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plus profonde. Jusqu'à présent, nous pensions (avec Plékhanov et tous les chefs du mouve­ment ouvrier international) qu'un propagandiste, s'il traite par exemple le problème du chômage, doit

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expliquer la nature capitaliste des crises, montrer ce qui les rend inévitables dans la société moderne, montrer la nécessité de la transformation de cette société en société socialiste, etc. En un mot, il doit donner «beaucoup d'idées», un si grand nombre d'idées que, du premier coup, toutes ces idées prises dans leur ensemble ne pourront être assimilées que par un nombre (relativement) restreint de personnes. Traitant la même question, l'agitateur, lui, prendra le fait le plus connu de ses auditeurs et le plus frappant, par exemple une famille de chômeurs morte de faim, l'indigence croissante, etc., et, s'appuyant sur ce fait connu de tous, il mettra tous ses efforts à donner à la «masse» une seule idée: celle de la contradiction absurde entre l'accroisse­ment de la richesse et l'accroissement de la misère; il s'effor­cera de susciter le mécontentement, l'indignation de la masse contre cette injustice criante, laissant au propagandiste le soin de donner une explication complète de cette contradiction. C'est pourquoi le propagandiste agit principalement par l'écrit, l'agitateur de vive voix. D'un propagandiste, on n'exige pas les mêmes qualités que d'un agitateur. Nous dirons de Kautsky et de Lafargue, par exemple, qu'ils sont des propagan­distes, tandis que Bebel et Guesde sont des agitateurs. Distin­guer un troisième domaine ou une troisième fonction de l'acti­vité pratique, fonction qui consisterait à « appeler les masses à certains actes concrets», est la plus grande des absurdités, car l'«appel» sous forme d'acte isolé, ou bien est le complément naturel et inévitable du traité théorique, de la brochure de propagande, du discours d'agitation, ou bien est une fonction d'exécution pure et simple. En effet, prenons par exemple la lutte actuelle des social-démocrates allemands contre les droits de douane sur les grains. Les théoriciens rédigent des études spéciales sur la politique douanière, où ils «appellent», disons, à lutter pour des traités de commerce et pour la liberté du commerce; le propagandiste en fait autant dans une revue, et l'agi­tateur dans des discours publics. Les «actes concrets» de la masse sont, en l'occurrence, la signature d'une pétition adressée au Reichstag contre la majoration des droits sur les grains. L'appel à cette action émane indirectement des théoriciens, des propagandistes et des agitateurs, et directement des ou­vriers qui colportent les listes de pétition dans les fabriques et au domicile des particuliers. De « la terminologie de Marty­nov», il résulte que Kautsky et Bebel seraient tous deux des propagandistes et les colporteurs de listes, des agitateurs. C'est bien cela?

Cet exemple des Allemands me fait penser au mot alle­mand Verbalhornung, littéralement: «balhornisation ». Jean Balhorn était un éditeur qui vivait au XVIe siècle, à Leipzig; il publia un abécédaire où, selon l'habitude, figurait, entre autres images, un coq; mais ce coq, il le représentait sans er­gots et avec deux oeufs près de lui. Sur la couverture, il avait ajouté: "Edition corrigée de jean Balhorn » Depuis ce temps--là, les Allemands qualifient de Verbalbornung une «correction» qui, en fait, est le contraire d'une amélioration. L'histoire de Balhorn me revient malgré moi à l'esprit lorsque je vois com­ment les Martynov «approfondissent» Plékhanov . . .

Pourquoi notre Lomonossov a-t-il «imaginé,» cette termino­logie confuse? Pour montrer que l'Iskra, «de même que Plé­khanov il y a une quinzaine d'années, ne considère

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qu'un côté des choses» (p. 39). «Dans l'Iskra, pour l'instant du moins, les tâches de la propagande relèguent à l'arrière-plan celles de l'agitation» (P. 52). Si l'on traduit cette dernière thèse de la langue de Martynov en langage humain (car l'humanité n'a pas encore eu le temps d'adopter la terminologie qui vient d'être découverte), on obtient ce qui suit: dans l'Iskra, les tâches de la propagande et de l'agitation politiques relèguent à l'arrière-plan celle qui consiste «à poser au gouvernement des revendications concrètes de mesures législatives et ad­ministratives» «promettant des résultats tangibles» (autrement dit, des revendications de réformes sociales, s'il est permis au moins une petite fois encore d'employer l'ancienne terminolo­gie de l'ancienne humanité, qui n'est pas encore parvenue à la hauteur de Martynov). Que le lecteur compare à cette thèse la tirade suivante:

«Ce qui nous frappe dans ces programmes » (les programmes des social-­démocrates révolutionnaires), «c'est qu'ils mettent constamment au pre­mier plan les avantages de l'action des ouvriers au Parlement (inexistant chez nous) et méconnaissent totalement (par suite de leur nihilisme révo­lutionnaire) l'importance qu'aurait la participation des ouvriers aux assem­blées législatives patronales-existantes chez nous- dans les affaires de l'usine. . . ou même simplement leur participation à l'administration mu­nicipale,) . . .

L'auteur de cette tirade exprime un peu plus ouvertement, avec un peu plus de clarté et de franchise, cette même idée à laquelle Lomonossov-Martynov est arrivé par sa propre intelligence. Cet auteur, c'est R. M. du «Supplément spécial à la Rabotchaia Mysl» (p. 15).

C/ LES REVELATIONS POLITIQUES ET « L'EDUCATION

DE L'ACTIVITÉ RÉVOLUTIONNAIRE »
Dressant contre l'Iskra sa «théorie» de «l'élévation de l'activité de la masse ouvrière», Martynov a dévoilé en fait sa tendance à rabaisser cette activité, en déclarant que le moyen à préférer, particulièrement important, «le plus large­ment applicable», de la susciter, le champ de cette activité était cette même lutte économique devant laquelle rampaient tous les économistes. Erreur caractéristique, car elle est loin d'être propre au seul Martynov. En réalité, une «élévation de l'acti­vité de la masse ouvrière» est possible uniquement si nous ne nous bornons pas à «l'agitation politique sur le terrain écono­mique». Or, l'une des conditions essentielles de l'extension nécessaire de l'agitation politique, c'est d'organiser des révé­lations politiques dans tous les domaines. Seules ces révéla­tions peuvent former la conscience politique et susciter l'acti­vité révolutionnaire des masses. C'est pourquoi ce genre d'acti­vité est une des fonctions les plus importantes de la social-­démocratie internationale tout entière, car même la liberté politique ne supprime nullement les révélations, mais en mo­difie seulement un peu la direction. Ainsi le parti allemand, grâce à l'énergie constante avec laquelle il poursuit sa campagne de révélations politiques, fortifie particulièrement ses positions et étend son influence. La conscience de la classe ouvrière ne peut être une conscience politique véritable si les ouvriers ne sont pas habitués à réagir contre tout abus, toute manifestation d'arbitraire, d'oppression et de violence, quelles que soient les classes qui en sont victimes; à réagir justement du point de vue social-démocrate, et non de quelque autre point de vue. La conscience des masses ouvrières ne peut être une conscience de classe véritable si les ouvriers n'apprennent pas à
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profiter des faits et des événements politiques concrets et d'actualité brûlante pour observer chacune des autres classes sociales dans toutes les manifestations de leur vie intellectuelle, morale et politique; s'ils n'apprennent pas à appliquer prati­quement l'analyse et le critérium matérialistes à toutes les formes de l'activité et de la vie de toutes les classes, catégories et groupes de la population. Quiconque attire l'attention, l'esprit d'observation et la conscience de la classe ouvrière uniquement ou même principalement sur elle-même, n'est pas un social-démocrate; car, pour bien se connaître elle-même, la classe ouvrière doit avoir une connaissance précise des rap­ports réciproques de toutes les classes de la société contem­poraine, connaissance non seulement théorique . . . disons plutôt: moins théorique que fondée sur l'expérience de la vie politique. Voilà pourquoi nos économistes qui prêchent la lutte économique comme moyen le plus largement applicable pour entraîner les masses dans le mouvement politique, font oeuvre profondément nuisible et profondément réactionnaire dans sa signification pratique. Pour devenir social-démocrate, l'ou­vrier doit se représenter clairement la nature économique, la physionomie politique et sociale du gros propriétaire foncier et du pope, du dignitaire et du paysan, de l'étudiant et du vagabond, connaître leurs côtés forts et leurs côtés faibles,voir clair dans les formules courantes et les sophismes de toute sorte, dont chaque classe et chaque couche sociale recouvre ses appétits égoïstes et sa «nature» véritable; savoir distinguer tels ou tels intérêts que reflètent les institutions et les lois et comment elles les reflètent. Or, ce n'est pas dans les livres que l'ouvrier pourra puiser cette «représentation claire »: il ne la trouvera que dans des exposés vivants, dans des révéla­tions encore toutes chaudes sur ce qui se passe à un moment donné autour de nous, dont tous et chacun parlent ou chucho­tent entre eux, ce qui se manifeste dans tels ou tels faits, chif­fres, verdicts, et ainsi de suite à l'infini. Ces révélations politiques embrassant tous les domaines sont la condition néces­saire et fondamentale pour éduquer les masses en vue de leur activité révolutionnaire.

Pourquoi l'ouvrier russe manifeste-t-il encore si peu son activité révolutionnaire face aux violences sauvages exercées par la police contre le peuple, face à la persécution des sectes, aux voies de fait sur les paysans, aux abus scandaleux de la censure, aux tortures infligées aux soldats, à la guerre faite aux initiatives les plus anodines en matière de culture et ainsi de suite? Serait-ce parce que la «lutte économique» ne l'y «incite pas», parce que cela lui «promet» peu de «résultats tan­gibles», lui donne peu de résultats «positifs»? Non, prétendre cela c'est, nous le répétons, vouloir s'en prendre à autrui de ses propres fautes, s'en prendre à la masse ouvrière de son propre philistinisme (ou bernsteinisme). Si jusqu'à présent, nous n'avons pas su organiser des campagnes de dénonciations suffisamment larges, éclatantes et rapides contre toutes ces infamies, la faute en est à nous, à notre retard sur le mouve­ment des masses. Que nous le fassions (nous devons et pouvons le faire), et l'ouvrier le plus arriéré comprendra ou sentira que l'étudiant et le membre des sectes, le moujik et l'écrivain, sont en butte aux injures et à l'arbitraire de la même force téné­breuse qui l'opprime et pèse sur lui à chaque pas, durant toute sa vie; et, ayant senti cela, il voudra, il voudra irrésistiblement et saura réagir lui-même; aujourd'hui, il «chahutera» les cen­seurs, demain il manifestera devant la maison du gouverneur qui aura réprimé une révolte paysanne, après-demain il corri­gera les gendarmes en soutane qui font le travail de la sainte inquisition, etc. Nous avons encore fait très peu, presque rien pour jeter dans les masses ouvrières des révélations d'actualité portant sur tous les domaines. Beaucoup d'entre nous n'ont même pas encore conscience de cette obligation qui leur in­combe, et ils se traînent aveuglément à la suite de la «lutte obscure, quotidienne» dans le cadre étroit de la vie d'usine. Dire dès lors: «l'/skra a tendance à sous-estimer l'importance de la marche progressive de la lutte obscure, quotidienne, com­parée à la propagande des idées brillantes et achevées» (Marty­nov, p. 6), c'est tirer le Parti en arrière, c'est défendre et glori­fier notre manque de préparation, notre
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retard. Quant à appeler les masses à l'action, cela se fera tout seul, dès qu'il y aura une agitation politique énergique, des révéla­tions vivantes et précises. Prendre quelqu'un en flagrant délit et le flétrir immédiatement devant tous et partout, voilà qui agit plus efficacement que n'importe quel «appel», et agit sou­vent de façon qu'il est impossible, dans la suite, d'établir qui a précisément «appelé» la foule et qui précisément a mis en avant tel ou tel plan de manifestation, etc. Faire appel - non pas d'une façon générale, mais dans le sens propre du mot, on ne le peut que sur le lieu de l'action: on ne peut appeler les autres à agir que si l'on donne soi-même et immédiatement l'exemple. A nous, publicistes social-démocrates, d'approfon­dir, d'élargir et de renforcer les révélations politiques et l'agita­tion politique.

Au fait, en ce qui concerne les «appels».Le seul organe qui, avant les événements du printemps, ait appelé les ouvriers à intervenir activement dans une question qui ne leur promettait absolument aucun résultat tangible, comme l'enrôlement forcé d'étudiants dans l'armée, a été l'«Iskra». Immédiatement après la publication de l'arrêté du 11 janvier sur « l'enrôlement forcé de 183 étudiants dans l'armée», l'«Iskra» avant toute mani­festation, a publié un article à ce sujet (N°2, février)* et appelé ouvertement «l'ouvrier à venir en aide à l'étudiant»; elle a appelé le «peuple» à relever l'insolent défi du gouvernement. Nous demandons à tous et à chacun: comment et par quoi expliquer ce fait remarquable que Martynov, qui parle tant des «appels», qui érige même les «appels» en une forme spéciale d'activité, n'ait soufflé mot de cet appel? N'est-ce pas du philistinisme, après cela, de la part de Martynov, que de dé­clarer l'«Iskra» unilatérale pour la seule raison qu'elle n'«ap­pelle» pas suffisamment à lutter pour des revendications «qui promettent des résultats tangibles»?

Nos économistes, y compris le Rabotchéié Diélo, ont eu du succès parce qu'ils se pliaient à la mentalité des ouvriers arriérés. Mais l'ouvrier social-démocrate, l'ouvrier révolutionnaire (le nombre de ces ouvriers augmente sans cesse) re­poussera avec indignation toutes ces arguties sur la lutte pour des revendications «qui promettent des résultats tangibles», etc.; car il comprendra que ce ne sont que des variations sur le vieux refrain du copeck d'augmentation par rouble. Cet ouvrier dira à ses conseilleurs de la Rabotchaïa Mysl et du Rabotchéié Diélo: Vous avez tort, Messieurs, de vous don­ner tant de peine et de vous mêler avec trop de zèle de choses dont nous nous acquittons nous-mêmes, et de vous dérober à l'accomplissement de vos propres devoirs. Il n'est pas du tout intelligent de dire, comme vous faites, que la tâche des social­-démocrates est de donner un caractère politique à la lutte économique elle-même; ceci n'est qu'un début, et ce n'est point là la tâche essentielle des social-démocrates; car dans le monde entier, la Russie y comprise, c'est souvent la police elle­-même qui commence à donner à la lutte économique un caractère politique; les ouvriers apprennent eux-mêmes à com­prendre pour qui est le gouvernement**. En effet, « la lutte économique des ouvriers contre le patronat et le gouverne­ment», que vous exaltez comme si vous aviez découvert une

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* Voir V. Lénine: « Enrôlement forcé de 183 étudiants », Œuvres, tome 4. (N. R.)

** Exiger que l'on « donne à la lutte économique elle-même un carac­tère politique» traduit de la façon la plus frappante le culte de la spon­tanéité dans le domaine de l'activité politique. Très souvent, la lutte économique revêt un caractère politique de façon spontanée, c'est-à-dire sans l'intervention de ce «bacille révolutionnaire que sont les intellectuels», sans l'intervention des social-démocrates conscients. Ainsi, la lutte écono­mique des ouvriers en Angleterre a revêtu, de même, un caractère politi­que sans la moindre participation des socialistes. Mais la tâche des social-­démocrates ne se borne pas à l'agitation politique sur le terrain économi­que; leur tâche est de
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