L’europe et le monde domine (1850-1939)





titreL’europe et le monde domine (1850-1939)
date de publication19.05.2017
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L’EUROPE ET LE MONDE DOMINE (1850-1939)
Les mots ayant aussi une histoire et un sens bien précis pour cette question, il faut bien distinguer :

-la colonisation : la domination exercée par les métropoles coloniales sur des territoires extra-européens ; le terme renvoie à l’organisation et à l’exploitation de ces territoires, mais également à la mise en cause de cette domination. Elle repose sur une triple égalité.

1/une inégalité politique : la colonie a des obligations sans réciprocité : par exemple aucune liberté syndicale en France avant 1945 alors qu’elle est reconnue par la 3° Rép en 1884 (sous peine d’emprisonnement et d’amende). Par ailleurs le gouverneur a la possibilité de juger en même temps qu’il exécute les décisions administratives, donc il n’y a pas de séparation des pouvoirs. Il fait passer devant son propre tribunal ceux qui commettent des infractions.

2/une inégalité économique : maintien d’un régime de travaux forcés (quasi-corvée) malgré l’abolition de l’esclavage et ce jusqu’en 1946. Les colonies sont victimes d’une fuite des capitaux (le « brain » britannique). Cette inégalité ne se réduit pas aux territoires colonisés mais s’étend, entre autres, à l’Amérique latine (« drapeau mis à part, l’Argentine est avant 1914, une colonie britannique » écrit R.Rémond), à la Russie où les Européens détiennent des parts dans les mines de Donetz, la métallurgie et le textile à St Petersbourg et Moscou. Tous sont soumis au « pacte colonial ».

3/une inégalité culturelle : exportation de la civilisation sans réciprocité. « Le monde a été à l’école de l’Europe » écrit R.Rémond.

-le colonialisme : la doctrine, l’idéologie qui préconise l’établissement et le développement de colonies, considérées comme une source de puissance pour la nation qui les possède.

-le système colonial : l’ensemble des acteurs qui participent au processus de colonisation, et croient ou non au colonialisme, ainsi que leurs motivations, leurs arguments. Ces acteurs consolident une domination territoriale par une présence économique aussi agressive que leur influence culturelle.

-l’impérialisme : domination exercée par les nations industrialisées sur les autres Etats ; idéologie qui justifie cette domination.
En 1815, l’Europe est en plein recul. Elle ne conserve alors que des lambeaux d’empire sauf la Grande Bretagne qui s’est appropriée les dépouilles de ses voisins (elle prend le Cap, puis Ceylan aux Hollandais). Les colonies espagnoles se sont émancipées entre 1810 et 1825. L’opinion est alors contre la colonisation. Il faut donc avoir à l’esprit, ainsi que le dit R.Rémond, que la colonisation « ne procède pas d’une volonté systématique des Etats, ne se déroule pas selon un plan préconçu, une vue d’ensemble ». En fait c’est une succession désordonnée d’initiatives privées. Les ambassadeurs de l’Occident sont alors les missionnaires (catholiques et protestants) et les négociants (par ex en All Bismarck est hostile à l’expansion coloniale et ce sont les chambres de commerce de Hambourg et Brême qui diffusent le « modèle » germanique).
On distinguera pour l’étude de ce processus historique 3 phases :

-1830-1910 et surtout 1870-1910 : la mise en place des empires coloniaux, le processus de conquête.

-1910-1945 : la mise en valeur, l’extension et l’utilisation des colonies dans le cadre des guerres

-1910-1980 et surtout 1945-1965 : la remise en cause du système colonial qui conduit à l’indépendance ces colonies, entre 1947 (Inde) et la fin des années 1980 (Namibie).
En France cette période de l’histoire est devenue un enjeu de mémoires et les héritiers des minorités soumises à ce processus de colonisation demandent d’une certaine manière « réparation », reconnaissance des méfaits du système colonial (loi Taubirat de 1997), entraînant au contraire parfois un raidissement idéologique (loi de 2005 sur le « rôle positif de la colonisation »). Cette « aventure coloniale » est devenue, au fil du temps, un « passé qui ne passe pas ».
Etude de cas : l’Europe s’enthousiasme-t-elle pour la « course au clocher » au début du XXè siècle ?
Questions préliminaires :
Correspondant au I-

1) à l’aide des documents 2 page 86, 3 page 87, 1 page 90 et 4 page 91, recensez en les classant les arguments des défenseurs de la colonisation en France au début du XXè siècle.

2)à l’aide des documents 6 page 87 et 4 page 89, recensez en les classant les arguments des adversaires de la colonisation en France et en Angleterre à la même époque.
Correspondant au III-
3)doc 3 page 90 : pourquoi parle-t-on souvent d’un « échange inégal » pour définir le système d’échanges colonial ?

4)A l’aide du document suivant et du tableau 2 page 90, peut-on dire que les Français investissent massivement dans leurs colonies ? Qu’en déduisez-vous ?



5)A l’aide des documents 1 et 2 page 94, et 4 page 95, montrez que les colonies sont pour les métropolitains source d’une certaine fascination.


2ème partie : répondez à la question posée en tête de cette étude de cas.

1) à l’aide des documents 2 page 86, 3 page 87, 1 page 90 et 4 page 91, recensez en les classant les arguments des défenseurs de la colonisation en France au début du XXè siècle.

-économiques : exploitation à bas coût de plantes tropicales (coton, thé en Inde, cacao, café, arachide, caoutchouc en Afrique) ou de minéraux plus ou moins précieux.

-culturels : élever, civiliser, le lourd fardeau de l’homme blanc

-stratégiques : le manque d’espace, la présence militaire en dehors des frontières
2)à l’aide des documents 6 page 87 et 4 page 89, recensez en les classant les arguments des adversaires de la colonisation en France et en Angleterre à la même époque.

-relativiser l’argument civilisationnel : l’argumentaire était celui des Prussiens quand ils ont battu les Français.

-ce n’est pas une bonne affaire sur le plan économique : expéditions militaires, entretien coûte cher, présence lointaine onéreuse aussi.

-moraux : recul de la civilisation en fait, retour à l’esclavage, croyance en une hiérarchie des races dont procèdent ensuite des régimes autoritaires. Exemple de la diffusion de l’alcoolisme aussi. Horreur des chantiers mangeurs d’hommes décrits par A.Londres.
Correspondant au III-
3)doc 3 page 90 : pourquoi parle-t-on souvent d’un « échange inégal » pour définir le système d’échanges colonial ?

-on importe plus qu’on exporte donc le commerce est structurellement excédentaire

-ce n’est pas toujours une bonne affaire, en effet les Hollandais n’arrivent pas à rentabiliser leur colonie des Indes néerlandaises.
4)A l’aide du document suivant et du tableau 2 page 90, peut-on dire que les Français investissent massivement dans leurs colonies ? Qu’en déduisez-vous ?

-relative stabilité, moins de 10% avant 1914 dans les colonies, légère augmentation après guerre car passage au communisme de la Russie stoppe les placements à l’est. Le plus la colonie est proche, le plus on investit. Le plus la colonie comporte des contingents européens, le plus on investit. Sinon, peu d’investissements productifs.

-Volonté de ne pas développer le pays notamment de ne pas jeter les bases d’une industrie industrialisante.
5)A l’aide des documents 1 et 2 page 94, et 4 page 95, montrez que les colonies sont pour les métropolitains source d’une certaine fascination.

-orientalisme : influence dans la peinture qu’elle soit académique (Eugène Giraud ici) ou avant-gardiste (fauvisme de Van Dongen)

-publicité = médias de masse : avec les stéréotypes du bon nègre toujours rieur (encore plus ou moins en vigueur aujourd’hui)

-fréquentation des musées, succès des expositions coloniales qui perdurent malgré la décolonisation.
I-Pourquoi le désir européen de dominer le monde réapparait-il alors ?


  1. En quoi la colonisation est-elle le fruit de l’industrialisation ?


-L’industrialisation amène une croissance inédite de la production industrielle : les colonies constituent un débouché pour éviter ces crises de surproduction et s’assurer un commerce extérieur stable et une rentrée de devises. A cette époque le commerce extérieur des puissances européennes pèse 8650 millions de dollars. Les colonies fournissent par ailleurs une main d’œuvre bon marché qui exploite des produits agricoles souvent exotiques ou miniers. Cette tendance lourde persiste et s’aggrave en période de crise économique : ce n’est pas un hasard si la course au clocher s’emballe après le krach de Vienne en 1873. il faut trouver des débouchés pour des produits que les acheteurs habituels ne veulent plus. On retrouve le même réflexe au moment de la crise de 1929 et au sortir de la Seconde Guerre mondiale, où le principal réflexe est d’investir dans les colonies.



-L’industrialisation en améliorant les conditions d’existence des masses, notamment par les progrès de la médecine et de l’hygiène, favorise l’accroissement naturel des populations qui entrent dans la seconde phase de la transition démographique : les populations deviennent très nombreuses et sont tentées de partir à l’étranger quand la terre et l’emploi semblent manquer en France. On estime qu’en 1900 2% de la population britannique se trouve en dehors de ses frontières. Au même moment, on sait que de 1870 à 1913, 26M d’Européens tentent de s’installer aux Etats-Unis. L’industrialisation crée un désir de mobilité.
-L’industrialisation permet de transformer ce désir de mobilité en réalité, grâce à la révolution des transports. La vapeur et les progrès de la sidérurgie permettent de développer le transport maritime sur de longues distances, transocéaniques (cf l’Emigrant de Chaplin). Cette évolution consacre le Royaume-Uni comme une thalassocratie puis qu’elle transporte presque 3X plus d’hommes et de marchandises que l’Allemagne, la France et les Etats-Unis réunis en 1900. Le monde en 1900 est plus mobile qu’en 2000, ainsi que le montre D.COHEN dans Trois leçons sur la société post-industrielle : près de 4,5% de migrants internationaux contre 3% aujourd’hui (même si le chiffre s’accélère)


  1. Quels liens existe-t-il entre impérialisme et nationalisme ?


Trois nations européennes se considèrent comme des modèles à exporter et cherchent à se positionner sur la planète pour défendre leurs intérêts économiques et leur position géo-stratégique : la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Dans les autres pays le mouvement des nationalités ou le degré de développement industriel accuse plus de retard ; aussi sont-ils plus tardivement et moins bien représentés dans la course au clocher.
Ces nations ne communiquent pas, ne se comprennent pas, parfois même leurs ambassadeurs connaissent mal la langue du pays : le modèle aristocratique anglais critique la prétention de la bourgeoisie républicaine française, et les deux voisins ne supportent pas le militarisme aristocratique et impérial des Allemands. L’historien C.Charles (la Crise des sociétés impériales) voit dans cette incompréhension mutuelle une des causes des raidissements coloniaux et de la Première Guerre mondiale.


  1. La colonisation repose-t-elle réellement sur un devoir de « civilisation » ?



Prétexte ou réalité, en tout cas on considère souvent que la hiérarchie des races est une réalité et elle est enseignée aux enfants (Petit Lavisse, Tour de France par deux enfants). L’éducation imposée aux colonisés participe, du moins dans le cas français, de la diffusion d’une histoire et d’une culture censées remplacer la culture ancestrale et tribale, notamment en Afrique. Les Européens vont accomplir « le lourd fardeau de l’homme blanc ».

La hiérarchie tient à la culture des colonisés : les Africains sont jugés sans culture et sans histoire, à cause de leur rite et de l’absence des formes les plus élémentaires de l’Etat, contrairement aux régions d’Asie, anciennement structurées en entités centralisées et avec une culture écrite identifiable et séculaire.
II- Comment les empires coloniaux se mettent-ils en place et se structurent durablement ?


  1. Construction d’une carte de synthèse : le partage du monde.



  1. Quels sont les différents modes de gestion des colonies 


-les différentes formes d’administration

1/la colonie : pas de personnalité politique, aucune liberté

2/le protectorat : maintien d’une « fiction de l’Etat » et possibilité de conforter le régime local. Par exemple au Maroc, la présence des colons permet au sultan de conforter son autorité entre le traité de Fez (1912) et la fin officielle de la pacification (1935)

3/les colonies de peuplement ou les dominions britanniques : acquis le plus souvent par la conquête militaire, parfois commerciale, ces colonies voient affluer des Européens qui s’y implantent pour mettre en valeur les ressources et la terre. Si dans certains cas (Australie, Nvelle Zélande) les colonisés gardent une réelle autonomie, dans d’autres (Algérie, Afrique du sud) ils sont chassés et spoliés de leurs terres.

4/des Etats qui gardent leur indépendance mais à qui l’Europe impose des conditions discriminatoires comme la Chine, l’Egypte ou dans une certaine mesure la Russie. L’Egypte endettée des khédives voit arriver des fonctionnaires qui administrent la police, les finances, le commerce, les douanes, les ports. En Chine la guerre de l’opium en 1840 aboutit à des traités inégaux et à la cession à bail de Hong Kong. En 1859-60, de véritables trésors sont anéantis à Pékin, Tiensin. Les Européens organisent sa mise en tutelle et son morcellement en concessions territoriales (« break up of China »), qui deviennent des zones d’influence délimitées au gré des rivalités coloniales. Des groupes de pression comme le « lobby colonial » en France (armateurs, négociants, industriels, parlementaires) sont à l’origine de cet impérialisme financier.
-Faut-il opposer le modèle britannique à l’anti-modèle français ?
1/la France administre la plupart de ses colonies comme des provinces métropolitaines, par tradition centralisatrice et volonté d’assimilation. Elle organise son propre empire en grands blocs en Afrique et en Indochine, sous la direction de gouverneurs généraux métropolitains. Ce système qui réserve tous les pouvoirs à la métropole est aussi celui pratiqué par les Italiens et les Portugais. Des réformes vont néanmoins essayer de se mettre en place : la politique d’assimilation est remise en cause en France, au profit de l’association, après la 1°GM. L’élite indigène, partiellement assimilée, est davantage associée à la gestion locale. En 1937 le projet BLUM-VIOLETTE (Premier Ministre et gouverneur général d’Algérie) vise à conférer la citoyenneté complète à une minorité d’Algériens qui en sont jugés dignes : son échec s’explique par le rejet des colons français et des partis de droite. Enfin, en 1946, le travail forcé disparaît du code de l’Indigénat. Au Royaume-Uni les dominions, peuplés d’Européens, évoluent dans le cadre du Commonwealth, créé en 1931 par le statut de Westminster, qui leur octroie le self-government et une indépendance presque complète : les indigènes ont la responsabilité de leur politique intérieure (gouvernement par soi-même). Ce Commonwealth unit métropole et colonies d’un lien plus moral que juridique, il repose sur la libre volonté d’association.

2/l’administration indirecte (indirect rule) est appliquée par le Royaume Uni qui distingue ses colonies de peuplement (dominions) des autres colonies. Les colonies de peuplement européen ont été transformées en dominions solidaires qui ont leurs propres parlements et gouvernement. Les colons blancs gèrent ainsi le territoire. En revanche, dans les colonies d’exploitation à fort peuplement indigène (Empire des Indes, Afrique noire), le pouvoir est en partie confié aux élites locales, les « évolués ». Assistées de conseillers britanniques, elles se sont formées le plus souvent dans la métropole, pour gérer la société colonisée, lever l’impôt et alléger le coût de l’administration. Par pragmatisme, les Britanniques s’adaptent aux particularismes locaux, tout en espérant mieux faire accepter la colonisation à ceux qui la subissent.

3/les statuts des colonies oscillent entre association et assimilation :

►la France prétend pratiquer une politique d’assimilation ; elle dit vouloir donner les mêmes droits aux peuples colonisés que ceux des habitants du pays colonisateur. Les peuples colonisés doivent à terme obtenir l’égalité juridique. Les indigènes sont néanmoins considérés comme de grands enfants qu’il faut éduquer et qui doivent assimiler les valeurs de la République jusqu’à ressembler aux Français. C’est pourquoi ils apprennent le fameux « nos ancêtres les Gaulois » (mais révision des programmes d’histoire en 1924 dans un sens plus « régional ». L’objectif théorique est l’intégration. S’y applique le code de l’Indigénat, régime administratif spécial appliqué aux colonies, qui donne à l’administration coloniale des pouvoirs exceptionnels et laissent les indigènes hors du droit commun. Il assujettit les colonisés à un régime différent selon qu’ils sont métropolitains ou issus des dominions. Il y a deux lois et deux droits : selon l’appartenance raciale, tel statut politique et social ; les indigènes sont traités en mineurs. C’est une justice d’exception qui crée de nouveaux crimes et de nouvelles peines. Surtout elle peut être exercée par les tenants de la haute administration (gouverneur par exemple) en violation du sacro-saint principe de séparation des pouvoirs judiciaire et administratif. Ce régime prend naissance pour la France entre 1830 et 1850, au moment de cla conquête algérienne. Trois types de peine sont prévus : l’internement (emprisonnement, déportation, assignation à résidence), le séquestre des biens (y compris collectif comme les terres) et l’amende (qui aussi peut être collective, contrairement au droit français). En 1881 la 3ème République lui donne un aspect réglementaire. Les dénonciations sont précoces (Sénat, 1888). Ses défenseurs insistaient sur son caractère transitoire. Il ne sera aboli par décret que le 22 décembre 1945.
►Les Britanniques veulent maintenir l’idée d’une association des élites et reconnaître la spécificité du peuple colonisé, mais avec une pratique forte de la ségrégation. Elle est appliquée par les Britanniques dans les colonies d’exploitation. Elle souhaite laisser plus de libertés aux colonisés en acceptant les coutumes et leurs mœurs. En apparence plus souple, cette politique repose néanmoins sur le postulat que la civilisation britannique est inaccessible aux colonisés. Elle n’est pas plus favorable aux indigènes que le régime colonial français.
III-Quels échanges et quels conflits la colonisation engendre-t-elle ?


  1. Quels échanges économiques et quels liens culturels se tissent entre colonisateurs et colonisés ?


A-sur le plan économique
-L’échange inégal : on importe à un coût très bas des produits agricoles et miniers dont on a fixé les coûts, on exporte des produits industriels pour éviter la surproduction en Occident, et ce sans développer une industrie même primitive permettant le take off industriel du continent. On est dans une simple logique d’exploitations, parfois quasi-esclavagiste pour développer des routes servant uniquement les intérêts commerciaux (port d’Abidjan creusé à la main, cf Césaire, route du Congo Kinshasa décrite par Gide). Les investissements sont dérisoires : pour 1 $ investi en Angérie les Français investissent alors 12 $ en Russie, 2$ aux Etats-Unis, 2$ en Argentine, 3,5$ au Brésil. Cette échange inégal est fondateur : c’est sur lui que se fonde le tracé frontalier, puisque la conférence de Berlin en 1884-85 correspond à la signature de plusieurs centaines de traités commerciaux bilatéraux. La logique politique suit la logique économique.
-L’économie de rente : économie extravertie visant à vendre à l’étranger les matières premières et les ressources agricoles pour en dégager une rente. Economie fragile car souvent mono-activité. Quelques exemples : l’hévéa et l’étain dans les Indes néerlandaises, le café et le cacao en AEF – AOF…
-Une économie de traite enfin quand ils ne peuvent envisager une colonisation de peuplement et exploitent la main d’oeuvre. Attention néanmoins la traite n’est pas une invention des Européens, elle est rendue possible par les razzias menées dans les anciens empire africains au profit des blancs. Par exemple l’ancien royaume d’Abomey devenu le Dahomey autour de l’actuel Bénin profitait de son organisation militaire pour razzier des esclaves dans le sud du pays. Lorsque M.Kerekou arrive à la tête du pays il remplace le nom de Dahomey par Bénin pour faire oublier ce passé esclavagiste. Pourtant ce royaume était l’un des plus brillants du continent depuis le XVIIè siècle…
B-sur le plan culturel :
-Des rapprochements limités

1/Les populations indigènes constituent la majorité du peuplement des colonies (plus de 95%) Numériquement minoritaires, les coloniaux constituent cependant des communautés importantes en Australie, en Nouvelle Zélande, au Canada, en Afrique du nord et en Afrique du sud. Ailleurs, leur nombre est réduit (120 000 aux Indes, 210 000 en AOF). Le cloisonnement social est la règle. Les colons, même expatriés depuis longtemps, vénèrent toujours la métropole. Dans les colonies britanniques les notables indigènes sont associés au pouvoir mais ne sont presque jamais représentés par une assemblée élue. La ségrégation dérive parfois vers des pratiques racistes.

2/Globalement les deux sociétés cohabitent mais s’ignorent : les villes se développent sur le modèle européen, mais l’organisation de leur espace reproduit la ségrégation sociale et raciale. Elle ne favorise jamais la mixité.

3/Quelles que soient les politiques adoptées, la colonisation a bouleversé la culture des peuples dominés : elle a brisé les cadres traditionnels. Elle a brisé les cadres traditionnels qui assuraient leurs solidarités et a transformé leurs habitudes et leurs modes de pensée. Les missions religieuses ont ébranlé les croyances traditionnelles et le culte des ancêtres, l’enseignement a créé une classe « d’évolués » déchirés entre l’influence occidentale et la tradition. Ce sont ces « évolués » qui souvent vont devenir les ténors de la contestation. A cet égard, nombreux sont les anciens instituteurs ou directeurs d’école parmi les leaders africains.
La naissance d’une contre-culture coloniale :

-Pour autant, des échanges existent encore entre les cultures : l’architecture locale emprunte aux villes européennes (gare victorienne de Bombay, urbanisme français à Shangaï), inversement la gastronomie occidentale adopte des pratiques d’outre-mer. Les arts décoratifs reproduisent les formes exotiques de l’art nègre (art d’influence africaine dont la vogue correspond aux années Art déco, vers 1920, notamment les masques et figurines africaines). Certains peintre comme Van Dongen puisent leur inspiration dans l’exotisme oriental. L’enseignement et les missions religieuses ouvrent d’autres formes de contact, ressentis comme un moyen d’assimilation et d’ascension sociale (lycée français, collèges anglais), de progrès (action médicale), ou au contraire de domination culturelle. Cet art nègre inspirera notamment PICASSO. C’est l’époque de la splendeur parisienne de Joséphine BAKER.
Des conflits prédominants et une volonté d’acculturation qui confine parfois au génocide : à la fin du 19ème siècle, les Allemands installés dans le sud-ouest africain accaparent les terres et mettent les populations au travail forcé. Les Hereros se soulèvent en 1904. Les colonisateurs vont trouver dans cette réforme le prétexte pour éliminer une population qui les gêne dans leur projet de créer une colonie de peuplement blanc. A l’exploitation économique succède un projet d’éradication. La guerre coloniale menée par le général VON TROTHA devient vite exterminatrice : combattants comme civils sont tués. Les Hereros survivants sont repoussés dans le désert, où 30 000 d’entre eux trouvent la mort. Début 1905, la révolte est matée : sur les 80 000 Herero, il n’en subsiste qu’environ 10 000 dont la plupart se réfugient dans les colonies anglaises voisines. C’est là le seul massacre que l’on peut qualifier de génocide dans les empires coloniaux.



  1. Comment se manifestent les tensions entre les « puissances impériales » ?


-L’incident de Fachoda : en 1898 rencontre de Lord Kitchener et de la mission Marchand au sud de Karthoum. Les Français voulaient pénétrer par le Golfe de Guinée et rejoindre l’est. Les Anglais voulaient établir une route du Caire au Cap. Menace de guerre franco-allemande, il faudra attendre la signature de l’Entente en 1904 pour que les relations s’apaisent.

-La double crise d’Agadir : en 1905 les Allemands menacent d’ouvrir le feu sur Agadir car ils veulent le Maroc. En 1911 les pressions recommencent. En 1912 le traité de Fès négocie en outre la cession de terres congolaises (bientôt rattachées au Cameroun déjà allemand) contre la reconnaissance de la souveraineté française sur le Maroc. Menace de guerre franco-allemande.

-Les solutions sorties de la première guerre mondiale : l’Allemagne vaincue perd toutes ses terres (Namibie, Tanzanie). Alimente la rancœur allemande sur laquelle Hitler a surfé dans les années 1930.


  1. Comment le système colonial est-il contesté par les indigènes et par certains Européens ?


-les rébellions :

1/Abd el Krim : Victorieux des Espagnols à Anoual, il crée une République du Rif en 1922. Il n’obtient pas le soutien du sultan du Maroc mais parvient à freiner la progression de Lyautey. Il faudra une armée franco espagnole de 450 000 hommes et le recours aux gaz de combat pour vaincre Abd el Krim en 1925 (armées commandées par Pétain et Primo de Riveira).

2/Samory Touré : Chef de guerre expansionniste de Guinée, S.Touré entend progresser vers l’Afrique de l’ouest et se constituer un grand empire dont la seule cohérence est l’Islam ; mais il se heurte aux intérêts français au Soudan. Malgré leur artillerie lourde les Français sont défaits à deux reprises en 1882. Terrorisant ponctuellement l’armée française, il est finalement vaincu en 1898 et exilé au Gabon.
-les mouvements nationalistes qui se structurent peu à peu :

1/ces mouvements sont surtout liés au choc des cultures. D’une part le manque de terres, confisquées par les colons, la pression fiscale et le travail obligatoire conduisent à la paupérisation de larges couches des sociétés indigènes. D’autre part, en ignorant leur identité, en niant leur culture, en leur imposant de nouvelles valeurs, la colonisation provoque de profonds traumatismes, qui alimentent la contestation. D’où l’éveil des nationalismes continentaux… Les résistances locales sont de plus en plus nombreuses chez les indigènes : d’un côté les « traditionalistes » veulent retourner aux sources de leur civilisation pour résister à l’Europe, de l’autre les « modernistes » veulent au contraire se mettre à l’école de l’Europe pour mieux la combattre (tactique du cheval de Troie). Les « Vieux Turbans » en Algérie s’appuient sur le Coran pour dénoncer la civilisation matérialiste apportée par la France. Les « Jeunes Turcs » revendiquent le libre-accès aux emplois publics et le droit d’être représentés au Parlement au nom de l’idée française du progrès.

2/En Asie, dans les régions soumises à l’Europe, se multiplient les mouvements nationalistes qui dénoncent l’impérialisme des puissances coloniales. En Inde, sous l’influence du Mahatma Gandhi, le Parti du Congrès revendique le self-government et appelle au boycott des produits britanniques, au refus de l’impôt et à des marches protestataires. C’est la politique de « désobéissance civile ». Le retour au rouet prôné par Gandhi est une manifestation symbolique contre l’invasion de l’Inde par l’industrie moderne et l’aliénation de l’homme par la machine. En Indochine le parti communiste indochinois de Nguyen Ai Quoc (futur Ho Chi Minh) exige un statut analogue à celui des dominions britanniques. Le communiste profite de l’épuration qui a suivi l’échec de l’émeute de Yenbai en 1930. Aux Indes néerlandaises le parti national indonésien créé en 1927 par un jeune ingénieur de Bandoung, Achmed Soekarno (ou Sukarno), exige l’indépendance.

3/en Afrique la 1°GM marque aussi un tournant. Le Maghreb est le premier touché, en trois épisodes. Primo la guerre du Rif au Maroc (autour d’ABD EL KRIM). Secondo, le Néo-Destour en Tunisie, parti créé par un jeune avocat du nom d’Habib BOURGUIBA qui se lance en 1938 dans une campagne de grèves et de manifestations qui débouchent sur des affrontements sanglants. Tertio en Algérie le mouvement de l’Etoile nord-africaine de Messali HADJ (1927)qui progresse malgré l’arrestation de son leader en 1933. Partout dans ces pays arabes s’affirme la volonté de défendre les valeurs de l’Islam contre l’emprise de l’Occident. En Afrique noire le mouvement est alors plus limité.

4/Au Proche Orient, le nationalisme se développe dans les anciennes possessions de l’empire ottoman sont remises en mandat par la SDN à la France (Syrie, Liban) et à l’Angleterre (autres terres arabes) ; ces derniers ont promis au cherif de la Mecque la constitution d’un grand royaume arabe et aux juifs la création d’un « foyer national » en Palestine (déclaration Balfour de 1917). Les Britanniques créent en Palestine une situation explosive quand en 1937 ils proposent le partage de la Palestine entre juifs et arabes. Ils doivent reconnaître progressivement l’indépendance de l’Egypte (1922-1936) mais leurs troupes conservent le canal de Suez.
-les intellectuels qui contestent le système colonial : naissent en effet des mouvements contestataires s’incarnant dans de nouveaux modèles culturels proprement coloniaux : c’est le cas de la négritude, concept forgé par L.S.SENGHOR et relayé par A.CESAIRE. Il exalte les valeurs culturelles de la civilisation négro-africaine (notamment dans les Ethiopiques) fondés sur « l’émotion, la sympathie, le rythme, l’esprit communautaire et démocrate ». C’est un retour aux sources en réaction à la culture européenne et gréco-romaine qui leur est imposée. Il décrit la civilisation occidentale comme étrangère, répressive, oppressive et aliénante. L’l’hostilité au colonialisme a été constante également en Europe, et le mouvement réunit un panel hétéroclite : en France et en Grande Bretagne elle est le fait d’économistes libéraux qui affirment préférer le commerce à la domination et dénoncent les coûts financiers de la colonisation. Elle rassemble aussi des catholiques et des socialistes s’unissant pour dénoncer la cruauté des administrateurs coloniaux et les profits réalisés par les entreprises installées outre-mer. Ils n’en contestent pourtant pas le bien-fondé, convaincus de la supériorité de la civilisation européenne. Cette lassitude sort grandie de la 1°GM, à cause de laquelle le prestige occidental est ébranlé : comment les métropoles peuvent encore incarner le progrès et la civilisation après la barbarie ? Les pertes sont lourdes ; on dénombre 61500 morts pour la France parmi les Algériens, les Sénégalais, les Malgaches, les Indochinois. La guerre éveille la conscience nationale des colonisés nourrissant des projets d’émancipation. En 1918 le président WILSON suscite de grandes espérances avec son discours des « 14 points » du 8 janvier 1918 où il énonce le principe d’autodétermination, le droit des peuples à disposer d’eux mêmes. En 1919, O.SPENGLER écrit le Déclin de l’Occident : il annonce que la civilisation de l’Europe est sur une pente descendante. Un an plus tard le géographe A.DEMANGEON publie le Déclin de l’Europe où il montre que déjà en Egypte et en Inde les peuples dominés commencent à se révolter contre elle.
Conclusion : le rôle positif de la colonisation.
Doc 6 page 93 : réflexion – débat

Vif débat après la loi de 2005 sur le « rôle positif de la colonisation », adoptée au Parlement un vendredi après midi devant une trentaine de députés... L’article 4 stipule que « les programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices de combattants de l’armée française issue de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit ».

-problème pas d’ordre éthique mais surtout déontologique : l’historien n’est pas un juge ni un agent comptable.

-l’embarras vient de l’entrecroisement de la mémoire et de l’histoire, et l’histoire coloniale est un « passé qui ne passe pas » ; il a fallu attendre 1999 pour que la guerre d’Algérie soit officiellement reconnue comme telle. Ce retour de mémoire traduit l’émergence de lobbies : extrémistes nostalgiques de l’OAS, harkis, anciens combattants algériens.

-l’historien ne reste-t-il pas avant tout citoyen ? Cf M.BLOCH, le Métier d’historien : « nous fûmes de bons ouvriers, mais avons-nous été de bons citoyens ? »
Quel bilan peut-on en faire ? Les Européens croient aux apports de leur présence : les missionnaires ont été les avant-gardes de la colonisation. Ils diffusent la religion chrétienne (protestante, catholique), leur action étant relayée par les fonctionnaires métropolitains. Leur action est moralisante et éducative : la seule Foreign Bible Society distribue en un siècle 320M de bibles en 538 langues ou dialectes. Attention : ils précédaient la colonisation et voulaient lui survivre.

-Les médecins favorisent les progrès de l’hygiène, lancent des campagnes de vaccination et luttent contre les maladies tropicales et les épidémies. Les médecins ouvrent également des dispensaires et des maternités. Ces apports contribuent à baisser les taux de mortalité et à favoriser l’accroissement de la population. Des grands noms de médecin sont restés comme le souligne A.HUGON : le Dr Schweitzer au Gabon (soins), le Dr Jamot qui a contribué à lutter contre la maladie du sommeil ( trypanosomiase : dépistage et vaccination). 80M de doses de vaccin contre la fièvre jaune administrées en AOF jusqu’au milieu des années 1940. Mais : l’action sanitaire tarde à avoir un effet visible sur la croissance démographique (le décollage date réellement des années 1950). Ces médecins développent un système paternaliste et autoritaire, d’autant qu’ils sont peu nombreux : 1 médecin pour 100 000 habitants en Afrique subsaharienne ( avec des zones à 1 pour 500 000). Les délais sont parfois très long pour appliquer les découvertes théoriques : 58 ans entre la découverte de l’agent pathogène contre la lèpre et la campagne prophylactique contre la maladie, 52 ans pour l’onchocercose.

L’action civilisatrice des coloniaux prend aussi un caractère social avec le rachat d’esclaves, la construction d’orphelinats, d’hospices, l’émancipation de la femme par l’organisation de la monogamie.

-Les enseignants ont une mission d’alphabétisation, l’enseignement se fait en langue indigène pour les cours élémentaires, et dans la langue du colonisateur pour les études secondaires et supérieures. Mais attention, en 1957 seul 1 Africain sur 7 va à l’école. Ce sont d’abord des enfants de classe dirigeante.

-Les ingénieurs contribuent à la modernisation des infrastructures et à l’équipement des services publics des colonies.

-Partout l’explosion démographique et la pression démographique provoquent une urbanisation rapide : dans le sud-est asiatique, toutes les grandes villes ont été fondées par des puissances coloniales sur des sites autrefois peu sollicités. En Afrique, Casablanca, Alger, Abidjan, Nairobi fascinent les villageois.

-Les élites indigènes sont occidentalisées : elles adoptent les habits et les mœurs des métropolitains et sont formées dans le cadre d’un enseignement qui diffuse les principes européens de liberté et de souveraineté nationale. L’Europe apparaît comme un modèle à imiter. Offrant la possibilité d’une ascension sociale, la scolarisation promeut ainsi des auxiliaires indigènes attachés à l’ordre colonial, parmi lesquels se trouvent de petits fonctionnaires, des journalistes et des médecins.






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