Mohamed Lazhar Gharbi, Faculté des lettres, des arts et des humanités, La Manouba, Tunis





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A. Des groupes métropolitains hétéroclites et un esprit impérial mitigé



En dépit des remarques évoquées plus haut, l’enquête sur les sociétés créées en Tunisie révèle que les capitaux mobilisés sont très modestes. La somme de 361 millions de francs est d’autant plus dérisoire qu’elle est le fruit presque d’une trentaine d’années d’engagement de sociétés capitaliste en Tunisie. Ce résultat médiocre prouve que, contrairement à une idée reçue, les capitaux français n’ont pas déferlé en Tunisie au lendemain de l’expédition de 1881. Non seulement le grand capital se trouve rassuré parce que cette occupation a éliminé les autres rivaux, notamment les Anglais et les Italiens, mais que celui-ci se trouve, en plus du marasme de la fin du xixe siècle, peu intéressé par « l’affaire tunisienne ». Au demeurant, les grandes banques d’affaires ont tourné le dos à la Tunisie : Paribas, le Crédit foncier, la Société générale ou le Crédit industriel et commercial se sont dérobés à maintes reprises notamment lors des vingt dernières années du xixe siècle. Cette attitude qui exprime une stratégie de réticence - ou par calcul excessif du risque - et donc une faiblesse sinon une absence d’un esprit impérial, s’est manifestée à l’égard des plus importantes affaires de la Tunisie de la fin du siècle. A titre d’exemple, l’installation de la Société générale et du Crédit lyonnais à Tunis est très tardive : elle date de 1911 pour la première et de 1913 pour la deuxième21.
Par ailleurs, deux cas relatifs aux deux projets les plus alléchants de la Tunisie de cette époque le confirment, à savoir celui de la création d’une banque d’émission en Tunisie et la fondation d’une société pour l’exploitation des phosphates de Gafsa. Malgré les efforts de la Résidence générale et du ministère des Affaires étrangères pour les convaincre par la portée d’une participation à la création d’une banque d’émission tunisienne, les banques parisiennes ont exprimé une fin de non recevoir. Tout comme la Banque de France ou le Comptoir d’escompte de Paris, « le Crédit foncier se désintéresse de l’affaire et le Crédit lyonnais s’efface », note un fonctionnaire du ministère des Affaires étrangères22 , d’où l’échec d’un tel projet. L’attitude était la même à l’égard de la Société des phosphates et du chemin de fer de Sfax-Gafsa, qui a eu du mal, pendant presque toute une décennie, à trouver un bailleur de fonds pour fournir son capital social afin de pouvoir enfin exploiter le plus important gisement minier de la Régence. Suite à cette répugnance du grand capital métropolitain, la société projetée s’est heurtée aux « difficultés de mobilisation du capital »23. Il semble ainsi que le ’’grand capital’’, du moins d’après le cas de la Tunisie de la fin du xixe siècle, ne dispose pas d’un esprit impérial bien ancré. Il serait plutôt attiré par des affaires hors du monde colonial : le cas des emprunts russes ou des investissements dans l’Empire ottoman ou encore celui du Maroc d’avant 1912 le confirment.
Quels sont alors les milieux d’affaires métropolitains qui se sont substitués en Tunisie au grand capital ? Ce sont des milieux représentant une gamme moyenne de capitalistes parmi lesquels ceux qui viennent de connaître une certaine ascension, comme la Société marseillaise de crédit, ou d’autres qui ont vu leurs affaires perdre de l’ampleur en France tels que les Pereire. Présents en Tunisie par leur agence de la Banque transatlantique, ces derniers collaborent avec la Smc qui, elle aussi, crée en 1879 une filiale, la Franco-tunisienne de Crédit industriel et commercial. En somme, un véritable réseau Smc-Pereire s’est constitué en Tunisie cherchant à mettre la main sur les principales affaires de la régence témoignant d’un esprit colonial très entreprenant. En plus de la colonisation agraire et des transports maritimes, il réussit à fonder en 1884, suite à la fusion de la Franco-tunisienne et l’agence de la Banque transatlantique, la seule institution financière coloniale existant à l’époque dans le territoire, la Banque de Tunisie. Mieux encore, ce puissant réseau soutenant cette dernière agit en véritable lobby auprès de l’administration du protectorat et du Quai d’Orsay pour obtenir le privilège de l’émission monétaire. Aussi bien la Conférence consultative24 que le Résident général Massicault finissent par adopter cette position. Un courant d’opinion favorable à ce projet fut même créé parmi les Français de Tunisie. Aussi, la force de ce réseau réside dans la diversité des intérêts et des secteurs d’activité (transport, finance, colonisation…) qu’il a réussi à regrouper malgré la différence d’origine de ses promoteurs particulièrement la Smc et les Pereire.
Tel n’est pas le cas d’un autre groupe présent en Tunisie, à savoir le groupe lyonnais. En effet, ce dernier est constitué par des éléments ayant la même origine géographique, son maître d’oeuvre étant J.-M. Terras. Les opérations de ce milieu lyonnais se limitent, pour un certain temps, surtout à la colonisation agraire, et ce en constituant plusieurs sociétés pour l’exploitation de différents domaines25, et à la colonisation urbaine particulièrement les immeubles lyonnais de Ferryville. Ce groupe lyonnais est-il attaché au puissant Crédit lyonnais ? Nous ne pouvons pas, en l’état actuel de la recherche historique, le confirmer ou l’infirmer. Néanmoins, le désintérêt du Crédit lyonnais à l’égard de la Tunisie est papable à plus d’un titre : refus de s’aventurer dans le projet de la banque d’émission tunisienne, aucune participation directe dans le financement des principales mines étudiées et connues et auxquelles nous aurons l’occasion de revenir, seulement une participation à un emprunt tunisien que nous évoquerons au cours de ce travail. Cela pourrait, donc, favoriser l’hypothèse d’une action isolée du groupe Terras.
Parallèlement aux puissants groupes de pression constitués en Tunisie, d’autres opérateurs métropolitains s’engagent surtout dans le domaine des mines et celui des grands travaux. Il s’agit, surtout pour la période de la fin du xixe siècle, d’entreprises généralement familiales ou fraîchement transformées en sociétés anonymes. Le meilleur exemple est la Société des Batignolles, qui a construit les chemins de fer et le port de Tunis, ou Hersent, qui s’est chargé du port de Bizerte, ou encore les Dolfus et Deparchay, concessionnaires depuis 1894 de la Compagnie des ports de Tunis, Sousse et Sfax26. C’est aussi le cas de la banque Mirabaud qui a fourni l’essentiel du capital de Sfax-Gafsa27 .
Pour les autres gisements miniers, notamment ceux du Centre-Ouest tunisien, qui constitue une affaire aussi alléchante que celle des phosphates de Sfax-Gafsa, une recherche couvrant la période 1900-1956 a fait ressortir une panoplie d’intérêts qui ont mobilisé d’importants capitaux28. Nous pouvons nous contenter de quelques exemples de puissantes institutions bancaires et d’entreprises industrielles métropolitaines engagées dans les principales mines de cette région comme les Mallet, les Mirabaud, les Cambefort, le Comptoir national d’escompte de Paris, la Bup, l’Omnium lyonnais, les Messageries Maritimes, les Talabot, la Compagnie générale des eaux, Les Houillères de Ronchamp, Denain & Anzin, la Compagnie française des métaux, la Compagnie française de banque et de mines29 . Différents liens financiers, économiques et administratifs sont établis entre diverses parties parmi ces capitalistes et de véritables réseaux se sont ainsi constitués. Par ailleurs, la masse de capitaux et la typologie des bailleurs de fonds permettent de parler, pour les investissements miniers, d’un véritable esprit impérial conquérant et efficace. Toutefois, trois remarques s’imposent :

  • Ces investissements sont moins attirés par un esprit impérial que par la rentabilité des placements miniers possibles dans les colonies plus qu’ailleurs. La législation coloniale, la main-d’œuvre et l’appui de l’administration fournissent des conditions très avantageuses pour tout capital en quête de profit.

  • Les cas étudiés couvrent le xxe siècle, ce qui permet de penser que la naissance de cet esprit impérial est tardive. Il serait né au même moment que le parti colonial30 avec le xxe siècle à la faveur de la reprise économique pour s’affirmer au lendemain de la première guerre mondiale. Albert Sarrault, n’a-t-il pas noté en 1923 en véritable connaisseur du monde colonial : « La France trop longtemps a méconnu cette vérité certaine. La mise en valeur de nos colonies a subi trop de lenteur et trop d’atermoiement. L’heure est venue de l’action résolue, puissante sans arrêt. »31 ?

  • En plus de son avènement tardif, cet esprit impérial est surtout suscité par la concurrence de capitalistes non français parmi lesquels des Italiens, des Anglais et des Belges ayant participé au financement de ces mêmes sociétés minières. Certaines d’entre-elles sont dominées par des groupes belges32. Par ailleurs, une part non négligeable des capitaux des ces mêmes entreprises minières était fournie par des intérêts algériens, c’est-à-dire des intérêts français d’Algérie.



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