Comprendre l’expression «les Trente Glorieuses»





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date de publication20.05.2017
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Les « Trente Glorieuses » :
Objectif : comprendre l’expression « les Trente Glorieuses »

TEXTE :

Dans la première partie de son ouvrage, Les Trente Glorieuses, l’économiste Jean Fourastié (1907-1990) compare deux villages et les importants contrastes socio-économiques qui les séparent : Madère pourrait appartenir à un pays en voie de développement, Cessac présente tous les signes d’une économie industrielle et tertiaire. L’auteur révèle à la fin de son analyse que ces deux villages n’en sont qu’un seul, Douelle, mais à deux dates différentes : 1946 et 1975. Le village a été transformé par trente années de développement économique, qualifiées de « Trente Glorieuses »
« Ne doit-on pas dire glorieuses les trente années qui séparent Madère de Cessac, et ont fait passer Douelle et la France de la pauvreté millénaire, de la vie végétative traditionnelle, aux niveaux de vie et aux genres de vie contemporains ? A meilleur titre cependant que « les trois glorieuses » de 1830 qui, comme la plupart des révolutions, ou bien substituent un despotisme à un autre, ou bien, et ce sont de meilleurs cas, ne sont qu’un épisode entre deux médiocrités (…).

Libre à quelques adolescents sympathiques mais mal informés, bénéficiant du niveau et du genre de vie actuels de la France, de l’hygiène, de la santé, de la Sécurité Sociale, et de tous les moyens modernes de transport, d’information, de communication… de critiquer, voire de détester la « société de consommation ». Après les descriptions qu’on vient de lire, leurs opinions et leurs sentiments paraissent hâtifs. En fait, les peuples ont toujours ardemment désiré échapper aux pauvretés, aux duretés, aux misères traditionnelles ; aucun n’a pu le faire plus rapidement et plus nettement que la France en ce troisième quart du XXème siècle (…). Et l’écart qui sépare Cessac de Madère, et plus encore du Douelle de 1830 et de 1750, l’élévation de l’espérance de vie, la réduction de la morbidité et des souffrances physiques, la possibilité matérielle pour l’homme moyen d’accéder aux formes naguère inaccessibles de l’information, de l’art, de la culture, suffit, même si cet homme moyen s’avère souvent indigne de ces bienfaits, à nous faire penser que la réalisation au XXème siècle du Grand Espoir de l’Humanité est une époque glorieuse dans l’histoire des hommes.

Mais il n’en est pas moins certain que cette étape glorieuse ne débouche pas sur un arrêt de l’histoire, ne débouche pas sur un avenir figé par l’avènement d’une prospérité permanente et d’un bonheur immuable. (…) Nous savons bien que la condition humaine reste tragique, et qu’elle sera peut-être même d’autant plus ressentie comme telle que l’homme disposera de plus de temps pour s’informer, pour comprendre (pour tenter de comprendre) et pour réfléchir. (…) »

Jean Fourastié, Les Trente Glorieuses, Paris : Hachette, 1979
QUESTIONS :


  1. A la date de la parution de l’ouvrage de Fourastié, quel est le contexte économique mondial ?

  2. Quelles évolutions majeures le village de Douelle a-t-il connues entre 1946 et 1975 ?

  3. A l’aide du texte, définissez avec précision l’usage de l’adjectif « glorieux » pour désigner ces Trente années par Jean Fourastié

  4. Quelles transformations pressent-il à la fin de cet extrait ?

  5. Quelles images de l’humanité le texte renvoie t-il ?

CORRECTION :
1) Il faut repérer la date de la parution de l’ouvrage (1979) et surtout celle de la fin de la période étudiée par Jean Fourastié (1975). Cette double information permet de comprendre que l’auteur écrit à une époque où les chocs pétroliers n’ont pas produit tous leurs effets. Il s’agit donc, après une courte introduction replaçant l’ouvrage dans son contexte, de définir la crise.
En 1979, les Trente Glorieuses, sujet de l’ouvrage de Jean Fourastié, s’achèvent. Marquée par une forte croissance économique et une élévation continue du niveau de vie, cette période connaît à partir de 1973 un début de récession déclenchée par le choc pétrolier de cette année-là.

Une nouvelle période s’ouvre alors, dominée par le chômage structurel de masse dans un contexte de croissance ralentie. En effet, alors que les pays développés connaissaient une croissance moyenne du PIB de 5%/an dans la période 1950-1975, cette statistique chute à moins de 3% pour la décennie suivante. La France, comme les autres pays industrialisés, entre alors dans la stagflation, caractérisée par une forte inflation et une croissance médiocre. Ce phénomène s’explique en partie par l’effondrement du système monétaire international élaboré à Bretton Woods en 1944, en partie par l’essoufflement du fordisme, et enfin par la concurrence de nouveaux producteurs dans les domaines-clés de la sidérurgie, de la métallurgie ou encore de l’automobile. Dans un contexte d’essor des échanges internationaux et de plus grande interdépendance entre les économies, ces facteurs structurels sont aggravés par la forte hausse des prix du pétrole en 1973 puis en 1979.

2) La première étape consiste à repérer dans le texte les propres mots de Jean Fourastié pour définir et caractériser ces évolutions :

-« de la pauvreté millénaire (…) aux niveaux de vie et aux genres de vie contemporains. »

-« Hygiène, Sécurité Sociale, (…) de communication »

-« l’élévation de l’espérance de vie (…) de la culture ».

Ensuite, il faut aller au-delà du texte pour éclairer ces expressions à l’aide de connaissances (statistiques d’espérance de vie, exemples d’équipement des ménages, etc.) faute de quoi l’on reste à la surface du document et on fait de la paraphrase. En revanche, il faut rester dans la question : la situation du village de Douelle n’étant que rapidement abordée dans cet extrait, on ne peut trop généraliser. La meilleure méthode consiste donc à organiser la réponse en classant les évolutions en grandes catégories (regrouper les infos du texte) et en les illustrant de quelques exemples tirés du cours (ce qui permettra de replacer Douelle dans un contexte d’évolutions au niveau mondial).
Jean Fourastié illustre les évolutions majeures qu’a connues le village de Douelle en trois endroits de cet extrait :

D’abord en situant ces évolutions dans une perspective de longue durée : « de la pauvreté millénaire (…) aux niveaux et genres de vie contemporains ». L’auteur insiste donc d’abord sur les aspects matériels de ces évolutions. En effet, en l’espace de ces trente années, la hausse des revenus (chiffres), et notamment des salaires, a permis de modifier les habitudes de consommation et d’accroître considérablement l’équipement des ménages et donc le confort et le niveau de vie. De plus, la tertiarisation croissante de l’économie ainsi que l’intervention de l’Etat ont permis l’affirmation des classes moyennes urbaines.

Ces évolutions sont ensuite caractérisées en terme d’intervention de l’Etat : « Hygiène (…) de communication ». C’est en effet l’Etat-providence qui a mis en place les régimes de sécurité sociale permettant à chacun d’être protégé et couvert en cas d’imprévus. Par cette politique, l’Etat a également favorisé l’essor de la demande, ce qui a profité à la croissance. Enfin, l’Etat a lui-même accru la demande en entreprenant de grands travaux de construction et de rénovation des infrastructures de communication et de transport, désenclavant les campagnes et accompagnant l’essor de l’urbanisation.

Enfin, l’auteur insiste sur les progrès sanitaires et culturels qui résultent de cette forte croissance : « élévation de l’espérance de vie (…) de la culture ». La hausse des revenus ainsi que les progrès scientifiques en médecine ont permis à l’espérance de vie de s’accroître, passant de 68 ans en 1950 à 75 ans en 1975. La multiplication des infrastructures de santé ainsi que la mise en place de la Caisse d’Assurance Maladie ont permis de réduire sensiblement la présence de maladies anciennes telles que la tuberculose. Au-delà de ces améliorations matérielles, l’action de l’Etat, l’essor des classes moyennes et de la scolarisation ainsi que la société de consommation ont favorisé une plus grande diffusion de la culture, voire une plus grande homogénéisation de celle-ci comme « culture de masse ».

3) Le qualificatif de « glorieux » apparaît deux fois dans le texte : dans le premier paragraphe et à la fin du second/début du troisième. Il s’agit donc d’en comprendre le sens et de s’interroger sur ce que l’auteur a voulu dire. Pour cela, une analyse plus littérale du texte est nécessaire dans un premier temps : à quel champ lexical appartient l’adjectif « glorieux » dans chacune de ses mentions, dans quelles figures de style l’auteur les emploie-t-il ?

Dans un second temps, il s’agit d’organiser la réponse de manière à éclairer le sens de l’expression : le mieux est de faire deux paragraphes reprenant chacune de ces mentions.
Le qualificatif de « glorieux » est justifié par l’auteur à travers deux mentions.

La première est une comparaison avec les « Trois Glorieuses » de 1830, c'est-à-dire les journées des 26, 27 et 28 juillet 1830 qui ont vu l’insurrection parisienne forcer Charles X à abdiquer et le début de la « monarchie de Juillet » (Louis-Philippe). L’auteur montre la vanité de ce dernier qualificatif pour désigner une révolution qui a remplacé « un despotisme par un autre ». Cette précaution permet à Jean Fourastié de justifier de la création d’une nouvelle expression en remplacement d’une formule ancienne qui dévalorisait l’adjectif de « glorieux ».

(NB : si vous n’avez plus de connaissances sur les « trois glorieuses », vous pouvez quand même voir cette idée)

La seconde mention prend une tournure épique. La période 1945-1975 est relue à travers l’histoire générale de l’humanité comme une époque brillante, novatrice et pleine de promesse pour l’Homme : « la réalisation au XXème siècle du Grand Espoir de l’Humanité est une époque glorieuse dans l’histoire des hommes ». Cette outrance dans le style permet à l’auteur d’élever une constatation socio-économique au rang d’épopée dans une Histoire souvent « tragique ». La aussi, Jean Fourastié justifie son « invention » en replaçant la période dans une perspective historique plus longue : il donne ainsi un SENS à ces mutations formidables.
4) La question est à la fois très ouverte (car la fin de l’extrait est assez floue) et fermée (on parle de transformations). Il faut donc lire attentivement le dernier paragraphe en soulignant les mots les plus importants et en tentant d’en saisir les idées-clés. On peut alors remarquer qu’il y deux phrase, donc deux idées ! Dans la première doit être soulignée l’idée que la prospérité et le bonheur ne sont ni permanents ni immuables (annonce de la crise). Dans la seconde, on relève l’idée que l’homme à plus de temps pour s’informer et pour comprendre (révolution des communication).

A la fin de cet extrait, l’auteur tire un bilan des transformations étudiées et des progrès formidables observés en l’espace d’une génération.

La première constatation est le refus de la fin de l’Histoire : les progrès matériels et la croissance économique sont des phénomènes économiques et sociaux, donc soumis aux changements dynamiques de l’Histoire. L’auteur annonce ainsi les conséquences de la crise qui suit les chocs pétroliers.

L’extrait se conclut par une réflexion sur les progrès de la communication. L’auteur s’interroge sur le rôle que joueront les nouvelles technologies de la communication dans le progrès humain.

5) Ma question préférée car elle oblige à relire le texte en profondeur. Le mieux est de chercher toutes les généralisations que l’auteur fait sur l’Homme et l’Humanité. Il y en a beaucoup mais seules trois mentionnent explicitement ces deux termes. La fin du second paragraphe et la dernière phrase du texte.

Il faut donc là aussi analyser ces deux passages pour expliquer la manière dont Jean Fourastié voit l’humanité et son histoire.
Commencé par une réflexion sur la rapidité et la radicalité des changements intervenus durant les Trente Glorieuse, rapidité et radicalité qui justifient aux yeux de l’auteur le qualificatif de « glorieux », le texte s’achève par une double réflexion sur la « condition humaine » et « l’histoire humaine ».

Le premier insiste sur les aspects matériels de la délivrance de la pauvreté et de la maladie : « les peuples ont toujours ardemment désiré échapper aux pauvretés, aux duretés, aux misères traditionnelles ». L’humanité est donc conduite par ce « Grand Espoir » d’échapper à sa condition matérielle et physique.

Mais Jean Fourastié nuance cette vision par une autre image de la condition humaine : celle-ci est « tragique », c'est-à-dire marquée par les guerres, le malheur, les crises et c’est au fond ce qui la fait avancer : « elle sera peut-être même d’autant plus ressentie comme telle que l’homme disposera de plus de temps pour s’informer, pour comprendre (pour tenter de comprendre » et pour réfléchir. »
BILAN : c’est un devoir vraiment fait pour des 1°L en raison des compétences qui y sont demandé, au croisement de l’Histoire et des Lettres, voire de la Philosophie. J’ai conscience qu’il n’est pas aisé à aborder, surtout en début d’année. Mais il permet de faire comprendre que l’essentiel du commentaire d’un document passe par la lecture de ce dernier.

En effet, deux écueils doivent être évités : la paraphrase et la récitation du cours. Ne pas faire de paraphrase passe par une mise en perspective (au sens optique, c'est-à-dire d’un effet d’optique courant dans l’art occidental depuis la Renaissance) des informations du document à l’aide de vos connaissances. Mais il faut également se garder de dérouler son cours, sans lien avec le document : auquel cas, on argumente à propos du document au lieu de le commenter. Il est donc nécessaire de coller au texte pour ne pas trahir la pensée de l’auteur, notamment par anachronisme (ex : un discours de Nixon sur le retrait américain au Vietnam ne peut pas faire allusion à la fin de la guerre froide !!!).

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