Note de l'Éditeur





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fin de compte aux Zoubatov, mais à nous-mêmes. Au contraire, justement par notre campagne de dénonciations nous séparons l'ivraie du bon grain. Quelle est l'ivraie, nous l'avons déjà indiqué. Le bon grain, c'est d'attirer l'attention de couches d'ouvriers en­core plus larges et des plus arriérées sur les questions poli­tiques etsociales; c'est de nous libérer, nous révolutionnaires, de fonctions qui au fond sont légales (diffusion d'ouvrages lé­gaux, secours mutuels, etc.) et qui, en se développant, nous donneront infailliblement une matière de plus en plus abon­dante pour l'agitation. En ce sens nous pouvons et devons dire aux Zoubatov et aux Ozérov: Travaillez, Messieurs, tra­vaillez! Dès l'instant que vous dressez des pièges aux ou­vriers (par la provocation directe ou par le « strouvisme», moyen «honnête» de corrompre les ouvriers), nous nous chargeons de vous démasquer. Dès l'instant que vous faites véritablement un pas en avant - ne fût-ce que sous la forme du plus «timide zigzag» -mais un pas en avant tout de même, nous. vous dirons: faites donc! Un véritable élargissement, même en miniature, du champ d'action des ouvriers, constitue un véri­table pas en avant. Et tout élargissement de ce genre ne peut que nous profiter: il hâtera l'apparition d'associations légales où ce ne seront pas les provocateurs qui pêcheront des so­cialistes mais où les socialistes pêcheront des adeptes. En un mot, ce qu'il nous faut maintenant, c'est combattre l'ivraie. Il ne nous appartient pas de cultiver en chambre le bon grain dans des pots. En arrachant l'ivraie nous nettoyons par là même le terrain afin de permettre au bon grain de germer. Et pendant que les Afanassi Ivanovitch et les Pulchéria Ivanovna57 s'occupent de culture en chambre, nous devons pré­parer des moissonneurs sachant aujourd'hui arracher l'ivraie et demain moissonner le bon grain*.

Ainsi, nous ne pouvons, au moyen de la légalisation, ré­soudre le problème de la création d'une organisation profes­sionnelle la moins secrète et la plus large possible (mais nous serions très heureux que les Zoubatov et les Ozérov nous en offrent la possibilité, même partielle; aussi devons-nous lutter contre eux avec le maximum d'énergie!). Reste la voie des organisations professionnelles secrètes, et nous devons, par tous les moyens,

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* La lutte de l'Iskra contre l'ivraie a provoqué de la part du Rabotchéié Diélo cette sortie indignée: «Le signe des temps, pour l'Iskra, ce n'est pas tant ces grands événements (du printemps), que les vains efforts des agents de Zoubatov pour «légaliser» le mouvement ouvrier. Elle ne voit pas que ces faits parlent justement contre elle; ils témoignent que le mou­vement ouvrier a pris des proportions très inquiétantes aux yeux du gouvernement » (Deux congrès, p. 27). La faute en revient au «dogmatisme » de ces orthodoxes «sourds aux impératifs de la vie ». Ils s'obstinent à ne pas vouloir remarquer les épis d'un mètre de haut et bataillent contre l'ivraie au ras de terre! N'est-ce point là «fausser le sens de la perspective par rapport au mouvement ouvrier russe » (Ibidem, p. 27)?

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aider les ouvriers qui s'engagent déjà (nous le savons de source certaine) dans cette voie. Les organisa­tions professionnelles peuvent non seulement être d'une im­mense utilité pour le développement et l'affermissement de la lutte économique, mais encore devenir un auxiliaire très pré­cieux de l'agitation politique et de l'organisation révolution­naire. Pour arriver à ce résultat, pour orienter le mouvement professionnel naissant dans la voie que souhaite la social­-démocratie, il faut avant tout bien comprendre l'absurdité du plan d'organisation dont se prévalent, depuis bientôt cinq ans, les économistes pétersbourgeois. Ce plan est exposé aussi dans les Statuts de la caisse ouvrière de juillet 1897 (List. "Rab." N° 9-10, p. 46, dans le N° 1 de la Rabotchaïa Mysl) et dans les Statuts de l'organisation ouvrière professionnelle d'octobre 1900 (feuille spéciale, imprimée à Saint-Pétersbourg et men­tionnée dans le N° 1 de l'Iskra). Ces statuts ont un défaut essentiel: ils exposent tous les détails d'une vaste organisation ouvrière qu'ils confondent avec l'organisation des révolution­naires. Prenons les deuxièmes statuts, les mieux élaborés. Ils comportent cinquante-deux paragraphes: 23 paragraphes ex­posent la structure, le mode de gestion et les fonctions des «cercles ouvriers» qui seront organisés dans chaque fabrique («pas plus de 10 personnes») et éliront des «groupes centraux (de fabrique)». Le paragraphe 2 spécifie: «Le groupe central observe tout ce qui se passe dans la fabrique ou l'usine, et tient la chronique des événements.» «Le groupe central rend compte de l'état de la caisse, chaque mois, à tous les cotisants» (paragraphe 17), etc., 10 paragraphes sont consacrés à l'«organi­sation de quartier» et 19 à l'extrême enchevêtrement du «Co­mité de l'organisation ouvrière» et du «Comité de l'Union de lutte de Saint-Pétersbourg» (délégués de chaque quartier et des «groupes exécutifs» «groupes de propagandistes pour les relations avec la province, pour les relations avec l'étranger, pour la gestion des dépôts, des éditions, de la caisse»).

La social-démocratie assimilée aux «groupes exécutifs» en ce qui concerne la lutte économique des ouvriers ! Il serait difficile de démontrer avec plus de relief comment la pensée de l'économiste dévie du social-démocratisme vers le trade-unionisme, combien peu il se rend compte que le social-démo­crate doit avant tout songer à organiser des révolutionnaires capables de diriger toute la lutte émancipatrice du prolétariat. Parler de l'«émancipation politique de la classe ouvrière», de la lutte contre l'«arbitraire tsariste» et rédiger de pareils statuts, c'est ne rien comprendre, mais absolument rien, aux véritables tâches politiques de la social-démocratie. Aucun de la cinquantaine de paragraphes ne révèle la moindre trace de compréhension de la nécessité de faire dans les masses une agitation politique des plus larges, éclairant tous les côtés de l'absolutisme russe, toute la physionomie des différentes classes sociales en Russie. D'ailleurs, avec de tels statuts, non seulement les buts politiques, mais mêmes les buts trade-­unionistes du mouvement ne sauraient être atteints puisqu'ils exigent une organisation par profession, ce dont les statuts ne disent rien.

Mais le plus caractéristique, c'est peut-être la surprenante lourdeur de tout ce «système», qui entend rattacher chaque fabrique au «comité» par un lien continu de règlements uni­formes et minutieux jusqu'au ridicule, avec un système élec­toral à trois degrés. Comprimée dans l'étroit horizon de l'éco­nomisme, la pensée se perd dans les détails qui exhalent une forte odeur de paperasserie et de bureaucratie. En réalité, les trois quarts de ces paragraphes ne sont, bien entendu, jamais appliqués; en revanche, une pareille organisation «clan­destine» avec un groupe central dans chaque fabrique, facilite aux gendarmes les vastes coups de filet. Les camarades polo­nais ont déjà passé par cette phase du mouvement ; il fut un temps où tous se passionnaient pour fonder partout des

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caisses ouvrières; mais ils renoncèrent bientôt à cette idée, s'étant convaincus qu'ils faisaient simplement la partie belle aux gendarmes. Si nous voulons de larges organisations ouvrières et ne voulons pas de larges rafles, si nous ne voulons pas faire le jeu des gendarmes, nous devons agir en sorte que ces organi­sations ne soient nullement réglementées. Mais alors pourront-­elles fonctionner? Considérez un peu ces fonctions: «. . . Ob­server tout ce qui se passe à l'usine et tenir la chronique des événements » (§ 2 des statuts). Faut-il vraiment que cette fonction soit réglementée? Ce but ne sera-t-il pas mieux atteint par des correspondances dans la presse illégale sans que des groupes d'aucune sorte soient spécialement constitués à cet effet? «. . . Diriger la lutte des ouvriers pour améliorer leur condition à l'usine » (§ 3). Encore une fois, inutile de réglementer. Une simple conversation suffit à un agitateur tant soit peu intelligent pour savoir exactement quelles sont les revendications que veulent formuler les ouvriers; puis, les connaissant, il saura les transmettre à une organisation restrein­te - et non large - de révolutionnaires qui éditera un tract approprié. «. . . Organiser une caisse. . . avec cotisation de 2 kopecks par rouble» (§ 9) et rendre compte de l'état de la caisse chaque mois, à tous les cotisants (§ 17); exclure les membres qui n'acquittent pas leurs cotisations (§ 10), etc. Voilà pour la police un véritable paradis, car rien n'est plus facile que de repérer tout le secret d'une «caisse centrale de fabrique», de confisquer l'argent et de mettre à l'ombre toute l'élite. Ne serait-il pas plus simple de lancer des timbres de un ou deux kopecks à l'estampille d'une certaine organisation (très restreinte et très secrète), ou encore, sans aucun timbre, de faire des collectes, dont un journal illégal donnerait le résultat en une langue convenue? On arriverait tout aussi bien au but, et les gendarmes auraient cent fois plus de mal à démêler les fils de l'organisation.

Je pourrais continuer cette analyse-type des statuts, mais je crois en avoir dit assez. Un petit noyau compact, composé des ouvriers les plus sûrs, les plus expérimentés et les mieux trempés, un noyau ayant des hommes de confiance dans les principaux quartiers, et relié selon toutes les règles de l'action clandestine la plus stricte, à l'organisation des révolutionnaires, pourra parfaitement, avec le plus large concours de la masse et sans réglementation aucune, s'acquitter de toutes les fonc­tions qui incombent à une organisation professionnelle et, au surplus, les accomplir justement selon les souhaits de la social­-démocratie. C'est seulement ainsi que l'on pourra consolider et développer, en dépit de tous les gendarmes, le mouvement professionnel social-démocrate.

On m'objectera qu'une organisation lose au point de n'avoir aucun règlement, pas même de membres avérés et enregistrés, ne peut être qualifiée d'organisation. Peut-être: je ne cours pas après le nom. Mais tout ce qui est nécessaire, cette «organisation sans membres» le fera, elle assurera dès le début une liaison solide entre nos futures trade-unions et le socialisme. Et ceux qui sous l'absolutisme veulent une organisation large d'ouvriers avec élections, comptes rendus, suffrage universel, etc., sont tout bonnement d'incurables utopistes. La morale à tirer de là est simple: si nous commençons par établir une solide, une forte organisation de révolutionnaires, nous pourrons assurer la stabilité du mouvement dans son ensemble, atteindre à la fois les buts social-démocrates et les buts proprement trade-unionistes. Tandis que si nous com­mençons par constituer une organisation ouvrière, large, soi-disant la plus «accessible » à la masse (en réalité, la plus acces­sible aux gendarmes et qui rendra les révolutionnaires les plus accessibles à la
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police), nous n'atteindrons ni l'un ni l'autre de ces buts. Nous ne nous débarrasserons pas de nos méthodes artisanales et, par notre morcellement, par nos effondrements continuels, nous ne ferons que rendre plus accessibles à la masse les trade-unions du type Zoubatov ou Ozérov.

Quelles doivent être proprement les fonctions de cette organisation de révolutionnaires? Nous allons en parler en détail. Mais auparavant examinons un autre raisonnement bien typique de notre terroriste qui, une fois de plus (triste destinée que la sienne!), se trouve dans le proche voisinage de l'économiste. La Svoboda (N°1), revue pour les ouvriers, ren­ferme un article intitulé «L'organisation », dont l'auteur cherche à défendre ses amis, les économistes ouvriers d'Ivanovo-­Voznessensk.
«C'est chose fâcheuse, dit-il, lorsqu'une foule est silencieuse, incons­ciente, lorsqu'un mouvement ne vient pas d'en bas. Voyez un peu: dans une ville universitaire, lorsque les étudiants, à l'époque des fêtes ou pen­dant l'été, rentrent chez eux, le mouvement ouvrier s'arrête. Un mouve­ment ouvrier ainsi stimulé du dehors peut-il être une force véritable? Non, bien sûr. . Il n'a pas encore appris à marcher tout seul, on le tient en lisière. II en va ainsi de tout: les étudiants partis, le mouvement cesse; on cueille les plus capables, la crème, et le lait aigrit; on arrête le « Co­mité », et aussi longtemps qu'un nouveau « Comité », n'est pas formé, c'est une nouvelle accalmie; et on ne sait pas encore ce que sera le nouveau Comité; peut-être ne ressemblera-t-il pas du tout à l'ancien: celui-ci di­sait une chose, celui-là dira le contraire. Le lien entre hier et demain est rompu, l'expérience n'est pas faite pour éclairer l'avenir. Et tout cela parce que le mouvement n'a pas de racines en profondeur, dans la foule; parce que le travail est fait non pas par une centaine d'imbéciles, mais par une dizaine de têtes douées d'intelligence. Une dizaine d'hommes tombent facilement dans la gueule du loup; mais lorsque l'organisation englobe la foule, lorsque tout vient de la foule, aucun zèle ne saurait venir à bout du mouvement » (page 63).
Les faits sont fidèlement rendus. Il y a là un bon tableau de notre travail artisanal. Mais les conclusions, par leur illo­gisme et leur manque de tact politique, sont dignes de la Rabotchaia Mysl. C'est le comble de la déraison, car l'auteur con­fond la question philosophique, historique et sociale des «ra­cines» du mouvement «en profondeur » avec le problème d'or­ganisation technique d'une lutte plus efficace contre les gen­darmes. C'est le comble du manque de tact politique, car au lieu d'en appeler des mauvais dirigeants aux bons dirigeants, l'auteur en appelle des dirigeants en général à la «foule». C'est encore une façon de nous tirer en arrière sous le rapport de l'organisation, de même que veut nous faire rétrograder poli­tiquement l'idée de substituer à l'agitation politique la terreur excitative. A la vérité, je me trouve devant un véritable em­barras de richesses*; je ne sais par où commencer l'analyse de l'imbroglio que nous sert la Svoboda. Pour plus d'évidence, j'essaierai de commencer par un exemple. Prenez les Alle­mands. Vous n'irez pas nier, j'espère, que chez eux l'organi­sation englobe la foule, que tout vient de la foule, que le mou­vement ouvrier a appris en Allemagne à marcher tout seul. Et pourtant, comme cette foule de millions d'hommes sait apprécier la «dizaine» de ses chefs politiques éprouvés, comme elle y tient! Que de fois, au Parlement, les députés des partis adverses n'ont-ils pas harcelé les socialistes: « Ah! vous êtes de jolis démocrates! Le mouvement de la classe ouvrière, vous n'en faites que parler: en réalité, c'est toujours la même équipe de meneurs qui se met en avant. Pendant des années, pendant des dizaines d'années, c'est toujours le même Bebel, toujours le même Liebknecht ! Mais vos délégués, soi-disant élus par les ouvriers, sont plus inamovibles que les fonctionnaires nom­més par l'empereur!» Mais les Allemands accueillaient par un sourire de mépris ces tentatives
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*En français dans le texte. (N. R.)
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démagogiques d'opposer aux «meneurs » la «foule», d'attiser en cette dernière les mau­vais instincts, les instincts de vanité et d'enlever au mouve­ment sa solidité et sa stabilité en ruinant la confiance de la masse envers la «dizaine de têtes douées d'intelligence». Les Allemands sont assez développés politiquement, ils ont suffisamment amassé d'expérience politique pour comprendre que, sans une «dizaine» de chefs capables (les esprits capables ne surgissent pas par centaines), éprouvés, professionnellement préparés et instruits par un long apprentissage, parfaitement d'accord entre eux, aucune classe de la société moderne ne peut mener résolument la lutte. Les Allemands ont eu, eux aussi, leurs démagogues, qui flattaient les «centaines d'imbéciles» en les plaçant au-dessus des «dizaines de têtes douées d'intel­ligence»; qui adulaient le «poing musclé» de la masse, pous­saient (comme Most ou Hasselmann) cette masse à des actes
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