Par Hélène subremon, Chercheur latts et Fréderick de coninck, Professeur à l’École des Ponts ParisTech, Chercheur au lvmt, Directeur du Labex Futurs Urbains





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Colloque

Usages de l’énergie dans les bâtiments : penser la transition

19 et 20 janvier 2012

ESIEE Paris, Cité Descartes

LATTS, CNRS

Journée du 19 janvier


Table des matières

INTRODUCTION 3

Par Hélène SUBREMON, Chercheur LATTS et Fréderick de CONINCK, Professeur à l’École des Ponts ParisTech, Chercheur au LVMT, Directeur du Labex Futurs Urbains. 3

Refreshing energy savings research and policy agendas with insights from social practice and social learning theories. 9

Harold WILHITE, Research Director University of Oslo, Centre for Development and the Environment. 9

Estimation de la demande en énergie des ménages français : intégration des analyses issues des sciences sociales dans une modélisation de l’usage chauffage. 13

Par Marie-Hélène LAURENT et Isabelle MOUSSAOUI, Chercheurs EDF R&D. 13

La consommation énergétique domestique : le projet ENERGIHAB 17

Nadine ROUDIL, sociologue, CSTB et Jean-Pierre LEVY, géographe, laboratoire LAVUE du CNRS 17

Repenser le cadre d’analyse des usages de l’énergie : de la prévision des consommations aux instruments de politique publique. 21

Anne DUJIN et Bruno MARESCA, Chercheurs au CREDOC 21

Travaux de maîtrise de l’énergie dans le secteur résidentiel français 24

Marie-Laure NAULEAU, Doctorante ADEME-CIRED et Laurent MEUNIER, analyste ADEME. 24

Discussion 26

POLITIQUES 35

Comment prendre en compte la complexité des usages dans l’élaboration de politiques publiques de l’énergie ? Comment penser conjointement les usages de l’énergie et les infrastructures dans un même système sociotechnique ? 35

L’énergie des habitants cogestionnaires : un nouvel objet économique et son coût social. » 35

Taoufik SOUAMI, Maitre de conférence UPEMLV, chercheur au LATTS 35

Thermal conventions and energy use. » 37

Russell HITCHINGS, Department of Geography, University College London 37

La domestication du solaire à l’épreuve du politique. » 41

Ariane DEBOURDEAU, Chercheur au Centre d’étude du développement durable, Université Libre de Bruxelles 41

Les bâtiments à usage professionnel : perception et appropriation des espaces de travail. » 44

Jean-Philippe FOUQUET & Christèle ASSEGOND, Ingénieurs de recherche, codirecteurs ETIcS, Université́ François Rabelais de Tours 44

Discussion 47

INTRODUCTION

Par Hélène SUBREMON, Chercheur LATTS et Fréderick de CONINCK, Professeur à l’École des Ponts ParisTech, Chercheur au LVMT, Directeur du Labex Futurs Urbains.


Hélène SUBREMON

Ce colloque répond à des interrogations profondes que nous menons au LATTS. Je voulais commencer par remercier les contributeurs importants aux réflexions sur les usages de l’énergie qui ont bien voulu participer à cette journée. L’organisation de cette journée est évidemment une entreprise collective, et je tiens à remercier le comité scientifique qui a coélaboré le contenu, ainsi que Valérie BOCILLON et Simon COTTIN-MARX, qui ont assuré l’entière organisation de l’événement, ainsi que Josette MARIE et Jean-Robert OPICA.

Frédérick de CONINCK

Nous allons parler, pendant cette journée, d’un sujet qui selon moi est tout à fait typique des questions interdisciplinaires sur lesquelles nous essayons d’avancer dans notre laboratoire d’excellence, Futurs Urbains, au croisement des usages, des enjeux techniques et des questions qui relèvent de la décision politique. Par ailleurs, ce sujet, collectivement, reste encore émergeant, et beaucoup reste à construire et à élaborer. Futurs Urbains n’est pas un laboratoire au sens classique du terme, il s’agit d’une fédération de laboratoires, proches les uns des autres d’un point de vue géographique, et qui construisent en commun. Notre Labex comporte 13 laboratoires, dont le LATTS, dont les champs disciplinaires sont l’aménagement, l’architecture, l’environnement, les transports... Tous ces laboratoires sont rattachés aux Presses Universitaires Paris-Est, et ont décidé de travailler sur des questions où se croisent leurs compétences respectives. Le Labex organise des colloques, met au point un programme éditorial, octroie des bourses postdoctorales, tout en favorisant les coopérations inhabituelles, en travaillant sur des questions transversales. Sur la base de partenariats suivis, le Labex construit aussi une interface avec le monde professionnel. Quelques exemples de nos thèmes de travail :

  • l’articulation bâtiments – transports dans l’aménagement à partir de la question de l’économie globale de consommation d’énergie, ou de la qualité de l’air et de l’eau en ville ;

  • Renouveler les questions de modélisation en sortant des approches sectorielles ;

  • Nouvelles vulnérabilités et inégalités liées à l’accessibilité et à la mobilité ;

  • Nouveaux paradigmes sociotechniques émergents liés à la question de la ville économe.

Au total, nous avons 300 chercheurs permanents et 300 doctorants environ, potentiel certes impressionnant, mais qui nécessite la mise au point de dispositifs pour les faire collaborer et travailler ensemble de manière efficace.

Cette journée qui débute m’intéresse à plusieurs niveaux, d’abord en tant que responsable de Labex, ensuite en tant que sociologue des usages. Nous retrouvons ici, d’un certain côté, une problématique classique dans la sociologie des usages : des solutions techniques sont imaginées, mais se révèlent difficiles à mettre en œuvre, du fait d’une dynamique propre des usages qui détourne les outils techniques des usages que leurs concepteurs avaient imaginés, ou bien d’un milieu professionnel qui peine à les mettre en œuvre. Des chercheurs ont inventé le concept de « domestication » des technologies, dans le sens que les relations familiales ou les réseaux sociaux s’emparent de l’offre technique, pour la manier à leur guise, comme si l’offre technologique était un animal sauvage qu’il fallait domestiquer, c’est-à-dire ramener à des usages sociaux dans lesquels les utilisateurs se sentent à l’aise. Les usages font de la résistance, face aux injonctions morales, face aux dispositifs proposés, et aussi, jusqu’à un certain point, face aux logiques économiques.

Je me réjouis que l’on essaie, lors de cette journée, de comprendre les ressorts des usages de l’énergie dans le bâtiment. Mais en fait, quelque chose est original dans ce programme de recherche : ce qui ressort de l’analyse des usages, c’est l’inventivité, la prolifération d’idées que les usagers mettent en œuvre, de sorte que les usages se déploient, s’enrichissent. Or, le champ de recherche dont nous parlons aujourd’hui se construit plutôt sur le fond d’une inquiétude, selon laquelle l’usage de l’énergie dans le bâtiment serait trop proliférant. Le paradigme dominant dans le champ des usages est en fait que l’usager s’empare de la moindre marge d’action qu’on lui donne. Entre l’État, qui tente de légiférer sans vraiment trouver les bons leviers d’action, les ingénieurs qui imaginent des solutions techniques, le milieu professionnel qui a ses propres intérêts et savoir-faire, les producteurs d’énergie qui encore d’autres intérêts, et les usagers qui multiplient les effets rebonds, nous aboutissons à une situation sociale tendue dont on ne voit pas vraiment l’issue.

Je ne veux pas m’étendre trop en détail sur ces questions, qui vont être exposées avec bien plus de précision et de compétences par les différents intervenants, mais je voudrais plutôt voir comment, à propos d’un champ de recherche en restructuration, cette configuration nous impose de penser différemment les rapports entre les disciplines. Les oppositions sociales que je viens de pointer ont souvent leurs parallèles dans des oppositions entre disciplines scientifiques. Nous devrions, et nous pourrions, dépasser ces oppositions, à l’occasion d’un chantier comme celui qui nous occupe. Je veux parler par exemple de l’opposition entre les chercheurs qui sont plutôt concernés par l’analyse des politiques publiques, et ceux qui sont plutôt concernés par les modes de vie, entre ceux qui étudient la ville et ceux qui étudient l’organisation du travail, les logiques de construction des milieux professionnels, ou encore, au-dessus de tout, l’opposition entre les sciences de l’ingénieur et les sciences sociales. Les sciences de l’ingénieur sont-elles capables de faire une place à ce que j’appelle bien volontiers « l’inventivité déroutante des usages » ?

J’ai relu hier l’un de mes textes fétiches, Machines et organismes, de Georges CANGUILHEM. Il s’agit d’une conférence qu’il a prononcée en 1947 et qu’il a réécrite en 1965. Ce qu’il nous dit à l’époque, à propos des machines, nous pourrions le transférer aujourd’hui, mot pour mot, au sujet des innovations techniques. J’ai moi-même une formation d’ingénieur, et j’estime que les sciences de l’ingénieur ont un tropisme dans la clôture de solutions réputées rationnelles, et donc fermées, y compris fermées à la discussion. CANGUILHEM rappelle que l’ingénierie repose d’abord et avant tout sur une ingéniosité commune à l’ensemble de l’humanité. Il n’y a pas d’ingénierie sans ingéniosité, et cette ingéniosité, c’est celle de tout le monde. C’est la raison pour laquelle, selon CANGUILHEM, « nous trouvons plus de lumières sur la construction des machines dans les travaux des ethnologues que dans ceux des ingénieurs ». Nous pourrions dire aujourd’hui que nous trouvons plus de lumières sur les ressorts de l’innovation technique dans les travaux des ethnologues que dans ceux des ingénieurs. Toujours selon lui, « la vie est expériences, c’est-à-dire improvisations, utilisation des occurrences, elle est tentatives dans tous les sens. » C’est là une parfaite description de ce que l’on constate lorsqu’on fait de la sociologie des usages, cette étonnante capacité d’invention. Mais cela décrit aussi les ressorts profonds qui sont à la source de l’innovation technique : la rationalisation des techniques fait oublier l’origine irrationnelle des machines, ou de l’innovation technique.

On pourrait prendre ça comme un discours de dénonciation de la rationalisation technique, mais ce n’est pas principalement dans ce sens que CANGUILHEM l’entend, et moi non plus d’ailleurs. J’y vois plutôt une chance, peut-être difficile à saisir, mais intéressante à tenter. L’inventivité des usages, plutôt que d’être l’ennemie des innovations techniques, pourrait en être l’alliée, pour peu qu’on se donne les moyens de faire coopérer ces deux modes d’inventivité : chercher ensemble des solutions à ce défi de la consommation d’énergie dans le bâtiment, non pas en produisant d’un côté des solutions sur étagère, puis d’un autre côté, en les détruisant par les usages, mais en coproduisant des solutions ad hoc, et donc non closes au motif de leur rationalité supposée. Par exemple, dans le champ énergie-habitat, nous sommes toujours à la recherche de l’interface « qui va bien ». Il est toujours extrêmement difficile de créer des interfaces conversationnelles. On crée des systèmes automatisés plutôt que des systèmes ouverts qui mettent l’usager en position d’agir. Une interface « qui va bien », par exemple, ce serait de représenter de manière simple les sources de sa consommation d’énergie à l’usager, mais avec un niveau de détail suffisant, qui lui permettrait d’agir. Autre exemple : que serait l’art et la manière de conseiller quelqu’un qui voudrait faire isoler son logement, à qui des solutions partielles pourraient être proposées, dans ses moyens, plutôt que des solutions idéales, mais hors de prix ?

Une alliance est-elle possible entre sociologie des usages et sciences de l’ingénieur ? Pour le moins, il y a une voie de recherche qui mérite d’être explorée.

Dans le champ de l’action publique et de la normalisation, là aussi on résonne de manière trop frontale, même si là le dialogue entre disciplines est tout de même plus nourri que le dialogue entre acteurs. Les comportements du milieu professionnel et des usagers y restent une énigme, aussi bien pour le législateur que pour celui qui essaie d’édicter des normes. Dans un autre texte, « Milieu et normes de l’homme au travail », CANGUILHEM dit : « un comportement réputé irrationnel ou anormal, en fait, témoigne simplement du fait qu’on ne peut pas comprendre toutes les normes à l’intérieur d’une norme ». En fait, aucune norme ne nous permet de comprendre toutes les normes, chaque usage a sa raison, sa norme propre. Une des formules les plus connues de CANGUILHEM : « Tout homme veut être sujet de ses normes. ». La subjectivité de la norme, c’est évidemment un grand défi dans le chant de la consommation d’énergie dans le bâtiment, mais en fait, en restant au niveau des injonctions morales, ou au niveau de logiques trop « top down », la résistance sera farouche. En réalité, si on ne met pas l’usager en position d’acteur, on est voué à échouer.

Mais revenons au dialogue entre les disciplines. Il y a les sciences de l’action publique, sur différents modes, et puis il y a la sociologie des usages, ou par exemple la sociologie de l’organisation du travail dans le BTP, qui peuvent envisager différents modes de collaboration, originaux et fructueux.

Ces quelques remarques pour montrer que ce que nous essayons de faire dans notre Labex, c’est de faire sortir la question de l’interdisciplinarité, elle aussi, du champ de l’injonction morale. Ce que l’on essaie de réussir, c’est de construire cette interdisciplinarité autour d’un travail de recherche qui lui aussi veut être « sujet de ses normes », et qui donc s’invente et produit de nouveaux paradigmes, au-delà des frontières disciplinaires.

Hélène SUBREMON

Ce colloque n’est certainement pas le premier sur le sujet, il y a eu plusieurs journées scientifiques ces dernières années, dont certaines très marquantes, qui ont cherché à explorer la consommation d’énergie sous l’angle de la rénovation du bâtiment, des attentes des habitants, des pratiques de consommation, de l’articulation entre opinion et comportements. Bref, la consommation d’énergie dans les bâtiments, et plus largement dans les espaces habités, est largement investie par la recherche française et européenne. Il ne s’agit pas, aujourd’hui, d’ajouter simplement une nouvelle rencontre, mais plutôt d’opter pour un angle assez différent. Ce colloque est le fruit d’une longue réflexion, qui a déjà donné lieu à la publication d’un premier rapport de recherche, L’Anthropologie des usages de l’énergie dans l’habitatUn état des lieux, réflexion poursuivie ensuite par la commission spéciale du développement durable, qui a mis en place un séminaire sur les comportements d’usage de l’énergie dans les bâtiments.

Les objectifs de baisse des émissions de gaz à effet de serre liées aux bâtiments sont connus, mais les moyens d’y parvenir, notamment en ce qui concerne les pratiques, le sont moins : faut-il inciter, contraindre, informer, stigmatiser ceux qui ne se conforment pas à la norme ? Ou encore, comment penser les modes d’habiter tout en apportant des éléments concrets à la décision publique ? Jusqu’ici, les incitations techniques et financières ont été les instruments privilégiés, avec des résultats variables, les usages de l’énergie étant un objet mal connu de la décision publique. Notre proposition, aujourd’hui, est à la fois de faire le point sur les acquis scientifiques des usages de l’énergie, de construire collectivement des appuis de connaissances pour les politiques publiques, et de dessiner une programmation scientifique. Aussi, ce colloque s’organise autour d’une mise en débat que nous aborderons par le recours à l’interdisciplinarité et par le croisement de regards académiques et non académiques.

Nous chercherons donc à comprendre en quels termes se pose le débat : l’essentiel des mesures a consisté à construire des instruments techniques et financiers et à développer des campagnes de sensibilisation et d’information pour accéder à une large acceptabilité sociale, alors que les sciences sociales, et notamment celles qui interrogent les domaines des sciences, des techniques et de l’innovation, ont depuis plusieurs années dénoncé la vision asociale de ces mesures. L’élaboration d’instruments qui ne prenaient en compte qu’en priorité les objectifs à atteindre, et qui cherchaient dans un second temps à les faire accepter, semble être une gageure, mais c’est bien souvent le mécanisme qui est privilégié, mettant sur le fait de la résistance au changement ou de l’irrationalité des individus les maigres résultats obtenus.

Inversement, beaucoup d’attentes reposent sur les pratiques de chacun. Il semblerait, à les observer, qu’il ne soit pas possible de ne se reposer que sur les dynamiques de changement, propres à toute pratique sociale, pour atteindre les objectifs de réduction volumique collective. Donc, que faire ? Ce colloque y répond de deux façons :

  • Se tourner vers les sciences sociales pour affiner notre connaissance de ces usages, et les replacer dans leurs contextes sociaux, économiques, historiques et géographiques. Nous pourrions alors avoir comme objectif la construction des contours d’un champ qui saurait prendre en compte la complexité du sujet, pour y apporter un diagnostic au plus près des pratiques quotidiennes ;

  • Faire en sorte que les sciences sociales, dès lors investies de ce sujet, aillent au-delà de leurs limites disciplinaires, qui se cantonnent parfois trop souvent à une approche compréhensive, in vivo, de leurs objets, et de leurs manifestations, afin de contribuer à une pensée projective et politique.

  • Ces journées s’organisent autour de cette mise en débat interdisciplinaire et de ce croisement de regards académiques et non académiques. Elles réunissent nos intervenants autour de trois principales questions : une fois prise en compte cette tension entre la construction d’un espace où s’exprime la singularité des sciences sociales, mais aussi où celles-ci seraient aussi capables de se mettre en danger, je souhaiterais voir ces trois sessions comme trois étapes d’une réflexion collective qui participait à construire cette tension salutaire.

La première session, « que connait-on des usages de l’énergie ? Les leviers économiques couvrent-ils l’essentiel de ce qui détermine l’action ? », propose d’articuler une dimension économique, incontournable, à d’autres dimensions, sociologique, anthropologique, géographique, afin de guider la décision publique vers de nouveaux modes d’action. L’hypothèse transversale de cette session est que la mise en commun d’approches diverses permettra de souligner la complexité des pratiques d’usage de l’énergie, d’identifier les points de convergence et de jonction, et de renouveler la seule formulation des enjeux liés au signal prix.

La deuxième session « Comment penser conjointement les usages de l’énergie et les infrastructures dans un même système sociotechnique ? », revient à mettre en débat la dimension individuelle face à la dimension collective des pratiques, pour mettre en perspective les usages avec la fabrication des bâtiments de la ville, de ses infrastructures et de ses réseaux. L’analyse sur les usages de l’énergie se concentre pour l’essentiel sur le bout de la chaîne, c’est-à-dire les pratiques sociales qu’il donne à voir. Serait-il profitable de mobiliser les enjeux liés aux infrastructures dans une réflexion plus globale ? Jusqu’où l’infrastructure, la définition d’un service énergétique, l’organisation en réseau, la production d’énergie, participent-elles à forger les usages ? Sont-ils des objets éclairants sur la façon dont se façonnent les usages, et sur les moyens politiques à disposition pour réfléchir de façon conséquente la consommation ?

Enfin, la troisième session, « En quoi les analyses en sciences sociales permettent de penser la transition énergétique des pratiques ? », comment la description de processus, l’identification de structures et de logiques sociales, peuvent-elles participer à l’élaboration d’outils pour penser les transitions et impulser des innovations. La trame de cette session repose sur la question du changement, mais plutôt que de l’approcher frontalement en se demandant comment changer les comportements, nous préférons examiner les processus, proposer une prospective ou une projection des pratiques d’aujourd’hui, dans une perspective de réduction de la consommation.

Cette mise en commun de la connaissance permettra en dernier lieu de dessiner de nouvelles pistes pour les programmes de recherche à venir, ce qui sera donc l’objet de la session de conclusion.

Pour terminer cette introduction, je souhaite rendre hommage à Philippe DARD, décédé il y a quelques jours. Philippe a contribué, en France, à l’ouverture d’un champ et d’une réflexion profonde sur les usages de l’énergie, en donnant toute son importance à la pensée profane de l’habitant face à celle de l’ingénieur. Il a été sociologue et directeur de recherche au CSTB pendant l’essentiel de sa carrière. Sa contribution à la réflexion a largement dépassé les frontières de cette institution. Je lui dois personnellement beaucoup, et je crois que les réflexions qui émergeront aujourd’hui et demain ne seront pas sans rappeler, du moins en partie, les analyses fines de ses travaux.

PRATIQUES

Que connaît-on des usages de l’énergie : les leviers économiques couvrent-ils l’essentiel de ce qui détermine l’action ?

François MÉNARD

Bonjour, mon nom est François MÉNARD, je suis chargé de mission au PUCA, le Plan Urbanisme Construction Architecture, organe incitatif de recherche au sein du ministère de l’Écologie, à la Direction générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature. Son rôle est de concevoir, financer et animer des programmes de recherche sur la ville, l’urbain, la construction, l’architecture, et l’énergie. Cette table ronde sera animée avec l’aide de Jean-René BRUNETIERE du CGEDD. Pourquoi deux animateurs ? Ce n’est pas tant qu’il faille deux personnes pour encadrer deux intervenants, mais il s’agit d’éviter de vous assener des discours administratifs et politiques d’institutions en matinée, en donnant d’abord la parole aux chercheurs que nous avons choisi de vous faire entendre, dans un contexte où le dialogue interdisciplinaire est essentiel.

Dialogue essentiel pour une raison qu’il faut peut-être rappeler : nous sommes aujourd’hui engagés dans des politiques qui se fixent des objectifs quantifiés de réduction de gaz à effet de serre, et qui s’appuient sur des scénarios qui prévoient des réductions de consommation d’énergie à l’horizon 2020. Il faut donc à la fois être capable d’anticiper, de prévoir, et donc de compter, et en même temps, il faut bien comprendre les usages, pour être sûr d’atteindre cet objectif, voire, s’il apparaît trop ambitieux, savoir comment le modifier, l’adapter, et trouver des ressources qui n’avaient pas été imaginées au départ.

C’est là tout l’enjeu de ce dialogue interdisciplinaire où se confondent les sciences de l’ingénieur et les sciences sociales et économiques, mais également, au sein de ces sciences sociales, ceux qui viennent de l’économie dans ce qu’elle a de plus exigeant en terme de calculs et de modélisation, et l’anthropologie qui tend à mettre en suspens, pour l’analyse au moins, les objectifs normatifs, pour essayer de rentrer dans la logique propre des pratiques.

Cette première table ronde a pour objet de discuter de ce que l’on sait aujourd’hui des usages, avec cette double exigence : la capacité, en partant d’interrogations venues d’un champ disciplinaire particulier, d’accepter, de recevoir, de discuter les injonctions venues du politique ou de la rationalité externe des autres champs disciplinaires.

Nous allons commencer avec Harold WILHITE, chercheur à l’université d’Oslo. Un sociologue français, Pierre SENSOT, disait qu’« habiter, c’est avoir des habitudes ». Et ces habitudes, qui ne sont pas figées, ne sont pas malléables au point que le seul intérêt bien compris de chacun les pousserait à les modifier. En revanche, il existe des « objets », des dispositifs techniques, plus favorables aux apprentissages que d’autres, et c’est à ces dispositions particulières qu’il faut être attentif, autant qu’aux performances théoriques intrinsèques de ces objets et dispositifs techniques.
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