Les principales productions industrielles de la Corse (1830-1960)





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Les mines et la métallurgie


Des textes et des vestiges archéologiques annoncent l’existence d’activités minières et métallurgiques depuis plusieurs siècles en Corse. Si certaines traces remontent à l’Antiquité, l’essentiel relève du XIXe siècle. La production de fer illustre parfaitement les bouleversements économiques de la période. À partir des années 1840, l’île devient exportatrice de fer et de fonte, alors que des tentatives d’une métallurgie du cuivre et de l’antimoine sont menées. À partir des années 1830, dans l’euphorie des recherches minières en Méditerranée, une vingtaine de concessions sont accordées. La pyrite, la chalcopyrite, la galène ou l’anthracite font l’objet de nombreuses recherches, mais c’est la stibine et l’amiante qui génèrent le plus d’activités.

Une étude du Service de l’Inventaire a permis de recenser seize unités de fabrication du fer installées entre le XVIe et le XIXe siècle20. Des prospections complémentaires permettent d’avancer le chiffre de vingt-cinq sites, dont six implantés entre 1845 et 186521. Les anciennes forges se regroupent dans deux zones. Un premier ensemble de cinq unités est situé à la base ouest du Cap Corse, aux environs et en relation avec les mines de fer d’Olmeta/Farinole22. Mais la région des forges reste la Castagniccia. Plusieurs éléments expliquent cette concentration. Les conditions géographiques sont favorables, avec de nombreux cours d’eau, nécessaires pour entraîner les marteaux et les souffleries, et la présence du châtaignier recherché pour le charbon. La proximité des riches mines de fer d’Elbe et des financiers de Bastia sont d’autres atouts. Cette région bénéficie également d’un réseau de chemins assez dense. Les muletiers de l’Orezza et les marins cap-corsins assurent l’approvisionnement en matière première et le transport des produits23.

Au début du XIXe siècle la situation de ces forges semble assez compromise. Les rapports des ingénieurs des mines indiquent que seules quatre à six unités fabriquent encore quelques quintaux de fer selon une méthode jugée « archaïque »24. La fin de cette ancienne production semble proche. Pourtant les conditions vont changer… dans un contexte favorable, on enregistre de nouvelles créations.

À partir de 1830, la Compagnie Agricole et Industrielle du Migliacciaro, puis la Compagnie Corse souhaitent mettre en valeur l’ancien domaine génois du Migliacciaro25. Disposant de vastes étendues boisées, ces sociétés obtiennent des contrats avec l’administration toscane pour l’importation de minerais elbans, procèdent à des recherches sur les mines d’Olmeta/Farinole et installent des bas-foyers pour produire du fer26. Plus au Sud, le commandant Poli constitue un domaine de 1 400 hectares autour de la marine de Solenzara et adresse une demande à la préfecture pour construire une usine à fer équipée de deux hauts-fourneaux27. Juchereau de Saint-Denis et le député Limperani ambitionnent un projet assez comparable en créant la Société Industrielle de la Corse avec un capital de cinq millions de francs28. Mais le contexte insulaire, avec un régime douanier défavorable, des forêts enclavées, l’absence d’ouvriers spécialisés… ou encore les particularismes du secteur, nécessitant d’importants investissements et l’accès à un marché spécifique, sont autant de barrières à l’émergence de la production.

Il faut attendre la promulgation de la loi douanière de 1841, qui supprime les droits d’entrée en France sur certaines productions insulaires, pour observer les premières réalisations29. En quelques mois, deux usines s’installent, à Solenzara et Toga. La forte demande des compagnies ferroviaires françaises provoque des effets jusqu’en Corse30. Dans les années 1840, des hauts-fourneaux et des foyers d’affinerie fonctionnent sur l’île. Dans les anciennes forges le procédé de production en mode direct au bas-foyer est abandonné. L’utilisation de fonte comme matière première nécessite peut de transformation dans l’outillage − la construction d’un foyer − et offre un gain de productivité important31.

Après la violente crise économique du milieu du siècle, la sidérurgie française reprend sa croissance. Dans le centre de la France, les principaux groupes industriels se trouvent confrontés à un difficile problème, la recherche de minéralisation riche. Cette matière première est nécessaire à la fabrication d’acier, produit en plein essor. L’ouverture du PLM (Paris/Lyon/Méditerranée) et la réputation des minerais italiens, espagnols ou algériens les conduisent naturellement sur les côtes de la Corse.

C’est en octobre 1851, que les frères Charles et William Jackson, deux des quatre fils du célèbre aciériste James Jackson, font l’acquisition aux enchères publiques de l’usine de Toga et des forges de Fiumalto et de Venzolasca32. En 1854, ils s’associent avec les forgerons Pétin et Gaudet pour former l’un des plus importants groupes sidérurgiques du pays : la Compagnie des Hauts-Fourneaux, Forges et Aciéries de la marine et des Chemins de Fer33. Au sein de cette concentration, les établissements corses connaissent une grande activité. Elle se traduit par l’installation de nouveaux appareils et la marche régulière de huit usines. Dans les années 1850-1870, la production départementale de fonte dépasse les 200 000 quintaux métriques et celle de fer les 15 00034. Jusqu’à quatre cents ouvriers travaillent dans l’usine de Toga sur les hauts-fourneaux, les fours à réverbère, les feux comtois, les cubilots et les marteaux pilons35. À Solenzara, ils seront entre cent et deux cents employés les meilleures années36. Les forges de Castagniccia sont relancées et de nouvelles unités d’affinage s’installent.

La seconde moitié du XIXe siècle voit également des tentatives de métallurgie du cuivre et de l’antimoine. Sur le bord de la rivière Tartagine, la fonderie de Moltifao fonctionne quelques années (1856-1865) avec les minerais de Saint-Augustin37. Dans les années 1870, de nouvelles tentatives sont menées à Toga et Cardo, près de Bastia. Dans le village de Cardo, l’ingénieur Cunnimgham, soutenu par des capitalistes Anglais, fait construire une usine d’acide sulfurique. La production doit être obtenue par le traitement des pyrites de Cardo et des chalcopyrites de Frangone38. Mais à nouveau l’échec est au rendez-vous, les coûts de production restent trop élevés. La fonderie de Francardo, dans les années 1900, ne connaît pas plus de succès. Les fortes variations du Best selected (cuivre métal) à la bourse de Londres expliquent assez largement cette expérience.

La richesse des antimoines de Meria et Luri rendent le projet d’une fonderie plus viable, mais le régime douanier taxe l’exportation de régule. Et depuis les années 1840, le minerai du Cap Corse est exporté brut vers les fonderies de Bouc et Septèmes (Bouches-du-Rhône)39. En 1893, les gérants de la Société Corse des Mines d’Antimoine de Meria obtiennent une exemption de droits de l’administration40. La même année, ils installent un établissement à Pallagaccio, au nord de Bastia, employant cinquante ouvriers pour une production annuelle de 300 tonnes de régule.

Des recherches significatives et des demandes de concessions minières sont enregistrées dans les années 1840. La découverte des principales minéralisations de l’île s’effectue en deux décennies41. Mais dans de nombreux cas, l’activité tarde à se confirmer. Il faut attendre la période 1870-1910 pour mieux cerner l’évolution du secteur.

Dans le dernier tiers du siècle, on compte jusqu’à 750 mineurs, dont une large majorité d’Italiens42. La galène de l’Argentella, les recherches de cuivre et un temps l’extraction de l’anthracite à Osani gonflent les effectifs. Les fluctuations d’une année sur l’autre sont fortes, elles révèlent les limites de la plupart des concessions. Seules les mines d’antimoine du Cap Corse, à Ersa, Luri et Meria, fonctionnent régulièrement. L’extraction se maintient entre 1880 et 1918, atteignant les deux mille tonnes de minerai marchand les meilleures années43. Les mines de Luri et Meria occuperont jusqu’à 500 personnes.

L’amiante est un minéral assez particulier utilisé en Corse depuis de nombreux siècles. Les fibres d’asbestose entraient notamment dans la composition d’une poterie locale traditionnelle. Cette fabrication d’une batterie de cuisson, à partir d’amiante et de terre glaise, est très ancienne. À partir de la fin du XIXe siècle, de nouvelles utilisations industrielles, notamment dans le bâtiment, relancent l’extraction. Les sites de la vallée du Fiumalto font l’objet d’une exploitation régulière. C’est en 1898 que le gisement de Canari est découvert par le mineur et forgeron italien, Ange-Antoine Lombardi44. Si durant la période l’exportation insulaire d’amiante se limite à quelques centaines de tonnes par an, il est intéressant de resituer l’origine de l’une des principales carrières d’Europe, exploitée entre 1900 et 1965.

La minéralurgie (préparation des minerais) laisse des traces sur plusieurs concessions minières. Les exemples les plus significatifs sont ceux de l’Argentella, Matra ou Meria. L’ancienne mine de galène de l’Argentella connaît d’importants aménagements dans les années 1869-1873. C. Colas, directeur de la Société anonyme de l’Argentella, fait construire un barrage pour alimenter une usine de 2 500 mètres carrés, un bâtiment administratif, des logements, un téléphérique et un port45. Les installations de Matra débutent à la fin du XIXe siècle, mais c’est en 1910 qu’une laverie et une centrale électrique sont achevées46.
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