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transformer cette politique trade-unioniste en une lutte politique social-démocrate, de profiter des lueurs de conscience politi­que que la lutte économique a fait pénétrer dans l'esprit des ouvriers pour élever ces derniers à la conscience politique social-démocrate. Or, au lieu d'élever et de faire progresser la conscience politique qui s'éveille spontanément, les Martynov se prosternent devant la spontanéité et ré­pètent, répètent souvent jusqu'à l'écœurement, que la lutte économique incite» les ouvriers à penser qu'ils sont frustrés de leurs droits politiques chez eux. II est regrettable que cet éveil spontané de la conscience politi­que trade-unioniste ne vous «incite pas», Messieurs, à penser à vos tâches de social-démocrates!
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nouvelle Amérique, est menée dans quantité de trous perdus de la Russie par les ouvriers eux-mêmes, qui ont entendu parler de grèves, mais ignorent probablement tout du socialisme. Notre «activité » à nous autres ouvriers, activité que vous vous obstinez à vouloir soutenir en lançant des revendications concrètes qui promettent des résultats tangibles, existe déjà chez nous; et dans notre action professionnelle ordinaire, de tous les jours, nous présentons nous-mêmes ces revendications concrètes, la plupart du temps sans aucune aide des intellec­tuels. Mais cette activité ne nous suffit pas; nous ne sommes pas des enfants que l'on peut nourrir avec la bouillie de la seule politique «économique»; nous voulons savoir tout ce que savent les autres, nous voulons connaître en détail tous les aspects de la vie politique, et participer activement à chaque événe­ment politique. Pour cela il faut que les intellectuels nous répètent un peu moins ce que nous savons bien nous-mêmes*, et qu'ils nous donnent un peu plus de ce que nous ignorons encore, de ce que notre expérience «économique», à l'usine, ne nous apprendra jamais à savoir: les connaissances politiques. Ces connaissances, vous pouvez les acquérir, vous autres in­tellectuels, et il est de votre devoir de nous les fournir en quantité cent et mille fois plus grande que vous ne l'avez fait jusqu'ici, de nous les fournir non pas seulement sous forme de raisonnements, brochures et articles (auxquels il arrive souvent d'être - pardonnez-nous notre franchise! - plutôt ennuyeux), mais absolument sous forme de révélations vivantes sur ce que notre gouvernement et nos classes dominantes font précisé­ment à l'heure actuelle dans tous les domaines de la vie. Ac­quittez-vous donc avec un peu plus de zèle de cette tâche qui est la vôtre, et parlez moins «d'élever l'activité de la masse ouvrière. De l'activité, nous en avons beaucoup plus que vous ne pensez, et nous savons soutenir par une lutte ouverte, par des combats de rue, même des revendications qui ne laissent entrevoir aucun «résultat tangible»! Et ce n'est pas à vous d'«élever» notre activité, car l'activité est justement ce qui vous manque. Ne vous inclinez pas tant devant la spontanéité et songez un peu plus à élever votre activité à vous, Messieurs!


  1. CE QU'IL Y A DE COMMUN ENTRE L'ECONOMISME

ET LE TERRORISME

Nous avons confronté plus haut, dans une note, un écono­miste et un non-social-démocrate terroriste qui, par hasard, se sont trouvés être solidaires. Mais, d'une façon générale, il existe entre eux une liaison interne, non pas accidentelle, mais nécessaire, sur laquelle nous aurons à revenir justement à pro­pos de l'éducation de l'activité révolutionnaire. Economistes et terroristes d'aujourd'hui ont une racine commune, savoir ce culte de la spontanéité dont nous avons parlé au chapitre pré­cédent comme d'un phénomène général, et dont nous allons examiner l'influence sur l'action et la lutte politiques. Au premier abord, notre affirmation peut paraître paradoxale, si grande semble la différence entre ceux qui mettent au premier plan «la lutte obscure, quotidienne et ceux qui appellent l'in­dividu isolé à lutter avec le plus d'abnégation. Mais ce n'est point là un paradoxe. Economistes et terroristes s'inclinent devant deux

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* Pour bien montrer que tout ce discours des ouvriers aux économistes n'est pas une pure invention de notre part, nous nous référerons à deux témoins connaissant assurément de près le mouvement ouvrier et les moins enclins à faire preuve de partialité pour nous, «dogmatistes», puisque l'un des témoins est un économiste (qui considère même le Rabotchéié Diélo comme un organe politique!); l'autre un terroriste. Le premier est l'au­teur d'un article remarquable de vie et de vérité: « le mouvement ouvrier pétersbourgeois et les tâches pratiques de la social-démocratie» (Rabo­tcbéié Diélo N° 6). Il divise les ouvriers en: 1° révolutionnaires conscients; 2° catégorie intermédiaire et 3° le reste, la masse. Or, la catégorie intermé­diaire « s'intéresse souvent aux questions de la vie politique plutôt qu'à ses intérêts économiques directs, dont la liaison avec les conditions sociales générales a été comprise depuis longtemps»... La Rabotchaïa Mysl est « âprement critiquée»: « toujours la même chose, on le sait depuis longtemps, il y a longtemps que nous l'avons lu»; « dans la rubrique politique, il n'y a toujours rien» (pp. 30-31). La troisième catégorie elle-même: « la classe ouvrière plus sensible, plus jeune, moins pervertie par le cabaret et l'égli­se, n'ayant presque jamais la possibilité de se procurer un ouvrage politi­que, parle à tort et à travers des manifestations de la vie politique, médi­te sur les renseignements fragmentaires qui lui parviennent sur l'émeute des étudiants», etc. Quant au terroriste, il écrit: <<. . . Ils lisent une ou deux fois quelques menus faits de la vie d'usine dans les villes qu'ils ne connaissent pas, puis ils s'arrêtent là. . . Quel ennui. . . Ne pas parler de l'Etat dans un journal ouvrier. . . c'est traiter l'ouvrier en petit gos­se. . . L'ouvrier n'est pas un gosse.» (Svoboda50, organe du groupe révolutionnaire-socialiste, pp. 69 et 70.)
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pôles opposés de la tendance spontanée: les économistes, devant la spontanéité du «mouvement ouvrier pur»; les terroristes, devant la spontanéité de l'indignation la plus ardente d'intellectuels qui ne savent pas ou ne peuvent pas conjuguer ensemble le travail révolutionnaire et le mouve­ment ouvrier. II est difficile en effet à ceux qui ont perdu la foi en cette possibilité ou qui n'y ont jamais cru, de trouver une autre issue que le terrorisme à leur indignation et à leur énergie révolutionnaire. Ainsi donc, le culte de la spontanéité n'est, dans les deux tendances indiquées par nous, que le commencement de la réalisation du fameux programme du Credo; les ouvriers mènent leur «lutte économique contre le patronat et le gouvernement» (que l'auteur du Credo nous pardonne d'exprimer sa pensée dans la langue de Martynov! Nous nous jugeons en droit de le faire, puisque dans le Credo aussi il est dit que dans la lutte économique les ouvriers «affrontent le régime politique») et les intellectuels mènent la lutte politi­que par leurs propres forces, naturellement au moyen de la terreur! Déduction absolument logique et inévitable sur la­quelle on ne saurait trop insister, quand bien même ceux qui commencent à réaliser ce programme ne comprendraient pas eux-mêmes le caractère inévitable de cette conclusion. L'acti­vité politique a sa logique, indépendante de la conscience de ceux qui, avec les meilleures intentions du monde, ou bien font appel à la terreur, ou bien demandent que l'on donne à la lutte économique elle-même un caractère politique. L'enfer est pavé de bonnes intentions et, en l'occurrence, les bonnes in­tentions n'empêchent pas qu'on se laisse entraîner spontané­ment vers la ligne du moindre effort», vers la ligne du pro­gramme purement bourgeois du Credo. En effet, ce n'est pas par hasard non plus que beaucoup de libéraux russes - libéraux déclarés ou libéraux portant le masque du marxisme - sympathisent de tout cœur avec le terrorisme et s'efforcent à l'heure actuelle de soutenir l'élan de la mentalité terroriste.

L'apparition du «groupe révolutionnaire-socialiste Svoboda » qui s'est assigné la tâche d'aider par tous les moyens le mouve­ment ouvrier, mais a inscrit à son programme le terrorisme ainsi que sa propre émancipation, pour ainsi dire, à l'égard de la social-démocratie, a confirmé une fois de plus la remarquable clairvoyance de P. Axelrod qui, dès la fin de 1897, avait prédit à la lettre ce résultat des flottements social-démocrates («A propos des objectifs actuels et de la tactique») et esquissé ses célèbres «Deux perspectives». Toutes les discussions et di­vergences ultérieures entre les social-démocrates russes sont contenues, comme la plante dans la graine, dans ces deux pers­pectives*.

On conçoit dès lors que le Rabotchéié Diélo, qui n'a pas résisté à la spontanéité de l'économisme, n'a pu résister non plus à la spontanéité du terrorisme. Chose intéressante à noter, c'est l'argumentation originale que la Svoboda donne à l'appui du terrorisme. Elle <(Renaissance du révolutionnisme, p. 6q); par contre, elle met en valeur son «caractère excitatif».Ceci est caractéristique d'abord comme un des stades de la désagré­gation et de la décadence de ce traditionnel cercle d'idées (présocial-démocrate) qui faisait qu'on s'en tenait au terroris­me. Admettre que maintenant il est impossible d'«intimider» et, par suite, de désorganiser le gouvernement par le terroris­me, c'est au fond condamner complètement le terrorisme

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* Martynov «se représente un autre dilemme, plus réel (?)» (La social-­démocratie et la classe ouvrière, p. r9): «Ou bien la social-démocratie as­sume la direction immédiate de la lutte économique du prolétariat et la transforme par là (!) en lutte révolutionnaire de classe...» «Par là», c'est-à­-dire probablement par la direction immédiate de la lutte économique. Que Martynov veuille bien indiquer où cela s'est vu que par le seul fait de diriger la lutte syndicale, on ait pu transformer le mouvement trade­-unioniste en mouvement révolutionnaire de classe. Ne comprendra-t-il pas que, pour réaliser cette «transformation», nous devons nous mettre activement à la «direction immédiate» de l'agitation politique sous toutes
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comme méthode de lutte, comme sphère d'activité consacrée par un programme. En second lieu, ce qui est encore plus caractéristique, comme un spécimen d'incompréhension de nos tâches urgentes dans l'«éducation de l'activité révolutionnaire des masses». La Svoboda préconise le terrorisme comme moyen d'«exciter» le mouvement ouvrier, de lui imprimer «une vigoureuse impulsion». Il serait difficile d'imaginer une argumentation se réfutant elle-même avec plus d'évidence! On se demande: y aurait-il donc si peu de ces faits scandaleux dans la vie russe qu'il faille inventer des moyens d'«excitation» spéciaux? D'autre part, il est évident que ceux qui ne sont pas excités ni excitables même par l'arbitraire russe, observeront également, «en se fourrant les doigts dans le nez», le duel du gouvernement avec une poignée de terroristes. Or, juste­ment, les masses ouvrières sont très excitées par les infamies de la vie russe, mais nous ne savons pas recueillir, si l'on peut s'exprimer ainsi, et concentrer toutes les gouttes et les ruis­selets de l'effervescence populaire, qui suintent à travers la vie russe en quantité infiniment plus grande que nous ne nous le représentons ni ne le croyons, mais qu'il importe de réunir en un seul torrent gigantesque. Que la chose soit réalisable, c'est ce que prouve irréfutablement l'essor prodigieux du mou­vement ouvrier et la soif, notée déjà plus haut, que manifestent les ouvriers pour la littérature politique. Pour ce qui est des appels au terrorisme, ainsi que des appels pour donner à la lutte économique elle-même un caractère politique, ce ne sont que des prétextes divers pour se dérober au devoir le plus impérieux des révolutionnaires russes: organiser l'agita­tion politique sous toutes ses formes. La Svoboda veut rem­placer l'agitation par le terrorisme, reconnaissant ouvertement que «dès qu'une agitation énergique et renforcée s'amorcera parmi les masses, le rôle excitatif de la terreur aura pris fin» (p. 68 de la Renaissance du révolutionnisme). C'est ce qui montre précisément que terroristes et économistes sous-esti­ment l'activité révolutionnaire des masses, en dépit de l'évi­dent témoignage des événements du printemps*; les uns se lancent à la recherche d'«excitants» artificiels, les autres par­lent de «revendications concrètes». Les uns comme les autres ne prêtent pas une attention suffisante au développement de leur propre activité en matière d'agitation politique et d'orga­nisation de révélations politiques. Or, il n'y a rien qui puisse remplacer cela, ni maintenant, ni à quelque moment que ce soit.


  1. LA CLASSE OUVRIERE COMBAT À L'AVANT-GARDE

POUR LA DEMOCRATIE
Nous avons vu que l'agitation politique la plus large et, par suite, l'organisation de vastes campagnes de dénonciations politiques sont une tâche absolument nécessaire, la tâche la plus impérieusement nécessaire de l'activité, si cette activité est véritablement social-démocrate. Mais nous sommes arrivés à cette conclusion en partant uniquement du besoin le plus pressant de la classe ouvrière, besoin de connaissances politiques et d'éducation politique. Or, cette façon de poser la question, à elle seule, serait trop étroite, car elle mécon­naîtrait les tâches démocratiques d'ensemble de toute social­- démocratie en général et de la social-démocratie russe actuelle en particulier. Pour éclairer le
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ses formes?. . . «Ou bien, cette autre perspective: la social-démocratie abandonne la direction de la lutte économique des ouvriers et, par là même . . . se rogne les ailes». D'après l'opinion, citée plus haut, du Ra­botcbéié Diélo, c'est l'Iskra qui «abandonne cette direction». Mais, com­me nous l'avons vu, l'Iskra fait beaucoup plus que le «Rabotcbéié Diélo» pour diriger la lutte économique, dont d'ailleurs elle ne se contente pas, et au nom de laquelle elle ne restreint pas ses tâches politiques.

* Le printemps de 1901 fut marqué par de grandes manifestations de rue. (Note de l'auteur à l'édition de 1907. N. R.)

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plus concrètement possible cette thèse, essayons d'aborder la question du point de vue le plus «familier» aux économistes, du point de vue pratique. «Tout le monde est d'accord» qu'il importe de développer la conscience politique de la classe ouvrière. La question est de savoir comment s'y prendre et ce qu'il faut pour cela. La lutte économique «incite à penser» les ouvriers uniquement à l'atti­tude du gouvernement envers la classe ouvrière; aussi, quel­ques efforts que nous fassions pour « donner à la lutte économi­que elle-même un caractère politique», nous ne pourrons ja­mais, dans le cadre de cet objectif, développer la conscience politique des ouvriers (jusqu'au niveau de la conscience politique social-démocrate), car ce cadre lui-même est trop étroit. La formule de Martynov nous est précieuse, non point parce qu'elle est une illustration du talent confusionniste de son auteur, mais parce qu'elle traduit avec relief l'erreur capitale de tous les économistes, à savoir la conviction que l'on peut développer la conscience politique de classe des ouvriers, pour ainsi dire de l'intérieur de leur lutte économique, c'est-à-dire en partant uniquement (ou du moins principalement) de cette lutte, en se basant uniquement (ou du moins principalement) sur cette lutte. Cette façon de voir est radicalement fausse, et justement parce que les économistes, outrés de notre polémique contre eux, ne veulent pas réfléchir sérieusement à la source de nos divergences, et qu'il se produit ceci: nous ne nous com­prenons littéralement pas et parlons des langues différentes.

La conscience politique de classe ne peut être apportée à l'ouvrier
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