Note de l'Éditeur





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Rabotchaia Mysl n'ont-ils pas été amenés à dire et à écrire! Comme tout notre mouvement est comprimé par notre étroitesse, notre manque d'initiative et de hardiesse, justifiés par les arguments traditionnels dans le genre de celui-ci: «beaucoup plus vite autour d'un travail plus concret!» Et Nadiéjdine qui se prétend particulièrement doué du sens des «réalités», qui condamne si sévèrement les hommes «de cabinet », qui (avec des prétentions à l'esprit) re­proche à l'Iskra sa faiblesse de voir partout de l'économisme, qui s'imagine être très au-dessus de cette division en ortho­doxes et en critiques, Nadiéjdine ne remarque pas que par ses arguments il fait le jeu de cette étroitesse qui l'indigne, et qu'il boit à même le puits où l'on a le plus craché! Oui, l'indigna­tion la plus sincère contre l'étroitesse, le désir le plus ardent de désabuser ceux qui la révèrent ne sont pas encore suffisants, si celui qui s'indigne vogue au gré des vents sans voiles ni gou­vernail, et s'il se raccroche d'«instinct», tout comme les révolu­tionnaires de 1870-1880, au «terrorisme excitatif», au «terroris­me agraire», au «tocsin», etc. Voyons maintenant ce quelque chose de «plus concret » autour de quoi, pense-t-il, «on aura beaucoup plus vite fait » de se rassembler et de s'organiser: 1° journaux locaux; 2° préparation de manifestations; 3° action parmi les sans-travail. On voit du premier coup d'oeil que toutes ces choses-là ont été cueillies tout à fait au hasard, au petit bonheur,

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*Camarade Kritchevski et camarade Martynov, j'attire votre attention sur cette révoltante manifestation d'«autocratisme», d'«autorité incontrôlée », de «régulation suprême», etc. De grâce il veut posséder toute la chaîne !! Rédigez au plus vite une plainte. Vous avez là le sujet de deux éditoriaux pour le N° 12 du Rabotchéié Diélo l

** Martynov qui cite la première phrase de ce passage dans le Rabotchéié Diélo (N° 10 p. 62) en omet justement la seconde, comme s'il voulait mon­trer son désir de ne pas toucher au fond de la question ou son incapacité à le comprendre.

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uniquement pour dire quelque chose, car, de quelque façon qu'on les considère, ce serait vraiment absurde d'y trouver quoi que ce soit de particulièrement susceptible de «rassembler et d'organiser". D'ailleurs, le même Nadiéj­dine déclare deux pages plus loin: «Il serait temps pour nous de constater simplement ce fait: en province le travail est in­fime, les comités ne font pas le dixième de ce qu'ils pourraient faire . . . les centres d'unification que nous possédons actuel­lement ne sont que fiction, bureaucratisme révolutionnaire, manie de se bombarder mutuellement général, et il en sera ainsi tant que ne seront pas constituées de fortes organisations locales.» Ces paroles, bien qu'exagérées, renferment incon­testablement une grande part d'amère vérité; mais comment Nadiéjdine ne voit-il pas que le travail local infime est fonc­tion de l'étroitesse de vues des militants, du peu d'envergure de leur action, toutes choses inévitables vu le manque de pré­paration des militants confinés dans le cadre des organisations locales? Aurait-il oublié, tout comme l'auteur de l'article de la Svoboda sur l'organisation, que les débuts d'une large presse locale (à partir de 1898) ont été assortis d'un renforcement particulier de l'économisme et du «travail artisanal»? Et si même l'on pouvait organiser tant soit peu convenablement une «large presse locale » (nous avons pourtant montré plus haut que c'était impossible, sauf des cas tout à fait exceptionnels), même alors les organes locaux ne pourraient «rassembler et organiser» toutes les forces des révolutionnaires pour l'assaut général contre l'autocratie et pour la direction de la lutte com­mune. N'oubliez pas qu'il s'agit-là uniquement d'un journal comme «facteur de rassemblement», d'organisation, et que nous pourrions renvoyer à Nadiéjdine, champion du morcellement, la question ironique qu'il nous pose lui-même: «Aurions-nous reçu en héritage 200 000 organisateurs révolutionnaires?" En outre, on ne saurait opposer la «préparation de manifestations» au plan de l'Iskra, pour la simple raison que ce plan prévoit justement les plus larges manifestations comme un des objec­tifs à atteindre; mais il s'agit ici de choisir le moyen pratique. Cette fois encore Nadiéjdine fait fausse route; il a oublié que seule une troupe déjà «rassemblée et organisée» peut «pré­parer» des manifestations (qui jusqu'à présent, dans l'immense majorité des cas, se sont déroulées de façon absolument spon­tanée). Or, ce que justement nous ne savons pas faire, c'est rassembler et organiser. «Action parmi les sans-travail». Tou­jours la même confusion, puisqu'il s'agit- là aussi d'une opéra­tion militaire d'une troupe mobilisée, et non d'un plan de mo­bilisation des forces. A quel point Nadiéjdine, ici encore, sous-estime le tort que nous fait notre morcellement, l'absence chez nous de «200 000 organisateurs », c'est ce que l'on va voir. Beaucoup (Nadiéjdine de ce nombre) ont reproché à l'Iskra de fournir de maigres renseignements sur le chômage, de ne donner que des correspondances fortuites sur les choses les plus ordinaires de la vie rurale. Le reproche est fondé; mais ici l'Iskra est «coupable sans avoir péché». Nous nous efforçons de «tendre notre cordeau» aussi à travers la campagne; mais presque nulle part il n'y a là de maçons; il nous faut encourager tous ceux qui nous communiquent même les faits les plus ordinaires, dans l'espoir que cela augmentera le nom­bre de nos collaborateurs dans ce domaine et nous apprendra d nous tous à choisir enfin des faits véritablement saillants. Mais la documentation pour l'étude est si restreinte qu'à moins de l'étendre à toute la Russie nous n'avons décidément rien pour nous instruire. Certes, un homme possédant à peu près les capacités d'agitateur de Nadiéjdine et sa connaissance de la vie des vagabonds pourrait, par son agitation parmi les sans-­travail, rendre des services inestimables au mouvement; mais cet homme-là enterrerait son talent s'il ne prenait soin de mettre tous les camarades russes au courant du moindre pro­grès de son action afin de donner un exemple et un enseigne­ment à des gens qui, dans leur masse, ne savent même pas en­core s'atteler à cette tâche nouvelle pour eux.

Tout le monde sans exception parle aujourd'hui de l'im­portance qui s'attache à l'unification, de la nécessité de «ras­sembler et d'organiser»; mais la plupart du temps on ne se fait aucune idée bien nette de la question de savoir par où commencer et comment
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réaliser cette unification. On re­connaîtra sans doute que pour «unifier», par exemple, les cercles de quartier d'une ville, il faut qu'il y ait des institutions communes, c'est-à-dire non pas seulement l'étiquette commune d'«union», mais un travail commun véritable, un échange de documentation, d'expérience et de forces, une répartition des fonctions pour toute l'activité dans la ville, pas seulement par quartiers, mais par spécialités. On conviendra qu'un sérieux appareil clandestin ne fera pas ses frais (s'il est permis d'em­ployer cette expression commerciale) s'il est limité aux « res­sources» (matérielles et humaines, bien entendu) d'un seul quartier, et que le talent d'un spécialiste ne pourra se déployer sur un champ d'action aussi restreint. II en est de même pour l'union des différentes villes, car l'histoire de notre mouve­ment social-démocrate a déjà montré et montre que le champ d'action d'une localité isolée est extrêmement étroit: nous l'avons prouvé plus haut en détail par l'exemple de l'agitation politique et du travail d'organisation. Il faut - c'est une né­cessité indispensable - il faut avant tout élargir ce champ d'action, créer une liaison effective entre les villes sur la base d'un travail régulier commun, car le morcellement comprime les facultés de ceux qui, « renfermés comme dans une tour» (selon l'expression de l'auteur d'une lettre à l'Iskra), ignorent ce qui se passe dans le monde, ne savent pas auprès de qui s'instruire, comment acquérir l'expérience, comment satisfaire leur soif d'une action étendue. Et je persiste à soutenir que l'on ne peut commencer à créer cette liaison effective qu'avec un journal commun, entreprise unique et régulière pour toute la Russie, qui résumera les activités les plus variées et incitera les gens à progresser constamment dans toutes les voies nombreuses qui mènent à la révolution, comme tous les chemins mènent à Rome. Si nous voulons nous unir non pas seulement en paroles, il faut que chaque cercle local prélève sur-le-champ, mettons le quart de ses forces, pour la partici­pation active à l'oeuvre commune. Et le journal lui montre aussitôt* le dessin général, les proportions et le caractère de cette oeuvre; il lui montre les lacunes qui se font le plus forte­ment sentir dans l'action menée à l'échelle nationale, les en­droits où l'agitation fait défaut et où la liaison est faible, les rouages de l'immense mécanisme commun que ce cercle pour­rait réparer ou remplacer par de meilleurs. Un cercle qui n'a pas encore travaillé et cherche à s'employer pourrait com­mencer, non comme un artisan isolé dans son petit atelier, ne connaissant ni l'évolution antérieure de l' « industrie », ni l'état général des moyens de production industrielle, mais comme le collaborateur d'une vaste entreprise qui reflète la poussée révolutionnaire générale contre l'autocratie. Et plus la fini­tion de chaque rouage serait parfaite, plus nombreux seraient les travailleurs employés à différents détails de l'oeuvre com­mune, et plus notre réseau serait dense, moins les coups de filet inévitables provoqueraient de trouble dans nos rangs.

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* Réserve à faire: s'il approuve l'orientation de ce journal et juge utile pour la cause de devenir son collaborateur, entendant par là non seulement la collaboration littéraire, mais en général toute collaboration révolution­naire. Note pour le « Rabotchéié Diélo»: entre révolutionnaires qui font cas de l'Oeuvre utile au lieu de jouer au démocratisme, qui ne séparent pas la « sympathie » d'avec la participation la plus active et la plus vivante, cette réserve à faire va de soi.
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A elle seule, la fonction de diffusion du journal commen­cerait à créer une liaison effective (si ce journal était digne de ce nom, c'est-à-dire s'il paraissait régulièrement, et non pas une fois par mois, comme les grandes revues, mais près de quatre fois par mois). Les relations de ville à ville pour les besoins de la cause révolutionnaire sont aujourd'hui bien rares, et en tout cas une exception; elles deviendraient alors la règle et assureraient, bien entendu, non seulement la diffusion du journal, mais aussi (ce qui est beaucoup plus important) l'échange d'expérience, de documentation, de forces et de ressources. Le travail d'organisation prendrait une ampleur beaucoup plus considérable, et le succès obtenu dans une lo­calité encouragerait constamment à perfectionner le travail, inciterait à profiter de l'expérience déjà acquise par les cama­rades militant sur un autre point du pays. Le travail local gagnerait infiniment en étendue et en variété; des révélations politiques et économiques recueillies dans toute la Russie fourniraient un aliment intellectuel aux ouvriers de toutes profes­sions et de tous degrés de développement; elles fourniraient matière et prétexte à des causeries et conférences sur les ques­tions les plus variées, suscitées entre autres par les allusions de la presse légale, les conversations en société et les communi­qués «pudiques» du gouvernement. Chaque effervescence, chaque manifestation serait appréciée et examinée sous toutes ses faces, en tous les points de la Russie; elle provoquerait le désir de ne pas rester en arrière des autres, de faire mieux que les autres - (nous, socialistes, ne récusons nullement toute émulation et toute «concurrence>> en général ! ) - de préparer, ­à bon escient ce qui, la première fois, s'est fait en quelque sorte spontanément, de profiter des circonstances favorables de temps ou de lieu pour modifier le plan d'attaque, etc. En outre, ce regain de travail local ne conduirait pas à cette ten­sion désespérée in extremis de toutes les forces, à cette mise en alerte de tous nos hommes, à laquelle nous oblige ordinaire­ment aujourd'hui toute manifestation ou tout numéro de jour­nal local: d'une part, la police aurait beaucoup plus de mal à découvrir les «racines», ne sachant pas dans quelle localité les chercher; d'autre part, le travail commun régulier appren­drait aux hommes à proportionner une attaque donnée à l'état des forces de tel ou tel détachement de notre armée commune (ce à quoi presque personne ne songe aujourd'hui, car les attaques se produisent spontanément neuf fois sur dix), et faciliterait le «transport» non seulement de la littérature de propagande, mais des forces révolutionnaires d'un endroit à l'autre.

Ces forces aujourd'hui sont pour la plupart saignées à blanc sur ce champ d'action restreint qu'est le travail local. Mais alors on aurait la possibilité et l'occasion constante de transférer d'un bout à l'autre du pays tout agitateur ou organi­sateur un peu capable. Après avoir débuté par de petites tour­nées pour les affaires du Parti et aux frais du Parti, les mili­tants s'habitueraient à se faire entretenir entièrement par le Parti; ils deviendraient des révolutionnaires professionnels et se prépareraient au rôle de véritables chefs politiques.

Et si réellement nous parvenions à obtenir que la totalité ou la majeure partie des comités, groupes et cercles locaux s'associent activement à l'oeuvre commune, nous pourrions à très bref délai mettre sur pied un hebdomadaire, régulière­ment diffusé à des dizaines de milliers d'exemplaires dans toute la Russie. Ce journal serait comme une partie d'un gigantesque soufflet de forge qui attise chaque étincelle de la lutte de classes et de l'indignation populaire, pour en faire jaillir un immense incendie. Autour de cette oeuvre encore très innocente et en­core très minime par elle-même, mais régulière et

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commune dans toute l'acception du mot, se recruterait systématiquement et s'instruirait une armée permanente de lutteurs éprouvés. Sur les échafaudages ou les tréteaux de cette organisation com­mune en construction, nous verrions monter bientôt, sortant des rangs de nos révolutionnaires, des Jéliabov social-démo­crates, et, sortant des rangs de nos ouvriers, des Bebel russes qui, à la tête de cette armée mobilisée, soulèveraient tout le peuple pour faire justice de la honte et de la malédiction qui pèsent sur la Russie.
Voilà à quoi il nous faut rêver!
* * *
« Il faut rêver!» J'écris ces mots, et tout à coup je prends peur. Je me vois siégeant au «congrès d'unification», avec en face de moi les rédacteurs et collaborateurs du Rabotchéié Diélo. Et voilà que le camarade Martynov se lève et, mena­çant, m'adresse la parole: «Mais, permettez! Une rédaction autonome a-t-elle encore le droit de rêver sans en avoir référé aux comités du Parti? » Puis, c'est le camarade Kritchevski qui se dresse (approfondissant philosophiquement le camarade Martynov, lequel a depuis longtemps approfondi le camarade Plékhanov) continue, plus menaçant encore: «J'irai plus loin. Je vous demande: un marxiste a-t-il en général le droit de rêver, s'il n'a pas oublié que, d'après Marx, l'humanité s'assi­gne toujours des tâches réalisables et que la tactique est le pro­cessus d'accroissement des tâches du Parti qui croissent en même temps que lui ? »

La seule idée de ces questions menaçantes me donne le frisson, et je ne pense qu'à une chose: où me cacher. Essayons de nous retrancher derrière Pissarev.

« Il y a désaccord et désaccord, écrivait Pissarev au sujet du désaccord entre le rêve et la réalité. Mon rêve peut gagner de vitesse le cours naturel des événements, ou bien il peut donner un coup de barre dans une direction où le cours naturel des événements ne peut jamais conduire. Dans le premier cas, le rêve ne fait aucun tort; il peut même soutenir et renforcer l'énergie du travailleur. . . Rien, dans de tels rêves, ne peut pervertir ou paralyser la force de travail. Bien au contraire. Si l'homme était complètement dépourvu de la faculté de rêver ainsi, s'il ne pouvait de temps à autre devancer le présent et contempler en imagination le tableau cohérent et entièrement achevé de l'œuvre qui s'ébauche à peine entre ses mains, je ne saurais décidément me représenter quel mobile ferait entre­prendre à l'homme et mener à bien de vastes et fatigants tra­vaux dans l'art, la science et la vie pratique . . : Le désac­cord entre le rêve et la réalité n'a rien de nocif, si toutefois l'homme qui rêve croit sérieusement à son rêve, s'il observe attentivement la vie, compare ses observations à ses châteaux en Espagne, et, d'une façon générale, travaille en conscience à la réalisation de son rêve. Lorsqu'il y a contact entre le rêve et la vie, tout est pour le mieux66»

Des rêves de cette sorte, il y en a malheureusement trop peu dans notre mouvement. Et la faute en est surtout aux représentants de la critique légale et du «suivisme>> illégal, qui se targuent de leur pondération, de leur «sens » du «concret».
c) DE QUEL TYPE D'ORGANISATION

AVONS-NOUS BESOIN ?

Par ce qui précède, le lecteur voit que notre «tactique-plan» consiste à récuser l'appel

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immédiat à l'assaut, à réclamer l'or­ganisation d'un «siège en règle de la forteresse ennemie », au trement dit: à réclamer la concentration de tous les efforts en vue de rassembler, d'organiser et de mobiliser une troupe per­manente. Lorsque nous avons raillé le Rabotcbéié Diélo qui d'un bond abandonnait l'économisme pour pousser des cla­meurs sur la nécessité de l'assaut (clameurs qui ont retenti en avril 1901, dans le N° 6 du Listok du «Rabotcbéié Diélo»67) il s'est naturellement abattu sur nous, nous taxant de «doctrina­risme», d'incompréhension du devoir révolutionnaire, d'appel à la prudence, etc. Certes, ces accusations ne nous ont nulle­ment étonnés dans la bouche de gens qui, n'ayant pas de prin­cipes stables, se dérobent derrière la profonde «tactique-­processus»; elles ne nous ont point étonnés non plus de la part de Nadiéjdine qui n'a, pour les fermes principes de programme et de tactique, que le plus superbe mépris.

On dit que l'histoire ne se répète pas. Nadiéjdine, lui, s'efforce de toutes les manières à la répéter et copie avec ardeur Tkatchev en dénigrant «l'éducation révolutionnaire, en clamant la nécessité de «sonner le tocsin», en préconisant le «point de vue spécial de la veille de la révolution», etc. II ou­blie vraisemblablement le mot connu que, si l'original d'un événement historique est une tragédie, sa copie n'est qu'une farce. La tentative de prise du pouvoir, préparée par la propagande de Tkatchev et réalisée par la terreur, instrument d'«épouvante» et qui réellement épouvantait à l'époque, était majestueuse, tandis que le terrorisme «excitatif» de ce Tkatchev au petit pied est simplement ridicule, ridicule surtout lors­qu'il l'assortit de son projet d'organisation des travailleurs moyens.

«Si l'Iskra, écrit Nadiéjdine, sortait de sa sphère de littéra­ture frelatée, elle verrait que ce sont là (par exemple, la lettre d'un ouvrier publiée dans le N° 7 de l'Iskra, etc.) des symptômes attestant que l'«assaut» est très, très proche et que parler maintenant (sic) d'une organisation dont tous les fils seraient rattachés à un journal pour toute la Russie, c'est produire à foison des idées abstraites et un travail de cabinet.» Voyez un peu cette confusion inimaginable! D'une part, on préconise le terrorisme excitatif et «l'organisation des travailleurs moyens», tout en déclarant qu'on aura «beaucoup plus vite fait" de se grouper autour de quelque chose de «plus concret», par exemple autour de journaux locaux; d'autre part, on prétend que parler «maintenant» d'une organisation pour toute la Russie, c'est produire à profusion des idées abstraites, c'est-­à-dire, pour être plus franc et plus simple, qu'il est « maintenant» déjà trop tard! Et pour une «large organisation de jour­naux locaux », il n'est pas trop tard, respectable L. Nadiéjdine? Comparez à cela le point de vue et la tactique de l'Iskra: le terrorisme excitatif, c'est de l'enfantillage; parler de l'organi­sation spéciale des travailleurs moyens et d'une large organi­sation de journaux locaux, c'est ouvrir les portes toutes grandes à l'économisme. Il faut parler d'une organisation unique de révolutionnaires pour toute la Russie, et il ne sera pas trop tard pour en parler jusqu'au jour même où commencera l'as­saut véritable, et non formulé sur le papier.

« Oui, poursuit Nadiéjdine, en ce qui concerne l'organisation, notre situation n'est rien moins que brillante; oui, l'lskra a parfaitement raison de dire que le gros de nos forces militaires est constitué par des volontaires et des insurgés . . . Que vous jugiez sainement de l'état de nos forces, c'est bien. Mais pourquoi oublier dès lors que la foule n'est nullement avec nous et que, par conséquent,

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elle ne nous demandera pas quand il faudra ouvrir les hostilités, elle se jettera dans l'émeute.. . . Lorsque la foule interviendra elle-même avec sa force destructrice spontanée, elle est capable de broyer, de refouler la « troupe permanente », dans laquelle vous vous proposiez, mais n'avez pas eu le temps de procéder à une organisation rigoureusement systématique.» (Souligné par nous.)
Etonnante logique! Précisément parce que «la foule n'est pas avec nous», il est peu raisonnable et inconvenant de pro­clamer «l'assaut» immédiat, car l'assaut signifie l'attaque d'une troupe permanente, et non l'explosion spontanée d'une foule. Précisément parce que la foule est capable de broyer et de refouler la troupe permanente, il faut absolument que notre travail d'«organisation rigoureusement systématique», dans la troupe permanente, «rejoigne » l'élan spontané, car plus nous aurons «pris le temps» de procéder à cette organisation, et plus il y aura de chances pour que la troupe régulière ne soit pas broyée par la foule, mais qu'elle marche en avant, en tête de la foule. Nadiéjdiue fait fausse route, parce qu'il se figure que cette troupe organisée systématiquement agit d'une façon qui la détache de la foule, alors qu'en réalité elle s'occupe ex­clusivement d'une agitation politique amplifiée et multiforme, c'est-à-dire d'un travail qui justement tend à rapprocher et à fusionner en un tout la force destructive spontanée de la foule et la force destructive consciente de l'organisation des révolu­tionnaires. La vérité, Messieurs, c'est que vous vous en prenez à autrui de vos propres fautes; car c'est précisément le groupe Svoboda qui, en introduisant le terrorisme au programme, appelle par là même à créer une organisation de terroristes; or une telle organisation empêcherait vraiment notre troupe de se rapprocher de la foule qui, malheureusement n'est pas en­core avec nous, et, malheureusement, ne nous demande pas ou nous demande très rarement quand et comment il faut ou­vrir les hostilités.

«Nous ne verrons pas plus venir la révolution, continue Nadiéjdine pour faire peur à l'Iskra, que nous n'avons vu ve­nir les événements actuels, événements qui nous ont pris de court.» Cette phrase, avec celles que nous avons citées plus haut, nous montre bien l'absurdité du «point de vue de la veil­le de la révolution»*, imaginé par la Svoboda. Ce «point de vue» particulier se réduit, proprement, à proclamer qu'il est «maintenant» trop tard pour délibérer et se préparer. Mais alors, ô respectable ennemi de la «littérature frelatée», pour­quoi avoir écrit 132 pages d'impression sur «les problèmes de théorie** et de tactique»? Ne pensez-vous pas que du «point de vue de la veille de la révolution» il eût mieux valu lancer 132.000 feuilles volantes avec ce bref appel: «Sus à l'ennemi!» Ceux-là précisément risquent le moins de ne pas voir ve­nir la révolution qui mettent, comme le fait l'lskra, l'agitation politique parmi tout le peuple à la base de leur programme, de leur tactique et de leur travail d'organisation. Loin de n'avoir pas vu venir les événements du printemps, les gens qui dans toute la Russie s'occupent à tresser les fils d'une organisa­tion dont tous les fils seraient rattachés à un journal pour tou­te la Russie, nous ont donné au contraire la possibilité de les prédire. Ils n'ont pas laissé passer non plus sans les voir, les manifestations décrites dans les numéros 13 et 14 de l'Iskra: au contraire, comprenant fort bien leur devoir de seconder
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* Voir: A la veille de la Révolution, p. 62.

** D'ailleurs,dans son « coup d'oeil sur les problèmes de théorie", L. Nadiéjdinc n'a presque rien dit de la théorie, sauf le passage suivant, ex­trêmement curieux du «point de vue de la veille de la révolution»: «La bernsteiniade, dans son ensemble, perd en ce moment de son acuité de même qu'il nous est parfaitement égal de savoir si M. Adamovitch démon­trera que M. Strouvé a mérité 1a croix ou inversement, si M. Strouvé, réfutant Adamovitch, refusera de prendre sa retraite,-car l'heure décisive de la révolution approche » ( p. 110). II serait difficile d'illustrer avec plus de relief l'insouciance sans bornes de L. Nadiéjdine pour la théorie. Nous avons proclamé être à « la veille de la révolution»; c'est pourquoi il nous est «parfaitement égal » que les orthodoxes réussissent ou non à déloger définitivement les critiques de leur position!! Et notre sage ne remarque pas que c'est précisément pendant la révolution que nous aurons besoin des résultats de notre lutte théorique contre les critiques, pour combattre résolument leurs positions pratiques!

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l'élan spontané de la foule, ils y ont participé et ont aidé en même temps, par leur journal, tous les camarades russes à se rendre compte du caractère de ces manifestations et à en utiliser l'ex­périence. S'ils sont encore vivants, ils verront venir la révolu­tion qui exigera de nous, avant et par-dessus tout, que nous ayons de l'expérience en matière d'agitation, que nous sa­chions soutenir (soutenir à la manière social-démocrate) tou­tes les protestations, diriger le mouvement spontané et le pré­server des erreurs de ses amis comme des embûches de ses ennemis!

Nous voilà arrivés à la dernière considération qui nous fait insister tout particulièrement sur un plan d'organisation autour d'un journal pour toute la Russie, par la collaboration de tous à ce journal commun. Seule une telle organisation assurera à l'entreprise social-démocrate de combat la souples­se indispensable, c'est-à-dire la faculté de s'adapter immédia­tement aux conditions les plus variées et rapidement chan­geantes de la lutte, la faculté «d'une part d'éviter la bataille en terrain découvert avec un ennemi numériquement su­périeur, qui a concentré ses forces sur un seul point, et d'autre part, de profiter de l'incapacité manoeuvrière de l'ennemi pour l'attaquer à l'endroit et au moment où il s'y attend le moins*». Ce serait une très grave erreur, si, en bâtissant l'organisation du Parti, on ne comptait que sur des explosions et des com­bats de rue, ou sur « la marche progressive de la lutte obscure quotidienne». Nous devons toujours faire notre travail quo­tidien et toujours être prêts à tout, parce que très souvent il est presque impossible de prévoir l'alternance des périodes d'explosion et des périodes d'accalmie; et quand il est possible de les prévoir, on ne peut en tirer parti pour remanier l'orga­nisation; car, dans un pays autocratique, la situation change avec une rapidité fulgurante: il suffit parfois d'un raid noc­turne des janissaires tsaristes. Et l'on ne saurait (comme se l'imaginent apparemment les Nadiéjdine) se représenter la révolution elle-même sous la forme d'un acte unique: la révo­lution sera une succession rapide d'explosions plus ou moins violentes, alternant avec des phases d'accalmie plus ou moins profonde. C'est pourquoi l'activité essentielle de notre Parti, le foyer de son activité doit être un travail qui est possible et nécessaire aussi bien dans les périodes des plus violentes ex­plosions que dans celles de pleine accalmie, c'est-à-dire un travail d'agitation politique unifiée pour toute la Russie, qui mettrait en lumière tous les aspects de la vie et s'adresserait aux masses les plus profondes. Or ce travail ne saurait se con­cevoir dans la Russie actuelle sans un journal intéressant le pays entier et paraissant très fréquemment. L'organisation qui se constituera d'elle-même autour de ce journal, l'organisa­tion de ses collaborateurs (au sens
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* Iskra, N° 4, «Par où commencer?»-«Les éducateurs révolutionnaires, qui n'adoptent pas le point de vue de la veille de la révolution, ne se lais­sent nullement troubler par la longueur du travail », écrit Nadiéjdine (p. 62). A ce sujet nous ferons cette remarque: si nous ne savons pas élaborer une tactique politique, un plan d'organisation prévus absolument pour une très longue période et assurant, par le processus même de ce travail, l'apti­tude de notre parti à se trouver à son poste et à faire son devoir dans les circonstances les plus inattendues, si rapide que soit le cours des événe­ments, nous ne serons que de pitoyables aventuriers politiques. Seul Nadiéjdine, qui depuis hier se donne le nom de social-démocrate, peut oublier que la social-démocratie a pour but la transformation radicale des conditions de vie de l'humanité toute entière, et que par suite il n'est pas permis à un social-démocrate de se laisser «troubler » par la longueur du travail.
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large du mot, c'est-à-dire de tous ceux qui travaillent pour lui) sera prête à tout, aussi bien à sauver l'honneur, le prestige et la continuité dans le tra­vail du Parti aux moments des plus graves «reflux » de la ré­volution, qu'à préparer, fixer le départ et réaliser l'insurrec­tion armée du peuple.

Qu'on se représente en effet le cas, très courant chez nous, d'un coup de filet dans une ou plusieurs localités. Comme toutes les organisations locales ne travaillent pas à une seule oeuvre régulière commune, ces coups de filet sont souvent sui­vis d'une suspension d'activité de plusieurs mois. Mais si toutes travaillaient à une œuvre commune, il suffirait, même alors que le coup de filet serait très grave, de quelques semai­nes à deux ou trois hommes énergiques pour rattacher à l'or­ganisme central les nouveaux cercles de jeunes, qui, on le sait, surgissent très rapidement même aujourd'hui, et qui surgi­raient et se mettraient en rapport avec ce centre encore plus vite, si cette oeuvre commune, qui souffre des coups de filet, était bien connue de tous.

Qu'on se représente, d'autre part, une insurrection popu­laire. Tout le monde conviendra sans doute aujourd'hui que nous devons y songer et nous y préparer. Mais comment nous y préparer? Vous ne voudriez tout de même pas qu'un Comi­té central désigne des agents dans toutes les localités pour préparer l'insurrection? Si même nous avions un Comité central et qu'il prît cette mesure, il n'obtiendrait rien dans les conditions actuelles de la Russie. Au contraire, un réseau d'agents* qui se serait formé de lui-même en travaillant à la création et à la diffusion d'un journal commun, ne devrait pas «attendre les bras croisés» le mot d'ordre d'insurrection; il ac­complirait justement une oeuvre régulière, qui lui garantirait en cas d'insurrection le plus de chances de succès. Œuvre qui renforcerait les liens avec les masses ouvrières les plus pro­fondes et toutes les couches de la population mécontentes de l'autocratie, ce qui est si important pour l'insurrection. C'est en faisant ce travail qu'on apprendrait à apprécier exactement la situation politique générale, et, par suite, à bien choisir le moment favorable pour l'insurrection. C'est cette action qui apprendrait à toutes les organisations locales à réagir simul­tanément en face des problèmes, incidents ou événements po­litiques qui passionnent toute la Russie; à répondre à ces «événements » de la façon la plus énergique, la plus uniforme et la plus rationnelle possible. Car, au fond, l'insurrection est la «riposte» la plus énergique, la plus uniforme et la plus rationnelle faite par le peuple entier au gouvernement. Enfin, c'est cette action précisément qui apprendrait à toutes les organisations révolutionnaires, sur tous les points de la Rus­sie, à entretenir entre elles les relations les plus régulières et en même temps les plus clandestines, relations qui créent l'unité effective du Parti et sans lesquelles il est impossible de discuter ensemble du plan de l'insurrection et de prendre, à la veille de cette dernière, les mesures préparatoires néces­saires, qui doivent être tenues dans le plus strict secret.

En un mot, le «plan d'un journal politique pour toute la Russie», n'est pas le fruit d'un travail de cabinet, réalisé par des personnes entachées de doctrinarisme et de littérature frelatée (comme ont pu le croire des gens qui n'y ont pas assez réfléchi); c'est au

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* Hélas, hélas! Voilà que m'échappe une fois de plus ce mot affreux d'«agent », qui blesse tellement l'oreille démocratique des Martynov! II me parait étrange que ce mot n'ait point blessé les coryphées des années 70 et blesse les dilettantes des années 90.Ce mot me plait, car il indique nettement et avec précision la cause commune à laquelle tous les agents subordonnent leurs pensées et leurs actes, et s'il faut remplacer ce mot par un autre, je ne pourrais peut-être m'arrêter qu'au mot «collaborateur », sil n'avait pas un relent de littérature frelatée et d'amorphisme. Or ce qu'il nous faut, c'est une organisation militaire d'agents. Au reste, les Martynov si nombreux (notamment à l'étranger) qui s'occupent volontiers de «se bombarder mutuellement général » pourraient dire, à la place d'«agent du service des passeports », «commandant en chef d'une section spéciale pour l'approvisionnement des révolutionnaires en passeports », etc.


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contraire le plan le plus pratique pour qu'on puisse, de tous côtés, se préparer aussitôt à l'insurrection, sans oublier un instant le travail ordinaire, quotidien.

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CONCLUSION
L'histoire de la social-démocratie russe se divise nette­ment en trois périodes.

La première embrasse une dizaine d'années, à peu près de 1884 à 1894. Période de naissance et de consolidation de la théorie et du programme de la social-démocratie. Les partisans de la nouvelle orientation en Russie se chiffraient par unités. La social-démocratie existait sans le mouvement ou­vrier, elle traversait comme parti politique une période de gestation.

La deuxième période s'étend sur trois ou quatre années, de 1894 à 1898. La social-démocratie vient au monde comme mouvement social, comme essor des masses populaires, comme parti politique. C'est la période d'enfance et d'adolescence. Avec la rapidité d'une épidémie, l'engouement général pour la lutte contre le populisme se propage parmi les intellectuels qui vont aux ouvriers, ainsi que l'engouement général des ouvriers pour les grèves. Le mouvement fait des progrès immenses. La plupart des dirigeants sont des tout jeunes gens, qui n'ont pas atteint, loin de là, « l'âge de trente-cinq ans», lequel apparaissait à Monsieur N. Mikhaïlovski comme une sorte de limite naturelle. A cause de leur jeunesse, ils se ré­vèlent peu préparés au travail pratique et quittent la scène avec une extrême rapidité. Mais leur travail avait, la plupart du temps, une grande ampleur. Beaucoup d'entre eux avaient commencé à penser en révolutionnaires en tant que narodo­voltsy. Presque tous dans leur prime jeunesse avaient voué un culte aux héros de la terreur. Pour se soustraire à la séduc­tion de cette héroïque tradition, il fallut lutter, rompre avec des gens qui voulaient à tout prix demeurer fidèles à la «Na­rodnaïa Volia», et que les jeunes social-démocrates tenaient en haute estime. La lutte imposait de s'instruire, de lire des oeuvres illégales de toutes tendances, de s'occuper intensé­ment des problèmes du populisme légal. Formés dans cette lutte, les social-démocrates allaient au mouvement ouvrier, sans oublier «un instant» ni la théorie marxiste qui les éclai­rait d'une lumière éclatante, ni l'objectif du renversement de l'autocratie. La formation d'un Parti au printemps de 1898 fut la chose la plus marquante et en même temps le dernier acte des social-démocrates de cette période.

La troisième période s'annonce, comme on l'a vu, en 1897 et se substitue définitivement à la deuxième période en 1898 (1898 --?). C'est la période de dispersion, de désagrégation, de flottement. Il arrive que chez les adolescents la voix mue. Eh bien, la voix de la social-démocratie russe de cette pério­de commençait à muer, à sonner faux, - d'une part, dans les œuvres de MM. Strouvé et Prokopovitch, Boulgakov et Ber­diaïev; d'autre part, chez V. I-n et R. M., chez B. Kritchevski et Martynov. Mais seuls les dirigeants erraient chacun de son côté et rétrogradaient: le mouvement, lui, continuait de s'éten­dre, d'avancer à pas de géant. La lutte prolétarienne gagnait de nouvelles couches d'ouvriers et se propageait à travers la Russie, contribuant du même coup, indirectement, à ranimer l'esprit démocratique parmi les étudiants et les autres catégo­ries de la population. Mais la conscience des dirigeants avait fléchi devant la largeur et la puissance de l'essor spontané; parmi les social-démocrates dominait déjà une autre phase, celle des militants nourris à peu près uniquement de littératu­re marxiste «légale»; celle-ci était d'autant plus insuffisante que la spontanéité des masses exigeait d'eux, un plus haut degré de conscience. Les dirigeants non seulement restaient en arrière sur le plan théorique («liberté de critique») comme sur le plan pratique («méthodes artisanales de travail »), mais ils s'attachaient à légitimer leur retard par toute sorte d'argu­ments grandiloquents. Le

social-démocratisme était ravalé au niveau du trade-unionisme, aussi bien par les brentanistes de la littérature légale que par les suivistes de la littérature illégale. Le
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programme du Credo commençait à se réaliser, notamment lorsque le «travail artisanal» des social-démocra­tes ranima les tendances révolutionnaires non social-démocra­tes.

Et si le lecteur me reproche de m'être trop occupé d'un journal comme le Rabotchéié Diélo, je répondrai à cela: Le Rabotcbéié Diélo a pris une importance «historique» parce qu'il a traduit avec le plus de relief l'«esprit» de cette troisiè­me période*. Ce n'est pas R. M., esprit conséquent, mais les girouettes Kritchevski et Martynov qui pouvaient, de la façon la meilleure, exprimer la dispersion et les flottements, l'empressement à faire des concessions et à la «critique», et à l'«é­conomisme», et au terrorisme. Ce n'est pas le majestueux dé­dain pour la pratique, de la part de quelque admirateur de l'«absolu», qui est caractéristique de cette période, mais jus­tement la conjonction du menu praticisme et de la plus complè­te insouciance à l'égard de la théorie. Ce n'est point tant de la négation directe des «grands mots» que s'occupaient les héros de cette période que de leur banalisation: le socialisme scientifique a cessé d'être un corps de doctrine révolutionnai­re; il est devenu un mélange confus où l'on ajoutait «à volon­té» l'eau claire de n'importe quel nouveau manuel allemand; le mot d'ordre de «lutte de classes» n'incitait pas à une action toujours plus étendue, toujours plus énergique, - il servait d'émollient, «la lutte économique étant indissolublement liée à la lutte politique»; l'idée de parti n'appelait pas à créer une organisation révolutionnaire de combat, elle justifiait une sorte de «bureaucratisme révolutionnaire» et une tendance puérile à jouer aux formes «démocratiques».

Nous ignorons quand finira la troisième et commencera la quatrième période (qu'annoncent déjà, en tout cas, de nom­breux présages). Du domaine de l'histoire nous passons ici dans le domaine du temps présent, et, en partie, dans celui de l'avenir. Mais nous avons la ferme conviction que la quatrième période conduira à consolider le marxisme militant; que la social-démocratie russe sortira de la crise plus forte et plus virile; que l'arrière-garde des opportunistes sera «relevée» par l'avant-garde véritable de la classe la plus révolutionnaire.

En appelant à faire cette «relève» et résumant tout ce qui a été exposé plus haut nous pouvons, à la question: que faire? donner une brève réponse:
Liquider la troisième période.
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* Je pourrais aussi citer le proverbe allemand: Den Sack schlägt man, don Esel meint man; l'équivalent russe: C'est le chat qu'on rosse et c'est à la belle-fille qu'on remontre ses torts. Ce n'est pas seulement le Rabotchéié Diélo, mais aussi la grande masse des praticiens et des théoriciens qui se passionnaient pour la «critique » à la mode, s'empêtraient dans le problème de la spontanéité, déviaient de la compréhension social-démocrate vers la compréhension trade-unioniste de nos objectifs politiques et d'or­ganisation.

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ANNEXE70

TENTATIVE D'UNION DE L'ISKRA

ET DU RABOTCHEIE DIELO
Il nous reste à analyser la tactique que l'Iskra a adoptée et systématiquement pratiquée dans ses rapports d'organisa­tion avec le Rabotchéié Diélo. Tactique parfaitement exposée déjà dans un article de l'Iskra N° 1 sur «La scission de l'Union des social-démocrates russes à l'étranger* ». Nous, nous avons aussitôt adopté le point de vue que la véritable «Union des social-démocrates russes à l'étranger», reconnue au premier congrès de notre Parti pour son représentant à l'étranger, s'est scindée en deux organisations; que la question de la représen­tation du Parti reste ouverte, n'étant résolue que provisoire­ment et de façon conditionnelle par le fait qu'au congrès inter­national de Paris deux membres représentant la Russie ont été désignés au Bureau Socialiste International permanent, un pour chaque partie de l'«Union » scindée. Nous avons déclaré qu'au fond le «Rabotchéié Diélo avait tort; délibérément, nous nous sommes rangés, pour le principe, aux côtés du groupe «Libération du Travail», refusant en même temps d'entrer dans le détail de la scission, et nous avons signalé le mérite de l'«Union», dans le travail purement pratique**.

Notre position a donc été jusqu'à un certain point une position d'attente: nous avions cédé à l'opinion qui régnait au sein de la majorité des social-démocrates russes, - que même les ennemis les plus décidés de l'économisme pouvaient tra­vailler la main dans la main avec l'union», celle-ci ayant plus d'une fois proclamé son accord de principe avec le groupe «Libération du Travail», sans prétendre, paraît-il, à affirmer son caractère d'indépendance dans les questions fondamen­tales de la théorie et de la tactique. La justesse de la position où nous étions a été confirmée indirectement par le fait sui­vant: presque en même temps que paraissait le premier nu­méro de l'Iskra (décembre 1900) trois membres s'étaient sé­parés de « l'union» pour former ce qu'on a appelé le «Groupe d'initiateurs» et adresser: 1. à la section à l'étranger de l'orga­nisation de l'Iskra, 2. à l'organisation révolutionnaire le«So­cial-démocrate» et 3. à l' « union» des offres de médiation dans la conduite des pourparlers de réconciliation. Les deux pre­mières organisations donnèrent aussitôt leur accord, la troi­sième opposa un refus. La vérité est que lorsqu'un orateur a exposé ces faits au congrès d' « unification» de l'an dernier, un membre de l'administration de «l'union» déclara que leur refus était dû exclusivement au fait que «l'union» était mécon­tente de
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*Voir V. Lénine, Oeuvres, tome 4. (N. R.)

** A la base de ce jugement porté sur la scission se trouvait la connais­sauce de la littérature, mais aussi les renseignements recueillis à l'étranger par quelques membres de notre organisation qui y ont séjourné.
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l'effectif du Groupe d'initiateurs. Jugeant de mon devoir de faire part de cette explication, je ne puis cependant m'empêcher de faire remarquer, de mon côté, que je la con­sidère comme insuffisante: connaissant l'accord de deux or­ganisations pour engager des pourparlers, l' « union» aurait pu s'adresser à elles par un autre intermédiaire ou directement.

Au printemps de 1901, la Zaria (N°1, avril) et l'Iskra (N° 4, mai)* engageaient directement une polémique contre le Rabo­tchéié Diélo. L'Iskra s'en prit surtout au «Tournant historique» du Rabotchéié Diélo qui, dans sa feuille d'avril, et donc à la suite des événements du printemps, s'était montré hésitant en ce qui concerne l'engouement pour la terreur et les appels «sanglants». Malgré cette polémique, l'union» accepta la reprise des pourparlers de réconciliation par l'intermédiaire d'un nouveau groupe de «conciliateurs». Une conférence préa­lable composée de représentants des trois organisations ci-­dessus nommées se tint au mois de juin et élabora un projet de traité sur la base d'un « accord de principe » très détaillé, que <Deux congrès et la Ligue dans la brochure Documents du Congrès d' «unification ».

Le contenu de cet accord de principe (ou des résolutions de la conférence de juin, comme on l'appelle le plus souvent) montre en toute clarté que nous posions comme condition expresse de cette unification la négation la plus résolue de toutes les manifestations d'opportunisme en général et de l'opportunisme russe en particulier. «Nous repoussons, dit le 1er paragraphe, toute tentative d'apporter l'opportunisme dans la lutte de classe du prolétariat, tentative qui s'est traduite dans ce qu'on appelle l'économisme, le bernsteinisme, le mil­lerandisme, etc. » «L'activité de la social-démocratie com­porte . . . la lutte idéologique contre tous les adversaires du marxisme révolutionnaire» (4, c); «Dans toutes les sphères du travail d'organisation et d'agitation, la social-démocratie ne doit pas un instant perdre de vue la tâche immédiate du prolétariat russe: le renversement de l'autocratie » (5, a); . . . «l'agitation non seulement sur le terrain de la lutte quotidienne des salariés contre le capital» (5, b); . . . «nous ne reconnais­sons pas ... un stade de lutte purement économique et de lutte pour les revendications politiques particulières» (5, c) ; . . . «nous estimons importante pour le mouvement la critique des tendances qui érigent en principe . . . le caractère élémen­taire et l'étroitesse des formes inférieures du mouvement» (5, d). Même l'homme absolument désintéressé, qui aura lu un peu attentivement ces résolutions, verra par la façon même dont elles ont été formulées qu'elles visent ceux qui se sont montrés opportunistes et «économistes »; qui ont oublié ne serait-ce qu'un instant la tâche qui consiste à renverser l'auto­cratie; qui ont reconnu la théorie des stades, érigé en principe l'étroitesse, etc. Et celui qui connaît tant soit peu la polémique engagée contre le Rabotchéié Diélo par le groupe «Libération du Travail», la

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*Voir V. Lénine: « Par où coonnencer? », tome 5. (N. R.)

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Zaria et l’Iskra, ne peut douter un instant que ces résolutions rejettent point par point précisément les erreurs dans lesquelles le Rabotchéié Diélo est tombé. Aussi, lorsqu'un des membres de « l'union » eut déclaré au congrès d'«uni­fication» que les articles insérés dans le N° 10 du Rabotchéié Diélo n'étaient point dus au nouveau «tournant historique» de « l'union», mais au caractère démesurément «abstrait*» des résolutions, un des orateurs eut parfaitement raison de s'en moquer. Les résolutions sont loin d'être des abstractions, ré­pondit-il; elles sont infiniment concrètes; il suffit d'un coup d'oeil pour comprendre qu'on voulait ici «attraper quelqu'un ».

Cette dernière expression allait susciter au congrès un épisode caractéristique. D'une part, B. Kritchevski s'est cram­ponné au mot «attraper», croyant qu'il s'agissait d'un lapsus qui trahissait une mauvaise intention de notre part (« tendre un piège»), et de s'écrier d'une voix pathétique: « Qui donc, qui voulait-on attraper ici?» - «En effet, qui?» demanda Plé­khanov, ironique. «Je vais suppléer au défaut de perspicacité du camarade Plekhanov, répondit B. Kritchevski, je vais lui expliquer que l'on voulait attraper ici la rédaction du « Rabo­tchéié Diélo » (rire général). Mais nous ne nous sommes pas laissés attraper!» (réplique à gauche: «tant pis pour vous! »). D'autre part, le membre du groupe «Borba» (groupe de con­ciliateurs), parlant contre les amendements de « l'union» aux résolutions et désireux de défendre notre orateur, déclara que le mot «attraper » lui avait sans doute échappé par hasard dans le feu de la polémique.

Pour ma part, j'imagine que pareille «défense» ne plaira guère à l'orateur qui a fait usage de l'expression analysée. J'imagine que les mots «on voulait attraper quelqu'un» «ont été prononcés en plaisantant, mais conçus de façon sérieuse»: nous avons toujours accusé le Rabotchéié Diélo d'instabilité et de flottements. Il est donc naturel qu'on ait voulu l'attraper pour rendre les flottements impossibles à l'avenir. Quant à la mauvaise intention, il n'en pouvait être question, car il s'agis­sait de l'instabilité de principe. Et nous avons pu «attraper» « l'union» avec tant de camaraderie** que les résolutions de juin ont été signées par S. Kritchevski lui-même et un autre membre de l'administration de l'union».

Les articles dans le N° 10 du Rabotchéié Diélo (nos cama­rades n'ont pu voir ce numéro que lorsqu'ils se présentèrent au congrès à quelques jours de l'ouverture des assises) ont montré nettement que depuis l'été jusqu'à l'automne un nou­veau tournant s'était opéré dans « l'union»: les économistes avaient de nouveau pris le dessus, et la rédaction, qui vire «au gré du vent»» s'est remise à défendre «les plus fieffés bernsteiniens» et la «liberté de critique», à défendre la «spon­tanéité» et à prêcher par la bouche de Martynov la «théorie tendant à restreindre» la sphère de notre influence politique (aux fins, soi-disant, d'accentuer cette influence). La juste remarque de Parvus s'est une fois de plus confirmée, qu'il est difficile d'attraper un opportuniste dans le piège d'une for­mule quelconque: il souscrira facilement à toute formule et s'en dédira avec non moins de facilité, l'opportunisme comportant justement l'absence de principes

_________

*L'affirmation a été reprise dans Deux congrès, p. 25.

** A la vérité. nous avons dit dans l'introduction aux résolutions de juin que la social-démocratie russe dans son ensemble s'est toujours placée sur le terrain des principes du groupe « Libération du Travail », et que le mérite de l' « Union » a été surtout son activité en matière d'édition et d'or­ganisation. En d'autres termes, nous avons affirmé notre pleine volonté de vouer à l'oubli tout le passé et de reconnaitre l'utilité (pour la cause) du travail de nos camarades de l'"Union» alla condition de faire cesser


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tant soit peu déterminés et fermes. Aujourd'hui les opportunistes répudient tout effort tendant à introduire l'opportunisme; ils répudient toute étroitesse, promettent solennellement «de ne pas oublier un instant le renversement de l'autocratie», de faire «de l'agitation non seulement sur le terrain de la lutte quotidienne des salariés contre le capital», etc., etc. Et le lendemain ils changent le moyen d'expression et reprennent les anciennes méthodes sous prétexte de défendre la spontanéité, la marche progressive de la lutte obscure et quotidienne, en exaltant les revendications qui laissent entrevoir des résultats tangibles, etc. continuant d'affirmer que dans les articles du N° 10 l’ « Union » ne voyait ni ne voit aucun écart hérétique des principes d'ensemble sur lesquels le projet de conférence est fondé » (Deux congrès, p. 26), elle ne fait que manifester par là son incapacité totale ou son refus de saisir le fond des divergences.

Après le N°' 10 du Rabotchéié Diélo il ne nous restait qu'une seule tentative à faire: engager une discussion générale pour s'assurer si toute l'«Union>> est solidaire de ces articles et de son comité de rédaction. Et c'est ce qui la rend particulière­ment mécontente de nous: elle nous accuse de vouloir semer la discorde dans <Rabotchéié Diélo. De l'ensemble des manifestations d'opportunisme, on cherchait ainsi à éli­miner «ce que l'on appelle économisme» (à cause de la pré­tendue «indétermination du sens» de ces mots, - encore que de cette façon de motiver découle la nécessité de définir avec plus de précision l'essence de l'erreur largement répandue), et à éliminer aussi le «millerandisme » (encore que B. Kritchevski l'ait défendu dans le Rabotchéié Diélo N' 2-3, pp. 83-84, et plus explicitement encore dans le Vorwaerts*). Bien que les résolutions de juin marquent avec précision la tâche de la social-démocratie: «diriger les moindres manifestations de la lutte du prolétariat contre toutes les formes d'oppression politique, économique et sociale», exigeant ainsi que l'unité et l'esprit de méthode soient apportés dans ces manifestations de lutte, <
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tout à fait les flottements que visait notre "attrapage" Tout homme impartial qui lirait les résolutions de juin, les comprendrait justement ainsi. Si donc ]'«Union", après avoir Provoqué la rupture par son nou­veau tournant vers l'économisme (dans les articles du N° 10 et dans les ,amendements), nous accuse solennellement de ne pas dire la vérité (Deux congrès, p. 30) pour ce rappel de ses mérites, cette accusation ne peut naturellement que faire sourire.

* Dans le Vorrwaerts une polémique s'était engagée à ce propos entre sa rédaction actuelle, Kautsky et la Zaria. Nous ne manquerons pas de faire connaître cette polémique aux lecteurs russes71.

117

économique est le moyen le plus large­ment applicable pour entraîner les masses à la lutte politique active». On comprend qu'après l'apport de ces amendements, tous nos orateurs se soient récusés, estimant tout à fait inutile de poursuivre les pourparlers avec des hommes qui de nouveau tournaient vers l'économisme et s'assuraient la liberté des flottements.

« Ce que ( l' « Union ») considérait précisément comme le sine qua non de la solidité du futur accord, c'est-à-dire de la con­servation du caractère d'indépendance du Rabotchéié Diélo et de son autonomie, l'Iskra le considérait comme une pierre d'achoppement pour réaliser cet accord » (Deux congrès, p. 25). Cela est très inexact. Nous n'avons jamais attenté à l'autono­mie du Rabotcbéié Diélo*. Nous avons en effet refusé catégoriquement de reconnaître l'indépendance de son caractère, si l'on entend par là le «caractère d'indépendance» dans les questions de principe en matière de théorie et de tactique: les résolutions de juin impliquent justement la négation absolue d'une telle indépendance de caractère, car cette «indépendance de caractère» a toujours signifié dans la pratique, nous le répétons, toute sorte de flottements qui entretiennent l'état de dispersion où nous nous trouvons, ce qui est insupportable au point de vue du Parti. Par ses articles dans le N° 10 et ses «amendements» le Rabotchéié Diélo a bien montré son désir de garder cette indépendance de caractère; or ce désir a con­duit, naturellement et inévitablement, à la rupture et à la déclaration de guerre. Mais nous étions tous prêts à recon­naître «l'indépendance de caractère » du Rabotchéié Diélo en ce sens qu'il devait se consacrer à des fonctions littéraires nettement déterminées. La distribution judicieuse de ces fonctions s'imposait: 1. revue scientifique, 2. journal politique et 3. recueils et brochures de vulgarisation. Seul l'accord donné par le Rabotcbéié Diélo à une telle distribution, prouverait son désir sincère d'en finir une fois pour toutes avec les erreurs que visent les résolutions de juin; seule une telle distribution éliminerait les frictions éventuelles et assurerait effectivement la solidité de l'entente, en assignant en même temps une base à un nouvel essor de notre mouvement et à ses nouveaux succès.

Il n'est plus un seul social-démocrate russe pour douter que la rupture définitive de la tendance révolutionnaire avec la tendance opportuniste est due non pas à des causes d' «organisation», mais précisément au désir manifesté par les oppor­tunistes de consolider le caractère d'indépendance de l'oppor­tunisme et de continuer à jeter la confusion dans les esprits par des raisonnements à la Kritchevski et à la Martynov...
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* A moins que l'on ne considère comme restrictions à l'autonomie les con­férences rédactionnelles à l'occasion de l'établissement d'un Conseil su­prême de toutes les organisations unifiées, acceptées aussi en juin par le Rabotchéié Diélo.


118



AMENDEMENT A « QUE FAIRE »
Le «Groupe d'initiateurs », dont je parle dans ma brochure Que faire? p. 141*, me prie de faire cet amendement à l'exposé concernant sa participation à l'effort tenté pour réconcilier les organisations social-démocrates à l'étranger: Des trois mem­bres de ce groupe un seul a quitté l'«Union» à la fin de 1900; les autres en 1901, seulement après s'être convaincus qu'il était impossible d'obtenir de l' « union» son accord pour une con­férence à tenir avec l'organisation de l'Iskra à l'étranger et l' « Organisation révolutionnaire le Social-Démocrate», - ce en quoi consistait justement la proposition du «Groupe d'initia­teurs». Cette proposition a été d'abord déclinée par l'adminis­tration de l' « union», en motivant son refus d'accepter la con­férence par «l'incompétence » des personnes faisant partie du groupe de méditation dit «Groupe d'initiateurs »; mais elle manifestait le désir d'entrer en rapports directs avec l'organi­sation de l'Iskra à l'étranger. Peu après cependant l'adminis­tration de l'«Union» informait le «Groupe d'initiateurs » qu'après la parution du premier numéro de I'Iskra, dans lequel une note annonçait la scission dans « l'union», elle revenait sur sa décision et ne voulait plus entrer en rapports avec l'Iskra. Comment expliquer après cela la déclaration faite par un mem­bre de l'administration de l' « union», selon laquelle le refus de cette dernière d'accepter la conférence était dû exclusivement au fait que « l'union» n'était pas satisfaite de la compo­sition du «Groupe d'initiateurs »? A la vérité, on ne comprend pas non plus l'accord donné par l'administration de l' « union » pour tenir une conférence en juin de l'an dernier, puisque la note du premier numéro de l'Iskra demeurait valable, et que l'attitude «négative» de l'Iskra à l'égard de l' « union» s'est affirmée encore plus dans le premier fascicule de la Zaria et le 4ème numéro de l'Iskra, parus tous deux avant la conférence de juin.

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*Voir le présent ouvrage, pp.
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