Bibliographie commentée Version au 22/05/2013





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Bibliographie commentée Version au 22/05/2013

Bibliographie commentée sur le business en Chine

Dominique Jolly, Professeur à SKEMA Business School,

Professeur Visitant à CEIBS (Shanghai)
En moins de dix ans, de nombreux sinologues sont venus éclairer le lecteur qui veut faire du business en Chine. Il est possible de distinguer au moins trois grandes catégories d’ouvrages.

  • Les livres de spécialistes sur une discipline donnée. Il y a d’abord les économistes ; Françoise Lemoine, avec son ouvrage « L’Économie de la Chine » aux Editions de La Découverte est un très bon exemple. Il y a aussi les sociologues ; Jean-Luc Domenach est l’un des plus connus et l’un des plus prolixes sur le thème de la Chine et des Chinois. Il y a aussi les spécialistes en géopolitique ou en histoire ; S. Balme & D. Sabbagh éclairent, par exemple, sur la relation entre Chine et Etats-Unis. Jacqueline Tsai retrace l’histoire du luxe en Chine. Jean Jolly fait un focus sur les Chinois en Afrique. Il ne faut pas non plus oublier les démographes ; Isabelle Attané a ainsi livré récemment chez Fayard un ouvrage plutôt accessible ;

  • Les livres d’opinion (d’universitaires ou de journalistes). Dans cette catégorie, il y les « pro-China » et les « China non-compatibles ». Erik Izraelewicz, hélas disparu en 2012, est un bon exemple de la première catégorie. Moins connus, A. Brunet & J.P. Guichard s’échinent à montrer que la Chine n’est mue que par des ambitions hégémoniques dissimulées. Un autre auteur, Philippe Massonnet (« Pour en finir avec le miracle chinois ») démonte méthodiquement, sur plus de 300 pages, tous les ressorts du Parti communiste chinois. Philippe Cohen & Luc Richard (« Le vampire du milieu ») font une critique en règle de la politique des dirigeants chinois. Thierry Wolton (« Le grand bluff chinois ») est à peine moins partial ;

  • Les livres de micro-management. Christophe Tanguy, Chloé Ascencio et Dominique Rey, Benoit Ams, Anne-Laure Monfret sont de très bons exemples. Ces derniers s’attachent à donner des clefs pour relever les défis opérationnels de motivation, de délégation, d’interaction avec les Chinois, etc. Ce sont de bons ouvrages susceptibles d’aider les cadres expatriés dans leur quotidien.



* * * * * * *
Ams Benoît (2008). Les nouvelles pratiques du business en Chine, Paris, Maxima – Laurent du Mesnil Editeur, 266 p.

Ce livre prend appui sur l’expérience personnelle de l’auteur dans le management d’une PME en Chine pendant plusieurs années. C’est cette légitimité entrepreneuriale qui rend le propos convaincant, qui fait que l’auteur parle le langage des dirigeants de PME et qui fait de l’ouvrage un excellent point d’entrée pour celles-ci. Le livre est donc court, éminemment pratique, très concret, avec une constante mise en situation. Il est truffé d’exemples vécus par l’auteur. C’est du « comment faire ? » très opérationnel. L’auteur ne livre pas vraiment des outils, mais prodige plutôt une série de conseils et de recommandations pour l’action de tous les jours, la résolution de problèmes sur des aspects comme la réception de marchandises, la facturation, la prise de commande, le recouvrement de créances, etc. Il s’agit d’éviter d’oublier telle ou telle chose dans la relation au quotidien avec un partenaire chinois, lorsque l’on conduit une négociation, etc.

Ascencio Chloé, Rey Dominique (2010). Être efficace en Chine – Le management à l’épreuve de la culture chinoise, Paris, Pearson, coll. « Village Mondial », 266 p.

C’est un ouvrage sur le management des personnes marquées par un sens pratique aigu. Il est centré sur l’action au quotidien dans les relations interpersonnelles manager/managé. L’opérationnel de la gestion et de l’animation d’équipes chinoises est vu sous l’angle de différentes questions telles que : comment déléguer ? comment habiliter les personnes ? les faire participer aux décisions ? les motiver ? etc. Les auteurs différencient plusieurs types de management selon le type d’entreprise considérée (publique, étrangère, familiale, groupe privé, etc.). Il n’y a toutefois pas de différenciation des pratiques selon les fonctions, marketing, vente, logistique, R&D, etc. Le livre repose sur une expérience de terrain manifestement très riche. Le texte est fréquemment illustré de cas réels. Les deux premières parties ont une approche plus holistique que la troisième rendant la lecture peut-être un peu moins facile. Petite faiblesse : les schémas et autres illustrations ne sont pas toujours parfaits.

Attané Isabelle (2011), Au pays des enfants rares – La Chine vers une catastrophe démographique, Paris, Fayard, 274 pages.

C’est un ouvrage très complet avec un focus clair tenu du début jusqu’à la fin. Le livre est centré sur l’enfant dans la culture et la société chinoise moderne. L’auteur offre une analyse détaillée de la maternité, de l’enfance, des rites, du système éducatif à travers le pays, des différences entre riches et défavorisés, etc. Elle nous livre aussi un tableau de l’adolescence chinoise. L’ancrage historique est fréquent. L’ouvrage est bien documenté avec un bon nombre de données statistiques. L’auteur dresse finalement un tableau peu flatteur de la situation de millions d’enfants qui ont eu le malheur de naître au mauvais endroit. Elle illustre tout au long de l’ouvrage ses développements par des cas précis et concrets d’individus. En s’appuyant systématiquement de la sorte sur des tranches de vie de personnes, l’auteur rend le propos très réel, palpable et tangible. Elle met l’analyse démographique à la portée de tous. Elle a de plus une plume agréable, qui glisse, qui est facile à lire.

Balme S. & Sabbagh D. (2008), Chine / Etats-Unis – Fascinations et rivalités, Paris, Editions autrement, 173 pages.

C’est l’ouvrage de deux experts en géopolitique. Le travail de ces universitaires éclairés témoigne de leur connaissance intime du sujet. Le langage est précis et l’argumentation étayée. Le livre est court, mais dense ; il ne s’agit donc pas d’un ouvrage d’initiation ou de vulgarisation. La référence historique est permanente tout au long de l’ouvrage : les auteurs sont très attachés à éclairer la situation présente à partir de faits historiques. La relation Chine-USA est retracée dans le détail à partir de 1978. Deux thèses sont examinées, l’une selon laquelle l’affrontement est inévitable, l’autre selon laquelle les deux géants cherchent à cohabiter. L’examen est posé et en profondeur même sur des sujets très sensibles comme la religion ou encore la censure. Au plan de la forme, quelques illustrations auraient été bienvenues. Inversement, j’aurais aimé moins de notes de bas de page. De surcroit, en plus d’être nombreuses, elles sont parfois volumineuses : lorsqu’il y a sur une page plus de texte dans la note de bas de page que dans la page elle-même, le doute survient.

Brunet A. & Guichard J.P. (2011), La visée hégémonique de la Chine – L’impérialisme économique, L’Harmattan, Paris, 207 pages.

Ce livre est un essai d’économistes. Les auteurs offrent une lecture historique du développement du capitalisme en Chine. Ils mettent en perspective l’hégémonisme du Royaume-Uni sur le commerce mondial au dix-neuvième siècle, puis des Etats-Unis au siècle suivant, de 1940 à aujourd’hui. Royaume-Uni, USA et Chine auraient ainsi la même inclinaison au « mercantilisme ». De fait, les USA ont été le premier producteur de produits manufacturés dès la fin de la première guerre mondiale. Pour les auteurs, il existe quelques parallèles à faire entre l’attitude américaine au début du vingtième siècle et la Chine du début de vingt-et-unième siècle. Le Japon aurait aussi été une source d’inspiration, un modèle de référence d’une croissance basée sur les excédents du commerce extérieur et un taux de change sous-évalué.

La thèse des auteurs est très claire : la Chine est un modèle de « capitalisme totalitaire ». La restauration du capitalisme par Deng n’a pas permis comme beaucoup l’ont cru que la Chine basculerait sur la démocratie. C’est un contrôle des changes avantageux au plan mondial qui expliquerait la performance à l’export. L’entrée de la Chine à l’OMC en 2001 a levé le protectionnisme douanier en Europe mais a maintenu un protectionnisme monétaire. Les auteurs prêtent au pouvoir chinois des ambitions non avouées et non avouables de domination de la planète. La Chine chercherait à enfoncer les Etats-Unis, à précipiter leur chute, à ravir aux USA leur première place au monde et même à remplacer le dollar par le yuan comme monnaie mondiale. Pour ces observateurs, l’ambition machiavélique délibérée du pouvoir chinois serait l’hégémonisme. Son PIB serait déjà aujourd’hui très largement sous-évalué. Pour eux, l’excèdent commercial chinois déstabilise le monde et l’industrialisation de la Chine induit mécaniquement la désindustrialisation des pays dits industrialisés. Leurs propos sont très sévères à l’endroit de la Chine. Leurs analyses tendent à diaboliser les autorités chinoises. Ils s’insurgent contre l’arrivée d’entreprises chinoises en France. La faute est attribuée aux dirigeants des Etats occidentaux qui se refusent au protectionnisme contre le dumping sur les changes. Le ton est souvent tendancieux, polémique, voire provocateur. On flirte à l’occasion avec un vocabulaire extrême, excessif ou anxiogène. Par exemple, p. 12, les auteurs écrivent que « Le déficit extérieur colossal que la Chine inflige aux pays du G7 affaiblit considérablement la croissance de leurs économies. » Page 37, ils affirment que « La Chine nage dans la prospérité économique et la stabilité sociale. » Ou encore, page 125, les Etats-Unis seraient la première « victime » des déséquilibres commerciaux. Incidemment, l’usage récurrent des notes de bas de page tend à fatiguer le lecteur : la 280ième note est dure à absorber.

Chevalier Michel & Xiao Lu Pierre (2011). Le luxe en Chine, potentiel économique et approche marketing, Paris, Editions Eska, 241 p.

Les deux auteurs sont des spécialistes reconnus du marketing des produits de luxe et de la Chine. L’ouvrage est donc plus un ouvrage de marketing qu’un ouvrage d’économie. Beaucoup d’attention est ainsi portée au consommateur chinois de luxe et à l’étude de son comportement d’achat. Le livre offre une analyse tout aussi poussée des circuits de distribution offerts aux entreprises étrangères et des moyens de communication accessibles. L’analyse est conduite en profondeur. Le livre propose des statistiques émanant de plusieurs sources. En bons marketeurs, les auteurs reportent les résultats très détaillées de toute une série d’enquêtes et de sondages réalisés sur place. A l’occasion, quelques datas comme celles sur les Internautes auraient mérité des sources plus récentes. Le livre est très bien structuré, i.e. selon le cadre habituel du marketing. Un autre intérêt de l’ouvrage tient dans ses sept études de cas sur l’implantation de marques de luxe en Chine.

Chieng André (2006). La Pratique de la Chine en compagnie de François Jullien, Paris, Grasset, 278 p.

Le livre porte sur le mode de pensée des Chinois, leur mode de fonctionnement et la façon dont ils analysent une situation et prennent une décision. Il examine et cherche à expliquer les différences d’approche entre Chinois et Occidentaux. Il montre toute la complexité de la culture chinoise. L’auteur donne des clés pour comprendre les mœurs chinoises et éviter les erreurs de jugement. Il cherche des explications dans le sens des mots, dans les présupposés et dans l’histoire. Il aime raconter de petites histoires anciennes pour rendre son discours plus abordable. André Chieng a des racines chinoises et une éducation occidentale. Il manifeste un intérêt pour la technique, l’économie et la philosophie. Il montre que les vérités sont souvent multiples et cherche à montrer les différences entre Chine et Occident. S’il faut apporter une critique, il semble que le recul pris par l’auteur se paye par un manque de leçons plus immédiatement pratiques.

Cohen Philippe & Richard Luc (2010), Le vampire du milieu – Comment la Chine nous dicte sa loi, Paris, Editions Mille et Une Nuits, 318 pages.

En bref, il faut lire ce livre plus pour les questions qu’il pose que pour les réponses qu’il apporte. Le ton est donné dès l’introduction : on va « casser du Chinois ». Le trait est très fréquemment grossi. Les auteurs ont le mérite de poser de très bonnes questions (e.g. que veulent vraiment les dirigeants chinois ? dépasser les USA ou non ?) ; mais, ils n’apportent pas nécessairement de réponses totalement convaincantes. Ils disent aussi des choses très vraies. Ils exposent notamment un argument intéressant comme quoi les pays d’Afrique ou d’Asie centrale qui se contentent d’exporter des matières premières et de l’énergie en direction de la Chine et qui achètent en retour des biens de consommation à la Chine risquent fort de mettre à mal leur industrie souvent déjà peu compétitive ; ces pays se transforment en « pays rentiers » qui négligent leurs investissements manufacturiers et donc mettent en péril leur futur. Pour les auteurs, la Chine se contente souvent en effet de capter les ressources naturelles de ces pays sans les aider à bâtir une industrie. Ils soulignent aussi que la Chine a de moins en moins besoin des pays développés. Les auteurs développent des attaques répétées contre ceux qu’ils appellent les « sino-béats ». Il est vrai que le livre est très utile pour nous éviter de sombrer dans la béatitude. Le chapitre 8 n’a pas été écrit pour se faire des amis. Les auteurs alignent un après un ceux qu’ils appellent « les amis français de la Chine » - avec en toute première place Jean-Pierre Raffarin qui fait l’objet d’une critique en règle – manifestement, il n’y a pas grand-chose de bon chez lui pour les auteurs. Si les auteurs se gaussent des amis de la Chine, ils se posent eux en ennemis de la pieuvre et de l’hégémonique puissance. La limite du travail est atteinte lorsque les auteurs prennent un point discutable, en font la critique en l’éclairant sous un angle choisi sans pour autant développer un autre angle qui pourrait tout autant être développé. De plus, les auteurs contrôlent mal les statistiques qu’ils avancent. C’est dommage qu’ils puissent assener à l’occasion quelques appréciations peu crédibles : « La parité entre la monnaie chinoise et les autres monnaies n’a guère bougé depuis 1984. » (p. 41) ou laisser glisser pas mal d’approximations, voire d’erreurs. Ils concluent leur chapitre 10 sur une phrase : « L’économie chinoise est en train de se refermer » ; ce qui est totalement faux si l’on regarde les IDE sortant, la propriété intellectuelle, l’économie privée et les efforts pour devenir plus innovante. Le livre comporte aussi quantité d’affirmations non vérifiables – à l’instar des développements (chapitre 9) sur les services secrets chinois ou les transferts de technologie souterrains qui peuvent être totalement vrais ou totalement inventés ; la section sur les services secrets chinois en France ne permet pas d’apprécier si ces activités sont plus ou moins développées que nos propres services à l’étranger. Par ailleurs, la structure des chapitres n’est pas exemplaire de rigueur.

Domenach Jean-Luc (2008). Comprendre la Chine d’aujourd’hui, Paris, Perrin, 342 p.

L’auteur nous livre une série de courtes notes indépendantes – dont la seule progression tient au fait qu’elles ont été prises au fil du temps entre février 2002 et novembre 2006. Ces éclairages, plutôt sympathiques, viennent donc de façon assez décousue en fonction des expériences et de l’humeur de l’auteur. Ils dépeignent ainsi par petites touches la société chinoise ; certaines sections peuvent à l’occasion verser dans le guide culturel, voire même touristique. Très prosaïquement, ce format original autorise une entrée dans le livre totalement aléatoire ; il peut se lire par petits bouts !

Domenach Jean-Luc (2009). La Chine m’inquiète, Paris, Perrin, 281 p.

Le livre défend plusieurs thèses sans concession. Il fait suite à un séjour en Chine de l’auteur de plusieurs années. Il est construit essentiellement à partir de rencontres faites dans des contextes très peu contrôlés (collègues, amis, chauffeurs de taxis, relations, etc.). Il n’y a pas un seul tableau de chiffres, mais beaucoup d’anecdotes vécues.

Dufour Jean-François (2012). Made by China – Les secrets d’une conquête industrielle, Paris, Dunod, 166 p.

Ce livre présente une sélection de quelques entreprises chinoises dans une dizaine de secteurs d’activité. Une mention spéciale doit être faite pour les chapitres sur la construction ferroviaire et sur l’aéronautique qui témoignent d’une connaissance précise de ces secteurs d’activité. C’est un livre court (166 p.), bien écrit, simple, direct et sans ambages. C’est là son premier avantage : le livre est lu en deux ou trois heures. Le revers de la médaille est que pour aller vite, l’auteur a dû prendre des raccourcis ; par exemple, le chapitre sur l’électronique met sur le même plan les entreprises taiwanaises et chinoises alors qu’Acer et Lenovo ont des origines bien différentes. Un autre attrait du livre est la série d’encarts proposés sur les patrons de quelques-unes des entreprises chinoises analysées ; ces vignettes originales donnent un peu de réalité, d’humanité à un examen des produits, des chiffres d’affaire et autres données un peu froides.

Izraelewicz Erik (2005). Quand la Chine change le Monde, Paris, Grasset, 297 p.

C’est un vrai plaisir de lire ce livre. Le style d’écriture retenu par l’auteur permet de toucher un grand nombre de lecteurs. Il n’est jamais trop technique. L’auteur a un sens très aigu du titre percutant et une remarquable capacité à développer des images et des métaphores qui, là encore, facilitent la lecture. Avec un jeu de mots par page, l’auteur est un champion hors catégorie. Chaque chapitre se termine par une authentique conclusion.

Izraelewicz Erik (2011), L’arrogance chinoise, Paris, Grasset, 254 p.

L’auteur développe une thèse limpide : la Chine a bien moins besoin de l’Occident que dans les années 1980 et 1990 ; à force de succès, les Chinois ont repris confiance et deviennent de plus en plus offensifs. L’auteur déroule plusieurs zones de fragilité dans l’organisation politique de la Chine. Nullement anxiogène ou va-t’en guerre, encore moins ravi de la crèche, l’auteur développe une critique posée sans agacement. Encore un très bel essai facile à lire. Presqu’à la portée de tous. Toujours avec beaucoup d’illustrations, de mise en relations, de comparaisons. L’auteur émaille son ouvrage d’exemples ancrés dans des univers connus de tout un chacun qui suit un minimum l’économie. Cette simplicité de l’écriture cache une connaissance en profondeur du théâtre d’opération chinois.

Jolly Jean (2011), Les Chinois à la conquête de l’Afrique, Paris, Pygmalion, 328 p.

Le livre offre un éclairage détaillé sur l’engagement chinois en Afrique. La peinture est sans concession. L’atout central est une constante mise en perspective de la relation Chine-Afrique par rapport à d’autres pays. Les deux premiers chapitres sont contextuels. L’ancrage historique est rapidement traité en introduction. Les enjeux socio-politico-économiques sont brossés succinctement au second chapitre. L’ouvrage ne démarre donc vraiment qu’au troisième chapitre. Celui-ci détaille les opérations chinoises en Afrique : approvisionnement en pétrole, approvisionnement en minerais, sans oublier l’acquisition de terres cultivables. Le quatrième chapitre analyse de façon détaillée les moteurs de l’engagement chinois en Afrique. Une large partie du cinquième chapitre est dédiée aux côtés obscurs des contrats – ce tableau des disfonctionnements dépeint par l’auteur n’est guère un exemple pour les Africains. Le livre fait le constat d’un effritement de la position française en Afrique, perte d’influence, perte de contrats – notamment dans le BTP et les télécommunications.

L’ouvrage présente cependant deux faiblesses. L’enchaînement de sujets très variés laisse l’impression que les choses sont livrées en vrac et rend la lecture compliquée. L’auteur colle toute une série d’idées et de thèmes sans qu’il y ait quelque chose de faux. L’assemblage des thèmes ne révèle pas une structure très limpide. Par ailleurs, la presse quotidienne est souvent la source utilisée ; mais celle-ci offre moins de garantie que les sources statistiques officielles (du type OCDE). Il n’y a pas un seul tableau. Il y a à l’occasion de imprécisions ; par exemple, General Motors est crédité (p. 47) de la seconde place alors que l’entreprise est numéro un depuis 2005. Parfois, de larges pans de l’ouvrage s’éloignent du sujet (ainsi, entre la page 25 et la page 50, soit sensiblement la quasi-totalité du second chapitre, il n’y a quasiment rien sur l’Afrique).

Lemoine Françoise (2006), L’Économie de la Chine, 4e éd., La Découverte, coll. « Repères ».

C’est un livre très bien structuré. Il offre un examen systématique de tous les compartiments de l’économie chinoise. Le propos est très bien argumenté et excellemment bien documenté. Il y a beaucoup, beaucoup de chiffres – et, c’est très bien. L’écriture est dense ; elle ne laisse pas de place au bavardage.

Massonnet Philippe (2008), Pour en finir avec le miracle chinois, Arles, Editions Philippe Picquier, 307 p.

Cet ouvrage s’appuie sur une expérience de journalisme sur le terrain chinois pendant près de quinze années. L’auteur présente sa vision critique et très personnelle de la vie politique chinoise et du système en place. C’est une attaque en règle du système de parti unique. Pour l’auteur, le système politique chinois est clairement dictatorial. Il prête régulièrement au gouvernement de mauvaises intentions. Tibet et Xinjiang n’ont pas pour lui leur place en Chine. Le livre est truffé d’exemples de cas peu glorieux pour le régime en place – mais, l’auteur ne fait que rarement référence à des sources précises. Il n’offre pas vraiment de démonstrations, mais des illustrations par des cas isolés, des anecdotes, de petites histoires vécues, etc. Si ces relations d’expérience tangibilisent le propos, si les cas présentés sont très concrets, ils ne peuvent être généralisés facilement. L’auteur cherche en fait à calmer les ardeurs de ceux qu’ils qualifient d’adorateurs de la Chine. Il s’agit bien de tempérer la fascination qu’exerce la Chine. L’auteur développe plutôt une vision pessimiste sur la Chine d’aujourd’hui et de demain. Le parti unique : pas bon. L’armée : pas bonne. L’éducation, l’enseignement supérieur : pas bon, etc. Le système de santé : pas bon. Films, littérature, journalisme : censurés ! Le monde des affaires occidental opérant en Chine en prend également pour son grade. Ce que l’on peut reprocher à l’auteur, c’est qu’à force de brosser un tableau noir, il est devenu très yin et a totalement oublié le yang, i.e. le côté ensoleillé (ses années en Chine l’ont-elles aigri ?). Ce livre est très riche ; mais il ne donne que des images de l’ubac. Même si le livre se lit comme un roman, même si le style d’écriture est direct, imagé et coloré – bien peu diplomatique, et flirte à l’occasion avec la causticité, on n’a pas envie d’aller en Chine après l’avoir lu.

Maurel Chloé (2008), La Chine et le monde. Constats et enjeux, Éditions Vocatis (Studyrama), 189 p.

Le livre est facile d’accès. L’auteur offre plusieurs repères factuels, un ancrage historique. La lecture est essentiellement centrée sur les enjeux géo-socio-politiques – mais elle tend à délaisser l’économie. Les chiffres cités tendent toutefois parfois à dater – ce qui peut être problématique dans un contexte aussi évolutif que celui de la Chine. Le plan n’est pas toujours convaincant ; le livre souffre d’un manque de lien entre les sections et entre les paragraphes ; le style est parfois un peu décousu ; les parties finissent souvent de façon abrupte (sans conclusion). Le titre est par ailleurs un brin pompeux pour 185 pages – le traitement est en surface, trop rapide car l’éventail des questions posées est trop large.

Monfret Anne-Laure (2010). Comment ne pas faire perdre la face à un Chinois, Paris, Dunod, 159 p.

C’est un ouvrage éminemment pratique, orienté vers l’action immédiate. Le livre répond à un vrai problème : ce qu’il faut faire et ne pas faire pour ne pas faire perdre la face à un Chinois, ou encore mieux, pour lui donner de la face. L’auteur donne des clés pour faciliter la compréhension des différences culturelles entre la Chine et nous. Elle nous prodige des conseils précis en fonction des circonstances. Le texte fourmille d’anecdotes. Il se lit très facilement grâce aux nombreux exemples, témoignages et une permanente mise en situation. Incidemment, l’auteur adopte tout au long une posture très chinoise de modestie.

Pairault Thierry (2008). Petite Introduction à l’économie de la Chine, Paris, Éditions des Archives Contemporaines, 118 p.

Comme le titre l’indique, la préoccupation de l’auteur se focalise essentiellement sur l’économie. Cependant, en faisant fréquemment référence à des économistes connus des seuls spécialistes, l’auteur réduit implicitement son lectorat aux personnes qui ont reçu une éducation sérieuse en économie. Plus ennuyeux, les interprétations proposées sont parfois surprenantes – voire iconoclastes, sans pour autant être convaincantes. La structure du livre n’est pas toujours convaincante non plus ; on peine à voir le fil conducteur. Finalement, en centrant la conclusion sur une discussion sur les valeurs, l’auteur laisse celle-ci totalement déconnectée du reste de l’ouvrage.

Tanguy Christophe (2008), Carnets d’un expatrié au cœur de la Chine, Éditions Maxima Laurent du Mesnil, 319 p.

Il s’agit d’un récit d’expériences vécues par l’auteur en qualité de cadre expatrié pendant un séjour professionnel de plusieurs années à Tianjin. L’auteur offre une plongée dans les us et coutumes locales vues par un Occidental. Il nous fait vivre sa propre histoire, ses aventures et ses mésaventures : au travail, dans la rue, au restaurant, dans les lieux de villégiature, etc. Le tout est écrit avec une grande liberté de ton et de façon très détaillée. Avec ce niveau de détail, l’auteur offre cependant un texte parfois un peu longuet et des récits qui peuvent finir par lasser – même si le livre se lit sans effort. La lecture de l’ouvrage va raviver beaucoup de souvenirs à ceux qui ont voyagé et/ou travaillé en Chine. Les autres pourraient se préparer à leur futur séjour.

Tsai Jacqueline (2008), La Chine et le Luxe, Éditions Odile Jacob, 258 p.

Ce livre nous transporte dans l’histoire. C’est un ouvrage d’historien. Les trois premiers chapitres sont une plongée dans le raffinement chinois. L’ouvrage offre une mise en perspective. Le retour sur les traditions chinoises de la période impériale, et sur l’ancrage Confucéen de la société, donnent quelques clés pour comprendre la société chinoise d’aujourd’hui. L’histoire de Shanghai et de sa modernité est aussi éclairante. Les trois chapitres qui suivent proposent une lecture plus contemporaine. Hong Kong est présenté comme un cas particulier justifiant à lui seul un chapitre. Les valeurs entrepreneuriales, le triomphe du capitalisme et un revenu par tête élevé y ont entrainé le développement du luxe. L’auteur multiplie les citations d’auteurs chinois historiques (notamment de l’époque impériale). Elle multiplie les angles de vue : un paragraphe sur Confucius, un autre sur le jade, sur les lettrés, sur la coutume des pieds féminins bandés, sur les concessions du début du XXème siècle à Shanghai, en passant par un détour du côté du qipao – la robe tunique fendue portée par les élégantes chinoises des années 1920. L’enchainement des sections est souple. Les thèmes d’étude se suivent sans vraiment s’enchainer – ce qui laisse le soin au lecteur de construire ses propres articulations.

Wolton Thierry (2007), Le grand bluff chinois – Comment Pékin nous vend sa « révolution » capitaliste, Robert Laffont, 185 p.

Ce livre est délibérément iconoclaste. La critique est déroulée dans différents champs : le politique, l’économique, le commercial, etc. L’auteur procède à un examen systématique de tous les travers du régime : monopole du Parti communiste chinois, corruption, restrictions aux libertés individuelles, princes héritiers, etc. C’est une critique en règle des modes de fonctionnement du Parti communiste chinois. L’auteur brosse un tableau noir et peu flatteur pour les équipes dirigeantes chinoises. Il leur prête des intentions hégémoniques ; ils seraient engagés dans une compétition avec les Etats-Unis pour le leadership mondial. L’ouvrage est bien documenté : beaucoup de données et de références précises sont citées pour argumenter le propos. C’est un livre court et bien structuré. Il est rédigé dans un style facile à lire, agréable, ni trop sophistiqué, ni trop basic. Cette vision critique, publiée en 2007, commence toutefois à dater. Ainsi, l’évolution technologique avérée met à défaut les critiques de l’auteur sur le manque d’innovation technologique ou la faiblesse de l’éducation. Les limites du système national d’innovation chinois relevées ont été dépassées depuis la publication du livre.

Dominique Jolly (+86 183 0196 2398, +33 6 70 47 09 39)


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