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unique»... (ajoutons que dans ce matériel unique vous n'avez fait l'agitation politique la plus large que sur le terrain de la lutte économique, et qu'en outre vous en êtes arrivés à déclarer que cette agitation restrein­te «est susceptible d'être le plus largement appliquée». Et vous ne remarquez pas, Messieurs, que votre argumentation prouve justement la nécessité pour l'lskra de paraître - étant donné ce matériel unique - et la nécessité pour l'lskra de lutter con­tre le Rabotchéié Diélo?) . . . «D'autre part, notre activité comme éditeurs préparait de fait l'unité tactique du parti» . . . (l'unité de conviction que la tactique est un processus de crois­sance des tâches du parti, qui croissent en même temps que le Parti? Unité précieuse!)... «et par là même la possibilité d'une (organisation de combat); pour la création de laquelle l'Union a fait, en général, tout ce qui est accessible à une organisation résidant à l'étranger» (R.D. N° 10, p. 15). Vaine tentative de vouloir se tirer d'embarras! Que vous ayez fait tout ce qui vous était accessible, je n'ai jamais songé à le contester. J'ai affirmé et affirme encore que les limites de ce qui vous est «accessible» se trouvent resserrées par l'étroitesse de votre compréhension. II est ridicule de parler d'«organisation de combat» pour lutter en faveur des «revendications politiques immédiates» ou pour «la lutte économique contre le patronat et le gouvernement».

Mais si le lecteur voulait voir les perles de l'attachement «économiste» aux méthodes artisanales, il lui faudrait naturel­lement s'adresser non pas au Rabotchéié Diélo, éclectique et instable, mais à la Rabotchaïa Mysl, logique et résolue. «Deux mots maintenant sur ce qu'on appelle, à proprement dire, les intellectuels révolutionnaires, écrivait R. M. dans un , p. 13; ils ont, il est vrai, plus d'une fois prouvé en fait qu'ils sont tout prêts à
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* Voir V. Lénine: Œuvres, tome 5 (N. R.)
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Tsarisme». Seulement le malheur est que, traqués sans merci par la police politique, nos intellectuels révolutionnai­res ont pris la lutte contre cette police politique pour une lutte politique contre l'autocratie. C'est bien pourquoi la question: «Où prendre des forces pour la lutte contre l'autocratie?» n'est pas encore élucidée pour eux.»

N'est-il pas admirable, en vérité, ce dédain de la lutte contre la police, de la part d'un adorateur (au sens péjoratif du mot) du mouvement spontané? Il est prêt à justifier notre maladresse dans l'action clandestine par l'argument que, dans un mouvement de masse spontané, la lutte contre la police politique n'a, en somme, pas d'importance pour nous!! Très peu nombreux sont ceux qui souscriront à cette conclusion monstrueuse, tant les défauts de nos organisations révolution­naires sont douloureusement ressentis par tous. Mais si Mar­tynov par exemple n'y souscrit pas, c'est uniquement parce qu'il ne sait pas aller jusqu'au bout de sa pensée ou qu'il n'en a pas le courage. En effet, si la masse pose des revendications concrètes promettant des résultats tangibles, est-ce là une «tâche» qui exige que l'on se préoccupe particulièrement de la création d'une organisation de révolutionnaires, solide, cen­tralisée, combative? La masse qui ne «lutte pas du tout contre la police politique» ne s'acquitte-t-elle pas elle-même de cette «tâche»? Bien plus, cette tâche serait-elle exécutable, si, à l'exception de rares dirigeants, des ouvriers qui (dans leur grande majorité) ne sont nullement capables de «lutter contre la police politique», ne s'en chargeaient eux aussi? Ces ouvriers, élément moyen de la masse, sont capables de montrer une énergie et une abnégation prodigieuses dans une grève, dans un combat de rue avec la police et la troupe; ils sont capables (et eux seuls sont en mesure) de décider de l'issue de tout no­tre mouvement; mais justement la lutte contre la police poli­tique exige des qualités spéciales, exige des révolutionnaires de profession. Et nous devons veiller à ce que la masse ouvrière non seulement « mette en avant» des revendications concrè­tes, mais encore «mette en avant», de plus en plus nombreux, ces révolutionnaires de profession. Nous voilà donc amenés à la question du rapport entre l'organisation des révolutionnai­res professionnels et le mouvement purement ouvrier. Cette question, peu développée dans la littérature, nous a beaucoup occupés, nous, «politiques», dans nos entretiens et discussions avec les camarades qui penchent plus ou moins vers l'écono­misme. Cette question vaut la peine qu'on s'y arrête. Mais d'abord, terminons par une autre citation l'illustration de no­tre thèse sur la liaison des méthodes artisanales avec l'écono­misme.

«Le groupe « Libération du Travail », écrivait N. N. dans sa « Réponse », réclame la lutte directe contre le gouvernement sans chercher à savoir où est la force matérielle pour cette lutte, sans indiquer la voie qui y mène». Et soulignant ces der­niers mots, l'auteur fait à propos du mot «voie » la remarque suivante: «Ce fait ne saurait être expliqué par les besoins de l'action clandestine; en effet, dans le programme il ne s'agit pas d'un complot, mais d'un mouvement de masse. Or, la masse ne peut suivre des voies secrètes. Une grève secrète est-elle possible? Une manifestation ou une pétition secrètes sont-elles possibles?» (Vade-mecum, p. 59). Ainsi l'auteur abor­de de près et cette «force matérielle» (organisateurs de grèves et de manifestations) et les «voies» de la lutte, mais il est dé­concerté et perplexe, car il «s'incline» devant le mouvement de masse, c'est-à-dire qu'il le considère comme un facteur nous libérant de l'activité révolutionnaire qui est la nôtre, et non comme un facteur destiné à encourager et à stimuler notre acti­vité révolutionnaire. Une grève secrète est impossible, pour ses participants et pour ceux qu'elle touche directement. Mais pour la masse des ouvriers russes, cette grève peut rester (et elle reste la plupart du temps) «secrète», car le gouvernement pren­dra soin de couper toute communication avec les grévistes, il prendra soin de rendre impossible toute diffusion de renseigne­ments sur la grève. C'est alors qu'il faut une «lutte contre la police politique», lutte spéciale qui ne pourra jamais être menée activement par une masse aussi considérable que celle qui participe à la grève. Cette lutte doit être organisée «selon toutes les règles de l'art» par des professionnels de l'action révolution­naire. De ce que la masse est entraînée spontanément dans le mouvement, l'organisation de cette lutte n'en est pas moins né­cessaire. Au contraire, elle n'en devient que plus nécessaire; car nous,
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socialistes, nous manquerions à notre premier devoir envers la masse si nous ne savions empêcher la police de rendre secrète (et si parfois nous ne préparions secrètement nous-­mêmes) une grève ou une manifestation quelconque. Nous sommes en état de le faire précisément parce que la masse qui s'éveille spontanément à l'action fera surgir également de son sein un nombre de plus en plus grand de «révolutionnaires de profession» (si toutefois nous ne convions pas sur tous les tons les ouvriers à piétiner sur place).
c) L'ORGANISATION DES OUVRIERS

ET L'ORGANI­SATION DES RÉVOLUTIONNAIRES
Si chez un social-démocrate l'idée de «lutte économique contre le patronat et le gouvernement» s'identifie à celle de la lutte politique, il est naturel de s'attendre à ce que l'idée d'«organisation des ouvriers» s'identifie plus ou moins chez lui à l'idée d'«organisation des révolutionnaires». Et c'est ce qui arrive effectivement, de sorte que, en parlant organisation, nous parlons des langues absolument différentes. Je me sou­viens, par exemple, d'une conversation que j'eus un jour avec un économiste assez conséquent, que je n'avais pas connu au­trefois. La conversation tomba sur la brochure: Qui fera la révolution politique? Nous convînmes rapidement que son défaut capital était de méconnaître les problèmes d'organi­sation. Nous pensions déjà être d'accord, mais . . . l'entre­tien se poursuivant, nous nous aperçûmes que nous parlions de choses différentes. Mon interlocuteur accusait l'auteur de méconnaître les caisses de grèves, les sociétés de secours mutuels, etc.; je parlais, quant à moi, de l'organisation de révolutionnaires indispensables pour «faire» la révolution poli­tique. Et dès que cette divergence se fut révélée, je ne me souviens plus de m'être jamais trouvé d'accord sur aucune question de principe avec cet économiste!

Quelle était donc la cause de nos divergences? Mais juste­ment que les économistes dévient constamment du social-­démocratisme vers le trade-unionisme dans les tâches d'organisation comme dans les tâches politiques. La lutte politique de la social-démocratie est beaucoup plus large et plus complexe que la lutte économique des ouvriers contre le patronat et le gouvernement. De même (et de ce fait), l'organisation d'un parti social-démocrate révolutionnaire doit nécessairement être d'un autre genre que l'organisation des ouvriers pour la lutte économique. L'organisation des ouvriers doit être, en premier lieu, professionnelle; en second lieu, la plus large possible; en troisième lieu, la moins secrète possible (ici et plus loin, je ne parle, bien entendu, que de la Russie autocra­tique). Au contraire, l'organisation des révolutionnaires doit englober avant tout et principalement des hommes dont la profession est l'action révolutionnaire (c'est pourquoi, d'ail­leurs, parlant d'une organisation de révolutionnaires, je songe aux révolutionnaires social-démocrates). Devant cette carac­téristique commune aux membres d'une telle organisation, doit absolument s'effacer toute distinction entre ouvriers et intellectuels et, à plus forte raison, entre les diverses professions des uns et des autres. Nécessairement cette organisation ne doit pas être très étendue, et il faut qu'elle soit la plus clandes­tine possible. Arrêtons-nous sur ces trois points distinctifs.

Dans les pays de liberté politique, la différence entre l'organisation syndicale et l'organisation politique est parfaite­ment claire, comme l'est aussi la différence entre les trade-unions et la social-démocratie. Certes, les rapports de cette dernière avec les trade-unions varient inévitablement de pays à pays selon les conditions historiques, juridiques et autres; ils peuvent être plus ou moins étroits, complexes, etc. (ils doi­vent être à notre avis le plus étroits et le moins complexes possibles); mais il ne saurait être question dans

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les pays libres d'identifier l'organisation syndicale avec celle du parti social-­démocrate. En Russie, le joug de l'autocratie efface, à pre­mière vue, toute distinction entre l'organisation social-démo­crate et l'association ouvrière, car toutes les associations ou­vrières et tous les cercles sont interdits, et la grève, manifesta­tion et arme principales de la lutte économique des ouvriers, est considérée comme un crime de droit commun (parfois même comme un délit politique!). Ainsi donc la situation chez nous, d'une part,  « incite» vivement les ouvriers qui mènent la lutte économique à s'occuper de questions politiques et, d'au­tre part, « incite» les social-démocrates à confondre le trade-­unionisme et le social-démocratisme (et nos Kritchevski, Martynov et Cie, qui ne tarissent pas sur l'incitation » du premier genre, ne remarquent pas «l''incitation» du second genre). En effet, que l'on se représente des gens absorbés pour les quatre-vingt-dix-neuf centièmes par «la lutte économique contre le patronat et le gouvernement». Les uns, pendant toute la durée de leur activité (de 4 à 6 mois), ne seront jamais incités à songer à la nécessité d'une organisation plus com­plexe de révolutionnaires; d'autres, vraisemblablement, seront «incités» à lire la littérature bernsteinienne, relativement ré­pandue, et en tireront la conviction que ce qui a une importance essentielle, c'est la «marche progressive de la lutte obscure, quotidienne». D'autres enfin se laisseront peut-être séduire par l'idée de donner au monde un nouvel exemple de «liaison étroite et organique avec la lutte prolétarienne», de liaison du mouvement syndical et du mouvement social-démocrate. Ces gens-là feront ce raisonnement: plus tard un pays entre dans l'arène du capitalisme, et donc dans celle du mouvement ouvrier, et plus les socialistes peuvent participer au mouve­ment syndical et lui offrir soutien, moins il peut et il doit y avoir de syndicats non social-démocrates. Jusqu'ici ce raison­nement est parfaitement juste, mais le malheur est qu'on va plus loin et qu'on rêve d'une fusion complète du social-­démocratisme et du trade-unionisme. Nous allons voir par l'exemple des «Statuts de l'Union de lutte de Saint-Péters­bourg» l'influence nuisible que ces rêves exercent sur nos plans d'organisation.

Les organisations ouvrières pour la lutte économique doi­vent être des associations professionnelles. Tout ouvrier social­-démocrate doit, autant que possible, soutenir ces organisations et y travailler activement. Bon. Mais il n'est point de notre intérêt d'exiger que les social-démocrates seuls puissent être membres des unions «corporatives»: cela restreindrait notre influence sur la masse. Laissons participer à l'union corporative tout ouvrier qui comprend la nécessité de s'unir pour lutter contre le patronat et le gouvernement. Le but même des unions corporatives ne saurait être atteint, si elles ne grou­paient pas tous ceux à qui est accessible au moins ce degré élémentaire de compréhension, et si ces unions corporatives n'étaient pas des organisations très larges. Et plus larges seront ces organisations, plus large aussi sera notre influence sur elles, influence exercée non seulement par le développe­ment «spontané» de la lutte économique, mais aussi par l'action consciente et directe des membres socialistes de l'union sur leurs camarades. Mais dans une organisation à effectifs nom­breux, une action strictement secrète est impossible (car elle exige beaucoup plus de préparation qu'il n'en faut pour parti­ciper à la lutte économique). Comment concilier cette contra­diction entre la nécessité d'un effectif nombreux et d'une action strictement secrète? Comment faire pour que les or­ganisations corporatives soient le moins secrètes possible? D'une façon générale, il ne peut y avoir que deux moyens: ou bien la légalisation des associations corporatives (qui dans certains pays a précédé la légalisation des associations socia­listes et politiques), ou bien le maintien de l'organisation se­crète, mais « libre», peu fixée, lose*, comme disent les Alle­mands, au point que, pour la masse des membres, la pratique du secret soit réduite presque à zéro.

La légalisation des associations ouvrières non socialistes et non politiques a déjà commencé en Russie, et il est hors de doute que chaque pas de notre mouvement ouvrier social-démocrate en progression rapide, multipliera et encouragera les tentatives de cette légalisation, tentatives émanant surtout des partisans du régime établi, mais aussi des ouvriers eux-

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*Libre, large. (N. R.)

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mêmes et des intellectuels libéraux. Le drapeau de la légali­sation a déjà été arboré par les Vassiliev et les Zoubatov; les Ozérov et les Worms lui ont déjà promis et donné leur con­cours, et parmi les ouvriers on rencontre déjà des adeptes de la nouvelle tendance. Force nous est donc, désormais, de faire état de cette tendance. Comment en faire état? Sur ce point, il ne saurait guère y avoir deux opinions parmi les social-­démocrates. Nous devons dénoncer constamment toute parti­cipation des Zoubatov et des Vassiliev, des gendarmes et des popes à cette tendance, et éclairer les ouvriers sur les intentions véritables de ces participants. Nous devons dénoncer aussi toutes notes conciliatrices et «harmoniques» qui perceraient dans les discours des libéraux aux assemblées publiques des ouvriers, que ces notes soient modulées par des gens sincère­ment convaincus que la collaboration pacifique des classes soit désirable, qu'ils aient le désir de se faire bien voir des autorités, ou enfin que ce soit par simple maladresse. Nous devons en­fin mettre les ouvriers en garde contre les pièges que leur tend souvent la police qui, à ces assemblées publiques et dans les sociétés autorisées, cherche à repérer les «hommes ayant le feu sacré» et à profiter des organisations légales pour introdui­re des provocateurs aussi dans les organisations illégales.

Mais ce faisant, il ne faut pas oublier que la législation du mouvement ouvrier ne profitera pas en
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