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Aurélie GUSTAVE

Magistère 2ième année
ETHNOLOGIE

Étude du Casino du Havre





Celsa 2007-2008

Université Paris IV Sorbonne
Le Havre, devenu depuis peu patrimoine mondial de l’Unesco, investit davantage ces dernières années pour reconquérir la place de ville touristique qu’elle avait au siècle précédent. Nombreux sont les écrivains qui ont encensé Le Havre, ville portuaire crée par François Premier, sa promenade sur la plage attirant de nombreux touristes près à embarquer sur les ferries au départ de la ville.

La ville entièrement détruite à la fin de la guerre a perdu de son aura malgré tout le mérite aujourd’hui reconnu à Auguste Perret, qui l’a reconstruite à 80% dans les année 50. Les aménagements récents visent à redonner une dynamique à la ville en partant de son patrimoine architectural. Dynamique économique non seulement d’un point de vue industriel mais également touristique. Il s’agit avant tout de redonner à la ville une attractivité perdue, d’attirer du monde dans cette ville souvent taxée d’ennuyeuse, de grise, où il ne se passe rien, où il n’y a pas vraiment de centre ville vivant.

La ville s’est donc dotée une grande salle de spectacle, a réaménagé la promenade du bord de mer, de nombreux cafés, restaurants et lieux de sorties nocturnes plus attirants ont ouvert leurs portes et les activités nautiques ont été développées. Des quartiers défavorisés ont été rénovés1. Tous ces projets font intervenir des architectes renommés, la ville souhaitant tout miser sur ce patrimoine pour se différencier des autres villes côtières normandes (Deauville, Trouville, Cabourg ou Etretat).

C’est dans ce cadre de renouvellement que le nouveau Casino a ouvert ses portes. L’ancien grand Casino du Havre situé sur la plage, le Marie Christine, avait été rasé en 1960, parce qu’il n’était plus rentable. Le but aujourd’hui est avant tout économique. Il s’agit à la fois de retrouver un attrait touristique, de dynamiser un quartier et de créer des emplois. Le nouveau Casino a également une fonction symbolique puisqu’il réutilise d’anciens bâtiments imaginés par Auguste Perret et réalisés par l’architecte Othello Zavaroni. Le lieu a été choisi en concertation avec les Havrais, il s’agit de l’ancienne Bourse, dont la façade a été sauvegardée. Enfin, il réintroduit dans la ville un nouvel espace de loisirs, de divertissements et d’animations culturelles, mais également un lieu de socialisation et de jeux d’argent. Le Casino joue donc désormais un rôle fondamental dans la modernisation et le développement de la ville.

Cela en fait un objet particulièrement intéressant à observer d’un point de vue ethnologique, et cela de deux manières. En effet, le terrain du Casino produit d’abord du sens du point de vue de son organisation interne, des nouvelles sociabilités qui s’y jouent et de l’ethnologie du jeu. Il est intéressant de comprendre ce qui se joue dans le jeu de hasard aujourd’hui. Mais le Casino présente un deuxième intérêt fondamental par sa fonction dans la reconstruction de la ville du Havre comme cité balnéaire dynamique. Après être restée si longtemps en retrait de ces activités au profit de son développement en tant que ville industrielle et portuaire, quel doit être le rôle d’un tel établissement ?
Cette étude a été réalisée selon la méthodologie de l’ethnologie. Je me suis préalablement renseignée sur l’histoire des casinos et des jeux d’argent ainsi que sur les motivations qui ont mené à la construction d’un nouveau casino au Havre. J’ai aussi réalisé des lectures concernant les recherches préalables faites par des ethnologues sur le jeu. Concernant l’observation en elle-même, j’ai observé le casino pendant 3 soirs de suite le jeudi, vendredi et samedi lors de deux week-ends, l’un début mars et l’autre fin mars. Je suis également venue un dimanche après-midi afin de voir si la population rencontrée était la même ou non. Mon cahier de bord a servi à noter toutes mes observations et conversations puis mes interprétations.

Comment le Casino du Havre peut-il se prêter à l’observation ethnologique de manière à dévoiler une rationalité interne, une logique de fonctionnement ? Quelle est la place du jeu, et particulièrement du jeu d’argent dans notre vie d’aujourd’hui ? Le casino du Havre fonctionne-t-il comme un casino classique ou a t-il des règles, une fonction, qui lui sont propres ?

Il s’agit là de vérifier l’hypothèse que le casino du Havre, loin d’être un casino quelconque et fonctionnant indépendamment de son environnement, est intrinsèquement lié à l’histoire de la ville qui l’abrite et à ses habitants. L’analyse de ce qui se passe au casino peut-elle montrer que le Casino présente non seulement la fonction dénotée de maison de jeux de hasard mais surtout la fonction, connotée, de symbole du renouveau attractif de la ville du Havre ?

Une première partie sera consacrée à la présentation des différentes observations menées

au Casino à différentes échelles. Une seconde partie sera alors dédiée à l’interprétation de ces données pour tenter de répondre à la problématique envisagée et montrer à la fois la place du jeu dans la société havraise et expliquer la fonction symbolique fondamentale que revêt le casino à une échelle locale.

Avant de procéder à toute description du Casino du Havre et de développer les différentes observations que j’ai pu y mener, je souhaite rappeler quelques faits concernant l’émergence des Casinos afin de faire davantage ressortir ce qui peut relever d’une description générale de Casino et ce qui est particulier au Casino du Havre.
Les jeux de hasard ont existé sous différentes formes en fonctions des cultures : par exemple, les Romains jouaient aux os. Mais c'est en 1626, à Venise en Italie, que l'on verra le premier établissement public de jeux. Cet établissement sera appelé « Casa », donnant le dérivé Casino. Cependant, suite à d'importants scandales, le lieu sera fermé. On verra alors apparaître en Italie les « casini », petites maisons closes et de tripots. C'est dans ces lieux que le jeu clandestin émergera. La pratique des jeux y sera illicite et effrénée. L’Etat hésite entre interdire ou contrôler ces jeux jugés « immoraux ».

En France, une ordonnance dénonce les troubles causés par le jeu dès 1717. Les établissements et les jeux y sont interdits pour cause de libertinage, dépravation des jeunes gens et dérèglement du commerce et ruine des familles. Napoléon, en l'an IV, décidera de créer un établissement officiel régenté afin de limiter les jeux clandestins.

La première réglementation apparaîtra en 1806 et autorisera la création de lieux de jeux près de lieux de thermalisme moderne. Incluant salles de bal pour se divertir avec des jeux de hasard (machine à sous, bandit-manchot, jeu de dés, roulette, ...) et de cartes (blackjack, poker,etc). Les jeux de celles-ci ne seront réglementés qu'en 1907. Mais le décret de 1959 précise que ces lieux doivent « comporter trois activités distinctes : spectacle, restauration et jeux, réunies sous une direction unique sans qu'aucune d'elles puisse être affermée ».

Au cours des années, les jeux de casino ont évolué et se sont développés, donnant un éventail très large de jeux très variés. On parie de l'argent ou un bien, sur des choix possibles ou des résultats probables. Les sensations fortes procurées par les jeux de hasard, et l'attrait des énormes jackpots attire des millions de gens sur des jeux tels qu'Atlantic City, Las Vegas et Monte Carlo. Les jeux de casino peuvent être divisés en trois catégories principales: les jeux de table (avec des cartes ou des dés), les machines à sous et les jeux des nombres aléatoires (la Roulette).
Selon cet historique général des casinos, il est possible de décrire plus précisément le casino du Havre, qui paraît à première vue semblable à un casino classique. Par ailleurs, la ville avait déjà eu un casino, nous l’avons dit. D’après les descriptions de certaines personnes, il s’agissait d’un très beau bâtiment, comme les grands casinos de cette époque. Il faisait la fierté des habitants de la ville mais a malheureusement été détruit en 1960 tout d’abord parce qu’il n’était plus rentable depuis que le havre ne recevait plus de touristes mais surtout parce qu’il fallait construire de nombreux logements, car la ville était en reconstruction et ses industries nouvelles (portuaire, automobile…) attiraient de nombreux immigrés.

Josette, 71 ans, m’a d’ailleurs raconté ce qu’elle savait de l’histoire de ce premier casino du Havre. Le Casino Marie Christine, ce nom fait encore rêver des générations de Havrais, comme elle. Le Casino Marie Christine, du nom de la reine d'Espagne ayant vécu au Havre après avoir été exilée de son pays. C’est sur le bord de mer que fut bâti en 1910 le Casino Marie-Christine, à la silhouette si caractéristique. À cette époque et pendant 50 ans, clochetons et coupoles dominaient la plage du Havre.

Le Casino du Havre n'avait rien à envier aux Casinos de la côte d’Azur. Pendant la première moitié du XXeme siècle, des notables Havrais, ou stars Françaises et étrangères se réunissait sous ses coupoles, où étaient organisées des soirées luxueuses qui ont fait la réputation du lieu.

Cette animation fébrile dura jusqu'à la seconde guerre mondiale. Puis les Allemands ont pris possession de la ville. Dès 1940, l'armée d'Hitler utilise le Casino pour accueillir des délégation étrangères. En 1941, les hautes autorités de l'armée Japonaise sont invitées au Havre pour visiter la ville et le port. Le soir, lors d'un dîner dans les grands salons du Casino, un raid de la RAF s'abat sur la ville. Une bombe tombe traverse le toit, les plafonds du casino et explose, tuant sur le coup plusieurs soldats Allemand et Japonais. À l'intérieur les dégâts sont considérables.

A la libération, Le Havre veut revivre. Les jeunes ont besoin de se divertir. Dès 1946, des travaux sont engagés pour restaurer l'aile Sud. Mais l'aile Nord et le Théâtre ne seront jamais restaurés. Malheureusement, à la fin des années 50, le Casino ne fait plus recette. Le Havre n'a plus l'image d'une ville touristique. Les touristes ne s'arrêtent plus dans cette ville détruite et en chantier. Début 1960, la Municipalité décide de raser le Casino Marie Christine, on y élève à la place un immense immeuble de standing, la résidence du Ponant. A cette époque, la ville avait davantage besoin de logements.


Le casino Marie Christine



Le Marie Christine vu d’avion en 1960
Aujourd’hui la ville souhaite permettre aux havrais de renouer avec l’ambiance des jeux. « En 1999, l’obtention du label Station balnéaire nous a incité à favoriser l'implantation d’un casino, souligne Edouard Philippe, adjoint au maire chargé des Affaires juridiques. Outre le front de mer et la plage, nous étions convaincus que Le Havre avait un potentiel touristique important : en témoigne aujourd’hui l’inscription du centre reconstruit au Patrimoine mondial de l’Humanité, l’extraordinaire collection du musée Malraux, le futur Centre de la mer et du développement durable. Avec l’installation de ce casino, nous ajoutons une nouvelle corde à notre arc ». Le casino présente en effet différents atouts pour la ville, tout à la fois esthétique, touristique et économique.

Après consultation des Havrais, la Ville du Havre a choisi le Palais de la Bourse pour accueillir le nouvel établissement. Surplombant le bassin du Commerce, ce bâtiment qui abritait jusqu’à l’année dernière la Chambre de Commerce et d’Industrie constitue un véritable trait d’union entre le quartier de l’Eure (quartier « ZEP » actuellement en cours de rénovation) et le front de mer. Le casino bénéficie donc d’une situation à la fois idéale et originale : Il permet de réorganiser la ville et de relier des quartiers auparavant isolés2 et hétérogènes. Entièrement réhabilité par le casinotier, le Palais de la Bourse, construit dans les années cinquante par l’architecte Othello Zavaroni, a conservé toute son authenticité : ses qualités architecturales ont bien sûr été préservées et ses façades sauvegardées. Au total, près de 25 millions d’euros auront été consacrés à la réfection et à l’aménagement du casino par le groupe Partouche. Sans nul doute, ce gigantesque lifting participera à l’esthétique du quartier, point important dans la nouvelle politique havraise de développement.


Le palais de la bourse avant le guerre, à l’époque du Marie Christine



1960, Le palais de la Bourse tel que reconstruit après la guerre, aujourd’hui patrimoine mondial de l’Unesco, il abrite le nouveau casino.


Depuis le 1er juin 2006, les 12 000 m2 de l’établissement accueillent donc en grande pompe les joueurs, les curieux, les touristes et les gourmands. Car ce casino est plus qu’un simple établissement de jeux : la Ville du Havre a en effet souhaité faire de ce lieu un nouvel élément de l’offre touristique havraise. Outre les machines à sous et les tables de jeux, le casino abrite un hôtel quatre étoiles, un centre de remise en forme, un restaurant gastronomique et plusieurs salles de réception et de spectacle. « Il y a quelques années, la ville manquait cruellement d’hôtels, me rappelle Edouard Philippe. Le casino participera au développement du tourisme havrais et à l’animation du centre ville ».

Côté finances, l’implantation d’un casino rime avec recettes : législation oblige, le casinotier versera 15% du produit brut des jeux à la Ville du Havre, soit près de six millions d’euros chaque année. Une manne économique non négligeable, qui viendra compléter le budget municipal. Autre atout économique : plus d’une centaine d’emplois ont d’ores et déjà été créés grâce à l’installation du casino. A terme, près de 170 salariés devraient être recrutés.

Entre décoration contemporaine et référence aux années 50, l’établissement mérite le détour. Côté casino proprement dit, machines à sous et jeux traditionnels sont réunis dans une seule et même salle, aux effets de lumière originaux et chaleureux. Deux étages plus haut, la scène du lounge bar, installée en surplomb de l’escalier monumental, promet des soirées vertigineuses… Quant au restaurant gastronomique, avec vue panoramique sur le bassin du commerce, il offre aux fins gourmets la possibilité d’admirer le savoir-faire des cuisiniers, grâce à une cuisine ouverte sur la salle à manger. « Il existe plus de 190 casinos en France, explique Alexandre Schulmann, directeur de l’établissement havrais. Nous devons attirer les clients via des activités annexes. Notre hôtel, son spa et nos salles de réception nous permettront d’attirer une clientèle de séminaire ». Le centre de remise en forme, doté d’un jacuzzi, d’un sauna, d’un hamman, d’une salle de fitness et, d’une superbe terrasse à ciel ouvert, peaufinera l’offre hôtelière. En effet, au troisième étage, les quarante-cinq chambres proposent toutes de très beaux panoramas sur le bassin, le centre reconstruit par Auguste Perret ou les villas havraises.

La salle de casino est donc située au rez-de-chaussée du bâtiment. On entre dans le casino par un large couloir où après avoir dépassé les vigiles il faut présenter sa carte d’identité aux hôtesses. Le casino est assez bas de plafond, je pense suite à des contraintes architecturales puisqu’ils ont voulu installer deux étages dans l’ancien hall de la Bourse. Pour pallier cela, le plafond est réalisé dans une matière réfléchissante qui donne un effet de miroir et agrandit l’espace. Le sol est couvert d’une moquette aux tons prune et marron avec des formes graphiques, modernisation des décorations des années 50. Le bar-restaurant est installé à moitié en dehors du casino, l’autre moitié étant à droite quand on entre, et quelques tables sont installées face aux machines à sous.

C
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