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a tout à fait tort quand il affirme que «à leur égard, nous ne pouvons jouer qu'un rôle négatif de dénonciateur du régime . . . Nous ne pouvons que dissiper leurs espoirs dans les différentes commissions gouvernementales» (souligné par nous). Ce disant, Martynov montre qu'il ne comprend rien de rien au rôle véritable de l'«avant-garde» révolutionnaire. Et si le lecteur prend cela en considération, il comprendra le sens véritable de la conclusion suivante de Martynov: «L'Iskra est l'organe de l'opposition révolutionnaire, qui dénonce notre régime, et principalement notre régime politique, celui-ci heur­tant les intérêts des diverses couches de la population. Quant à nous, nous travaillons et travaillerons pour la cause ouvrière en liaison organique étroite avec la lutte prolétarienne. En restreignant la sphère de notre influence, nous rendons par là cette influence plus complexe» (p. 63). Le sens véritable de cette conclusion est celui-ci: l'Iskra veut élever la politique trade-unioniste de la classe ouvrière (politique à laquelle, par malentendu, par impréparation ou par conviction, se bornent si souvent chez nous les praticiens), au niveau de la politique social-démocrate. Or, le Rabotcbéié Diélo veut abaisser la politique social-démocrate au niveau de la politique trade-­unioniste. Et il assure encore à tous et à chacun que ce sont « des positions parfaitement compatibles dans l'oeuvre com­mune» (p. 63). O sancta simplicitas!

Poursuivons. Avons-nous assez de forces pour pousser notre propagande et notre agitation dans toutes les classes de la population? Certes, oui. Nos économistes, qui

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sont souvent enclins à le nier, perdent de vue le pas de géant accom­pli par notre mouvement de 1894 (environ) à 1901. En véri­tables « suiveurs» qu'ils sont, ils vivent souvent avec les idées de la période, depuis longtemps révolue, du début de notre mouvement. En effet, nous étions alors étonnamment faibles, et notre résolution de vouloir nous consacrer entièrement au travail parmi les ouvriers et de condamner sévèrement toute déviation de cette ligne, c'était naturelle et légitime; car il s'agissait alors uniquement de nous consolider dans la classe ouvrière. Maintenant une masse prodigieuse de forces est entraînée dans le mouvement; nous voyons venir à nous les meilleurs représentants de la jeune génération des classes ins­truites; partout il y a constamment des gens, obligés de ré­sider dans les provinces, qui ont déjà pris ou veulent prendre part au mouvement et qui tendent vers la social-démocratie (tandis qu'en 1894 on pouvait compter sur ses doigts les so­cial-démocrates russes). Un des plus graves défauts de notre mouvement - en politique et en matière d'organisation - est que nous ne savons pas occuper toutes ces forces, leur assigner le travail qui leur convient (nous reviendrons d'ailleurs là­-dessus dans le chapitre suivant). L'immense majorité de ces forces est dans l'impossibilité absolue «d'aller aux ouvriers» de sorte qu'il ne saurait être question du danger de voir dé­tourner des forces de notre oeuvre essentielle. Et pour fournir aux ouvriers une initiation politique véritable, multiple et pratique il faut que nous ayons «nos hommes à nous», des social-démocrates, partout et toujours, dans toutes les couches sociales, sur toutes les positions permettant de connaître les ressorts intérieurs du mécanisme de notre Etat. Et il nous faut ces hommes-là, non seulement pour la propagande et l'agitation, mais encore et surtout pour l'organisation.

Existe-t-il un terrain pour agir dans toutes les classes de la population? Ceux qui ne voient pas cela montrent que leur conscience retarde sur l'élan spontané des masses. Chez les uns, le mouvement ouvrier a suscité et continue de susciter le mécontentement; chez les autres, il éveille l'espoir en un appui pour l'opposition; à d'autres enfin, il donne la conscience de l'impossibilité du régime autocratique, de sa faillite certaine. Nous ne serions des «politiques» et des social-démocrates qu'en paroles (comme cela se produit bien trop souvent dans la réa­lité), si nous ne comprenions pas que notre tâche est d'utiliser toutes les manifestations de mécontentement quelles qu'elles soient, de recueillir et d'élaborer jusqu'aux moindres éléments d'une protestation, fût-elle embryonnaire. Sans compter que les millions et les millions de paysans travailleurs, de petits producteurs, de petits artisans, etc., écouteraient toujours avide­ment la propagande d'un social-démocrate tant soit peu avisé. Mais est-il une seule classe de la population où il n'y ait pas des hommes, des cercles et des groupes mécontents de la ser­vitude et de l'arbitraire, et par suite accessibles à la propa­gande du social-démocrate, interprète des aspirations démo­cratiques les plus pressantes? A qui voudra se représenter concrètement cette agitation politique du social-démocrate dans toutes les classes et catégories de la population, nous indi­querons les révélations politiques au sens large du mot, comme principal moyen de cette agitation (mais pas le seul, bien entendu).
« Nous devons, écrivais-je, dans mon article « Par où commencer? ». (Iskra, N° 4, mai 1901) dont nous aurons à parler plus loin en détail, éveiller dans tous les éléments un peu conscients de la population la passion des révélations politiques. Ne nous inquiétons pas si les voix accusatrices en politique sont encore si faibles, si rares et si timides. La cause n'en est nullement dans une résignation générale à l'arbitraire policier. La cause, c'est que les hommes capables d'accuser et disposés à le faire n'ont pas de tribune du haut de laquelle ils puissent parler, pas d'auditoire écoutant avidement et encourageant les orateurs, et qu'ils ne voient nulle part dans le peuple de force à laquelle il vaille la peine d'adresser ses plaintes contre le gouvernement<< tout-puissant>>.. . . Nous avons aujourd'hui le moyen et le devoir d'offrir au peuple tout entier une tribune pour faire le procès du gouvernement tsariste: cette tribune doit être un journal social­-démocrate*.»

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* Voir V. Lénine: «Par où commencer?», Œuvres, tome 5. (N. R.)
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Cet auditoire idéal pour les révélations politiques est précisément la classe ouvrière, qui a besoin avant et par-dessus tout de connaissances politiques étendues et vivantes, et qui est la plus capable de profiter de ces connaissances pour entre­prendre une lutte active, dût-elle ne promettre aucun «résultat tangible». Or, la tribune pour ces révélations devant le peuple entier, ce ne peut être qu'un journal pour toute la Russie. «Sans un organe politique, on ne saurait concevoir dans l'Europe actuelle un mouvement méritant le nom de mouvement poli­tique.» Et la Russie, à cet égard, se rattache aussi incontestablement à l'Europe actuelle. La presse est depuis longtemps devenue chez nous une force; sinon le gouvernement ne dépen­serait pas des dizaines de milliers de roubles à l'acheter et à subventionner toutes sortes de Katkov et de Mechtcherski. Et le fait n'est pas nouveau que, dans la Russie autocratique, la presse illégale parvenait à enfoncer les barrières de la censure et obligeait les organes légaux et conservateurs à parler d'elle ouvertement. Il en a été ainsi entre 1870 et t880 et même entre 1850 et 1860. Or combien plus larges et plus profondes sont aujourd'hui les couches populaires qui liraient volontiers la presse illégale pour y apprendre «à vivre et à mourir» pour employer l'expression d'un ouvrier, auteur d'une lettre adres­sée à l'Iskra (N° 7)°52. Les révélations politiques sont une déclaration de guerre au gouvernement au même titre que les révélations économiques sont une déclaration de guerre aux fabricants. Et cette déclaration de guerre a une portée morale d'autant plus grande que la campagne de dénonciation est plus vaste et plus vigoureuse, que la classe sociale qui déclare la guerre pour commencer la guerre, est plus nombreuse et plus décidée. C'est pourquoi les révélations politiques sont par elles-mêmes un moyen puissant pour décomposer le régime adverse, pour détacher de l'ennemi ses alliés fortuits ou tem­poraires, pour semer l'hostilité et la méfiance entre les parti­cipants permanents au pouvoir autocratique.

Seul le parti qui organisera véritablement des révélations à l'intention du peuple entier pourra devenir, de nos jours, l'avant-garde des forces révolutionnaires. Or ces mots: «à l'intention du peuple entier» ont un contenu très vaste. L'im­mense majorité des dénonciateurs qui n'appartiennent pas à la classe ouvrière (car pour être une avant-garde, il faut juste­ment entraîner les autres classes) sont des politiques lucides et des hommes de sang-froid et de sens pratique. Ils savent parfaitement combien il est dangereux de «se plaindre» même d'un petit fonctionnaire, à plus forte raison de «l'omnipotent» gouvernement russe. Et ils ne nous adresseront leur plainte que lorsqu'ils verront qu'elle peut vraiment avoir un effet, que nous sommes une force politique. Pour devenir aux yeux du public une force politique, il ne suffit pas de coller l'étiquette «avant-garde» sur une théorie et une pratique d'arrière-garde; il faut travailler beaucoup et avec opiniâtreté à élever notre conscience, notre esprit d'initiative et notre énergie.

Mais, nous demandera et nous demande déjà le partisan follement zélé de la «liaison organique étroite avec la lutte prolétarienne» si nous devons prendre sur nous d'organiser contre le gouvernement des révélations véritablement à l'inten­tion du peuple entier, en quoi donc se manifestera le caractère de classe de notre mouvement? - Mais, justement en ce que l'organisation de ces révélations sera notre oeuvre à nous, so­cial- démocrates; en

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ce que tous les problèmes soulevés par le travail d'agitation seront éclairés dans un esprit social-démo­crate constant et sans le moindre passe-droit aux déformations, volontaires ou non, du marxisme; en ce que cette ample agita­tion politique sera menée par un parti unissant en un tout cohérent l'offensive contre le gouvernement au nom de tout le peuple, l'éducation révolutionnaire du prolétariat en même temps que la sauvegarde de son indépendance politique, la direction de la lutte économique de la classe ouvrière, l'utili­sation de ses affrontements spontanés avec ses exploiteurs, affrontements qui dressent et amènent sans cesse dans notre camp de nouvelles couches du prolétariat!

Mais l'un des traits les plus caractéristiques de l'écono­misme est précisément qu'il ne comprend pas cette liaison, bien plus, cette coïncidence du besoin le plus urgent du prolétariat (éducation politique sous toutes ses formes, au moyen des révélations et de l'agitation politiques) avec les nécessités de l'ensemble du mouvement démocratique. Cette incom­préhension apparaît non seulement dans les phrases «à la Martynov», mais aussi dans différents passages de significa­tion absolument identique, où les économistes se réfèrent à un soi-disant point de vue de classe. Voici, par exemple, com­ment s'expriment les auteurs de la lettre «économiste» publiée dans le N' 12 de l'Iskra*: «Ce même défaut essentiel de l'Iskra (surestimation de l'idéologie) est la cause de son inconsé­quence en ce qui touche l'attitude de la social-démocratie envers les diverses classes et tendances sociales. Ayant décidé, au moyen de calculs théoriques» . . . (et non par suite de «l'accroissement des tâches du Parti qui montent en même temps que lui» . . . ) «le problème du déclenchement immé­diat de la lutte contre l'absolutisme et sentant, probablement, toute la difficulté de cette tâche pour les ouvriers dans l'état actuel des choses» . . . (pas seulement sentant, mais sachant fort bien que cette tâche paraît moins difficile aux ouvriers qu'aux intellectuels «économistes» - qui les traitent en petits enfants - puisque les ouvriers sont prêts à se battre même pour des revendications ne promettant, pour parler la langue de l'inoubliable Martynov, aucun «résultat tangible» . . . «mais n'ayant pas la patience d'attendre l'accumulation de forces nécessaires en vue de cette lutte, l'Iskra se met à chercher des alliés dans les rangs des libéraux et des intellectuels» .

Oui, oui, nous avons en effet perdu toute «patience» pour «attendre» le temps heureux, que nous promettent depuis longtemps les «conciliateurs» de toute sorte, où nos économistes cesseront de rejeter la faute de leur propre retard sur les ou­vriers, de justifier leur propre manque d'énergie par la pré­tendue insuffisance de forces chez les ouvriers. En quoi, demanderons-nous à nos économistes, doit consister «l'accu­mulation de forces par les ouvriers en vue de cette lutte»? N'est-il pas évident que c'est dans l'éducation politique des ouvriers, dans la dénonciation, devant eux, de tous les aspects de notre odieuse autocratie? Et n'est-il pas clair que, justement pour ce travail, il nous faut «dans les rangs des libéraux et dés intellectuels», des «alliés» prêts à nous apporter leurs révéla­tions sur la campagne politique menée contre les éléments actifs des zemstvos, les instituteurs, les statisticiens, les étu­diants, etc.? Est-il vraiment si difficile de comprendre cette «savante mécanique»? P. Axelrod ne vous répète-t-il pas depuis 1897: «La conquête par les social-démocrates russes de partisans et d'alliés directs ou indirects parmi les classes non prolétariennes est déterminée avant tout et principalement par le caractère que prend la propagande parmi le prolétariat même»? Or Martynov et les autres économistes se figurent encore maintenant que les ouvriers doivent d'abord «par la lutte économique contre le patronat et le gouvernement» accu­muler des forces (pour la politique trade-unioniste) et ensuite seulement «passer» - sans doute de «l'éducation» trade-­unioniste de l'«activité», à l'activité social-démocrate!
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* Le manque de place ne nous a pas permis de donner dans l'Iskra une ample réponse à cette lettre extrêmement caractéristique des économistes. Nous avons été très heureux de sa publication, car il y avait déjà long­temps que nous entendions dire de différents côtés que l'Iskra déviait du point de vue de classe, et nous n'attendions que l'occasion favorable ou l'expression précise de cette accusation courante pour y répondre. Or, ce n'est pas par la défensive, mais par une contre-attaque que nous avons coutume de riposter aux attaques.
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«. . . Dans ses recherches, poursuivent les économistes, l'Iskra abandonne assez souvent le point de vue de classe, estompe les antagonismes de classe et porte au premier plan la communauté de mécontentement contre le gouvernement, quoique les causes et le degré de ce mécontentement soient très différents chez les –alliés-. II en est ainsi, par exemple, de l'attitude de l'/skra envers les zemstvos» . . . L'Iskra soi-disant «promet aux nobles mécontents des aumônes gou­vernementales, l'appui de la classe ouvrière, sans souffler mot de l'antagonisme de classe qui sépare ces deux catégories de la population». Que le lecteur se reporte aux articles «L'auto­cratie et les zemstvos» (N° 2 et 4 de l'Iskra) auxquels, vrai­semblablement, les auteurs de cette lettre font allusion, et il verra que ces articles* sont consacrés à l'attitude du gouverne­ment envers «l'agitation anodine du zemstvo bureaucratique censitaire », envers «l'initiative des classes possédantes elles-­mêmes». Dans cet article il est dit que l'ouvrier ne saurait rester indifférent à la lutte du gouvernement contre le zemstvo, et les éléments actifs des zemstvos sont invités à laisser là leurs discours anodins et à prononcer des paroles fermes et catégoriques, lorsque la social-démocratie révolutionnaire se dressera de toute sa taille devant le gouvernement. Avec quoi ne sont pas d'accord les auteurs de la lettre? On ne saurait le dire. Pensent-ils que l'ouvrier «ne comprendra pas» les mots: «classes possédantes» et «zemstvo bureaucratique censitaire"? que le fait de
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