Tome 1 : de l’ancien régime à la première guerre mondiale





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HISTOIRE ÉCONOMIQUE DE LA FRANCE

DU XVIIIème SIÈCLE À NOS JOURS

Jean-Charles Asselain
TOME 1 : DE L’ANCIEN RÉGIME À LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE
INTRODUCTION
- Le développement économique français présente un caractère intermédiaire en Europe : en retard par rapport à la Grande-Bretagne, en avance par rapport au continent, persistance de l’agriculture, industrialisation inégale selon les régions françaises.

- Un modèle de croissance original, entre le modèle britannique et celui des pays à industrialisation tardive rattrapant leur retard initial. Industrialisation modérée, centrée sur l’industrie du textile, rôle secondaire des banques, retard dans le processus de concentration (comme en Grande-Bretagne). Mais dépendance technique et rôle majeur de l’État, comme dans les pays d’industrialisation tardive.

- On parle parfois d’ « étapes de la croissance », par exemple pour la révolution industrielle anglaise, à partir de 1770 : transformation des structures, croissance des industries dominantes, « take-off » d’une vingtaine d’années selon ROSTOW, progression du taux d’investissement, accélération de la croissance, essor des secteurs produisant des biens de production… En France, rien de tout cela, « croissance sans take-off », pas de réelle datte du décollage industriel : les trois décennies de l’Ancien Régime (émergence de la croissance, naissance de l’industrie), la période napoléonienne (modernisation industrielle), la monarchie de Juillet et le second Empire (accélération de la croissance industrielle), 1895-1914 (essor de nouvelles industries, rattrapage de la France) ? Processus d’industrialisation étalé sur très longue période, croissance progressive.

- Processus irrégulier, phases d’arrêt ou de ralentissement (Révolution de l’Empire, « grande dépression » de la fin XIXème siècle…).

- Limite des comparaisons des « performances » économiques des pays au moment de leur décollage, différences de « potentiel de croissance », démographie, divers facteurs d’infériorité. ROEHL (1976) voit en la France la première nation industrielle du monde, et non pas la Grande-Bretagne : les difficultés que la France a connues seraient celles des nations pionnières, le recul rapide de la natalité témoignerait de l’avance française, l’ensemble de l’économie ne peut se réduire à l’industrie et à ses progrès techniques, la France exportait relativement plus de produits manufacturés vers la Grande-Bretagne que réciproquement.

- Selon O’BRIEN et KEYDER (1978), la France et la Grande-Bretagne ont suivi des chemins différents, mais parallèle jusqu’au XXème siècle. Pas de retard donc, mais des différences (qualité des produits, spécialisations différentes, « avantage comparatif » différent). On retrouve ce parallélisme de la croissance dans la comparaison avec l’Allemagne, pourtant également jugée supérieure industriellement.

- Relativité de la notion de croissance, et de la signification des taux de croissance du PIB au XIXème siècle (BAIROCH, le « mythe de la croissance »). Ambiguïté du terme de « crise », entre « dépression » (chute brutale de la production) et simple « récession » (ralentissement de la croissance).
PARTIE 1 : LE PREMIER ÉLAN DE LA CROISSANCE AU XVIIIème SIÈCLE
Introduction
- La Révolution Française est l’aboutissement d’une crise profonde de la société et de l’économie française. Le XVIIIème siècle n’a pas été marqué par une révolution industrielle comme en Grande-Bretagne, mais n’a pourtant pas été une période de stagnation. Difficulté d’apprécier le rythme et l’intensité des progrès économiques.

- LABROUSSE, en observant le mouvement des prix et des revenus, conclut à une crise de longue durée de l’économie française, impliquant une paupérisation durable des salariés et des masses agricoles. La Révolution Française serait une « révolution de la misère ».

- Pour d’autres historiens, au contraire, « les années 1780-1786 marquent l’apogée de la croissance économique sous l’Ancien Régime », et la crise de 1787 n’est que conjoncturelle, de sorte que les changements politiques de 1789 portent la responsabilité de l’interruption du décollage économique émergent.
1. LA « RÉVOLUTION AGRICOLE » EN FRANCE AU XVIIIème SIÈCLE : MYTHE OU RÉALITÉ ?
- Importance de l’agriculture dans l’économie française (85% de la population totale), hiérarchie sociale fondée sur la propriété foncière. Travaux de QUESNAY et des Physiocrates dans les années 1750-1760, selon lesquels la prospérité provient des progrès agricoles, rupture avec les mercantilistes.

- Pour BAIROCH, le progrès agricole est le facteur déterminant du démarrage de la croissance moderne, comme en Grande-Bretagne, où la « révolution agricole » a précédé la « révolution industrielle », par transmission : la hausse des revenus dans l’agriculture a stimulé la demande de biens industriels, de consommation ou de production.
I. LES OBSTACLES AU PROGRÈS AGRICOLE SOUS L’ANCIEN RÉGIME
1) Le régime seigneurial

a) Le statut personnel des paysans

- Le servage subsiste de fait en France jusqu’en 1789. Néanmoins, la majorité des paysans sont libres, non attachés à la terre, possèdent le droit de possession et de legs.

b) Le régime de la propriété

- Le régime féodal se caractérise par une superposition de droits de propriété. Le seigneur exerce un droit de « propriété éminente » (il perçoit des redevances de tous les paysans. La communauté villageoise détient des droits collectifs (terrains communaux…). Propriétés nobiliaires, bourgeoises et de l’Église représentaient 60% de la propriété foncières, le reste étant possédé par des paysans tenanciers (quasi-propriétaires, car ils payaient des droits seigneuriaux).

c) Le système de prélèvements

- Multitude de prélèvements et de « droits seigneuriaux », en nature et en travail, très rigides (contrairement au fermage, qui s’ajuste à la valeur des récoltes). Poids de la dîme, assise sur la récolte brute (et donc impôt plus lourds quand les révoltes sont mauvaises) ; impôts royaux (taille, vingtièmes). Absence d’administration financière, crises financières.

- Ces charges viennent réduire les capacités de modernisation agricole.

d) Les modes d’exploitation

- Prédominance de la petite exploitation paysanne de métayers et fermiers travaillant sur les domaines fonciers des nobles. Le progrès agricole ne peut donc venir que des « seigneurs éclairés », propriétaires bourgeois, gros fermiers, « laboureurs », tous suffisamment aisés et entreprenants pour développer les exploitations.

- Clivage important entre exploitation traditionnelle et progressive ; entre régions de petite culture et de grande culture.

2) Systèmes agraires, inégalités, cloisonnements régionaux

- Grande diversité régionale des systèmes agraires en France, par comparaison avec l’Angleterre. Dans le Nord de la France, système de l’openfield (« champs ouverts »). Exploitation individuelle soumise à des contraintes collectives (assolement triennal, division du terroir imposée…), mais bénéficiant de droits collectifs (vaine pâture, utilisation des terrains communaux…). Les agronomes anglais reprochaient à ce système sa faible productivité (problème des jachères) et sa faible progressivité (les contraintes collectives freinent l’expérimentation et l’innovation), et préconisaient les enclosures (constitution de propriétés individuelles d’un seul tenant et encloses), symbole de la révolution agricole britannique. Cependant, l’openfield est facteur de cohésion de la communauté villageoise, soutien pour les paysans les plus pauvres. En France, c’est le système des régions les plus développées de « grande culture ».

- Dans le reste de la France, infinité de variantes, souvent plus extensives (assolement biennal, ou même aucun assolement régulier). Mêmes différences régionales dans les techniques et l’outillage (la faux ne s’utilise que dans les régions de grande culture, remplaçant la faucille encore très utilisée ailleurs ; l’usage de la charrue est exceptionnel).

- Faiblesse de la productivité, seules l’Artois et la Flandre ont atteint le stade de l’agriculture intensive. Difficile évaluation des rendements, « à la semence » (nombre de grains récoltés par grain semé), de l’ordre de 4 ou 5 : la semence prélève donc une part importante des récoltes. Faible degré de spécialisation régionale, la polyculture sert à atténuer les risques. Prédominance des exploitations céréalières, peu de prairies, entraînant un manque de fourrage ; peu d’élevage, donc manque de fumure, imposant une jachère abondante (« cercle vicieux de la jachère »).

- Fortes fluctuations de l’agriculture française, agriculture encore largement de subsistance : la consommation paysanne subit directement les variations des niveaux de récolte, encore amplifiées par les prélèvements fixes et les exigences de semence. Crises de subsistances, « mortalité de pointe » des années 1739-1743.

- L’économie rurale est déjà monétarisée, et les prix réagissent très fortement aux variations des récoltes, quantitatives et saisonnières (période de la « soudure », précédant les récoltes, marquant une forte hausse des prix, des disettes). Cloisonnement régional de l’agriculture, faiblesse des moyens de transport et coûts élevés, douanes intérieures faisant obstacle à la libre circulation des grains, régions enclavées.
II. LES PREMIERS TÉMOIGNAGES D’UNE CROISSANCE AGRICOLE

1) L’agriculture française n’est plus au XVIIIème siècle une agriculture stagnante

- Succès du mouvement physiocrate, de l’agronomie.

- L’agriculture est encouragée par la monarchie. Amélioration des routes, Turgot souhaite instaurer la libre circulation du grain, les grands propriétaires obtiennent un certains nombres d’ « édits de clôture » mettant fin à l’openfield, des partages des terres communales. Mais mouvements de résistance des paysans hostiles à ces « progrès agricoles ». Politique d’encouragement aux défrichements, hausse des superficies cultivées, mais problème des rendements décroissants.

- Quelle évolution de la production ? Le montant des baux en témoigne indirectement, mais dépend à la fois de l’évolution des rendements, des conditions de la demande et de la concurrence : sa hausse peut traduire à la fois une prospérité agricole croissance et la pression démographique. Les témoignages micro-économiques comme la comptabilité régulière de certaines exploitations sont de même peu représentatives, car toutes les fermes n’étaient pas aussi bien gérées et donc sans doute moins productives que celles tenant des comptes. Les estimations nationales faites par des observateurs gomment ces différences, mais demeurent peu fiables et peu précises. Les enquêtes annuelles de la monarchie présentent une certaine pertinence, mais l’estimation est relative car portant sur « l’année commune » (la récolte est évaluée à « huit dixièmes d’année commune »). Néanmoins, l’ensemble de ces sources imparfaites présente des convergences intéressantes.

- Il existe bien une progression des rendements importante au cours du XVIIIème siècle (environ 35%). Mais la « croissance » de ce siècle n’est-elle pas qu’une récupération après le déclin de la fin du règne de Louis XIV ? La production aurait augmenté en volume de 60% entre les périodes 1701-1710 et 1781-1790, avec une accélération significative (+0.3% par an au début du siècle, +1.4% dans les trente dernières année). La production semble même avoir pris de l’avance sur la croissance de la population, augmentant les disponibilités agricoles par habitant, sans doute à l’origine de la croissance démographique. Le produit agricole par habitant continue à augmenter, le niveau de vie progresse, et la demande de biens manufacturés s’accroît et se diversifie. On retrouve la thèse du rôle précurseur de la révolution agricole dans le progrès industriel.

2) Fragilité et limites du progrès agricole au XVIIIème

- MORINEAU réfute méthodiquement la thèse d’une révolution agricole en France au XVIIIème siècle. Lacunes et incertitudes des données de l’époque. Document de 1840 de statistique agricole affichant des rendements agricoles équivalents à ceux de 1750 en Grande-Bretagne. Raisonner sur une moyenne nationale n’a pas de sens dans un pays comme la France présentant des disparités régionales fortes. L’analyse par région montre les lacunes des supputations des historiens, certaines d’entre elles présentant même des chutes importantes de la production dans la seconde moitié du XVIIIème siècle.

- L’agriculture n’est plus stagnante, mais le seul changement significatif concerne le développement des cultures secondaires (maïs, sarrasin, présentant de forts rendements à la semence mais de faibles rendements à l’hectare et une faible valeur calorique) ; apparition de la pomme de terre, notamment cultivée dans les régions pauvres soumises aux périodes de disette : aliment qui dégrade qualitativement l’alimentation des classes populaires, « régression du pain blanc au pain bis, puis au pain noir, aux galettes, aux bouillies et aux pommes de terre… ». Vision pessimiste d’un déclin du niveau de vie.

3) L’amorce de la croissance démographique

- Premier dénombrement de la population à la fin du règne de Louis XIV, puis multiplication des enquêtes démographiques, gagnant peu à peu en exhaustivité.

- La population française serait passée de 21 millions de personnes au début du siècle à 28 millions vers 1790, soit une croissance assez lente. Les dernières années du règne de Louis XIV sont marquées par la conjoncture de guerres, disettes, grands froids et épidémies, et on assiste à des reculs brutaux de la population. Vers le milieu du XVIIIème siècle, la population française amorce une croissance soutenue, plus stable.

- La natalité est très élevée (35 %o), mais non stable et uniforme. Mariage tardif, naissances illégitimes rares. Chez certaines catégories, restriction volontaire des naissances dans le mariage. Le démarrage de la croissance démographique est donc dû au recul de la mortalité, pourtant toujours élevée (30 %o) et variante selon les régions. Allongement de la durée de vie adulte, baisse de la mortalité infantile. Pyramide des âges à base large dans les années 1780, témoin d’une population en voie d’expansion accélérée.

- La baisse de la mortalité s’explique par les progrès de l’hygiène (les progrès de la médecine étant secondaires), de l’hygiène alimentaire, diminution des périodes de disette (mais fortes fluctuations des prix, amélioration des soins aux enfants. La peste frappe une dernière fois à Marseille en 1720. Atténuation des ravages de la guerre sur les populations civiles.

- BOSERUP : rôle déterminant de la pression démographique comme stimulant des innovations agricoles, pour compenser les rendements décroissants dans les sociétés rurales surpeuplées.

- Approche « malthusienne » opposée : correspondance de long terme entre le niveau des subsistances et le maximum de population, dans des conditions techniques données. L’avance prise par la Grande-Bretagne et ses surplus céréaliers précoces pourraient ainsi expliquer le démarrage ultérieur de la croissance démographique et l’élargissement progressif de la demande de biens manufacturés, corollaire de l’élévation du niveau de vie et facteur déterminant du démarrage industriel.

- Quel schéma explicatif pour la France ? On ne peut pas parler en France au XVIIIème siècle, de « révolution agricole ». Pourtant, il existe bien un progrès agricole, un progrès des techniques peu spectaculaire mais irréversible et qui, par somme, marque un changement majeur dans l’histoire agricole. Il faut encore tenir compte de la diversité régionale française. Si les défrichements à l’origine de l’intensification agricole sous l’impulsion d’un marché en expansion peuvent expliquer en partie la croissance démographique dans les régions dynamiques, celle des campagnes les plus pauvres pourrait ne correspondre qu’à une phase ascendante des mouvements cycliques traditionnels (climat, épidémie…), minimisant le rôle du progrès agricole. Dans les régions agricoles motrices, la croissance de la production agricole a devancé la courbe démographique durant la première moitié du XVIIIème siècle.

- Les effets de la croissance agricole sont aussi différenciés selon les catégories sociales. Les dernières années de l’Ancien Régime sont des années de crise difficiles pour les plus pauvres, et l’amélioration des techniques agricoles, accessibles seulement pour certains exploitants aisés, a accru les inégalités sociales. Dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, les inégalités se creusent encore, car les prix autrefois bas augmentent de manière accélérée sous l’impulsion de la demande croissante, au bénéfice des propriétaires : l’ « effet de répartition » induit par le dynamisme agricole n’est pas à négliger.
2. L’ESSOR DU COMMERCE EXTÉRIEUR
- Le commerce extérieur reste au XVIIIème siècle encore inférieur au commerce intérieur, mais il est statistiquement mieux connu, et a fait la prospérité et la croissance démographique de grandes villes portuaires. Le commerce extérieur est un stimulant capable d’entraîner l’ensemble de l’économie nationale, et peut être considéré comme un des facteurs de la révolution industrielle.
I. PROSPÉRITÉ COMMERCIALE OU PROSPÉRITÉ COLONIALE ?
1) Le dynamisme global du commerce extérieur

a) L’expansion globale

- Entre 1715 et 1790, la valeur commerce extérieur a été multiplié par 5 ; le niveau des prix a doublé, de sorte que le volume du commerce extérieur ait également doublé sur la période.

- Nuances : rupture du rythme vers 1750 : le taux de croissance fléchit de 3% par an entre 1720 à environ 1% par an entre 1750 et 1780 (la progression initiale soutenue ne serait alors qu’une récupération d’une dépression précédente profonde). De plus, la croissance des importations dépasse nettement celle des exportations et un déficit commercial apparaît à la fin de l’Ancien Régime.

b) La France dans le commerce mondial

- Le commerce extérieur français progresse plus rapidement que la moyenne du commerce mondial. Il ne représentait que 50% du commerce britannique en 1720, pour atteindre un niveau équivalent en 1780, en terme de parts dans le commerce mondial. Néanmoins, le commerce français apparaît plus fragile en temps de guerre, et compte tenu de la population respective des deux pays, largement plus faible que celui de la Grande-Bretagne. La France dépasse l’Allemagne, la Russie et l’Espagne en ce qui concerne le volume total du commerce extérieur.

c) Le degré d’ouverture de l’économie française.

- L’intensité de la participation au commerce mondial peut se mesure en rapportant le montant des exportations ou des importations au produit national. Le coefficient d’ouverture reste très faible par rapport à son niveau actuel (insuffisance des transports). Il progresse jusqu’en 1750, pour ensuite ralentir et ne retrouver ce taux de 12% qu’en 1840.

d) La structure du commerce extérieur.

- Accroissement de la part des articles manufacturés aux exportations et des matières premières aux importations. La France apparaît comme relativement industrialisée, les textiles représentant 30% des exportations. La spécialisation manufacturière est toutefois moins accentuée qu’en Grande-Bretagne. La structure des exportations est globalement restée inchangée à travers le XVIIIème siècle.

2) Les échanges avec l’Europe et le Levant

- La France réalise la plus grande partie de ses échanges commerciaux avec l’Europe et le Levant (60%), mais ils sont moins dynamiques que le commerce colonial. Le commerce avec l’Europe est avant tout maritime.

- Le commerce franco-britannique est faible, dominé par des conceptions mercantilistes : chacun des deux pays voit dans le commerce extérieur un moyen d’assurer une balance excédentaire, tout en protégeant son marché intérieur et en se réservant le commerce avec ses colonies ainsi que le trafic maritime. La Paix d’Utrecht (1713) prévoit de réduire les droits de douanes et d’introduire la clause de la notion la plus favorisée (extension automatique de tout avantage tarifaire accordé à un pays tiers), mais ces dispositions commerciales ne sont pas ratifiées, l’Angleterre voulant renforcer sa position dominante.

- Le commerce avec les pays du Nord est le plus dynamique pour la France, qui importe du blé, des fournitures et matières premières, et exporte des vins et des denrées coloniales, en réalisant un excédent commercial.

- Le commerce du Sud est actif et dominé par les négociants français, installés à l’étranger. La France exporte ses produits manufacturés en Espagne et dans ses colonies, de sorte que la France, réalisant avec eux des excédents, draine une partie des métaux précieux du Nouveau Monde. Marseille est un port très dynamique dans le commerce avec le Sud, commerce qui connaît un ralentissement à la fin du XVIIIème siècle et se tourne de plus en plus vers l’atlantique.

3) L’apogée du commerce colonial

- Il progresse jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, multiplié par 10 de 1720 à 1790, et sa part dans le commerce total double durant cette période. Contrairement au commerce avec l’Atlantique Nord, celui avec les Antilles et mêmes les Indes est très dynamique.

- Cet essor du grand commerce est dû à la supériorité des transports maritimes, à son organisation, à l’assurance maritime qui se développe. La baisse du coût du fret est remarquable, tout comme celle du coût de transport exprimé en pourcentage de la valeur de la marchandise. Quasi-exonération douanière dans le commerce colonial

- Rôle de l’expansion des économies coloniales dont la production trouve des débouchés illimités sur le continent (sucre, café, indigo, coton…). Le nombre d’esclaves explose également…

- Les ports français participent au commerce de la traite qui prend de l’ampleur, dominé par les Anglais et les Portugais. Commerce triangulaire (pacotilles contre esclaves, dont la production est ensuite revendue en Europe.

- Les colonies sont également importatrices des productions métropolitaines, et réexportent de nombreux produits. Leur balance commerciale est structurellement déficitaire, et ce commerce est une source majeure de profit pour les pays d’Europe.
II. IMPULSION GÉNÉRALE OU ENCLAVE DE PROSPÉRITÉ ?
1) Le rayonnement commercial

- La prospérité commerciale française au XVIIIème siècle repose essentiellement sur l’exploitation de ses colonies, et non sur une progression générale de l’économie comme pour l’Angleterre, nettement supérieure grâce à sa force maritime.

- La prospérité commerciale est très localisée, notamment dans quatre grands ports français : Bordeaux, Nantes, Marseille et Rouen-Le Havre, qui concentrent 90% du grand commerce atlantique. Ils profitent des débouchés maritimes des quatre grands fleuves, mais le développement des canaux reste limité pour irriguer une plus large partie du territoire, et les coûts de péage sont élevés.

- La prospérité du commerce d’entrepôt s’explique finalement en partie par la faiblesse de la demande intérieure, et la France réexporte beaucoup.

- Bien que l’essor du commercial n’ait pas directement influencé le développement des structures financières, il aura permis l’accroissement du stock de métaux précieux et de la circulation monétaire, facteurs de dynamisme économique.

2) L’effet industrialisant

- BAIROCH dégage cinq façons différentes pour le commerce de favoriser l’industrialisation : la demande directement liée à l’activité commerciale et à la navigation ; l’ouverture de débouchés extérieurs pour la production industrielle nationale ; l’investissement dans l’industrie des profits d’origine commerciale ; le développement d’infrastructure bancaire ; et les emprunts techniques. Pourtant, il n’y a pas eu de grand développement du secteur bancaire grâce au commerce, qui n’a joué, comme en Angleterre, qu’un rôle minime dans les premiers stades de l’accumulation du capital industriel.

- Les régions portuaires ont profité de la progression de la demande extérieure : essor de la construction navale, développement d’industries d’exportation, d’industries coloniales (importation de matières premières). L’effet « industrialisant » du commerce est non négligeable, et les provinces maritimes sont les plus en avance dans l’industrialisation en France. Cependant, il ne saurait être considéré comme un facteur entraînant essentiel, et sa croissance ralentit même dès le milieu du XVIIIème siècle.
3. LES INDUSTRIES TRADITIONNELLES ET LA NAISSANCE DE L’INDUSTRIE MODERNE
- L’économie française au XVIIIème siècle n’est plus purement agricole, et le produit industriel (qui inclut la production artisanale domestique en vue de la consommation familiale) n’est pas loin d’équilibrer le produit agricole. Il y aurait donc un écart considérable entre la part du secteur industriel dans le « produit matériel » et sa part dans la population active correspondante. Cela peut s’expliquer par le fait que le produit industriel comporte les activités de transformation de produits alimentaires, proches de l’agriculture, mais aussi par l’influence des prix relatifs, élevés pour les produits manufacturés.

- Le clivage industrie-agriculture ne recouvre pas le clivage villes-campagnes. On reconnaît généralement l’importance décisive de la phase de développement préindustrielle (« proto-industrielle ») pour expliquer les conditions de démarrage de l’industrie moderne.
I. LE TISSU INDUSTRIEL ANCIEN
- Aucune branche de l’industrie ou de l’artisanat ne détient une prépondérance comparable à celle de l’industrie lainière en Angleterre jusqu’au début du XVIIIème siècle. En France, le textile est en tête (laine, soie, lin…), le bâtiment et l’alimentaire le talonnent, alors que la métallurgie ne connaît encore qu’un développement restreint en terme quantitatif (emploi, valeur de la production) durant tout le XVIIIème siècle.

- La plupart de ces industries se caractérisent par une forte dispersion géographique, et il n’existe pas encore de véritable bassin métallurgique. Seule l’industrie textile présente quelque densité. On ne peut dégager que la prééminence des provinces maritimes dans la concentration du tissu industriel français.
1) L’artisanat urbain

- Il est essentiellement organisé en corporations (les « jurandes »), qui réunissent l’ensemble des artisans pratiquant le même métier dans une même ville, au sein d’une organisation hiérarchisée (maîtres jurés, maîtres, compagnons, apprentis). Elles assurent le respect de la qualité et des prix pour protéger la consommation, mais surtout à défendre les privilèges de ses membres contre la concurrence extérieure. Elles n’existent pourtant pas dans tous les centres urbains.

- Au XVIIIème siècle, ces corporations sont encore puissantes mais en déclin. La monarchie y voit un instrument commode de prélèvement fiscal, et depuis Colbert l’État tente de réglementer les corporations. Bien qu’elles soient une contrainte, ces réglementations sont également une protection pour les membres de la corporation, qui lutte constamment contre le développement du capitalisme marchand et l’industrie moderne. Leur mouvement fait échouer la tentative de suppression des corporations par Turgot en 1776.

2) Les manufactures

- Dès le début du XVIIIème siècle, elles réunissent souvent plusieurs centaines d’ouvriers. Les manufactures les plus célèbres sont celles d’État datant de Colbert : la tapisserie des Gobelins, les glaces de Saint-Gobain. Il existe aussi des manufactures royales privées qui bénéficient de nombreux privilèges.

- Les manufactures ne s’imposent pas encore à l’ensemble de la production, pour plusieurs raisons : étroitesse des marchés, regroupement insuffisant de la main-d’œuvre, production encore largement manuelle, et la concentration de l’activité n’est réellement avantageuse que pour certaines catégories d’opérations. Elles sont, également depuis Colbert, extrêmement réglementées, et en lutte contre les corporations. Peu à peu pourtant, le progrès technique prend le dessus sur les méthodes de production traditionnelles.

3) L’activité industrielle rurale

- L’artisanat local a toujours apporté une contribution déterminante à l’approvisionnement des régions rurales en biens de consommation courante, et la petite industrie rurale prend une place de plus en plus importante dans la vente de plus longue distante. Figure centrale de l’ « entrepreneur », qui bénéficie d’une main-d’œuvre abondante et bon marché et peu largement échapper aux réglementations et contrôles.

- L’implantation rurale est contrainte pour des raisons techniques (proximité des matières premières) et l’on assiste à l’essor de la production textile rurale. L’industrie satellite rurale devient complémentaire et non plus concurrente de la production manufacturière urbaine.

- Ainsi, la naissance de l’industrie moderne en France n’a rien à voir avec une création ex nihilo ; elle s’insère dans un milieu préindustriel complexe et évolué. Des formes d’industries très différentes sont appelées à coexister pendant une longue période, et les progrès de l’industrialisation durant toute cette phase dépendent tout autant du comportement des activités traditionnelles que de la « percée » de l’industrie moderne dans quelques branches.
II. LES DÉBUTS DE L’INDUSTRIE MODERNE
1) L’impulsion gouvernementale et le modèle anglais

a) Une réaction libérale contre l’excès de réglementation

- Ensemble d’avancées libérales traduisant un nouvel état d’esprit : 1762, principe de liberté totale du travail dans les campagnes ; 1776, Turgot échoue face aux corporations ; 1779, un édit de Necker vient assouplir la réglementation en vigueur ; 1791, suppression du système des corporations par la Constituante.

- Les inspecteurs des manufactures occupent désormais un rôle d’impulsion, et l’État crée des sociétés d’encouragement, verse des subventions et des primes à l’innovation.

b) La prise de conscience de l’importance de la révolution industrielle anglaise

-Assez faible en France, reposant essentiellement sur l’assimilation des techniques anglaises, facilitée par l’installation d’ingénieurs et de techniciens britanniques. Des industriels français effectuent des missions plus ou moins secrètes en Angleterre, et le gouvernement s’intéresse d’un point de vue militaire au potentiel de l’industrie métallurgique.

- Cette reproduction des méthodes britanniques s’intensifie à partir des années 1760-1770, et prend un caractère officiel. Accord en 1779 avec Boulton et Watt pour l’introduction de la machine à vapeur en France.

2) Les premiers signes d’une révolution industrielle

- Comme en Angleterre, trois branches donnent l’impulsion : l’industrie textile, la métallurgie et les mines. Les progrès français demeurent tardifs et très partiels avant la Révolution Française (mise à part la navette volante de Kay).

a) L’industrie textile

- L’industrie cotonnière, comme en Grande-Bretagne, annonce la révolution industrielle. La modernisation progresse d’abord aux stades extrêmes (initial et terminal) de la production : introduction de la jenny, machine de filature simple et individuelle, de la waterframe, qui utilise la force motrice des cours d’eau, de la mule, une machine hybride combinant les avancées technologiques ; et en fin de production, l’impression et la teinture des étoffes progressent.

- La révolution industrielle dans le textile est pourtant loin d’être achevée vers 1789.

b) La métallurgie

- En 1782, des métallurgistes lorrains, les Wendel, créent l’entreprise géante du Creusot, profitant de conditions exceptionnelles : qualité du site, direction technique par l’Anglais Wilkinson, société par actions à fort capital (10 millions de livres). C’est la première usine à fabriquer de la coke et de la fonte en France à partir de 1785.

- Le Creusot comme l’ensemble du secteur de la métallurgie souffre du manque de main-d’œuvre française qualifiée et disciplinée, de l’étroitesse du marché et d’une gestion financière précaire.

- C’est dans les mines de houille que les progrès sont les plus avancés en 1789, les grandes sociétés sont déjà développées comme la Compagnie des mines d’Anzin, fondée en 1756, qui fait travailler 3000 ouvriers à la veille de la Révolution.

- Ainsi, la révolution industrielle française débute, avec une quinzaine d’année de retard, comme en Angleterre, et l’on assiste même à un certain rattrapage. Mais les progrès sont lents, et le caractère économiquement prématuré de l’introduction des techniques anglaises ne permet pas sa diffusion rapide.
III. BILAN : LA CROISSANCE INDUSTRIELLE AU XVIIIème SIÈCLE
1) Croissances sectorielles

- La croissance de l’industrie cotonnière française au XVIIIème siècle est finalement comparable à celle en Angleterre. L’industrie lainière « traditionnelle » a rénové ses méthodes de production, et domine le secteur textile. Les inégalités régionales sont fortes, le dynamisme de la spécialisation entraînant une forte spécialisation régionale, indépendamment de toute révolution technique.

- L’accroissement de la production est sensiblement le même dans les mines de charbon et dans l’industrie métallurgique. La première s’est fortement améliorée grâce au développement des grandes sociétés modernes, la seconde par l’augmentation de l’échelle de la production (augmentation du nombre de hauts fourneaux traditionnels).

2) Croissance industrielle globale

- Le produit brut industriel et artisanal français aurait été multiplié par 4.5 entre 1700 et 1790. L’indice de la production anglaise n’aurait été multiplié que par 3.9 entre 1700 et 1800, avec même un rythme de croissance séculier fortement relevé entre 1780 et 1800. La croissance industrielle française n’est donc pas, selon MARCZEWSKI, inférieure à celle en Angleterre.

- La périodisation de la croissance au XVIIIème siècle est très difficile. Le plus pertinent est de caractériser la nature de cette croissance. L’industrie moderne naît à la fin de l’Ancien Régime grâce à une volonté politique volontariste d’assimilation des techniques anglaises, mais il manque encore les effets d’interaction d’entraînement mutuel entre les branches industrielles, ainsi que la disparition des formes productives traditionnelles. Les relations de l’industrie moderne émergeante et l’ancien secteur manufacturier sont primordiales, et les acquis de la phase « proto-industrielle » apparaissent, selon les régions, soit comme des points d’appui essentiels à l’industrialisation, soit au contraire comme facteur de freinage.
4. L’ÉCONOMIE FRANÇAISE À LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
- La France est, à la fin du XVIIIème siècle, la première puissance européenne. La précocité de son unification nationale la favorise par rapports aux pays allemands ; comme la taille de son territoire et de sa population par rapport à l’Angleterre, et la valeur globale de son économie est nettement supérieure. La France est aussi la première puissance militaire terrestre européenne.

- Les comparaisons relatives au niveau de développement (revenu par habitant) ou du dynamisme de la croissance lui sont moins favorables, particulièrement durant les années 1780-1800, lorsque la révolution industrielle anglaise prend un avantage décisif sur tous les pays concurrents, y compris la France : l’industrie française apparaît rapidement surclassée, ne possédant pas l’aptitude à amorcer par elle-même les transformations structurelles entraînantes, en dépit des efforts entrepris pour répondre à cette menace anglaise et moderniser l’industrie. La crise des dernières années de l’Ancien Régime est d’autant plus violente que l’économie française cumule la fragilité des économies agricoles traditionnelles et l’instabilité d’une économie en voie d’industrialisation.
I. CROISSANCES COMPARÉES DES ÉCONOMIES ANGLAISES ET FRANÇAISES AU XVIIIème SIÈCLE
1) L’écart des niveaux de développement vers 1789

- Le revenu par habitant est nettement supérieur en Angleterre, mais cet indicateur est incertain. Le retard français dans le taux d’urbanisation (20% contre 15%), mais aussi dans la proportion bien moins élevée de la population active industrielle (40% contre 25%) traduisent plus pertinemment ce retard.

- L’Angleterre bénéficie d’une indiscutable supériorité agricole sur la France, ce qui peut paraître paradoxal. Les témoignages de YOUNG évoquent un retard important des méthodes de production et des techniques françaises ; se qu’exprime un fort décalage de niveau de productivité et de rendement. L’élevage est bien plus développé en Angleterre.

- Dans le domaine des transports, l’effort de modernisation routière français supporte la comparaison avec l’Angleterre. 1747 : création de l’École nationale des Ponts et Chaussés, amélioration du réseau routier, mais voies navigables encore limitées.

- Comparable en volume global à celui de l’Angleterre, le commerce extérieur français est nettement plus faible par habitant, notamment en ce qui concerne les produits manufacturés, et la pénétration du marché américain.

2) Similitudes des rythmes de croissance et différence de nature

- La croissance du commerce extérieur et celle de la production industrielle sont à peu près parallèles dans les deux pays sur l’ensemble du XVIIIème siècle, due principalement au fort retard économique initial de la France remontant aux guerres de Louis XIV. L’écart entre la France et l’Angleterre se stabilise durant ce siècle.

- La révolution industrielle anglaise est unique : apparition au sein de l’économie de l’aptitude à engendrer un flux croissant d’innovations, ayant pour foyer un groupe de branches motrices qui s’ouvrent réciproquement des débouchés et s’entraînent les unes les autres. On assiste au raccourcissement du délai séparant l’invention de l’innovation (son application industrielle).

- La croissance française, elle, reste typiquement extensive et correspond à une augmentation forte des volumes produits avec des méthodes de productions peu changée. Les transformations de structure sont lentes en France (progression de la concentration, partage des tâches entre manufacture et industrie rurale, spécialisation dans des productions de qualité…) mais quelques régions s’avèrent dynamiques.

3) Facteurs explicatifs de l’évolution divergente des économies française et anglaise

a) Les conditions intellectuelles, sociales et institutionnelles

- Rôle décisif du vaste mouvement scientifique et philosophique du XVIIIème siècle, académies scientifiques et techniques, Encyclopédie.

- La mobilité sociale est légèrement plus élevée en Angleterre. La noblesse française joue un rôle relatif dans l’investissement industriel.

- Certain retard de l’institution bancaire française.

- Les institutions anciennes de l’Ancien Régime freinent le développement économique : les corporations ainsi que la petite propriété paysanne se sont maintenus bien plus longtemps qu’en Angleterre, qui a connu des transformations sociales beaucoup plus brutales en raison du mouvement des enclosures et de la révolution industrielle.

b) La différence des conditions économiques générales, offre et demande

- La révolution industrielle anglaise consiste en un ensemble d’efforts systématiques pour répondre aux goulets d’étranglement et permettre la poursuite de la croissance (les matières rares et chères ont été remplacées par des biens importés bon marché). La France n’a pas connu ces pénuries, et les matières premières traditionnelles demeurent longtemps moins coûteuses.

- Il existe également un effet de la demande : la France dispose de vastes réserves de main-d’œuvre, alors qu’en Angleterre, son insuffisance a permis la progression des salaires nominaux, et donc l’amélioration de la consommation.

- L’élément essentiel pourrait donc être le décalage entre le démarrage de la croissance agricole et l’amorce de la croissance démographique (décalage inexistant en France). Selon CROUZET, ce décalage explique l’augmentation des salaires, du niveau de vie de l’ensemble de la population, et un renchérissement du coût de la main-d’œuvre, tout ces éléments stimulant le progrès technique.

- La spécialisation industrielle de chacun des pays est inégalement avantageuse. Elle se caractérise en France par une polarisation aux deux extrémités de la gamme (industrie de luxe, mais aussi une production plus grossière pour la consommation paysanne et les colonies). La production de biens moyens est freinée par la faible taille du marché français. L’extraction du charbon en France est naturellement beaucoup plus coûteuse qu’en Angleterre.
II. VULNÉRABILITÉ DE L’ÉCONOMIE FRANÇAISE
1) Vulnérabilité extérieure – le traité de 1786

- Les guerres, nombreuses en France, ont eu des conséquences bien plus lourdes que pour la Grande-Bretagne : effondrement des exportations et des importations (pas de maîtrise de la mer).

- Le traité de commerce franco-britannique de 1786 (traité Eden-Rayneval) traduit la volonté française de libéralisation unilatérale, de rapprochement avec l’Angleterre, d’augmentation des recettes douanières, bref, de prendre un risque pour hâter le développement de l’industrie moderne en s’exposant à la concurrence anglaise. La France n’a pas obtenu l’ensemble de ses revendications, mais les droits de douane sur les produits manufacturés ont été réduits. On reprocha en Angleterre à ce traité de laisser à la France une opportunité de se développer, mais celui-ci est aussi vu comme un moyen d’exprimer la supériorité manufacturière anglaise. Un mémorandum en France récapitule les avantages de l’industrie anglaise. Ce traité, appliqué pendant 10 ans, a permis l’accroissement sensible des échanges entre les deux pays, mais surtout en faveur de l’Angleterre. Les industriels français le critiquent fortement, qui creuse le déséquilibre commercial.

2) La crise agricole et industrielle des dernières années de l’Ancien Régime

- Crise de subsistance, les récoltes sont mauvaises, nombreuses autres crises sectorielles qui affectent l’approvisionnement de la population et celui de l’industrie en matières premières. Le pain absorbe 90% du revenu du travailleur en 1789, contre 50% en temps normal, ce qui a des répercussions sur la demande d’articles manufacturés, la crise se propage au textile, qui concentre énormément de main-d’œuvre. Le chômage est certainement massif.

- Il s’agit bien d’une crise d’origine agricole mais qui a déjà les caractéristiques d’une crise industrielle et urbaine, et la misère explose. « 89 est aussi bien une Révolution de la faim populaire que de la prospérité bourgeoise », selon l’expression de SOBOUL.

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