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motifs, c'est que cette résolution, «dans sa première partie, coïncide avec la résolution du congrès du Parti à Lübeck, au sujet de Bernstein». . . Dans la simplicité de leur cœur, «ceux de l'Union» ne remarquent même pas quel testimonium paupertatis (certificat d'indigence) ils se décernent par ce copiage! . . . «mais. . . dans sa deuxième partie, elle circonscrit la liberté de critique plus étroitement que ne l'a fait le congrès de Lübeck».

Ainsi, la résolution de l'«Union» serait dirigée contre les bernsteiniens russes? Autrement, il serait tout à fait absurde de s'en référer à Lübeck! Mais il est faux qu'elle «circonscrit étroitement la liberté de critique». Par leur résolution de Ha­novre, les Allemands ont, point par point, repoussé justement les amendements de Bernstein, et par celle de Lübeck, ils ont adressé un avertissement personnel à Bernstein en le nommant dans la résolution. Cependant, nos "libres" imitateurs ne font pas la moindre allusion à une seule des manifestations de la «critique» et de l'économisme spécialement russes. Etant donné cette réticence, l'allusion pure et simple au caractère de classe et au caractère révolutionnaire de la théorie laisse beaucoup plus de latitude aux fausses interprétations, surtout si l'«Union» se refuse à classer dans l'opportunisme la «ten­dance dite économiste» (Deux congrès, p. 8, § 1) Cela soit dit en passant. L'important, c'est que les positions des opportu­nistes par rapport aux social-démocrates révolutionnaires sont diamétralement opposées en Allemagne et en Russie. En Al­lemagne, les social-démocrates révolutionnaires, comme on sait, s'affirment pour le maintien de ce qui est: pour l'ancien programme et l'ancienne tactique connus de tous et expliqués dans tous leurs détails par l'expérience de dizaines et de di­zaines d'années. Or, les «critiques» veulent apporter des mo­difications et, comme ils sont une infime minorité et que leurs tendances révisionnistes sont très timides, on comprend pour quels motifs la majorité se borne à rejeter froidement leur «innovation». En Russie, au contraire, critiques et économis­tes sont pour le maintien de ce qui est: les «critiques» veulent que l'on continue à les considérer comme des marxistes et qu'on leur permette de jouir de la «liberté de critique» dont ils ont profité à tous égards (car au fond, ils n'ont jamais re­connu aucune cohésion dans le Parti*; d'ailleurs, nous n'avions pas un organe de Parti universellement reconnu et capable de « limiter», ne fût-ce que par un conseil, la liberté de critique) ; les économistes veulent que les révolutionnaires reconnaissent «les pleins droits du mouvement à l'heure actuelle» (Rab. Diélo N° 10, p. 25), c'est-à-dire la «légitimité» de l'existence de ce qui existe; que les «idéologues» ne cherchent pas à «faire dévier» le mouvement de la voie «déterminée par le jeu réci­proque des éléments matériels et du milieu matériel» («lettre» du N° 12 de l'lskra); que l'on reconnaisse comme désirable la lutte, «celle-là même que les ouvriers peuvent mener dans les circonstances présentes», et comme possible celle «qu'ils mè­nent en réalité au moment présent» («Supplément spécial à la Rabotchaïa Mysl»28, p. 14) Mais nous, social-démocrates ré­volutionnaires, ce culte du spontané, c'est-à-dire de ce qui est «au moment présent», ne nous dit rien. Nous

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* A elle seule, cette absence de cohésion véritable dans le parti et de tradition de parti constitue, entre la Russie et l'Allemagne, une différence cardinale qui devrait mettre tout socialiste d'esprit sensé en garde contre l'imitation aveugle. Et voici un échantillon de ce à quoi en arrive la « liberté de critique» en Russie. Le critique russe M. Boulgakov fait au critique autrichien Hertz cette remontrance: « Malgré toute l'indépendance de ses conclusions, Hertz sur ce point (la coopération) reste apparemment trop lié par l'opinion de son parti et, quoique en désaccord sur les détails, ne se résout pas à abandonner le principe général» (Le capitalisme et l'agri­culture, tome II, p, 287). Un sujet d'un Etat politiquement asservi, dans lequel les 999/1000 de la population sont pervertis jusqu'à la moelle des os par le larbinisme politique et n'ont aucune idée de l'honneur et de la cohésion du parti, reproche avec hauteur à un citoyen d'un Etat constitutionnel d'être trop « lié par l'opinion du parti»! II ne reste plus à nos organi­sations illégales qu'à se mettre à rédiger des résolutions sur la liberté de critique...
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exigeons que soit modifiée la tactique qui a prévalu ces dernières années; nous déclarons que «avant de nous unir et pour nous unir, nous devons commencer par nous démarquer nettement et résolument» (annonce de la publication de l'Iskra*). En un mot, les Allemands s'en tiennent à l'état actuel des choses et repoussent les changements; quant à nous, repoussant la sou­mission et la résignation à l'état de choses actuel, nous en ré­clamons le changement.

C'est cette «petite» différence que nos « libres» copieurs des résolutions allemandes n'ont pas remarquée!
d) ENGELS ET L'IMPORTANCE DE LA

LUTTE THEORIQUE
«Le dogmatisme, le doctrinarisme», «l'ossification du Par­ti, châtiment inévitable de la strangulation forcée de la pen­sée», tels sont les ennemis contre lesquels entrent en lice les champions de la «liberté de critique» du Rabotchéié Diélo. Nous sommes très heureux que cette question soit mise à l'or­dre du jour; seulement nous proposerions de la compléter par cette autre question:

Mais qui sont les juges?

Nous avons devant nous deux prospectus de maisons d'éditions. Le premier: le «programme du Rabotchéié Diélo, organe périodique de l'Union des social- démocrates russes» (tiré à part du N° 1 du Rab. Diélo).

Le second: l'«annonce de la reprise des éditions du groupe (Libération du Travail)». Tous deux sont datés de 1899, époque à laquelle la «crise du marxisme» était depuis longtemps à l'ordre du jour. Pourtant, dans le premier ouvrage, on chercherait en vain des indications sur cette

question et un exposé précis de la position que compte prendre le nouvel organe à cet égard. Du travail théorique et de ses tâches essentielles à l'heure présente, ce programme non plus que ses compléments adoptés par le IIIème Congrès de l'«Union»29 (en 1901) ne soufflent mot (Deux congrès, pp. 15-18). Durant tout ce temps, la rédaction du Rabotchéié Diélo a laissé de côté les questions de théorie, quoique les social-dé­mocrates du monde entier en fussent émus.

L'autre prospectus, au contraire, signale tout d'abord un relâchement de l'intérêt pour la théorie au cours de ces der­nières années; il réclame instamment «une attention vigilante pour le côté théorique du mouvement révolutionnaire du pro­létariat» et exhorte à une «critique implacable des tendances antirévolutionnaires, bernsteiniennes et autres» dans notre mouvement. Les numéros parus de la Zaria montrent com­ment ce programme a été appliqué.

Ainsi donc, l'on voit que les grandes phrases contre l'ossi­fication de la pensée, etc., dissimulent l'insouciance et l'im­puissance à faire progresser la pensée théorique. L'exemple des social-démocrates russes illustre d'une façon particulière­ment frappante ce phénomène commun à l'Europe (et signalé depuis longtemps par les marxistes allemands) que la fameuse liberté de critique ne signifie pas le remplacement d'une théo­rie par une autre, mais la liberté à l'égard de tout système cohérent et réfléchi; elle signifie éclectisme et absence de principes. Quiconque connaît tant soit peu la situation de fait de notre mouvement ne peut pas ne pas voir que la large diffusion du marxisme a été accompagnée d'un certain abais­sement du niveau théorique. Bien des gens, dont la prépara­tion théorique était infime ou nulle, ont adhéré au mouvement pour ses succès pratiques et sa portée effective. On peut juger du manque de tact que montre le Rabotchéié Diélo lorsqu'il sort d'un air triomphant cette définition de Marx: «Tout pas fait en avant, toute progression réelle importe plus qu'une dou­zaine de programmes»30. Répéter ces mots en cette époque de débandade théorique équivaut à clamer à la vue d'un
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*Voir V. Lénine: « Déclaration de la rédaction de l'Iskra», Oeuvres, tome4. (N. R.)
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cortège funèbre: «Je vous souhaite d'en avoir toujours à porter!» D'ailleurs, ces mots sont empruntés à la lettre sur le program­me de Gotha31, dans laquelle Marx condamne catégorique­ment l'éclectisme dans l'énoncé des principes. Si vraiment il est nécessaire de s'unir, écrivait Marx aux chefs du parti, pas­sez des accords en vue de réaliser les buts pratiques du mou­vement, mais n'allez pas jusqu'à faire commerce des prin­cipes, ne faites pas de «concessions» théoriques. Telle était la pensée de Marx, et voilà qu'il s'en trouve parmi nous qui, en son nom, essayent de diminuer l'importance de la théorie!

Sans théorie révolutionnaire, pas de mouvement révolu­tionnaire. On ne saurait trop insister sur cette idée à une épo­que où l'engouement pour les formes les plus étroites de l'action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l'op­portunisme. Pour la social-démocratie russe en particulier, la théorie prend une importance encore plus grande pour trois raisons trop souvent oubliées, savoir: tout d'abord, notre Par­ti ne fait encore que se constituer, qu'élaborer sa physionomie et il est loin d'en avoir fini avec les autres tendances de la pensée révolutionnaire, qui menacent de détourner le mou­vement du droit chemin. Ces tout derniers temps justement nous assistons, au contraire (comme Axelrod l'avait prédit de longue date aux économistes), à une recrudescence des ten­dances révolutionnaires non social-démocrates. Dans ces conditions, une erreur «sans importance» à première vue ris­que d'entraîner les plus déplorables conséquences, et il faut être myope pour considérer comme inopportunes ou super­flues les controverses de fraction et la stricte délimitation des nuances. De la consolidation de telle ou telle « nuance» peut dépendre l'avenir de la social-démocratie russe pour de très longues années.

Deuxièmement, le mouvement social-démocrate est, par son essence même, international. Il ne s'ensuit pas seulement que nous devons combattre le chauvinisme national. II s'en suit encore qu'un mouvement amorcé dans un pays jeune ne peut être fructueux que s'il assimile l'expérience des autres pays. Or, pour cela, il ne suffit pas simplement de connaître cette expérience ou de se borner à recopier les dernières ré­solutions, il faut savoir faire l'analyse critique de cette expé­rience et la contrôler soi-même. II n'est que de se rendre comp­te combien s'est développé et ramifié le mouvement ouvrier contemporain, pour comprendre quelle réserve de compéten­ces théoriques et d'expérience politique (et révolutionnaire) est nécessaire pour accomplir cette tâche.

Troisièmement, la social-démocratie russe a des tâches nationales comme n'en a jamais eu aucun parti socialiste du monde. Nous aurons à parler plus loin des obligations poli tiques et d'organisation que nous impose cette tâche: libérer un peuple entier du joug de l'autocratie. Pour le moment, nous tenons simplement à indiquer que seul un parti guidé par une théorie d'avant-garde est capable de remplir le rôle de combattant d'avant-garde. Et pour se faire une idée un peu concrète de ce que cela veut dire, que le lecteur se remémore les prédécesseurs de la social-démocratie russe tels que Herzen, Biélinski, Tchernychevski et la brillante pléiade des ré­volutionnaires de 1870-1880; qu'il songe à l'importance mon­diale que prend actuellement la littérature russe; qu'il. . . mais, suffit!

Citons les remarques faites par Engels en 1874, sur l'im­portance de la théorie dans le mouvement social-démocrate. Engels reconnaît à la grande lutte de la social-démocratie non pas deux formes (politique et économique), - comme cela se fait chez nous, - mais trois, en mettant sur le même plan la lutte théorique. Sa recommandation au mouvement ouvrier allemand, déjà vigoureux pratiquement et politiquement, est si instructive au point de vue des problèmes et discussions actuelles que le lecteur, espérons-le, ne nous en voudra pas de lui donner le long extrait de la préface à la brochure, Derdeu­tsche Bauernkrieg*, depuis longtemps devenue une très pré­cieuse rareté bibliographique: « Les ouvriers allemands ont, sur ceux du reste de l'Eu­rope, deux

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*Dritter Abdruck, Leipzig 1875, Verlag der Genossenschaftsbuch­druckerei. (La Guerre des paysans en Allemagne, troisième édition. Leip­zig, Edit. coopérative. N. R.)

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avantages essentiels. Premièrement, ils appartien­nent au peuple le plus théoricien de l'Europe; de plus, ils ont conservé le sens théorique qui a si complètement disparu dans les classes soi-disant cultivées de l'Allemagne. S'il n'y avait pas eu précédemment la philosophie allemande, notamment celle de Hegel, le socialisme scientifique allemand - le seul socialisme scientifique qui ait jamais existé - n'eût jamais été fondé. Sans le sens théorique des ouvriers, ils ne se seraient jamais assimilés ce socialisme scientifique au point où ils l'ont fait. Et ce qui prouve que c'est là un avantage incommensu­rable, c'est, d'une part, l'indifférence à l'égard de toute théorie, une des causes principales du peu de progrès du mouve­ment ouvrier anglais, malgré l'excellente organisation des divers corps de métiers et, d'autre part, le trouble et la confu­sion provoqués par le proudhonisme, dans sa forme initiale, chez les Français et les Belges, dans sa forme caricaturée, dans la suite, par Bakounine, chez les Espagnols et les Italiens.

Le second avantage, c'est que les Allemands sont venus assez tard au mouvement ouvrier, presque les derniers. De même que le socialisme théorique allemand n'oubliera jamais qu'il s'est élevé sur les épaules de Saint-Simon, de Fourier et d'Owen, trois hommes qui, malgré toute la fantaisie et l'uto­pie de leurs doctrines, comptent parmi les plus grands cer­veaux de tous les temps et ont anticipé génialement sur d'in­nombrables idées dont nous démontrons à présent la justesse scientifiquement, de même le mouvement ouvrier pratique allemand ne doit jamais oublier qu'il s'est développé sur les épaules des mouvements anglais et français, qu'il a pu sim­plement profiter de leurs expériences chèrement acquises et éviter, à présent, leurs erreurs alors, pour la plupart, inévi­tables. Sans le passé des trade-unions anglaises et des luttes politiques ouvrières françaises, sans l'impulsion gigantesque donnée particulièrement par la Commune de Paris, où en se­rions-nous aujourd'hui?

II faut reconnaître que les ouvriers allemands ont su pro­fiter des avantages de leur situation avec une rare intelligen­ce. Pour la première fois, depuis qu'il y a un mouvement ouvrier, la lutte est menée dans ses trois directions: théorique, politique et économique pratique (résistance contre les capi­talistes) avec tant de méthode et de cohésion. C'est dans cette attaque concentrique, pour ainsi dire, qu'est la force invinci­ble du mouvement allemand.

D'une part, en raison de leur position avantageuse, de l'autre, par suite des particularités insulaires du mouvement anglais et de la violente répression du mouvement français, les ouvriers allemands sont, pour le moment, placés à l'avant-­garde de la lutte prolétarienne. On ne saurait prédire combien de temps les événements leur laisseront ce poste d'honneur. Mais tant qu'ils l'occuperont, ils rempliront leur devoir, com­me il convient, il faut l'espérer. . . Pour cela,, ils devront redoubler d'efforts dans tous les domaines de la lutte et de l'agitation. Ce sera, notamment, le devoir des chefs de s'éclai­rer de plus en plus sur toutes les questions théoriques, de se délivrer de plus en plus de l'influence des phrases tradition­nelles, appartenant aux conceptions surannées du monde, et de ne jamais oublier que le socialisme, depuis qu'il est devenu une science, veut être traité, c'est-à-dire étudié, comme une science. La tâche consistera, ensuite, à répandre, avec un zèle accru, parmi les masses ouvrières, les conceptions tou­jours plus claires, ainsi acquises, et à consolider de plus en plus puissamment l'organisation du parti et celle des syndicats . . .

. . . Si les ouvriers allemands continuent à agir ainsi, je ne dis pas qu'ils marcheront à la tête du mouvement - il n'est pas dans l'intérêt du mouvement que les ouvriers d'une seule nation quelconque marchent à sa tête -, mais ils occuperont une place honorable sur la ligne de combat;et ils seront armés et prêts lorsque de lourdes épreuves imprévues, ou bien de grands événements exigeront d'eux beaucoup plus de coura­ge, de décision et de volonté.»22

Les paroles d'Engels se sont révélées prophétiques. Quel­ques années plus tard, les ouvriers allemands essuyèrent ino­pinément la rude épreuve de la loi d'exception contre
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les socialistes. Et les ouvriers allemands se trouvèrent en effet suffi­samment pourvus pour en sortir victorieux.

Le prolétariat russe aura à subir des épreuves infiniment plus dures encore, il aura à combattre un monstre auprès du­quel la loi d'exception dans un pays constitutionnel semble un pygmée. L'histoire nous assigne maintenant une tâche im­médiate, la plus révolutionnaire de toutes les tâches immé­diates du prolétariat de n'importe quel autre pays. L'accom­plissement de cette tâche, la destruction du rempart le plus puissant, non seulement de la réaction européenne, mais aussi (nous pouvons le dire à présent) de la réaction asiatique, ferait du prolétariat russe l'avant-garde du prolétariat révolution­naire international. Et nous sommes en droit d'espérer que nous obtiendrons ce titre honorable, mérité déjà par nos pré­décesseurs, les révolutionnaires de 1870-1880, si nous savons animer du même esprit de décision et de la même énergie sans bornes notre mouvement, mille fois plus large et plus profond.

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II
LA SPONTANEITE DES MASSES ET L'ESPRIT DE

CONSCIENCE DE LA SOCIAL-DEMOCRATIE
Nous avons dit qu'il était nécessaire d'animer du même esprit de décision et de la même énergie sans bornes notre mouvement, infiniment plus large et plus profond que celui de 1870-1880. En effet, jusqu'à présent, personne encore, semble-t-il, n'avait douté que la force du mouvement contem­porain ne fût dans l'éveil des masses (et principalement du prolétariat industriel) et sa faiblesse dans le manque de cons­cience et d'esprit d'initiative des dirigeants révolutionnaires.

Néanmoins, ces tout derniers temps, une découverte stupé­fiante a été faite qui menace de bouleverser sur ce point toutes les idées reçues. Cette découverte est l'oeuvre du Rabotchéié Diélo qui, polémisant avec l'Iskra et la Zaria, ne s'est pas borné à des objections particulières et a tenté de ramener le «désaccord général» à une racine plus profonde: à une «appré­ciation différente de l'importance relative de l'élément spon­tané et de l'élément consciemment méthodique». La thèse d'accusation du Rabotchéié Diélo porte: «sous-estimation de l'importance de l'élément objectif ou spontané du développe­ment*».

A cela nous répondrons: si la polémique de l'lskra et de la Zaria n'avait eu aucun autre résultat que celui d'amener le Rabotchéié Diélo à découvrir ce «désaccord général», ce résultat à lui seul nous donnerait grandement satisfaction, tant cette thèse est significative, tant elle éclaire vivement le fond des divergences théoriques et politiques qui séparent aujour­d'hui les social-démocrates russes.

Aussi la question des rapports entre la conscience et la spontanéité offre-t-elle un immense intérêt général et demande-t-elle une étude détaillée.

a) DEBUT DE L'ESSOR SPONTANE
Dans le chapitre précédent nous avons marqué l'engoue­ment généralisé de la jeunesse instruite russe pour la théorie marxiste vers 1895. C'est vers la même époque que les grèves ouvrières, après la fameuse guerre industrielle de 1896 à Péters­bourg, revêtirent aussi un caractère général. Leur extension dans toute la Russie attestait clairement combien profond était le mouvement populaire qui montait à nouveau, et si l'on veut parler de l' « élément spontané», c'est assurément dans ce mou­vement de grèves qu'il faut le voir avant tout. Mais il y a spontanéité et spontanéité. Il y eut en Russie des grèves et dans les années 7o et dans les années 6o (et même dans la pre­mière moitié du XIXe siècle), grèves accompagnées de destruc­tion «spontanée» de machines, etc. Comparées à ces «émeutes», les grèves après 1890 pourraient être qualifiées même de «cons­cientes», tant le mouvement ouvrier avait progressé dans l'in­tervalle.

Ceci nous montre que l' « élément spontané» n'est au fond que la forme embryonnaire du conscient. Les émeutes primitives traduisaient déjà un certain éveil de la conscience: les ouvriers perdaient leur foi de toujours dans la pérennité du régime qui les accablait;
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* Rabotcbéié Diélo N' ro,
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