentes approches





  • L’approche anthropologique du projet (J-P Boutinet).


Dans les méthodes de projet, le point de départ est la volonté de changer quelque chose et le fait de croire que c’est possible. Ensuite, les méthodes de projet ont un caractère aléatoire et éphémère : des collectifs, qui n’ont pas vocation à durer, sont créés. La difficulté des méthodes de projet se trouve dans le caractère mitigé des résultats : l’image projetée à la conception du projet est rarement conforme au résultat. Or on a une sorte de fuite en avant, la gestion de projets appelant la gestion de projets (dans une espèce de course à l’innovation). C’est ce qui se passe aujourd’hui au niveau urbain : on est dans un empilage de projets. Se pose par conséquent le problème de la coordination.


  • L’approche managériale du projet.


Distinction « mode projet » / « mode métier » : l’organisation en mode métier est adaptée à une capitalisation des savoirs et savoir-faire, mais cette structure peut être inadaptée à la tenue des délais. Ex : les services techniques des villes, de l’urbanisme, qui sont organisés en métiers, où on fait des plans (urbains). Or ces grandes administrations urbaines sont dans une difficulté qui n’est pas un manque de compétence, mais l’inadaptation de leur organisation au raccourcissement des délais (car on a une accélération du mouvement de la gestion urbaine). On va donc déléguer à d’autres. On instille donc dans la gestion des instruments de mesure des coûts à toutes les étapes. L’essentiel est d’être innovant et compétitif ; pour cela, on va développer des systèmes de contrôle des coûts.


  • Du point de vue de la sociologie de l’action publique.


La méthode du projet se distingue fondamentalement de la méthode du plan, puisque dans la méthode du plan, on est sur des formes d’administration centralisée, avec des objectifs à long terme et des procédures lentes.

A l’inverse dans la gestion de projet, il s’agit d’une action collective, autonome car il faut pouvoir décider dans des délais brefs. Aussi, les procédures sont accélérées, et les formes de coordination moins formelles (on passe davantage dans le droit privé que public, qui est plus lourd).

Le maitre mot est l’implication de la société civile.

 A travers les méthodes de projet, la ville se présente, et tente au maximum de ne pas donner une mauvaise image, de ne pas se dévaloriser.

III. L’exemple des Capitales européennes de la culture



Istanbul et Marseille ont des situations de départ relativement comparables.
Points communs :

  • Des morphologies urbaines contraignantes : manque de transports en commun, embouteillages, mauvaise circulation, forte fragmentation dans l’organisation de l’espace (quartiers peu connectés les uns aux autres). Cela pose des contraintes dans la gestion des projets, car il y a la difficulté d’impliquer les associations qui seront hyper-localisées, ce qui peut devenir un problème politique.

  • Des institutions d’agglomération récentes (l’an 2000 pour Marseille ; 1984 pour Istanbul) : elles facilitent la coordination, la permettant entre de multiples arrondissements ou communes.

  • La situation géographique : ce sont des « gateway cities », sur la France pour la Méditerranée ; sur la Turquie pour l’Europe (elles agissent presque en miroir).

  • Le rôle de l’Etat dans la culture : en Turquie comme en France, l’Etat a joué un rôle important dans le développement des institutions culturelles. L’histoire des politiques culturelles nationales se confond avec une sorte de nationalisme (projet du ministère Malraux notamment ; projet nationaliste turc laïc, avec une forte tradition kémaliste).


On a donc, dans les deux villes, des acteurs qui vont essayer de développer un projet qui vise à singulariser la ville. Les promoteurs sont les investisseurs locaux : fondations privées à Istanbul, liées à de grandes entreprises turques qui cherchent ainsi à promouvoir l’adhésion turque à l’UE, on cherche à insérer les milieux économiques dans les relations européennes. A l’inverse pour Marseille, on retrouve la Chambre de Commerce et d’Industrie, dans Mécènes du Sud, dont le président est le candidat à l’époque de la Chambre de Commerce. Les principaux moteurs de ces projets internationaux sont souvent les entrepreneurs, donc les entreprises locales.

Ils vont constituer le cadre de la gestion de projet, en créant une association, qui se charge de coordonner les actions des différentes collectivités. Ces structures rassemblent plusieurs communalités, suivant une logique de développement qui tente de construire du consensus autour d’une idée.
Puis toutes les institutions centrales européennes, nationales,… s’impliquent dans ces projets, donc les entrepreneurs de départ ont souvent l’impression que le projet est dénaturé. De plus, les ministères s’en mêlent, avec des projets principalement axés sur la conservation du patrimoine, vers une dimension d’authenticité. Les Etats vont donc axer leurs priorités sur des enjeux institutionnels et académiques. A Istanbul par exemple, la priorité de l’Etat était le tourisme ; on ne met donc pas l’accent sur les mêmes singularités (historiques ; mondiales).
 Dans la gestion de projet, on a donc une difficulté à construire du consensus. Aussi, on a des conflits politiques entre financeurs ; on rentre même dans des marchandages locaux.


 Dans la gestion de ces projets urbains, on a tellement insisté sur cette nouvelle méthodologie qu’on perd de vue les dimensions institutionnelles ; or la capacité antérieure d’avoir construit des institutions fortes est presque primordial. De plus, la capacité à inclure des associations et initiatives locales est d’autant plus forte que l’espace urbain est continu ; il y a donc une sélectivité accrue, ce qui se traduit par des contestations sociales (l’inverse du consensus). Tout dépend de l’environnement institutionnel.
Deux possibilités pour Marseille 2013 :

- revenir à un mode de gestion plus traditionnel donc surement plus clientélaire.

- donner la priorité à quelques projets et donc faire face à une contestation sociale forte.
1   ...   6   7   8   9   10   11   12   13   14

similaire:

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconAction publique tranquillité publique, faciliter la vie des riverains...
...

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconLe scénario du pire comme mode de légitimation de l’action publique

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconJM1 vp 391 Réforme de l’Etat et nouvelle gestion publique
«Ordre politique et ordre social : objectivisme, objectivation et analyse politique», in Grawitz M. et Leca J. (dir.), Traité de...

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconI – formation, qualifications et diplômes
«La construction d’une action publique culturelle européenne : entre mobilisations des acteurs et inachèvements institutionnels»

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconFrançois Bayrou, toujours seul présidentiable au centre ?
«affaire Cahuzac», IL avait relancé sous forme de pétition sa proposition d’un référendum sur la moralisation de la vie publique....

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconBibliographie sélective Table des matières introduction generale...
«Santé publique» et est destiné aux étudiants en deuxième année de graduat en Sciences Infirmières pour toute les orientations

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconEvolution de la constitution francaise
«res publica» (la chose publique) apparaît aux yeux des Français comme le système politique le plus juste

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconLa Dette publique : fardeau des générations futures ?
«remboursée par nos enfants», est totalement fausse. Le véritable fardeau qu’on laisse à la génération future n’est pas la dette...

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconRésumé
Marquées par l'obligation d'une très grande rigueur de gestion rendue nécessaire par la situation économique mondiale Le ministre...

I. Pourquoi parler d’action publique et non de politique publique? iconNotes pour une histoire de l’opinion publique comme catégorie du discours politique
«ut aiunt» (comme on dit), qui indique des rumeurs ou sert à introduire une locution proverbiale [benveniste, 1969, 139; 262; bettini,...






Tous droits réservés. Copyright © 2016
contacts
h.20-bal.com