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Pierre-Yves Beaurepaire


L’Europe des Lumières
à toute l’équipe du Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine, Nice

Introduction

Préfiguration de la construction européenne contemporaine pour certains, française pour Louis Réau1 et Marc Fumaroli2, l’Europe des Lumières, échappe pourtant à toute définition simple. Ses frontières posent un premier problème, d’autant plus aigu qu’elles sont perçues comme des frontières de civilisation. L’« européanité » de la Russie est l’objet de discussions enflammées au XVIIIe siècle, comme la candidature de la Turquie à l’Union donne actuellement lieu à de violents débats. A L’Europe française, certains préfèrent l’Europe anglaise, arguant des échecs français lors de la guerre de Succession d’Espagne (1701-1713) et de la guerre de Sept Ans (1756-1763), et de la force d’attraction politique, philosophique, économique et sociale qu’exerce la puissance anglaise. Et de souligner que l’anglomanie prend régulièrement le pas sur la gallomanie et flirte avec la gallophobie.

Ces étiquettes sont manifestement peu satisfaisantes. Pourquoi ne pas aller jusqu’à parler d’Europe américaine, si l’on songe à l’adhésion de l’aristocratie libérale et des gens de lettres à la cause des Insurgents des treize colonies anglaises d’Amérique du Nord, à leur revendication du droit au bonheur et à l’indépendance ? Il faudrait tout autant insister sur la métamorphose de l’Ecosse. Aux marges de l’Europe, vaincue, humiliée par l’Angleterre hanovrienne en 1745, elle entre à la fois brutalement et avec succès dans une phase de croissance urbaine et économique, combinée à l’essor remarquable des Lumières écossaises dans les domaines, politiques et économiques. Edinburgh est incontestablement un pôle structurant de l’espace intellectuel européen et des débats qui l’animent. Evoquer une Europe écossaise au siècle des Lumières n’aurait pourtant pas grand sens. En revanche, mettre l’accent sur la richesse de la contribution écossaise aux échanges savants, intellectuels et à l’affirmation d’une culture politique et économique, insister sur la vitalité et la capacité d’innovation d’une sociabilité urbaine animée par les loges maçonniques –pour la plupart antérieures à leurs sœurs et rivales anglaises- les clubs et les sociétés, contribue à donner une autre image de l’Europe des Lumières, moins réductrice, mais plus exacte.

Car l’Europe du XVIIIe siècle est une mosaïque d’Etats –donnée essentielle-, un espace de communication inégalement desservi par les réseaux postaux, la presse en essor rapide, les routes et les canaux. Si l’utopie technicienne de la circulation sans obstacle, pacifique et harmonieuse, des hommes, des idées, des nouvelles et des marchandises, l’investit au point de le saturer, c’est précisément parce que malgré les progrès qu’enregistrent alors les médias, les hommes des Lumières rêvent d’une accélération du temps et d’une contraction de l’espace plus fortes encore. D’où la prégnance du modèle de la République des Lettres de la Renaissance et de l’universelle communauté des gens de lettres unis dans la quête des Lumières, du progrès de la raison et de la science, pour le bien commun et le bonheur de l’humanité.

Mais ici aussi, les difficultés apparaissent et l’Europe des Lumières échappe à toute définition simple et univoque. Sinon pourquoi en 1784, Emmanuel Kant éprouverait-il le besoin de se saisir du dossier et de répondre à l’interrogation qui taraude l’Europe des gens de lettres sur son identité, ses contours et son projet : Was ist die Aufklärung ? Qu’est-ce que les Lumières ? Car ces Lumières sont plurielles : aux Lumières de la raison, du rationalisme et pour quelques-uns du matérialisme athée, répondent les Lumières dévotes dont on perçoit aujourd’hui l’ampleur et l’importance ainsi que les Lumières de l’irrationnel et du mystère –l’alchimie n’est pas morte au XVIIIe siècle et les hautes sciences continuent à fasciner, y compris par le caractère mondain qu’elles peuvent prendre. Les Lumières « françaises » et l’Aufklärung allemande ne jouent pas la même partition. La campagne pour « écraser l’infâme » choque nombre d’Aufklärer. En Allemagne-même, le commentaire engagé que Daniel Chodowiecki donne de sa gravure Aufklärung ne fait pas l’unanimité : « Cette tâche sublime de la raison n’a pas encore (peut-être parce que la chose est trop récente) d’emblème allégorique qui soit universellement compris, sinon celui du soleil levant. Et sans doute ce symbole restera-t-il d’ailleurs longtemps le plus pertinent, à cause des brumes qui toujours monteront des marécages, des encensoirs et des victimes brûlées sur des autels idolâtres et qui risqueront d’en voiler la lumière. Mais pour peu que le soleil se lève, peu importent les brumes »3. La remarque vaut également pour Sapere aude !, la devise des Lumières selon Kant, objet d’interprétations multiples et contradictoires4, des plus fidèles à la lettre de cette citation d’Horace et à la République des Lettres du XVIe siècle aux plus engagées dans les combats des Lumières radicales et dans les débats qui émeuvent –au sens fort que le mot a au XVIIIe siècle- l’espace public.

Pour autant, nul doute que certains courants des Lumières, comme celui des Lumières radicales, ont une audience européenne, même elle est cantonnée, segmentée. Dans ces conditions, l’Europe des Lumières n’est pas plus l’Europe de Voltaire que l’Europe de la Renaissance n’est celle d’Erasme. Si le « monarque de toute la République des lettres », comme l’imprimeur….. nommait Erasme, a pu faire l’objet de violentes critiques au XVIe siècle, le « roi » Voltaire est dénoncé par d’authentiques hommes des Lumières comme un despote autoritaire voire un tyran.

Pourquoi ne pas alors explorer la piste de l’Europe des despotes éclairés5, qui fascinent, attirent, instrumentent et parfois dupent les philosophes, comme Voltaire en a fait l’amère expérience avec Frédéric II ? Le phénomène a incontestablement une dimension européenne. Il concerne principalement le Portugal de Pombal sous Joseph Ier et Maria Francisca (1756-1777), l’Espagne de Charles III (1759-1788), l’autre royaume Bourbon des Deux-Siciles avec le futur Charles III d’Espagne (1735-1769), l’Autriche de Joseph II (1765-1790), la Prusse de Frédéric II (1740-1788), la Saxe de Frédéric-Auguste II (1733-1763), la Pologne de Stanislas Poniatowski (1764-1795), la Russie de Catherine II (17621796), le Danemark du ministre Struensee sous Christian VII et la Suède de Gustave III (1771-1792). Mais il n’embrasse pas tout le siècle. En outre, des puissances majeures comme la France et l’Angleterre restent en marge.

On l’a bien compris, appréhender l’Europe des Lumières suppose de faire l’effort d’une histoire véritablement européenne. Remarquons d’ailleurs que l’Union européenne en a senti l’urgence à la fois scientifique, culturelle et politique en soumettant aux chercheurs un ambitieux appel d’offres pour une histoire européenne de l’Europe. Il faut rompre avec la juxtaposition de tableaux nationaux6 pour appréhender l’espace européen des Lumières –sans jamais oublier ses interactions avec la géopolitique mouvante du vieux-continent-, dans ses dynamiques, ses lignes de force et de fracture, à différentes échelles : celle du travail localisé du collectionneur érudit ou de l’amateur, mais aussi celle plus éloignée voire incertaine de la reconnaissance académique. Il est également nécessaire de se déprendre d’une représentation irénique et anachronique de l’Europe des Lumières qui gomme les conflits, les tensions et les enjeux qui l’animent et la blessent, pour en faire un modèle de construction politique harmonieuse. De ce point de vue, l’historien ne peut pas Penser l’Europe comme le sociologue Edgard Morin qui invite en 1987 les intellectuels contemporains à renouer « ainsi avec une tradition séculaire issue du Moyen Age, où les clercs étaient européens par nature […] elle s’est développée dans les temps modernes pour arriver à la conscience européenne cosmopolite commune des philosophes des Lumières »7. En revanche, il ne peut pas gommer l’existence d’une conscience européenne –dont il faudra mesurer l’impact sur les pratiques- magnifiquement formulée par Gibbon dans Déclin et chute de l’Empire romain (1787) :
Le devoir du patriote sera de faire passer avant toute chose le bonheur et la gloire de son pays ; mais le philosophe a le droit d’élargir ses observations et de considérer l’Europe comme une grande république dont les habitants ont atteint à peu près le même niveau d’éducation et de culture. L’équilibre des puissances se modifiera, notre royaume, ou les royaumes voisins, passeront par des phases de grandeur ou de dépression ; mais ces événements partiels n’affecteront pas notre état général de bonheur, nos art,s nos lois, nos mœurs, tout ce qui distingue avantageusement du reste de l’humanité les pays d’Europe et leurs colonies.
Le rayonnement culturel, et artistique français activement supporté par l’affirmation du modèle parisien –mais par là même également européen, en raison du cosmopolitisme de la bonne société- du bon goût et de la vie mondaine, ne suffit pas à faire de l’Europe des Lumières une Europe française. Le modèle n’est pas reçu passivement, il est lu, interprété, approprié, amalgamé, digéré, rejeté parfois. Il sert aussi d’incubateur à une culture nationale en construction, dans l’espace germanique notamment, de la même manière que tout au long du XVIIIe siècle le cosmopolitisme et le patriotisme se croisent, s’enrichissent, se contrarient, s’affrontent, notamment chez Herder………….., avant que le philosophe Johann Gottlieb Fichte ne tente en vain à la tombée des Lumières de les concilier8. A la problématique datée de la réception dans les cultures nationales des Lumières françaises, il faut préférer une étude plus fine des échanges interculturels, des lectures, des rencontres interpersonnelles, avec une œuvre marquante aussi, des engagements collectifs. Il faut mettre l’Europe des Lumières à l’épreuve des pratiques : culture et gestion de la mobilité –celle des étudiants, des diplomates, des aristocraties, des négociants, des artistes, des savants, des francs-maçons et des militaires-, circulation des œuvres, de leurs comptes-rendus dans les journaux, de leur traductions et contre-façons.

L’espace européen des Lumières est donc l’objet de ce livre. Le choix de présenter l’Europe des Lumières et non l’Europe du XVIIIe siècle –il ne s’agit pas non plus de proposer une synthèse sur les Lumières9- met l’accent délibérément sur l’histoire culturelle, et sur un phénomène dont le caractère européen est manifeste : aux Lumières du français répond l’Enlightenment anglais, l’Illuminismo italien, l’Aufklärung allemand, l’Ilustración espagnol, même si leurs acceptions sont multiples et si leurs manifestations ne sont pas synchrones. Mais l’ampleur du phénomène, la conscience européenne des générations qui s’enrôlent successivement pour faire reculer les ténèbres de l’ignorance et –de manière moins unanime- de la superstition, ne doivent pas cacher ses multiples facettes et ses contradictions, ses oscillations et ses rythmes inégaux. On ne trouvera pas ici la traditionnelle galerie de portraits des grands hommes des Lumières –philosophes ou princes éclairés-, ou une anthologie des monuments littéraires du siècle, extraits choisis trop souvent détachés de l’environnement de leur production, diffusion et réception. La célébration nostalgique de la conversation mondaine et du monde disparu des salons, n’éclaire pas les jeux et les enjeux de la vie de société qui brille alors et dont le Paris cosmopolite est incontestablement l’astre principal et le modèle.

Cette attention à l’espace et à la circulation ne signifie pas pour autant que l’histoire des Lumières doive ignorer les recherches littéraires sur le XVIIIe siècle. Si l’histoire classique des idées a ses limites, en revanche, certains rapprochements sont prometteurs. On lit ainsi dans la synthèse littéraire sur L’Invention de l’intellectuel dans l’Europe du XVIIIe siècle proposée par Didier Masseau : « De manière plus globale surgit le sentiment d’une communauté européenne des Lumières, fondée sur un nouveau mode d’appréhension du monde, un même souci de rechercher la vérité, alors que l’idée de nation n’est pas encore née et que les solidarités traditionnelles subissent un ébranlement décisif. Or les intellectuels contribuent à inventer de nouveaux liens fondés sur les talents et le savoir par-delà les clivages sociaux et les appartenances institutionnelles ou religieuses qu’on pourrait appeler verticales. Se crée ainsi un espace de communication que favorisent les voyages, l’accroissement européen des réseaux académiques, l’essor de la Franc-maçonnerie et l’évolution des salons littéraires »10. Si cette esquisse mériterait sans doute d’être précisée et nuancée, en tout cas il faut se féliciter de la prise en compte des enjeux spatiaux, sans quoi il n’est pas d’histoire véritablement européenne des Lumières possible.

Chapitre I

République des Lettres ou Europe aristocratique ?

L’héritage de la République des Lettres

Pour James McClellan, « penser l’Europe au XVIIIe siècle, c’est penser les académies et la fameuse République des Sciences et des Lettres »11. que Lorraine Daston définit comme un « vrai territoire parmi les Etats souverains du siècle des Lumières »12. De fait, l’Europe des Lumières est fréquemment rattachée voire identifiée à la République des Lettres, des sciences et des arts, « utopie planétaire »13 qui anime les érudits européens de la Renaissance à l’aube des Lumières, d’Erasme à Pierre Bayle, communauté savante idéale, espace de circulation et d’échanges harmonieux, -prétendument- affranchis des tutelles politiques, sociales et confessionnelles. L’égalitarisme est mis en avant comme un caractère distinctif de la République des Lettres et de son legs aux Lumières européennes : « Nous regardons –écrit l’abbé Arnauld- les gens de lettres, sans aucune distinction, comme citoyens d’une seule et même République des Lettres dont tous les membres sont égaux et où il n’est permis à personne d’affecter la tyrannie ». Dans la préface à son édition des lettres de Bayle, Pierre Desmaizeaux (1673-1745) insistait lui aussi sur l’indépendance de la République des Lettres et l’autonomie de ses membres : c’est « un Etat répandu dans tous les Etats, une République, où chaque membre, dans une parfaite indépendance, ne reconnaît d’autres lois que celles qu’il se prescrit à lui-même ».

En 1763, alors que l’Europe retrouve la paix après sept ans d’une guerre continentale qui prend des allures de conflit mondial en raison de ses prolongements coloniaux, Richard de Ruffey, président de l’Académie des sciences, arts et belles-Lettres de Dijon souligne que « les académies (sont) les diverses colonies de la république des Lettres », que Voltaire présente comme « cette grande société des esprits répandue partout, partout indépendante ».

Pourtant, l’Encyclopédie ne comporte pas d’article « République des Lettres ». Lorsque Diderot parle d’une ligue philosophique, il fait référence à une association volontaire, engagée dans l’espace public et ses combats, alors que la majorité des républicains des Lettres veulent tenir leur sphère de communication érudite et savante à l’écart de ces débats. Par ailleurs, l’observation de la distribution dans l’espace européen des académies et institutions savantes peut-elle faire l’économie de l’attention portée au rôle des princes et des Etats ? Indépendamment du commerce savant qu’entretiennent lesdites institutions, à la fois officiellement et individuellement, de savant à savant, l’intervention croissante des Etats au XVIIIe siècle pèse nécessairement sur l’indépendance évoquée par Lorraine Daston. Sverker Sörlin notamment pointe l’importance du contexte national et des intérêts nationaux. Sans nier la prégnance du modèle de la République des Lettres au XVIIIe siècle, il faut s’interroger sur les représentations qu’en ont et qu’en font les hommes des Lumières, sur la manière dont ils se l’approprient pour en faire éventuellement le vecteur et le cadre d’autres desseins, d’autres engagements. Il convient également de distinguer pratiques et représentations, l’espace européen des Lumières et le modèle utopique.

Alors qu’il est parti étudier à Genève, Pierre Bayle, futur éditeur des
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