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corpus delicti tangible, et laissé chaque fois à bon escient quelques individus connus d'elle «pour la graine» (c'est l'expression technique employée, autant que je sache, à la fois par les nôtres et par les gendarmes). On ne peut s'empêcher de comparer cette guerre à une marche de bandes de paysans armés de gourdins, contre une armée mo­derne. Et l'on ne peut que s'étonner de la vitalité d'un mouve­ment qui grandissait, s'étendait et remportait des victoires malgré une absence complète de préparation chez les combat­tants. Le caractère primitif de l'armement était historique­ment, il est vrai, non seulement inévitable au début, mais même légitime, puisqu'il permettait d'attirer un grand nom­bre de combattants. Mais dès que commencèrent les opéra­tions militaires sérieuses (elles commencèrent, à proprement parler, avec les grèves de l'été 1896), les lacunes de notre or­ganisation de combat se firent de plus en plus sentir. Après un moment de surprise et une série de fautes (comme l'appel à l'opinion publique évoquant les méfaits des socialistes, ou la déportation d'ouvriers des capitales vers les centres industriels de province), le gouvernement ne fut pas long à s'adapter aux nouvelles conditions de lutte et sut disposer aux points con­venables ses détachements de provocateurs, d'espions et de gendarmes, nantis de tous les perfectionnements. Les coups de filet devinrent si fréquents, atteignirent une telle quan­tité de personnes, vidèrent si bien les cercles locaux, que la masse ouvrière perdit littéralement tous ses dirigeants, le mou­vement devint incroyablement désordonné, et il fut impossible d'établir aucune continuité ni aucune coordination dans le travail. La dispersion extraordinaire des militants locaux, la composition fortuite des cercles, le défaut de préparation et l'étroitesse de vues dans les questions théoriques, politiques et d'organisation furent le résultat inévitable des conditions dé­crites. En certains endroits, même, voyant notre manque de fermeté et notre incapacité à garder le secret, les ouvriers en vinrent, par méfiance, à s'écarter des
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intellectuels: ces derniers, disaient-ils, provoquent trop inconsidérément les arrestations!

Que ces méthodes artisanales aient été finalement ressen­ties de tous les social-démocrates sensés comme une vérita­ble maladie, tout militant tant soit peu initié au mouvement le sait. Mais pour que le lecteur non initié ne croie pas que nous «construisons» artificiellement un stade particulier ou une ma­ladie particulière du mouvement, nous en appellerons au témoin déjà invoqué une fois. Qu'on ne nous en veuille pas pour cette longue citation.
«Si le passage graduel à une action pratique plus large, écrit B-v dans le N° 6 du Rabotchéié Diélo, passage qui est en fonction directe de la période générale de transition que traverse le mouvement ouvrier russe, est un trait caractéristique. .. il est encore un autre trait non moins intéressant dans l'ensemble du mécanisme de la révolution ouvrière russe. Nous voulons parler de l'insuffisance de forces révolutionnaires propres à l'action*, qui se fait sentir non seulement à Pétersbourg, mais dans toute la Russie. A mesure que le mouvement ouvrier s'accentue; que la masse ouvrière se développe; que les grèves deviennent plus fréquentes; que la lutte de masse des ouvriers se fait plus ouvertement, lutte qui renforce les persécutions gouvernementales, arrestations, expulsions et déportations, ce manque de forces révolutionnaires hautement qualifiées devient plus sensible et n'est sans doute pas sans influer sur la profondeur et le carac­tère général du mouvement. Beaucoup de grèves se déroulent sans que les organisations révolutionnaires exercent sur elles une action directe et énergique… On manque de feuilles d'agitation et de publications illégales . . les cercles ouvriers restent sans agitateurs . . . En ou­tre, le défaut d'argent se fait continuellement sentir. En un mot, la crois­sance du mouvement ouvrier dépasse la croissance et le développement des organisations révolutionnaires. L'effectif des révolutionnaires agissant est trop insignifiant pour pouvoir influer sur toute la masse ouvrière en effer­vescence, pour donner aux troubles ne serait-ce qu'une ombre de cohérence et d'organisation . . . Tels cercles, tels révolutionnaires ne se sont pas unis, pas groupés; ils ne forment pas une organisation cohérente, forte et disciplinée, aux parties méthodiquement développées* . . . Et après avoir fait cette réserve que l'apparition immédiate de nouveaux cercles à la place de ceux qui ont été détruits, «prouve seulement la vitalité du mouve­ment . . mais ne démontre pas encore l'existence d'une quantité suffi­sante de militants révolutionnaires parfaitement avertis, l'auteur conclut: «Le manque de préparation pratique des révolutionnaires pétersbourgeois se répercute aussi sur les résultats de leur travail. Les derniers procès, particulièrement ceux des groupes de l' « Auto-libération » et de la 56, ont montré nettement qu'un jeune agitateur non familiarisé parfaitement avec les conditions du travail, et, par suite, de l'agitation dans une usine donnée, ignorant des principes de l'action clandestine et ayant appris » (voire?) «seulement les principes généraux de la social-démocratie, peut travailler quelque quatre, cinq, six mois. Après quoi c'est l'arrestation qui entraine « souvent l'effondrement de toute l'or­ganisation ou au moins d'une partie. Un groupe peut-il dès lors travailler avec profit et succès lorsque son existence est limitée à quelques mois? . .

II est évident que l'on ne saurait attribuer entièrement les défauts des organisations existantes à la période transitoire . . . il est évident que la quantité et surtout la qualité de l'effectif des organisations en activité jouent ici un rôle important, et la tâche première de nos social-démo­crates . . . doit être d'unir réellement les organisations entre elles, avec une sélection rigoureuse de leurs membres. »
b) TRAVAIL ARTISANAL ET ÉCONOMISME

Il faut maintenant nous arrêter à une question que, cer­tainement, tout lecteur se pose déjà. Ce travail artisanal, maladie de croissance qui affecte l'ensemble du mouvement peut, -il être mis en connexion avec l'économisme, considéré comme une des tendances de la

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*Tous les passages soulignés le sont par nous.
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social-démocratie russe? Nous croyons que oui. Le manque de préparation pratique, de savoir-faire dans le travail d'organisation nous est réellement commun à tous, même à ceux qui dès le début s'en sont toujours tenus au point de vue du marxisme révolutionnaire. Et certes, nul ne saurait imputer à crime aux praticiens ce manque de pré­paration. Mais ces «méthodes artisanales» ne sont pas seule­ment dans le manque de préparation: elles sont aussi dans l'étroitesse de l'ensemble du travail révolutionnaire en général, dans l'incompréhension du fait que cette étroitesse empêche la constitution d'une bonne organisation de révolutionnaires; enfin - et c'est le principal - elles sont dans les tentatives de justifier cette étroitesse et de l'ériger en «théorie» particulière, c'est-à-dire dans le culte de la spontanéité, en cette matière également. Dès les premières tentatives de ce genre, il devint évident que les méthodes artisanales étaient liées à l'économis­me et que nous ne nous débarrasserions pas de notre étroitesse dans le travail d'organisation, avant de nous être débarrassés de l'économisme en général (c'est-à-dire de la conception étroite de la théorie du marxisme, du rôle de la social-démo­cratie et de ses tâches politiques). Or, ces tentatives ont été faites dans deux directions. Les uns se sont mis à dire: la masse ouvrière n'a pas encore formulé elle-même des tâches politiques aussi étendues et aussi expresses que celles que lui «imposent» les révolutionnaires; elle doit encore lutter pour les revendications politiques immédiates, mener «la lutte économi­que contre le patronat et le gouvernement* » (et à cette lutte «accessible» au mouvement de masse correspond naturellement une organisation «accessible!» même à la jeunesse la moins préparée). D'autres, étrangers à tout «graduellisme», ont dé­claré: on peut et l'on doit «accomplir la révolution politique», mais point n'est besoin pour cela de créer une forte organisa­tion de révolutionnaires éduquant le prolétariat par une lutte ferme et obstinée; il suffit pour cela que nous nous saisissions tous du gourdin «accessible» et déjà familier. Pour parler sans allégories, il nous faut organiser la grève générale** ou stimu­ler par «un terrorisme excitatif***» le mouvement ouvrier «languissant». Ces deux tendances, opportuniste et «révolution­niste», capitulent devant les méthodes artisanales dominantes, ne croient pas à la possibilité de s'en délivrer, ne voient pas notre tâche pratique, la première et la plus urgente: créer une organisation de révolutionnaires capable d'assurer à la lutte politique l'énergie, la fermeté et la continuité.
Nous venons de rapporter les paroles de B-v: «La crois­sance du mouvement ouvrier prend le pas sur la croissance et le développement des organisations révolutionnaires.» Cette «communication précieuse d'un observateur bien placé» (opi­nion émise par la rédaction du Rabotchéié Diélo sur l'article de B-v) est pour nous doublement précieuse. Elle montre que nous avions raison de voir la cause fondamentale de la crise actuelle de la social-démocratie russe dans le retard des diri­geants «idéologues», révolutionnaires, social-démocrates) sur l'élan spontané des masses. Elle montre qu'il n'y a que défen­se et exaltation des méthodes artisanales dans tous ces raison­nements des auteurs de la lettre économiste (Iskra, N° 12), B. Kritchevski et Martynov sur le danger qu'il y a à minimiser le rôle de l'élément spontané, de la lutte obscure et quotidienne, la tactique-processus, etc. Ces gens qui ne peuvent sans faire la moue prononcer le mot de «théoricien»; qui appellent «sens des réalités» leur idolâtrie devant le défaut de préparation aux choses de la vie et le manque de développement, montrent en fait leur ignorance de nos tâches pratiques les plus pressantes. Aux gens attardés, ils crient: Marchez au pas! Pas trop vite!

A ceux qui, dans le travail d'organisation, manquent d'éner­gie et d'initiative, à ceux qui manquent de «plans » de perspec­tives larges et hardies, ils lancent à la tête la «tactique
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* Rabotchaia Mysl et Raboichéié Diélo, en particulier la « Réponse » à Plékhanov.

**Qui fera la révolution politique? brochure publiée en Russie dans le recueil La lutte prolétarienne, et rééditée par le Comité de Kiev.

*** Renaissance du révolutionnisme et Svoboda
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proces­sus»! Notre faute capitale est de rabaisser nos tâches politi­ques et d'organisation au niveau des intérêts immédiats, «tan­gibles», «concrets» de la lutte économique courante, et l'on ne cesse de nous chanter: il faut donner à la lutte économique elle-même un caractère politique! Encore une fois: c'est là exactement un «sens des réalités» comparable à celui du héros de l'épopée populaire qui clamait à la vue d'un cortège funè­bre: «Je vous souhaite d'en avoir toujours à porter!»

Qu'on se souvienne de l'incomparable présomption vrai­ment digne de Narcisse avec laquelle ces sages faisaient la morale à Plékhanov: «Les tâches politiques, au sens réel et pratique du mot, c'est-à-dire au sens d'une lutte pratique, ra­tionnelle et victorieuse pour les revendications politiques, sont en principe (sic) inaccessibles aux cercles ouvriers» («Répon­se de la rédaction du Rab. Diélo», p. 24). Il y a cercles et cer­cles, Messieurs! Evidemment, les tâches politiques sont inac­cessibles à un cercle d'«artisans», tant que ces derniers n'ont pas pris conscience de leurs méthodes artisanales et ne s'en sont pas délivrés. Mais si, par-dessus le marché, ces artisans sont épris de leurs méthodes artisanales, s'ils écrivent le mot «pratique» absolument en italique et s'imaginent qu'être pra­tique, c'est ravaler nos tâches au niveau de compréhension des masses les plus arriérées, alors évidemment ces artisans-là sont incurables et les tâches politiques leur sont en principe réellement inaccessibles. Mais à un cercle de coryphées, com­me Alexéev et Mychkine, Khaltourine et Jéliabov, les tâches politiques sont accessibles au sens le plus vrai, le plus pratique du mot, et cela précisément parce que et pour autant que leur propagande ardente trouve un écho dans la masse qui s'éveille spontanément; pour autant que leur énergie bouillonnante est reprise et soutenue par l'énergie de la classe révolutionnaire. Plekhanov avait mille fois raison lorsqu'il a non seulement si­gnalé l'existence de cette classe révolutionnaire et prouvé que son éveil spontané à l'action était inéluctable, infaillible, mais a assigné même aux «cercles ouvriers» une haute, une vaste tâche politique. Quant à vous, vous invoquez le mouvement de masse qui a surgi depuis lors, pour rabaisser cette tâche, pour restreindre le champ d'action et l'énergie des «cercles ouvriers». Qu'est-ce là, sinon l'attachement de l'artisan à ses méthodes artisanales? Vous vous targuez de votre esprit pra­tique, et vous ne voyez pas le fait connu de chaque praticien russe: quelles merveilles peut accomplir en matière révolution­naire l'énergie non seulement d'un cercle, mais même d'un in­dividu isolé. Croyez-vous par hasard qu'il ne puisse y avoir dans notre mouvement des coryphées du genre de ceux d'après 1870? Pourquoi cela? Parce que nous sommes peu préparés? Mais nous nous préparons, nous continuerons de nous préparer et nous serons prêts! Il est vrai qu'à la surface de cette eau stagnante qu'est la «lutte économique contre le patronat et le gouvernement" il s'est, hélas, formé de la moisissure; des gens sont apparus qui se mettent à genoux pour adorer la spontanéité, contemplant religieusement (selon l'expression de Plé­khanov) le «postérieur» du prolétariat russe. Mais nous sau­rons nous débarrasser de cette moisissure. Précisément aujour­d'hui, le révolutionnaire russe, guidé par une théorie vraiment révolutionnaire, prenant appui sur une classe vraiment révo­lutionnaire qui s'éveille spontanément à l'action, peut enfin - enfin! - se redresser de toute sa taille et déployer toutes ses forces de géant. Pour cela il faut seulement que, parmi lamasse des praticiens et la masse plus nombreuse encore des gens qui rêvent d'action

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pratique depuis les bancs de l'école, toute vel­léité de rabaisser nos tâches politiques et de restreindre l'en­vergure de notre travail d'organisation soit tournée à la rail­lerie et au mépris. Et nous arriverons à ce qu'il en soit ainsi, soyez tranquilles, Messieurs !

Dans l'article «Par où commencer?» j'écrivais contre le Rabotchéié Diélo: «En 24 heures, on peut modifier la tactique de l'agitation sur quelque point spécial, modifier un détail quelconque dans l'activité du Parti. Mais pour changer, je ne dirai pas en 24 heures, mais même en 24 mois, ses conceptions sur l'utilité générale, permanente et absolue d'une organisa­tion de combat et d'une agitation politique dans les masses, il faut être dénué de tout principe directeur.*, » Le Rabotchéié Diélo répond: «Cette accusation de l'Iskra, la seule qui pré­tend avoir un caractère pratique, est dénuée de tout fonde­ment. Les lecteurs du Rabotchéié Diélo savent fort bien que depuis le début nous n'avons pas seulement appelé à l'agita­tion politique, sans attendre la parution de l'Iskra» ... (en di­sant alors qu'«on ne peut poser» aux cercles ouvriers, «mais aussi au mouvement ouvrier de masse, comme première tâche politique, le renversement de l'absolutisme », mais seulement la lutte pour des revendications politiques immédiates, et que «les revendications politiques immédiates deviennent accessi­bles à la masse après une ou, au moins, plusieurs grèves ») … «mais par nos publications nous avons fait parvenir de l'étran­ger aux camarades militant en Russie un matériel social-dé­mocrate d'agitation politique
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