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que de l'extérieur, c'est-à-dire de l'extérieur de la lutte économique, de l'extérieur de la sphère des rapports entre ouvriers et patrons. Le seul domaine où l'on pourrait puiser cette connaissance est celui des rapports de toutes les classes et catégories de la population avec l'Etat et le gouvernement, le domaine des rapports de toutes les classes entre elles. C'est pourquoi, à la question: que faire pour apporter aux ouvriers les connaissances politiques? - on ne saurait donner simplement la réponse dont se contentent, la plupart du temps, les prati­ciens, sans parler de ceux d'entre eux qui penchent vers l'économisme, à savoir: «aller aux ouvriers». Pour apporter aux ouvriers les connaissances politiques, les social-démocra­tes doivent aller dans toutes les classes de la population, ils doivent envoyer dans toutes les directions des détachements de leur armée.

Si nous avons choisi cette formule anguleuse, si notre lan­gage est acéré, simplifié à dessein, ce n'est nullement pour le plaisir d'énoncer des paradoxes, mais bien pour «inciter» les économistes à penser aux tâches qu'ils dédaignent de façon aussi impardonnable, à la différence existant entre la politique trade-unioniste et la politique social-démocrate et qu'ils ne veulent pas comprendre. Aussi demanderons-nous au lecteur de ne pas s'impatienter, et de nous suivre attentivement jus­qu'au bout.

Considérez le type de cercle social-démocrate le plus ré­pandu depuis quelques années, et voyez-le à l'oeuvre. Il a des «contacts avec les ouvriers» et s'en tient là, éditant des feuilles volantes où il flagelle les abus dans les usines, le parti pris du gouvernement pour les capitalistes et les violences de la poli­ce. Dans les réunions avec les ouvriers, c'est sur ces sujets que roule ordinairement la conversation, elle ne sort presque pas de là; les conférences et causeries sur l'histoire du mouve­ment révolutionnaire, sur la politique intérieure et extérieure de notre gouvernement, sur l'évolution économique de la Rus­sie et de l'Europe, sur la situation de telles ou telles classes dans la société contemporaine, etc., sont d'une extrême rare­té, et personne ne songe à nouer et à développer systémati­quement des relations au sein des autres classes de la société. A dire vrai, l'idéal du militant, pour

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les membres d'un pareil cercle, se rapproche la plupart du temps beaucoup plus du secrétaire de trade-union que du chef politique socialiste. En effet, le secrétaire d'une trade-union anglaise, par exemple, aide constamment les ouvriers à mener la lutte économique, il organise des révélations sur la vie de l'usine, explique l'injus­tice des lois et dispositions entravant la liberté de grève, la liberté de piquetage (pour prévenir tous et chacun qu'il y a grève dans une usine donnée); il montre le parti pris de l'arbi­tre qui appartient aux classes bourgeoises, etc., etc. En un mot, tout secrétaire de trade-union mène et aide à mener la «lutte économique contre le patronat et le gouvernement ». Et l'on ne saurait trop insister que ce n'est pas encore là du social-démocratisme; que le social-démocrate ne doit pas avoir pour idéal le secrétaire de trade-union, mais le tribun populaire sachant réagir contre toute manifestation d'arbitraire et d'op­pression, où qu'elle se produise, quelle que soit la classe ou la couche sociale qui ait à en souffrir, sachant généraliser tous ces faits pour en composer un tableau d'ensemble de la violence policière et de l'exploitation capitaliste, sachant profiter de la moindre occasion pour exposer devant tous ses convictions socialistes et ses revendications démocratiques, pour expli­quer à tous et à chacun la portée historique et mondiale de la lutte émancipatrice du prolétariat. Comparez, par exemple, des militants comme Robert Knight (le secrétaire et leader bien connu de l'Union des chaudronniers, une des trade-­unions les plus puissantes d'Angleterre) et Wilhelm Lieb­knecht. Essayez de leur appliquer les thèses opposées aux­quelles Martynov réduit ses divergences avec l'Iskra. Vous verrez - je commence à feuilleter l'article de Martynov - que R. Knight a beaucoup plus «appelé les masses à des actions concrètes déterminées» (p. 39), et que W. Liebknecht s'est occupé davantage de «présenter en révolutionnaire tout le ré­gime actuel ou ses manifestations partielles» (pp. 38-39) ; que R. Knight «a formulé les revendications immédiates du pro­létariat et indiqué les moyens de les faire aboutir» (p. 41), et que W. Liebknecht, en s'acquittant de cette tâche également, ne s'est pas refusé non plus à «diriger en même temps l'action des différentes couches de l'opposition», à «leur dicter un pro­gramme d'action positif»* (p. 41) ; que R. Knight s'est appliqué précisément à «donner autant que possible à la lutte économique elle-même un caractère politique» (p. 42) et a parfaitement su «poser au gouvernement des revendications concrètes faisant entrevoir des résultats tangibles» (p. 43), tandis que W. Lieb­knecht s'est beaucoup plus occupé de «révélations» «à sens uni­que» (p. 40); que R. Knight a accordé plus d'importance «à la marche progressive de la lutte obscure quotidienne» (p. 61), et W. Liebknecht à la «propagande d'idées brillantes et ache­vées» (p. 61); que W. Liebknecht a fait du journal, qu'il diri­geait, précisément «l'organe de l'opposition révolutionnaire, qui dénonce notre régime, et principalement le régime politique, celui-ci heurtant les intérêts des diverses couches de la popu­lation» (p. 63); tandis que R. Knight «a travaillé pour la cause ouvrière en liaison organique étroite avec la lutte prolétarien­ne» (p. 63) - si l'on entend la «liaison étroite et organique» dans le sens de ce culte de la spontanéité que nous avons étu­dié plus haut à propos de Kritchevski et de Martynov, - et il a «restreint la sphère de son influence», naturellement persua­dé, comme l'était d'ailleurs Martynov, que «par là même il accentuait cette influence» (p. 63). En un mot, vous verrez que, de facto, Martynov rabaisse la social-démocratie au ni­veau du trade-unionisme, non pas sans doute faute de vouloir du

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* Ainsi, pendant la guerre franco-allemande, Liebknecht dicta un pro­gramme d'action à toute la démocratie, comme l'avaient fait, dans une mesure plus large encore, Marx et Engels en 1848.
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bien à la social-démocratie, mais simplement parce qu'il s'est un peu trop hâté d'approfondir Plekhanov au lieu de se donner la peine de le comprendre.

Mais revenons à notre exposé. S'il est, autrement qu'en paroles, pour le développement intégral de la conscience po­litique du prolétariat, le social-démocrate, avons-nous dit, doit «aller dans toutes les classes de la population». La ques­tion se pose: comment faire? avons-nous des forces suffisan­tes pour cela? existe-t-il un terrain pour ce travail dans toutes les autres classes? cela ne sera-t-il pas ou n'amènera-t-il pas un recul du point de vue de classe? Arrêtons-nous à ces ques­tions.

Nous devons «aller dans toutes les classes de la popula­tion» comme théoriciens, comme propagandistes, comme agi­tateurs et comme organisateurs. Nul ne doute que le travail théorique des social-démocrates doit s'orienter vers l'étude de toutes les particularités de la situation sociale et politique des différentes classes. Mais on fait très, très peu sous ce rap­port, beaucoup moins qu'on ne fait pour l'étude des particu­larités de la vie à l'usine. Dans les comités et les cercles, on rencontre des gens qui se spécialisent même dans l'étude de quelque production sidérurgique, mais on ne rencontre pres­que pas d'exemples de membres d'organisations qui (obligés, comme cela arrive souvent, de quitter pour telle ou telle rai­son l'action pratique) s'occuperaient spécialement de recueil­lir des documents sur une question d'actualité de notre vie sociale et politique, pouvant fournir à la social-démocratie l'occasion de travailler dans les autres catégories de la popula­tion. Quand on parle de la faible préparation de la plupart des dirigeants actuels du mouvement ouvrier, on ne peut s'empê­cher de rappeler également la préparation dans ce sens, car cela aussi est lié à la conception «économiste» de «la liaison or­ganique étroite avec la lutte prolétarienne». Mais le principal, évidemment, c'est la propagande et l'agitation dans toutes les couches du peuple. Pour le social-démocrate d'Occident, cette tâche est facilitée par les réunions et assemblées populaires aux­quelles assistent tous ceux qui le désirent, par l'existence du Parlement, où il parle devant les députés de toutes les classes. Nous n'avons ni Parlement ni liberté de réunion, mais nous savons néanmoins organiser des réunions avec les ouvriers qui veulent entendre un social-démocrate. Nous devons savoir aussi organiser des assemblées avec les représentants de toutes les classes de la population qui désireraient entendre un démo­crate. Car, n'est pas social-démocrate quiconque oublie pratiquement que les «communistes appuient tout mouvement révo­lutionnaire''», que nous avons le devoir, par conséquent, d'ex­poser et de souligner les tâches démocratiques générales devant tout le peuple, sans dissimuler un instant nos convictions socia­listes. N'est pas social-démocrate quiconque oublie pratique­ment que son devoir est d'être le premier à poser, aiguiser et résoudre toute question démocratique d'ordre général.

«Mais tous, sans exception, sont d'accord là-dessus!» in­terrompt le lecteur impatient -et la nouvelle instruction à la rédaction du Rabotchéié Diélo, adoptée au dernier congrès de l'Union, déclare tout net: «Doivent être utilisés pour la pro­pagande et l'agitation politiques tous les phénomènes et événe­ments de la vie sociale et politique qui touchent le prolétariat soit directement comme classe à part, soit comme avant-garde de toutes les forces révolutionnaires en lutte pour la liberté» (Deux congrès, p. 17, souligné par nous). Ce sont là, en effet, d'excellentes et très justes paroles, et nous nous tiendrions pour entièrement satisfaits, si le Rabotchéié Diélo les comprenait, n'en émettait pas en même temps d'autres qui les contredisent. Car il ne suffit pas de se dire «avant-garde>>, détachement avan­cé, - il faut faire en sorte que tous les autres détachements se rendent compte et soient obligés de reconnaître que nous mar­chons en tête. Nous demandons donc au lecteur: les représen­tants des autres «détachements» seraient-ils donc des imbéciles au point de nous croire sur parole en ce qui concerne «l'avant-garde»? Imaginez

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seulement ce tableau concret. Un social-dé­mocrate se présente dans le «détachement» des radicaux russes instruits ou des constitutionnalistes libéraux, et dit: Nous som­mes l'avant-garde; «maintenant une tâche se pose à nous: comment conférer, autant que possible, à la lutte économique elle-même un caractère politique». Un radical ou un constitu­tionnaliste tant soit peu intelligent ne fera que sourire en entendant ce propos, et il dira (à part soi, bien entendu, car c'est la plupart du temps un di­plomate expérimenté): «faut-il donc qu'elle soit simpliste, cette ! Elle ne comprend même pas que c'est là notre tâche - la tâche des représentants avancés de la démocratie bourgeoise,-de conférer à la lutte économique elle-même des ouvriers un caractère politique. C'est que nous aussi, de même que tous les bourgeois d'Occident, nous voulons entraî­ner les ouvriers à la politique, mais seulement à la politique trade-unioniste, et non social-démocrate. La politique trade-­unioniste de la classe ouvrière est précisément la politique bourgeoise de la classe ouvrière. Et cette « avant-garde », en formulant sa tâche, formule justement une politique trade-­unioniste! Aussi peuvent-ils se dire social-démocrates tant qu'ils veulent. Je ne suis tout de même pas un enfant pour m'emporter sur les étiquettes! Mais qu'ils ne se laissent pas en­traîner par ces malfaisants dogmatistes orthodoxes; qu'ils lais­sent « la liberté de critique » à ceux qui entraînent inconsciem­ment la social-démocratie dans le sillage du trade-unionisme!»

Le léger sourire d'ironie de notre constitutionnaliste se change en un éclat de rire homérique, lorsqu'il apprend que les social-démocrates qui parlent de l'avant-garde de la social démocratie, en cette période de domination à peu près com­plète de la spontanéité dans notre mouvement, craignent par­-dessus tout de voir «minimiser l'élément spontané», de voir «diminuer le rôle de la marche progressive de cette lutte obs­cure quotidienne par rapport à la propagande des idées bril­lantes, achevées», etc., etc.! Le détachement «avancé» qui craint de voir la conscience gagner de vitesse la spontanéité, qui craint de formuler un «plan» hardi qui force la reconnais­sance générale même parmi ceux qui pensent différemment! Confondraient-ils par hasard le mot avant-garde avec le mot arrière-garde?

En effet, examinez de près le raisonnement que voici de Martynov. Il déclare (p. 40) que la tactique accusatrice de l'Iskra est à sens unique, que «quelles que soient la méfiance et la haine que nous semions envers le gouvernement, nous n'atteindrons pas notre but tant que nous n'aurons pas déve­loppé une énergie sociale suffisamment active pour son ren­versement». Voilà bien, soit dit entre parenthèses, la préoc­cupation - que nous connaissons déjà - d'intensifier l'acti­vité des masses et de vouloir restreindre la sienne propre. Mais la question n'est pas là, maintenant. Donc Martynov parle ici d'énergie révolutionnaire («pour le renversement»). A quelle conclusion arrive-t-il donc? Comme en temps ordi­naire les différentes couches sociales tirent inévitablement chacune de son côté, «il est clair par conséquent que nous, so­cial-démocrates, ne pouvons pas simultanément diriger l'ac­tivité intense des diverses couches d'opposition, nous ne pouvons pas leur dicter un programme d'action positif, nous ne pouvons pas leur indiquer les moyens de lutter de jour en jour pour leur intérêt… Les couches libérales s’occuperont

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elles-mêmes de cette lutte active pour leurs intérêts immédiats, qui les mettra face à face avec notre régime politique» (p. 41). Ainsi donc, après avoir parlé d'énergie révolutionnaire, de lut­te active pour le renversement de l'autocratie, Martynov dévie aussitôt vers l'énergie professionnelle, vers la lutte acti­ve pour les intérêts immédiats! Il va de soi que nous ne pou­vons diriger la lutte des étudiants, des libéraux, etc., pour leurs «intérêts immédiats»; mais ce n'est pas de cela qu'il s'agissait, très respectable économiste! Il s'agissait de la participation possible et nécessaire des différentes couches sociales au ren­versement de l'autocratie; or cette «activité intense des diver­ses couches d'opposition», non seulement nous pouvons, mais nous devons absolument la diriger, si nous voulons être l'avant-garde». Quant à mettre nos étudiants, nos libéraux, etc., «face à face avec notre régime politique», ils ne seront pas seuls à y pourvoir; c'est surtout la police et les fonctionnaires de l'autocratie qui s'en chargeront. Mais «nous», si nous voulons être des démocrates avancés, nous devons avoir soin d'inciter à penser ceux qui, proprement, ne sont mécontents que du régime universitaire ou seulement du régime des zem­stvos, etc., à ceci que tout le régime politique ne vaut rien. Nous devons assumer l'organisation d'une ample lutte politique sous la direction de notre parti, afin que toutes les couches d'oppo­sition, quelles qu'elles soient, puissent prêter et prêtent effec­tivement à cette lutte, ainsi qu'à notre parti, l'aide dont elles sont capables. Nos praticiens social-démocrates, nous devons les former en chefs politiques sachant diriger toutes les mani­festations de cette lutte aux multiples aspects, sachant au mo­ment utile «dicter un programme d'action positif» aux étudiants en effervescence, aux zemtsy mécontents, aux membres des sectes indignés, aux instituteurs lésés, etc., etc. C'est pourquoi Martynov
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