Les principales productions industrielles de la Corse (1830-1960)





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L’échec industriel et économique de l’île (1890-1960)


Après un demi-siècle de croissance, la machine économique régionale semble s’enrayer. Deux tempêtes, la dépression de fin de siècle et la terrible crise des années 1930, montrent les limites du développement industriel de la Corse. Dans l’entre-deux-guerres, c’est toute l’activité qui se rétracte brutalement. La grande majorité des fabrications disparaissent en quelques années. L’hémorragie démographique vient d’ailleurs confirmer ce diagnostic. À partir de la grande guerre, la population de l’île baisse progressivement pour chuter de moitié entre 1910 et 196066.

Même si une légère reprise conjoncturelle est notable au sortir de la grande guerre, les dernières usines ferment dans les années 1960, faisant de l’île un espace économique marginalisé. Au-delà de ce constat, il s’agissait de revenir sur les grandes étapes de cet effondrement, pour mieux comprendre les tensions et les fragilités de l’économie insulaire.

La grande dépression de fin de siècle


Durant les années 1870-1890, les branches industrielles majeures − mines, métallurgie et textile − sont en perte de vitesse, l’investissement se rétracte, de nombreuses usines ferment. Cette situation est la conséquence de capacités de production importante, de machines plus grosses, plus performantes, etc. Le phénomène est renforcé par une demande en baisse, compte tenu notamment de l’achèvement des grands équipements − lignes de chemins de fer, marine à vapeur −. D’autre part, la conjoncture en Europe est rendue difficile par une concurrence accrue. Les éléments se cumulent pour remettre en question la croissance. Plusieurs entreprises ne peuvent résister, d’autres proposent la mécanisation et l’innovation pour réduire les coûts de production. On assiste, en quelques années, à l’application d’innovations − l’électricité, la chimie, l’automobile − véritables moteurs de l’économie du siècle suivant. La grande dépression de fin de siècle constitue une véritable période charnière dans l’évolution des sociétés industrielles.

La fin de plusieurs productions dans de nombreuses régions traduit ce contexte difficile. Pour la sidérurgie, les nouveaux fours Martin et surtout le procédé Thomas-Gilchrist permettent de produire de l’acier à partir de minerais pauvres et phosphoreux. Dès lors, la « minette lorraine » attire la sidérurgie française dans l’Est et le Nord du pays, sur des bassins regroupant les mines de charbon et de fer. En difficultés, les aciéristes du Centre de la France renoncent à leur politique méditerranéenne. En Corse, les répercutions sont considérables. Dépendantes des commandes de la Loire, les usines à fer insulaires réduisent leurs productions à partir de 1875, entre 1879 et 1885, seul un haut-fourneau reste allumé. Cette production ancienne de plusieurs siècles disparaît après 1890.

Dans le même temps, l’exploitation du sous-sol, qui suscitait tant d’espoir, génère certainement le plus de déception. À quelques trop rares exceptions, les mines de la Corse se présentent très limitées. Pendant qu’en Sardaigne l’extraction minière s’affirme comme une activité importante, dans l’île sœur elle devient résiduelle67. D’autres entreprises, des minoteries − Solenzara, Corte, Porto −, des confiseries − notamment à Bastia − les usines à vin, etc., ferment en quelques années. Les unes sont victimes des importations de farines marseillaises, les autres des primes à l’exportation des sucres français68. Mais plus que la fin de l’industrie, la dépression de fin de siècle correspond à l’effondrement de l’agriculture traditionnelle.

En Corse, la crise des productions agricoles est marquée. Elles occupaient encore une place essentielle en 1880. Les terres emblavées passent de 60 000 à 14 000 hectares en moins de vingt ans69. Les autres céréales connaissent un repli assez comparable. Le vin, qui avait dans un premier temps bénéficié de la situation nationale, est rapidement menacé. La reconstitution du vignoble français entraîne une crise surproduction et la chute des prix, effets accentués par l’arrivée du phylloxera dans l’île. À la veille de la première guerre mondiale, la prospérité viticole de la Corse n’est plus qu’un souvenir. L’exportation d’huile d’olive, essentielle sur tout le siècle, s’écroule dans les années 1890. Entre 1890 et 1895, les chiffres chutent des 9/10e70. L’importation vient compenser le déclin agricole. L’entrée des farines de froment dépasse les 11 000 tonnes en 1895, plus 8 700 tonnes d’autres céréales. Lesquelles s’ajoutent à l’introduction de bovins (1 655 têtes), de fromages (2 089 tonnes) et d’autres produits alimentaires (poissons, riz, pommes de terre, sucre, café, vin, etc.)71.

Au-delà des mécanismes économiques qui touchent toutes les sociétés occidentales, des maux particuliers semblent se révéler en Corse. Durant la période, une question revient régulièrement dans les discours politiques. Comment cette île peut-elle importer des produits qu’elle exportait par le passé (poisson, fromage, vin, cuirs, fer, etc.) ? Devant la montée de la contestation locale, le gouvernement est interpellé sur ce qui deviendra « Le problème corse ». En 1908, l’exposé de Georges Clemenceau, président du conseil et ministre de l’Intérieur, dresse un tableau économique inquiétant de l’île72. Une commission interministérielle et extraparlementaire est chargée de mener une étude et de trouver « les moyens les plus propres à y porter remède ». Cette dernière analyse les difficultés des secteurs économiques et montre du doigt le régime douanier73. Pour stimuler la production, elle propose de réviser les douanes et d’utiliser les ressources dégagées par l’augmentation des droits avec l’étranger à l’amélioration des infrastructures. Le 8 juillet 1912, après un long débat à l’assemblée nationale et dans toute l’île, le président de la République, Armand Fallières, et le gouvernement Poincaré signent le texte définitif intitulé : « Loi portant modification du régime douanier de la Corse et accordant une subvention annuelle à ce département »74.

Dans les années qui suivent, on note la croissance de produits finis à l’exportation (tabac, meuble, fromage, alcool, bouchon de liège). Mais l’histoire peut observer que l’initiative est arrivée trop tard, la métallurgie avait disparu sans laissée de traces, le retard des productions artisanales et de toute l’économie paraissait déjà insurmontable, l’émigration était enclenchée, etc. Derrière la dépression de fin de siècle et toutes les implications technico-économiques, la législation douanière ne peut être négligée dans l’étude des productions de la Corse, elle explique en partie les conditions et la structure de l’industrie.

La crise des années 1930


La croissance des années 1920 est brutalement arrêtée dans la plus violente crise économique du siècle dernier. L’inversion de la tendance est rapide, tous les secteurs sont atteints. En Corse, les effets sur les principales entreprises sont immédiats. Sur la longue durée, les conséquences apparaissent plus dramatiques encore, l’effondrement économique est confirmé.

Les années 1920 se présentent comme le prolongement de la Belle Époque. De nouveaux secteurs industriels s’affirment. La production de cigares et cigarettes est rationalisée. Après la manufacture L. N. Mattei (1896), Henri Alban installe une usine à Ajaccio en 1920, Job une autre à Bastia en 192475. Les exportations de bois reprennent avec vigueur, en 1932 la seule société FORTEF emploie près de 800 ouvriers dans les forêts et les usines du Fiumorbo76. L’agroalimentaire, notamment les laiteries-fromageries, brûleries de café et distilleries, connaissent une bonne activité77. Et la nouvelle énergie électrique laisse envisager une relance de l’économie.

Le député Henri Pierangeli, le conseiller général André Griscelli, l’industriel François Coti, et les ingénieurs Brun et Pons sont les principaux acteurs d’un grand débat sur l’électrification de l’île. La presse locale s’en fait l’écho. Mais avant même cette effervescence, les premières centrales s’installent, elles sont l’œuvre de particuliers, pour alimenter une commune ou une usine. Déjà avant la première guerre mondiale, Bastia, Corte, Ghisoni, Loreto-di-Casinca et Île-Rousse disposent d’un réseau local de distribution78. Plusieurs hôtels, à Ajaccio ou Vizzavona, possèdent des appareillages. Dans l’industrie, les usines de tanin, les mines de Meria et Matra, des laiteries-fromageries ou les établissements de Francardo produisent de l’électricité pour leurs besoins79.

Après ces réalisations pionnières, l’électrification de la région est réalisée entre 1927 et 1933 dans le cadre d’une politique nationale. Le soutien technique et financier de l’État permet d’équiper les campagnes françaises dans l’entre-deux-guerres80. En 1933, 319 communes sur 366, sont distribuées par un des cinq réseaux de Corse81. L’île rattrape son retard sur d’autres régions françaises. Même si l’avancée est remarquable, observons que dans plusieurs cas seul le bourg principal est desservi, de même, le nombre d’abonnés et la consommation sont encore limités. Dans son but initial l’électrification de la Corse devait, selon ses détracteurs, relancer l’économie. Achevée en 1933, elle semble arriver trop tard… la crise est déjà là.

En Corse, les productions orientées vers l’étranger sont les premières en difficultés. L’exportation des produits de la forêt, lièges, bois bruts et sciés, tanins, charbons, etc., chute de 50 % entre 1930 et 193182. Plusieurs entreprises ne s’en relèveront pas. Entre 1930 et 1933, la production des usines de tanin chute de 85 %, les établissements sont mis en chômage83. Le chiffre d’affaires de la société L. N. Mattei et Compagnie dépassait les neuf millions de francs à la fin des années 1920, il atteint à peine les cinq millions en 1935, et le bénéfice net est divisé par trois84. En quelques années les derniers sites miniers sont abandonnés. Des productions plus anciennes − vin, huile ou cédrat − disparaissent. Les faillites se succèdent. Le système financier local est précipité dans la tourmente. Entre 1931 et 1936, les banques corses ferment les unes après les autres85.

L’évolution de la population montre l’importance de l’entre-deux-guerres dans le processus d’émigration massive. En un demi-siècle, la baisse représente environ 40 %86. Cette chute constitue la principale conséquence des effets cumulés de la grande dépression, de la guerre et de la crise des années 1930. Ces tempêtes provoquent une déstructuration de toute la société et mettent en évidence la fragilité économique de l’île. Cet effondrement renvoie également à des faiblesses inscrites sur la longue durée, la démographie en témoigne.

En quelques années, l’évolution de la Corse est fortement atteinte. Dans le domaine industriel la blessure est profonde, plus encore dans l’agriculture. La décennie 1930 provoque l’affaissement de l’industrie, même si quelques unités prennent de l’importance dans les années 1950, l’essentiel du tissu productif et financier disparaît avant la seconde guerre mondiale.

Les trente glorieuses


À partir de 1945, le pays est libéré, la vie reprend son cours, il faut reconstruire. Le malheur fait place à une période de croissance exceptionnelle, qui prend en France le nom des « 30 glorieuses ». Le temps de la consommation de masse, de l’équipement électroménager, de l’automobile est arrivé. L’industrie, soutenue par les plans gouvernementaux, bénéficie de la relance. La Corse pouvait tirer parti de la situation pour sortir enfin d’un demi-siècle difficile, ou au contraire s’affirmer comme un espace économique périphérique. Dans un premier temps, la réponse semble se situer entre ces deux hypothèses.

En 1945, avec la fin de la guerre, les besoins européens en bois relancent activement l’exploitation corse. Le liège, avec 40 000 quintaux métriques dont 16 000 transformés sur place, retrouve presque les chiffres du début du siècle. Les deux usines de tanin de Folelli et Ponte-Leccia reprennent à l’exportation. Les scieries sont en pleine marche pour répondre à la forte demande générée par les destructions de la guerre. L’île exporte des poteaux télégraphiques, des bois de mines, des traverses de chemin de fer, du bois de chauffage, etc.87. Mais cette situation exceptionnelle ne dure pas, et les commandes retombent après une dizaine d’années. Dès lors, l’essentiel de la production insulaire se résume à l’activité de trois entreprises. Le centre EDF/GDF de Corse, la Société Minière de l’Amiante et la Société Job/Bastos de Bastia.

La loi du 8 avril 1946 implique la nationalisation de la production, du transport et de la distribution d’électricité. C’est la création d’Électricité de France (EDF) et Gaz de France (GDF). Comme dans les autres régions, les sociétés qui exploitaient les réseaux doivent abandonner leurs usines contre une indemnisation. Les secteurs électriques de l’île sont restructurés au sein du Centre de distribution mixte de Corse. Le parc de production se composait des usines thermiques d’Ajaccio, Bastia, Calvi et Propriano et des centrales hydrauliques d’Ocana et de Prunelli-di-Casaconi. Les petites unités − Corte, Ghisoni, Murato, Bastelica, etc. − sont fermées. Devant une demande en forte croissance, de l’ordre de 10 % par an, la société nationale prend plusieurs décisions. Dans un premier temps, les centrales sont suréquipées pour accroître la puissance et les réseaux sont unifiés par une ligne haute tension entre Ocana et Bastia. Puis, comme dans le reste du pays, arrive le temps des grands aménagements hydrauliques. Après l’ouverture de la centrale d’Aspretto (Ajaccio) en 1955, EDF lance un important programme d’investissements. Les rivières de Prunelli et du Golo sont équipées de barrages de retenue et d’usines en cascades88. En moins de trente ans, la puissance installée est multipliée par sept. En 1970, près de 75 % de l’électricité produite en Corse provenait de l’énergie hydraulique. EDF/GDF s’imposait comme la principale entreprise insulaire.

L’exploitation de l’amiante prend de l’importance au sortir de la seconde guerre mondiale, quand est installée une usine assez impressionnante sur la commune de Canari. Déposée sur une côte sauvage et escarpée à plus de 30° au-dessus de la mer, l’établissement ne manque pas de surprendre. Au début des années 1960, la Société Minière de l’Amiante dépasse les 30 000 tonnes de fibres exportées, occupant plus de 300 ouvriers. Mais ces chiffres records précèdent de peu la fermeture du site en 1965.

La réduction des avantages fiscaux explique en grande partie la fermeture de la manufacture de tabac Alban durant la guerre. De son côté l’établissement Job de Bastia subit la concurrence des importations. Mais alors que sa situation semble compromise, les guerres de décolonisation en Indochine, puis en Algérie, changent les données. Les sociétés Job et Bastos sont contraintes d’abandonner ces régions avec l’administration française. Pour compenser la production des anciennes usines et ainsi continuer à alimenter leurs clientèles, elles envisagent une association. La Corse bénéficie de la situation pour devenir une manufacture plate-forme ouverte sur le continent africain. En 1962, la société anonyme dite Manufacture Corse des Tabacs Job-Bastos est créée, avec un capital de 6 200 000 francs. Une nouvelle usine est construite au sud de Bastia, sur la commune de Furiani. Elle centralise la production de cinquante-cinq marques de cigarettes. Avec moins de 200 employés, l’établissement dépasse les quarante cinq millions de paquets de cigarettes produits par an89.

Dans les années 1960, les exportations de Bastia, principal port marchandises de l’île, révèlent la dégradation de la production. En 1964, les bois sciés et en grume n’atteignent plus que 11 000 quintaux métriques, les lièges 18 580, le fromage 7 670, seules les cigarettes avec 4 420 et l’amiante avec 200 000 quintaux conservent un certain poids économique. Même si ces chiffres ne concernent pas toute la Corse, la position du principal arrondissement industriel et commercial est significative. En quelques années les usines de tanin, l’entreprise Mattei, la briqueterie de Francardo ou la carrière de Canari sont abandonnées. Ces fermetures marquent bien la fin de l’industrie lourde dans l’île.
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